Articles avec #traditions de noel tag

Publié le 26 Décembre 2007

Même si Noël casse les bonbons à certains d'entre vous, le mal est passé. En hommage à un célèbre ballet, de Tchaïkowsky que l'on interpréte souvent à Noël, se remémorant la fameuse assiette de fruits (pommes, chocolat et fruits présentés aux visiteurs à la veillée avant noël) on sortait le fameux casse-noix, casse-noisettes, dont il existe de multiples formes. Instrument fort ancien, si vous visitez le musée de noël de Käthe-Wolfarth à Rothenburg (ob der Tauber, charmante ville médiévale du Sud de l'Allemagne) vous y verrez des casses-noisettes forts anciens dont l'artisanat s'est emparé. Pratiques, ludiques ou carrément surprenants et déjantés, voici les casses-noix. Pour ceux qui ne connaissent pas Käthe Wolfarth se spécialise dans la vente de décoration de noël (artisanaux pour la plupart et non des chinoiseries sans âme qui sont elles le fruit du dur labeur des enfants !!) Dans l'Erzgebirge où l'artisanat du bois fabrique des Raucher (petits personnages loufoques de bois dans lesquels on insère un petit cône d'encens allumés) et dont la fumée s'échappe par la bouche (munie d'une pipe). Les corps de métiers, les hommes politiques sont transformés ainsi en Raucher appelés aussi "turcs fumeurs". Je vous montre ici celui du marché de noël de Stuttgart, un grand spécimen de Casse-noisettes. IMG-0785.JPG

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Publié le 22 Décembre 2007

Un article paru dans la presse régionale hebdomadaire l'ami du peuple dans le numéro du 23 décembre 2007 !

Cela mérite deux lignes !! publanterneami.jpg Je rajoute un petit écho paru dans "Chrétiens magazine" du 15 décembre qui vient de paraître. Un peu de notoriété ne fait pas de mal. Même si les blogueurs veulent ensuite faire un livre, dans notre cas, la revue existe depuis 1988 ! C'est déjà pas mal...

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Rédigé par Rédacteur petite lanterne

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Publié le 13 Décembre 2007

Mon propos sera un peu plus long, mais il reprend différents articles que j'ai publié sur le sujet.
Ils concernent tout d'abord Hans Trapp (Jean de Dratt) ses variantes folkloriques, mais aussi les personnages autrichien tel que Krampus,





Jean de Dratt, ou Hans von Dratt (Drodt) ou Trotha  père fouettard alsacien évoquant le personnage historique ,  originaire de Thuringe,  du comte de Berwartstein ou Baerwelestein (Bärbelstein) non loin de Wissembourg à la fin du XV ème siècle, mort en 1503 (seul H.J. Troxler parle de 1514), maréchal, du Pfalzgraff Philip, excommunié. (Pour Troxler de la cour du comte palatin Frédéric le Victorieux) Stoiber donne cette version dans l’Alsatia en 1850, en 1876, Seinguerlet parle d’un soudard de la guerre de Trente ans. Il aurait été déposé dans la chapelle Sainte-Anne (dont une photo a été reproduite dans le Nouvel Alsacien du 5.12.1981) où une inscription, aujourd’hui disparue, a rappelé la réputation du seigneur du lieu. Il était un soldat intrépide, à qui l’on confia les châteaux de Grafendahn, du Bertwarstein et de Dahn.
Le dimanche qui suit Noël, à Wissembourg, une tradition fait suite au défilé du vilain homme, fouettant, vétupérant, fouettant, enfermant les enfants dans sa cage. A titre de représailles à ces exactions, les habitants repoussent le malapris dans son château à travers les paysages du Felsenland. C’est l’occasion d’une randonnée de 18 km qui se termine sur un tradition et d’un repas au château du terrible personnage. (DNA 26/12/2003). Le château est aujourd’hui la propriété des Fleckenstein d’Alsace, il a échappé à la destruction lors de la dernière guerre mondiale.
Les accusations portées contre lui seront jugées à Haguenau par la Décapole (l’union des villes alsaciennes), puis par l’empereur Maximilien et enfin par la Diète de Worms. Visiblement, cela n’a pas été facile de s’en sortir,  excommunié, la sanction sera levée par le troisième pape qui eut à connaître de l’affaire Jules II. (Avant lui Innocent VIII, Alexandre VI).

Interdit au  “Hans Trapp”
Est-il toujours valable, ce texte punissait de 3 Gulden le fait de “faire des Christkindel et des Hans trapp, des masqués de Pentecôte et des rencontres entre jeunes gens et jeunes filles”. ( 23 août 1737 paragraphe 18, dans le comté du Hanau-Lichtenberg)



(dans une représentation alsacienne par la troupe dynamique du village de Osthouse, voici un bien débonnaire et symparhique Hans Trapp avec son âne, on remarquera tout de même sa tenue foncée, noire, pas de chaîne aux alentours, mais un sac, c'est le méchant compagnon du Christkindel, voir notre article sur le sujet, l'enfant jésus ou sorte de Fée, Ste Lucie :  Christkindel cet inconnu... )


Le texte dit aussi que les HansTrapp de promenaient avec des “verges et des sonnailles” sont punissables. Les amateurs de traditions populaires devront se méfier, nul n’est censé ignorer la loi !

La baronne d’Oberkirch, dans ses mémoires, raconte  sa visite au marché de noël en 1785 à Strasbourg, « on attend la visite du Christkindel qui doit récompenser les bons petits enfants, mais on craint aussi le « Hanstrapp » (en un mot et tout attaché) qui doit chercher et punir les enfants désobéissants et méchants. Le Christkindel plaît toujours et les cadeaux aussi ; souvent on entend la voix rude et sévère de Hanstrapp », qui paraît même quelquefois armé d’un martinet, et vêtu de rouge et de noir comme Satan ».

Voilà donc le décor planté, une fois de plus,  par la Baronne. On y retrouve la crainte, la tenue noire et rouge reprise par Krampus.

Hans Trapp et autres compagnons négatifs accompagnant les personnages positifs de l’avent et de noël (Nicolas, Christkindel, Père Noël) :
Ces trois personnages (par ordre d’apparition dans nos villes) sont la générosité, et l’honneur personnifiés. Ils distribuent des dots, leur argent, des cadeaux... à deux dates distinctes. Mais afin de mettre en évidence et en valeur leurs atouts et sans avoir la possibilité pour un être aussi gentil de châtier, de juger, de faire peur. Il fallait bien qu’un des personnages hideux, leur négatif en tous points puisse rendre les moins froussards les plus doux.
Ce sont des personnages hideux, les masqués de l’hiver  comme les nomme un auteur1 , qui vont jouer ce rôle. Ou encore les “masqués sauvages” .
 
Ils sont la personnification du mal, à lire ce qu’écrit Jules Hoche en 1897 : “A côté de sa blanche compagne (le Christkindel, l’enfant Jésus, personnification de Ste Lucie qui représente le génie du bien),  il incarne, lui, une sorte de Lucifer, de délégué du diable, de croquemitaine biblique, et il a pour attribut une verge à rameaux tricolores dont il menace les enfants qui ne sont pas disposés à tenir les promesses faites au Christkindel, son nom est Hans Tràpp et il ne parle que le patois d’Alsace.”2

Ils doivent donc  faire peur dans un but pédagogique évident, mais aussi de rappeler que la vieille année s’achève et que le temps de la remise en question des lois sociales et des normes d’organisation de la cité va bientôt revenir. (Le Carnaval, particulièrement  Outre-Rhin, débutant dès la fin du Temps de Noël .)
Ils vont traîner leurs pas lourds durant l’Avent (pour certains) ou seulement aux deux grandes fêtes pour d’autres.
L’origine la plus ancienne semble être, le “Chasseur sauvage” , c’est-à-dire le dieu Wotan, dont un accompagnateur chargé de punir les mauvais enfants se tient à des côtés. Il chevauche les cieux comme  ses   trois descendants3  !
(voir le mot chasse sauvage)
Le personnage le plus connu dans la culture française est le Père Fouettard, sorte d’héritier de Jean de Dratt (Hans Von Trotta)  revêtu d’une peau d’animal ( à rapprocher des masqués de l’hiver, d’où son nom : Rüpelz, celui qui porte une peau de bête) armé de verges, de baguettes. Il faisait grand bruit avec ses bottes (er tratt, d’où selon certains,  le nom : Jean qui trépigne ou encore Jean aux pas lourds  pour J. Lefftz) mais aussi avec des chaînes et des grelots.Dans le Palatinat, on lui donne de nom de “Stampes”. C’est la version de Joseph Lefftz.

 Le personnage historique a donné bien des soucis à la ville de Berbelstein ou Berwartstein (selon les orthographes, l’orthographe des noms de famille n’a été figé que très récemment) près de Wissembourg, Membre de la Décapole, maréchal du Pfalzgraff Philip à la fin du XVème et début du XVIème siècle. Il est mort en 1503. Excommunié pour ses turpitudes qui feraient passer nos délinquants en cols blancs pour des saints hommes . Il a fait office de croque-mitaine de “kinderpopanz” (épouvantail à enfants).  Notamment nous apprend Agnès Ball dans le magazine l’Outre-Forêt (IV-1990 n°72) en barrant la Lauter empêchant le flottage du bois, interdisant de ramasser du bois dans ses forêts alors que c’était un usage cher à la population paysanne d’avoir le droit de glâner bois et baies sauvages. Il fit creuser des digues (sur la Wieslauter  dans la vallée et lorsqu’un lac fut formé, il fit démolir le barrage) et ainsi il engloutit les cultures. Susanne Mayer, dans l’Alsace du 5.12..1981,  parle de « Wissembourg  sous les eaux ».  « Hans voulait aussi que son frère soit admis au chapitre de la cathédrale » nous signale Susanne Mayer.   L’abbé qui s’opposa à Hans partit pour Rome afin de le faire bannir, l’homme mourut sur le chemin du retour, mais Rome avait excommunié le comte en 1493.
Les valets de  cet homme suivirent l’exemple de leur maître et rançonnèrent les commerçants. L’église n’apprécia guère plus,  qu’ avec « 2000 hommes,  il s’empare du château de Saint-Rémy, une des 4 défenses extérieures de l’abbaye de Wissembourg. « Il dévasta notamment le Mundat inférieur ». (Agnès Ball, Outre-Forêt, page 4, IV-1990, n°72). Il prit aussi, selon Suzanne Mayer, des villages de Steinfeld et Kapsweyer. Les habitants durent payer des rançons pour se débarrasser de lui et de ses hommes.
 On comprend mieux  l’excommunication prononcée par l’église puis retirée par le troisième pape par le biais de la médiation de l’évêque de Spire. ( voir aussi Jean-Jacques Mourreau, dictionnaire sincère de l’Alsace singulière » Séguier, Atlantica, Anglet 2002, article Hans Trapp).  Mais apprécié pour ses qualités militaires il sera proclamé  par l’empereur « chevalier de la Toison d’Or » distinction suprême.
 


 (carte de l’Alsace du 5.12.1981, article de Susanne Mayer)








On lui découvre  encore une autre origine selon E.Seinguerlet y voit le souvenir d’un soudard de la guerre de Trente Ans. (1618 – 1648)

Dans les alentours de Munster, on pensait qu’il vivait dans les bunkers de la première guerre mondiale disséminés dans les forêts proches.

Une représentation du Journal illustré  du 1er janvier 1878 (p 5) le montre même avec une bête féroce (un loup ?) tenu en laisse (personnage négatif) un ange à ses côtés (personnage positif). On s’interroge comment on pouvait jouer cette scène ?





 Après son passage si l’enfant s’était mal conduit, il laissait dans les bottes des épluchures, des noisettes trop dures ou des restes de gâteaux ! Bref vraiment pas très sympathique l’ancien homme que ce soit son côté historique qui ressorte ou son côté homme des bois et tête d’âne.
S’il porte un sac c’est non pour se donner une contenance,ou distribuer des gâteries mais bien pour emporter d’éventuels mauvais garnements 4 , qui pourront le cas échéant s’enfuir après une raclée méritée. Le moins crédule commence à y croire emporté dans son sac. Des parents actuels nous racontent avoir été emporté sur quelques mètres dans un sac et reçu quelques taloches de ce Hans Trapp visitant les familles.

Une Benfeldoise de 78 ans (12-2006)  nous a raconté qu’avant guerre  dans sa famille,  on avait reçu la visite de ce Hans Trapp. Elle en avait eu bien peur, il avait un manteau brun foncé et une barbe, portait un « rüet ». Mais ne nous a rien fait. En fait, dit-elle je l’ai reconnu lorsqu’il parlait c’était le voisin, mort depuis longtemps raconte-t-elle, qui s’était déguisé.  « Warte nur ! der Hans Trapp soll dich Hole » était la formule que les enfants redoutaient car elle évoquait la menace d’être emportée dans le sac du Rubelz.

Voici un poème récité par la mère avant la venue du Hans Trapp5  :
Die Kinder wo grîne
Die holt d’r Hàns Tràpp
Der wurd Eich erschïne
In sinere Pelzkàpp
E zottiger Màntel
Hät’er éwer sich gelejt
Der lehrt Eich e Wàndel
I ha’s ni schon gseit !
Er kommt nie als im WInter
In’s Hïsele nï
Dert holt’r e Stacka
E bissigi Rüet
Er schlàjt eim in d’r Nacke
Uff d’Hoser fer güet !
(Les enfants qui pleurent seront cherchés par Hans Trapp, il va vous apparaître en bonnet de fourrure avec un manteau rapiécé qu’il porte sur lui il vous apprendra à changer je vous l’ai déjà dit il ne vient qu’en hiver dans la maison là il prend un bâton une verge mordante il vous frappe dans la nuque et sur les pantalons pour de bon !)






Quand Hans Trapp apparaît enfin, les enfants récitent :
I will folje in d’r Mamme
Im Pàpa noch meh
in alle zwei zamme
Oh ! màch m’r nit weh
Will’s Katzele nimm riswe
Am Wadele, àm Bein,
Ném schlàje, némm bisse, Némm werfe mit Stein
Némm d’Höseler verbrenne
Némm fische im Bach
Das alles versprich i
Im güete Hans Tràpp !
(Je promets d’écouter mamIMG-0601.JPGan et papa encore plus d’obéir à tous les deux  ; oh ! ne me fais pas mal je ne veux plus tirer le petit chat par la queue , ni aux pattes, plus le frapper, plus le mordre, plus le blesser avec des pierres, je ne veux plus brûler mes pantalons plus pécher dans le ruisseau tout ceci je le promets au bon Hans Trapp !)

On le voit le texte ne manque pas d’humour et de recherche de pittoresque d’un personnage négatif supprimé, on en vient à sourire et à rendre grâce à ce méchant qui joue un rôle de justicier, la menace plus forte que la sanction en quelque sorte !  Les dérives que signalent ceux qui jouent les pères noëls à domicile. Outre une récompense à apporter, une tétine ou un doudou à confisquer, ils sont chargés de menacer.

Aux Pays-Bas, c’est “Pierre le Noir” (nommé aussi zwarte Pieten, dont certains dictons sont encore porteurs d’un sens proche en Alsace, il sera alors utilisé dans l’esprit de mouton noir, de bouc émissaire), accompagné de “Maures” en souvenir sans doute des invasions musulmanes du Sud du 8ème siècle. Ces deux personnages, deux valets maures  (Maures),  sont alors les  héritiers des saltimbanques du Moyen-âge, faisant tours, acrobaties et se promènent au visage noirci.

Au contraire, le Père Fouettard est vêtu de foncé, hirsute, ou encore de paille,  pileux agite avec force cloches et fouets (telles les divinités anciennes pour porter bonheur on secouait les fouets,  et l’on tapait avec des verges, ces rites interdits par le christianisme ont, selon toute probabilité,  été transformés en rites autorisés ou du moins tolérés). D’ailleurs l’origine serait la théorie de Arnold Von Gennep Hans Trapp serait d’origine  Jésuite datée du 18ème siècle.
Quand Knecht Ruprecht monte à cheval (en opposition avec la simplicité de l’âne de Nicolas) on donne le nom de “SLUPINIS” à rapprocher du  nom de Sleipnir. Son proviendrait d’un ancien qualitatif traditionnel du dieu “Wotan”, “Wuotani ruoberath “ du vieil haut allemand “hruot”, renommée et “beraht” “brillant”.

KRAMPUS  !!!!

http://3.bp.blogspot.com/_eDRC7FznR9Y/SVlR9WNmoNI/AAAAAAAAA24/N7nhotGAS7w/s400/Krampus+still+looking_st.+Nicholas+looks+on.jpgcette image provient du site :
 : therecoveringdissidentcatholic.blogspot.com/2. (même dans les liens nous ne sommes pas sectaires !!)


exemple de Krampus qui attaquent : (le folklore à l'heure actuelle : (Exemple d'une tradition vivante ! On peut couper la musique si nécessaire)

http://www.youtube.com/watch?v=jmu6L2KzKXQ&feature=fvw

link
  Ou moins virulent : ici : http://www.youtube.com/watch?v=kYS0OSDVpVs&feature=related
link




Quand un “diabolique KRAMPUS” accompagne le dieu de Noël....
KRAMPUS, un drôle de diable fouettard autrichien  !
Le personnage qui m’intrigue le plus est bien ce fameux KRAMPUS, inconnu dans notre Alsace, Hans Trapp survivant et occupant bien son rôle, nul besoin d’aller voir ailleurs.
Et pourtant, il est bien effrayant, régnant en Autriche et dans certains Lands allemands et  à la frontière italienne. Il ressemble à d’anciennes représentations des dieux de l’hiver à cornes et sabots, mêlant à plaisir leurs atours les moins recommandables, diable, chèvre, boucs, cornes...
Les quelques illustrations de notre livre en témoignent. Les enfants en raffolent tout de même. Des peluches, images, et des formes en chocolat Krampus étant disponibles  au-delà des frontières. Attirance dans l’air du temps pour le croquemitaine ou les personnages négatifs, jamais les publicitaires n’auront eu de produit « diablement bon, à s’en damner, c’est l’enfer devient une formulation positive » chassé l’angélique « saint-Marc » et sa lessive pour être « diablement efficace ».

Les Hollandais recherchent la signification originelle dans le dieu Odin (comme le Père Noël) (dit aussi OEL) qui épiait les enfants qui par les fenêtres ou les trous de cheminées (expliquant ainsi sa couleur de suie délictuelle).
 
Un autre nom Hans Muff est cité dans les ouvrages germaniques comme personnage équivalent au Hans Trapp. Dans l’Alsace bossue, on désigne le personnage par le quolibet : “Müllewitz” qui proviendrait du moyen-haut-allemand “bilwitz” = “le kobold,” ou lutin domestique.

Un certain Hans Trapp était vu à Orschwihr, qui entrait la tête sous le bras, et les dents de cuir ”Ladrigi Zähn”, et son derrière se trouvant dans le “Schnappsack”.(la poche permettant de glisser le flacon de kirsch ou d’eau de vie )
La Baronne d’Oberkirch, née Waldner de Freundstein, le décrit dans ses mémoires tel qu’elle l’a vu lors de son passage à Strasbourg en 17857  :
“...mais on craint aussi le Hans Tràpp qui doit chercher et punir les enfants désobéissants et méchants.. souvent on entend la voix  rude et sévère de Hans Tràpp, qui paraît même quelquefois armé d’un martinet, et vêtu de rouge et de noir comme Satan.” Ce rapprochement n’est pas vain, on l’a vu avec un certain KRAMPUS

CHARLES-QUINT, Un autre Père fouettard Lorrain… Le père fouettard lorrain est Charles Quint (1500-1558) où l’on se servit de l’homme pour accompagner le vénéré saint Nicolas à des fins politiques.


Cela constitue la forme la plus originale de Père Fouettard, celle usitée en  Lorraine. Le croque-mitaine ressemble à l’empereur Charles-QUINT avec un bicorne  au long nez (dans la ville de Metz) il avait en effet fait le siège devant Metz en 1552,alors que le Roi Henri II l’avait conquise, voulant reconquérir la ville.  Les tanneurs avaient retenu un personnage grotesque au long nez, avec fouets, suivants et branchettes  qui accompagnait Saint Nicolas dans la ville. Façon de résister au siège de la ville par le roi, de soutenir le moral et convertir les enfants contre l’assiégeur. or pendant le siège de Metz afin de soulever le courage de ses hommes, “la corporation des tanneurs avait inventé un personnage grotesque, armé d’un fouet, qui faisait la chasse aux jouvencelles et bachelettes, petits valets et damoiseaux au long des rues affamées de Metz. ce personnage personnifiait Charles Quint, le tyran qui voulait conquérir la ville”.  Le siège ne fut levé qu’en janvier 1553. L’année suivante, le retour du Fouettard (local) est effectué sous l’impulsion de la confrérie des Tanneurs. Elle persiste en l’espèce toujours actuellement.

Mais il en existe encore d’autres Pelzbock et Russelbock en Allemagne (bouc velu et bruyant) ,  Schmultzli (du verbe verschmutzen : salir, donc signifiant le sale) en Suisse, ou  Rumpleklas (Allemagne).

Un Homme à tête d’âne, à Munster
L’âne accompagnateur à 4 pattes devient un homme masqué
Citons un cas plus alsacien de la vallée de Munster, que nous rapporte Gérard Leser, dans Wihnachte en Alsace, édition du Rhin,  qui ne manque pas de nous interroger, un homme accompagnant le Christkindel est vêtu d’une tête d’âne ou encore  d’une tête d’âne avec un bec d’oiseau  (A Munster, portant le dom de “d’r Schnàwelesel”  soit “l’âne à bec”.) Il comporte un sac en toile de jute grise, portant une cloche autour de son cou, et des chaînes bruyantes. Parfois ils poussent des cris épouvantables.
En guise de récompense il recevait une piécette. Alors que l’âne à 4 pattes accompagnant le donateur recevait une carotte, une botte de foin.
Il circulait les dimanches soirs de l’Avent, et quelquefois les jeudis soirs après la Saint Nicolas.
Il ne rentrait avec le Saint Nicolas qu’à condition d’y être expressément invité. 

Et on peut se risquer à  tracer  un parallèle avec les premières critiques visant les débuts du christianisme, on a ainsi trouvé des graffitis représentant les Chrétiens comme des adorateurs d’un âne. Sans doute l’entrée de Jésus à Jérusalem a marqué les esprits et une ressemblance entre deux mots. 
Il existe des personnages équivalents en dehors de l’Alsace, le Schnabbucke  du nord de l’Allemagne ou les Habergeissen  du sud de l’Allemagne, et pour la Suisse, les Spräggele d’Ottenbach près de Zurich8 .  
Cette coutume n’est pas spécifiquement européenne, on en retrouve des traces (sans doute exportées) dans la péninsule d’Oga au Japon, où le Namahague portant cornes et crocs et frappant violemment sur une marmite passe la nuit du 31 décembre à demander :”Y-a-t-il des bons à rien ici ?”.
Hans Tràpp crie bien:“Qui n’était pas gentil ici ?” faisant mine de l’emporter avec lui.

Cette Bonne interrogation toute emprunte d’esprit philosophique oblige à l’examen de conscience, d’un retour sur soi et invite  l’humilité des citoyens du pays du soleil levant. Chez les Indiens, le MARIWINE, selon Nadine CRÉTIN 9  a la particularité de se déplacer accroupi et visite plusieurs fois par an les enfants, avec plumes et une  épaisse couche d’argile sur le corps. La bouche cerclée de boules de Kapok.

Si le sapin de Noël né à Sélestat a fait le tour du monde, il faut bien croire que notre Hans Tràpp a des cousins, des voisins, des ancêtres, mais aucune copie réelle. On note bien des ressemblances, mais la dizaine de noms et de comportement l’isole  de sa progéniture.

Ces personnages négatifs à rapprocher donc des masqués de l’hiver, ont croisé l’histoire à Metz, en Alsace (Hans von Trotta) pour donner un personnage mystérieux destiné à la fois  à mettre en valeur le bon saint, l’enfant Jésus (La modernisation de Ste Lucie à l’époque du Concile de Trente et du bannissement provisoire de Saint Nicolas10 ) ou le Père Noël, mais aussi à diriger l’enfant vers le bon chemin, celui du Bien, de la Vérité et Krampus est bien la démonstration du Mal des démons et des conduites à  ne pas suivre. S’adressant ainsi au passé des adultes et à l’avenir des enfants, en les interrogeant chacun à leur niveau sur leur conduite et leurs actes.

D’autres noms pour les compagnons du Saint Nicolas :
De drôles de noms pour de drôles de compagnons :
Certains sont assez comiques, leur nom provient souvent de déformations des bruits qu’ils font ou expliquant leur allure, ou encore de la déformation d’un personnage historique comme Hans Trapp / Jean de Dratt.
Knecht Ruprecht,
 Père Fouettard, Rubelz, Hans Trapp (Jean de Dratt), Pelzenickel (Nicolas à fourure), d’r Beses, Buzemann,  Müllewitz (vient de bilwiz : lutin domestique), Perchten, Peckeresel (Péckeesel) :  en Alsace
Hans Muff, Düvel,Bock, Beelzebub, Böser Klaus, Ascheklas, Bullerklas, Klas Bur,
Zwarter Piet : Pays-Bas (Le Pierre noir, un jeune page noir compagnon du saint)
Pietermann, Pulterklas, Ruklas, Rupsack, Pelzebock, Pelzebub, Pelznickel, Butz, Rumpelklas, Schmutli, Düsseli, Semer, Klaubauf, Krampus (Autriche), Schiachtperchten, Partl, Bartl, Leutfresser, Biggesel, Schwarz Käsperchen, Spitzbarl, Erbsbär, Grampeler, Klaubauf, Ganggeler, Piggerler, Tuiff…Teufel
Buttmandeln (Bavière),  Treichler…
Le Maure, Nickel, Robert.

Le blason de Jean de Dratt
Ce qui prouve son existence historique porte des motifs décoratifs mais encore un corbeau tenant une bague au bec ainsi qu’un renard.

Le corbeau correspondrait à la mésaventure de l’oncle du personnage, un jour évêque.
Il s’aperçoit qu’on lui a substitué sa bague. Il soupçonne un de ses valets, que l’on exécute.
Mais quelques temps plus tard, la bague est retrouvée dans un nid de corbeau se prenant pour une pie.
L’homme aurait ainsi, en signe de repentance avant l’heure, fait figurer le voleur dans son blason, à défaut de valet innocent.

Le renard, loin du conte de La Fontaine, serait un rajout symbolisant la ruse : qualité attribuée à Jean de Dratt.




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Publié le 13 Décembre 2007

Le houx :
Houx :  (Famille de Ilicacées, 300 espèces différentes, dont une seule en Europe Ilex Aquifolium) Plante qui peut vivre 500 ans fleurit au printemps et en Hiver. On reconnaît immédiatement les cartes anglaises ou américaines, irrésistiblement on nous présente du houx et souvent du gui. On les retrouve sur les bûches à titre décoratif. Sur les têtes alsaciennes ce jour-là une couronne faite de plantes vertes, faite de gui et de houx. Les produits furent condamnés en chaire par Geiler de Kaysersberg toujours incisif. Le texte de 1512 de Hieronymos Brunschwig (cité dans « das Talbuch »  1966 par Aldred Pfleger) : « Le diable n’a aucun pouvoir sur celui qui porte les feuilles, et aucune sorcellerie pourra entrer par la porte au-dessus de laquelle les feuilles sont suspendues ».  Car on estimait chez les Germains, que la protection contre les esprits de l’hiver se faisait au moyen du houx.  Dans les contes, les branches des rameaux de gui ou de houx « devaient servir de perchoir aux esprits sylvestres, elfes et lutins » qui se « morfondaient dehors » à ce moment de l’année, et ne savaient où se nicher à l’intérieur ». (Elisabeth Berrangé ) . On voit donc que le houx avait un usage de protection.
Le magistrat de Strasbourg
embraye sur l’interdiction de Geiler de Kaysersberg et condamne fermement sa présence le 23 décembre 1524 en affirmant (cite par Adolf Sparmer Sitte und Brauch page 122) : « personne d’étranger et du lieu ne devra mettre de couronne pour la bonne année que quelqu’un le veuille ou non » (…) Celui qui transgressera cette interdiction ne sera relâché avant d’avoir payé une amende de 5 schillings Pfennige ».
Le houx  nommé en anglais « Holly » est très proche du « Holy » (sacré, saint).
 
Interprétation biblique : la couronne d’épines du Christ au moment de sa crucifixion. De plus le bois très épais et très dur du gui semble trouver son parallèle dans celui du bois du supplice de la croix de Jésus fils de Dieu.
Les auteurs de la chanson traditionnelle de noël « the holly and the Ivy »  (le houx et le lierre) elle tente le parallèle entre le houx et la Verge Marie dans plusieurs de ses strophes, on y parle de la solidité de son bois, la couleur rouge (tel le sang) de ses baies et de sa beauté, son piquant (rien n’est plus aiguisé que ses pointes acérées). (tra. Editions Scherzo Music Inc, par N. Cole in « Célébration of Christmas » avec P. Domingo et Carreras, disques Erato) 

(voir aussi Gui)

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Publié le 13 Décembre 2007

Gui : (Viscumalbum, famille des Hémiparasites, car il utilise le carbone). Symbole d’éternelle jeunesse et de renouveau ;la plante peut vivre 400 ans. Cette plante sauvage existe sous la forme de plus d’un millier d’espèces. Elle pousse dans des coins isolés à forte lumière à l’entrée des forêts. Ces baies mûrissent au mois de décembre, au cœur de l’hiver. Elles sont parmi les seules en cette saison et constituent donc un espoir de vitalité. Couper le gui demeurait jadis le privilège des druides munis de leur serpe d’or, 6 jours après le premier novembre et le 6ème jour de la lune. La lune régissait en effet le calendrier druidique. La récolte était précieusement déposée dans un linge blanc. La serpe d’or ne devait jamais avoirs servie.  Le gui est sacré car dans la mythologie germanique le dieu solaire  nommé Balder(fils d’Odin et de Frigg) est tué par Jödhr, son frère à l’aide d’un rameau de gui sur ordre de Loki.  C’est aussi la seule plante qui a juré obéissance et fidélité aux dieux. Le gui se trouva puni et devra, tel le serpent, ramper, mais grimper aux arbres et ne plus en descendre. La plante semble aussi avoir la réputation de « tout guérir ». Associé au chêne sur lequel il grimpe, qui furent souvent des lieux de pèlerinage. Le produit est hautement toxique, avalé par mégarde, il provoque des nausées, vomissements et la mort. On utilise ses baies en médecine pour la fabrication de certains médicaments. Ses fruits sont des symboles d’amour et de renouveau, symbole de la fertilité humaine, les fruits écrasés ressemblant à de la semence. Pline l’ancien souligne qu’il est ramassé depuis le 1er siècle après J.C.
 

S’embrasser sous le gui est en fait un souvenir des effusions rendues fructueuses par la déesse Frigga. Il est donc au cœur de la fête des Saturnales romaines et de sa décoration. Une tradition estime que le chasseur portant un gui à son chapeau, lui accorde le pouvoir de tuer un cerf. Porte-chance, il semble l’être devenu, mais il avait la vertu de protéger de protéger les enfants en bas-âge. Une chanson enfantine, « sous la branche de gui » de Buddy Baker, Tom et Frances Adair, Boris Bergman, Disque Disneyland, référence n°ST311F  « viens chanter Noël sous la branche, sous la branche de gui, mets tes habits du dimanche, tes souliers vernis, des jouets en pâte d’amande sous la branche de gui, et l’on quitte l’innocence et la branche de gui ».  « Au gui l’an neuf ! » les tournées des étrennes débutaient avec ce cri joyeux des enfants. Est sans doute une déformation, non d’une formule des Gaulois, mais une déformation du nom dialectal de ses tournées. (Van Gennep)

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Publié le 13 Décembre 2007

IMG-0588.JPGConte :
Gaspar, Melchior et Balthasar

Le roi Balthasar était un bel homme au visage d’ébène et aux cheveux crépus déjà un peu grisonnants. Il était roi en Afrique dans un pays riche en or que les marchands ralliaient par le port d’Ophir, sur la Mer Rouge. Avec plusieurs femmes, beaucoup d’enfants, beaucoup d’or et la réputation d’être un sage, il était sensé être pleinement heureux. Pourtant il ne l’était pas. Son bonheur était trop souvent assombri par une angoisse tout à fait irrationnelle : il avait peur des « esprits ». Pas tellement du Grand Esprit, Maître de toute la terre, mais des esprits malfaisants qu’ils ressentait comme d’autant plus dangereux qu’ils étaient invisibles. En cela il n’était pas différent de l’ensemble de son peuple : tout le monde avait peur des « esprits » et les gens ne s’en

 cachaient pas. Mais Balthasar le cachait ; secrètement cela le blessait. Il pensait qu’un roi ne doit avoir peur de rien et qu’aussi les gens du peuple devraient pouvoir vivre sans être constamment dans la peur.  Il cherchait donc quelqu’un de plus sage que lui, capable de lui apprendre comment se défaire de cette peur lui-même et aussi son peuple. Pour cela il était prêt à aller à l’autre bout du monde. Or il avait entendu  parler d’un roi de Jérusalem plein de sagesse : la reine de Saba était allé le consulter et était revenue émerveillée de son savoir universel. Le roi Balthasar décida donc d’aller le trouver. Il confia le royaume à la reine et profita du retour dans leur pays de marchands d’or de Syrie pour partir avec leur caravane en direction de Jérusalem.

 Il partit accompagné de son fou qui était débrouillard et qui lui servait d’interprète. Arri-vé au port d’Ophir on embarqua sur la Mer Rouge jusqu’à d’Akaba. Or, pendant la tra-versée Balthasar ne fut pas peu surpris d’apprendre que le roi Salomon était mort depuis au moins mille ans ! On lui dit qu’il pourrait trouver certainement un autre roi plein de sagesse s’il se rendait en Perse au pays des Mages. Il suivit donc les marchands jusqu’en Syrie où il obliqua vers l’Est. Arrivé en Perse, il eut la bonne fortune d’y trouver un sage réputé : le Roi-Mage Melchior. Il reçut Balthasar dans son palais et lui fit faire la connaissance d’un autre roi qui était son hôte : le roi Gaspard. C’était un vieillard au visage émacié, encadré d’une fine barbe blanche ; il venait de l’Inde où il avait été roi. A présent il n’était plus qu’un ermite itinérant, venu jusqu’en Perse à pieds, continuant à chercher de toute son âme la Vérité, comme il l’avait fait toute sa vie. –Le roi Melchior était un homme jeune, de belle prestance ; ses cheveux noirs et sa barbe très noire tranchaient sur la blancheur de la peau de sa figure. En fait il était davantage Mage que roi ! Il avait été associé au trône de son père, mais celui-ci continuait à gouverner : les affaires de son royaume l’intéressaient beaucoup plus que les étoiles pour lesquelles son fils se passionnait. Melchior s’était même fait polyglotte pour étudier les textes sacrés des différentes religions et y trouver des lumières pour mieux scruter le ciel. En fait sa plus belle étoile n’était au ciel mais bien sur terre : sa jeune épouse, elle était l’astre de son cœur.

Melchior lui avait communiqué sa passion pour les étoiles et ils y trouvaient leur bon-heur ensemble d’autant plus qu’un enfant devait leur naître bientôt. Serait-ce un garçon ou une fille ; ils étaient pressés de le savoir. Chaque nuit Melchior interrogeait le ciel étoile, et chaque matin son épouse lui demandait s’il n’avait pas vu une nouvelle petite étoile, signe de la naissance d’un fils. Mais le ciel ne montrait rien et ils attendaient impatiemment. C’est alors, qu’au lieu du petit enfant, c’est un vieillard qui arriva ! C’était précisément le roi Gaspard. Il avait été un roi très riche en Inde, avec un palais splendide, une femme et des enfants, et une nombreuse domesticité. Il avait toujours pratiqué strictement sa religion hindoue et cherché la vérité ;  il s’était aussi beaucoup intéressé aux étoiles. Il croyait à l’éternel retour des choses et voyait l’existence comme une roue qui tourne sur elle-même, sans commencement et sans fin. L’observation des astres l’avait confirmé dans cette vue des choses. Il était arrivé à l’âge de soixante ans, et était ainsi entré dans le troisième stade de la vie sur les quatre que comporte la vie d’un Hindou. A ce commencer une vie d’ermite. C’est ce que Gaspard avait fait, et maintenant l’essentiel pour lui était de sortir de la chaîne des réincarnations de ses vies successives pour atteindre le Nirvana. Au moment de sa mort il serait alors libéré de l’illusion d’être quelqu’un de personnel, et dissous dans l’Un et le Tout. Une question le travaillait pourtant : ne resterait-il donc rien du tout de l’être personnel et unique qu’il avait été durant toute une vie ?

Et s’il en restait quelque chose, comment, où et dans quel but ? C’est en méditant ces choses et en cherchant la Vérité de toute son âme, que le roi Gaspard s’était rendu de l’Inde jusqu’en Perse. Il savait qu’il y avait des traces de contacts entre les univers religieux hindou et perse et pensait que la Sagesse de l’Inde et celle de la Perse pourraient se rencontrer. Une fois si heureusement réunis Melchior, Gaspard et Balthasar continuèrent ensemble leur recherche de la vérité. Chacun étudiait, méditait et priait personnellement ; mais c’est ensemble qu’ils étudiaient les textes.
Melchior et Gaspard en avaient l’habitude ; pour Balthasar c’était nouveau, mais comme il était intelligent et motivé et il se mit à l’apprentissage des rudiments de l’écriture et de la lecture. Son « fou » était là s’il avait besoin d’un interprète et Melchior était polyglotte. Sa conception de l’existence était très différente de celle de Gaspard qui la voyait comme une roue, symbole de l’éternel retour des choses. Melchior étant de la caste sacerdotale des Mages la voyait plutôt comme une route conduisant à une juste rétribution après participation au combat entre la Lumière et les Ténèbres. Dans les longues discussions Melchior était le théologien, Gaspar, le philosophe, et Balthasar l’homme posant les questions concrètes ; c’est à lui qu’il était le plus difficile à répondre. Il parla de la peur des esprits dans son pays. Dans leurs conceptions sur les esprits Melchior et Gaspard divergeaient. Ils disaient que le Bien finissait toujours par l’emporter chez l’homme de bonne volonté ; mais ils n’avaient pas de parole définitive sur le sujet : pour eux il n’y avait pas de frontière claire et nette entre le Bien et le Mal.

Les trois hommes s’écoutaient, complétaient leurs connaissances ; durant le jour ils avaient parfois des difficultés à se comprendre ; durant la nuit le ciel étoilé parlait de lui-même dans son silence immense. Chaque matin l’épouse de Melchior voulait savoir si aucune nouvelle petite étoile ne s’était manifestée pour annoncer la naissance du fils espéré. En vain ! Un matin, la question ne se posa plus : un fils était né dans la nuit et Melchior était fou de joie. Fou de joie, même un sage devient fou sans perdre la raison pour autant. Melchior fit voir son fils à ses hôtes royaux ; Gaspard et Balthasar en furent tout remués, et la jeune mère toute étonnée de les voir si touchés, si pleins de joie et de tendresse. On festoya tout le jour mais, la nuit venue, les trois rois montèrent à la terrasse comme à l’habitude. Une immense surprise les attendait : au ciel brillait une étoile magnifique, tout-à-fait exceptionnelle par sa grandeur et sa brillance. C’est à l’Ouest qu’elle brillait. Enthousiaste Balthasar s’écria : « Regarde Melchior, c’est l’étoile de ton fils. » Vivement Melchior répondit : « Oui, pour mon fils il y a une étoile, mais elle est toute petite, c’est celle qui brille juste au dessus de nous, au zénith. Mais l’étoile qui brille à l’Ouest ne peut être que celle d’un personnage exceptionnel, d’un grand roi, ou même d’un dieu ». Les textes qu’il avait lus dans les Rouleaux Sacrés des juifs lui revinrent alors en mémoire : ils prédisaient la venue d’un grand roi. Cette nuit-là les rois ne dormirent pas beaucoup. Le lendemain matin Melchior déroula les Rouleaux qu’il possédait de la Loi et des Prophètes d’Israël.

Il s’arrêta surtout au Livre des Nombres où le voyant non-juif Balaam prédisait aux descendants de Jacob une belle prospérité future et même « qu ‘un astre issu de Jacob deviendra roi, et qu’un sceptre issu d’Israël se lèvera ». 
A n’en pas douter, cela était entrain d’arriver – Les jours suivants tout alla très vite ; les rois avaient une grande envie de se rendre au pays des Juifs pour y trouver le grand roi qui venait de naître. Balthasar et Gaspard se préparaient. Melchior pensait qu’il ne partirait pas pour rester auprès de sa femme et de leur enfant. S’il partait rien n’allait certes manquer à leurs subsistance et à leur sécurité dans le palais royal. Sauf sans doute la nourriture la plus indispensable pour une jeune épouse et son enfant : la tendresse du père. Son épouse le savait comme lui, mais elle pensait plus au bonheur de son époux qu’au sien. Un soir elle lui prit la main, la serra et lui dit : « Melchior, il faut partir ; les autres n’arriveront jamais à trouver sans roi le Grand Roi qui vient de naître ». Ton bonheur est le mien et aucune distance ne peut nous empêcher de nous aimer ». Melchior ne disait rien, son cœur battait, mais il n’osait pas dire oui. Alors son épouse ajouta : « D’ailleurs vous verrons chaque soir ; je regarderai l’étoile et je t’y verrai ; tu regarderas l’étoile et tu nous y verras, notre fils et moi. C’est l’étoile du Grand Roi, son étoile est une étoile de l’amour ». Les époux s’étreignirent : ils ne s’étaient jamais tant aimés ! Melchior partit donc avec les autres ; ils maintenaient le cap sur l’étoile qui se montrait chaque nuit.

Melchior la regardait avec les yeux du cœur et y voyait sa femme et son enfant. Bal-thasar et Gaspard la voyaient aussi, mais c’est surtout en eux-mêmes qu’ils regardaient. Ils constataient que leurs questions se décantaient au cours de la longue marche. Un soir l’étoile ne parut plus et ce fut la consternation ; heureusement on approchait de Jérusalem. Là les choses ne furent pas simples. Les femmes interrogées dès la première halte, à la fontaine aux portes de la ville, se montrèrent très étonnées : une naissance d’un roi ? Personne n’en avait entendu parler, ni cette année, ni la précédente ! D’ailleurs le roi était vieux et on attendait qu’il meure ; il n’était pas très aimé. Ses fils . Oui, il en avait eu sept et en avait fait mourir trois, tellement il était jaloux et cruel. Tous ces dires ne découragèrent pas Melchior ; il pensait qu’il ne faillait pas trop s’y fier et que le mieux était  de s’adresser directement au palais royal. Dès le lendemain matin il demanda une audience pour les trois rois. La nouvelle de leur arrivée les avait précédés au Palais et Hérode s’en était fort ému lorsqu’il en apprit  la cause. Aussi le chef de sa police soumit les rois à un interrogatoire serré, chacun des trois séparément : sur leurs personnalités, sur le fait de les voir réunis alors qu’ils venaient de pays très éloignés les uns des autres, s’ils avaient avec eux des soldats, etc, etc. Mais leurs réponses furent si concordantes et si limpides qu’ils obtinrent l’entrevue désirée. On sait la suite. Une fois renseignés par Hérode les trois rois se mirent en route vers Bethléem. Alors l’étoile reparut et ils en ressentirent une joie immense.

Elle s’arrêta au-dessus d’une humble maison : « Ils entrèrent et virent l’enfant et Marie, sa mère. » Il en émanait une simplicité, une paix et un bonheur dans lesquels ils se sentaient spontanément accueillis. Ils regardaient en silence, étonnés, interdits. Cela dura tout un temps. Dans leur esprit et leur cœur se fit la conviction : c’est LUI. Alors, « tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui ». Ils l’adoraient « du plus profond de leur humble condition terrestre, élevés en même temps au plus haut du Très-Haut, comme si leurs cœurs battaient contre le sien » . Comme une douce lumière la Vérité se diffusait dans leur âme « Leur joie était identique à la Vérité ».   Quand ils se relevèrent ils étaient comme nouvellement nés.


« Puis, ouvrant leurs cassettes, ils lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe ». Après quoi, « avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnè-rent leur pays par un autre chemin. » Maintenant qu’ils avaient trouvé la Vérité qu’ils avaient cherchée de toute leur âme, ils pouvaient se séparer. Balthasar continua vers le Sud pour s’embarquer à Akaba ; Gaspard accompagna Melchior jusqu’en Perse, puis reprit son chemin vers l’Inde, l‘Etoile ne brillait plus dans le ciel. Elle brillait dans leurs cœurs. Ils commençaient à devenir « Etoile » 

Joseph Loeb  (publié par la petite lanterne en décembre 2006)IMG-0589.JPG
 Ces contes viennent d'être publiés par notre ami voir notre blog, "conte de noël" daté d'hier.

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Publié le 12 Décembre 2007

IMG-0577.JPGBredele : petits gâteaux de noëls qui dans une pâte fine sont découpés à l’emporte-pièces de différentes tailles ou formes. Des formes symboliques, cosmiques, porte-bonheur : cœur, oiseaux, trèfle (prospérité)., ange (cochon avoir de la chance, Schwein haben) ou plus récentes : animaux domestiques, aux héros de BD, ou aux pères noël.... Aucune famille ne se priverait de cette confection familiale annuelle durant le temps de l’avent. Et si les talents manquent on peut aujourd’hui les acheter auprès de spécialistes tout en les transposant discrètement dans les boîtes familiales. Les précieux résultats de confection familiale sont enfermés dans des boîtes en fer et sont distribués au cours des veillées de l’avent ou durant les fêtes de noël. Il est courant d’en distribuer. Primitivement tous les gâteaux étaient sucrés tels les pains d’épice au moyen de l’ingrédient quasi-miraculeux qu’est le miel. Il est d’origine chinoise, adopté par les Arabes et importé d’Orient par les croisés, selon Sophie Lounguine.
Sur les marchés de noël ou d’avent (voir ce mot) se tiennent souvent des stands où l’on transmet l’art de confectionner ces petits gâteaux. Des stands destinés aux petits tel celui de Karsruhe.   Ou aux petits et grands désireux de s’initier à la pâtisserie, tel le « bredelemarik » de Mittelbergheim (Alsace) se tient le premier dimanche de l’avent.  Les talents et les traditions s ‘y conjugent pour l’élaboration des petits gâteaux.
(photos de confection de petits gâteaux à Eguisheim, boulangers du Haut-Rhin, photo FS)

IMG-0572.JPGIMG-0574.JPGIMG-0575.JPG
Petite recette des Schwoebredele (ce sont des petits gâteaux ou petits fours à la cannelle) 250 g de beurre, 1 oeuf, 250 grammes de sucres, 10 g de cannelle, 125 g d'amandes moules, zeste râpé de citron et un demi citron, 750 g de farine Mélanger les ingrédients, laisser reposer une nuit le lendemain étaler au rouleau à pâtisserie (comme sur les photos du blog) Pas trop épais, pas trop de farine, privilégier des gâteaux fins, c'est meilleur, plus vite cuit, et moins dur. découper les formes à l'emporte pièces (varier les formes pour le plaisir des enfants) badigeonner avec un jaune d'oeuf. Pendant que vous préparez une plaque, préchauffer le four, enfourner et surveiller pendant que vous préparez la plaque suivante, four 6 à 7 cuisson 10 à 15 min selon l'épaisseur. Amusement familial garanti....

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Publié le 12 Décembre 2007

IMG-0572.JPG(photo de bredele, petits fours de noël réalisés en Alsace durant le temps de l'Avent)


Avent : terme usité depuis le XII siècle, terme latin « Adventus »  “arrivée”, le pluriel ‘avens” désigne les 4 semaines. Période de jeûne équivalente au Carême. Il fut ramené à quelques jours seulement en 1918 tout en étant conservé en Orient et dans certaines congrégations.
L’avent n’a pas toujours débuté le premier dimanche de l’avent, mais à la Saint Martin, saint prédominant  en France. (voir ce nom)
Le temps de l’Avent débute le 30 novembre (fête de Saint André, patron de l’église d’Orient), mais aussi le 11 novembre, fête de la Saint-Martin, où l’on déjeunait d’une oie de la Saint-Martin (tradition subsistant en Alsace, en Allemagne et en Autriche) et d’un gâteau de la saint martin, dernier repas gras avant 6 semaines de jeûne.  Ce jeûne dans le monde oriental subsiste avec trois jours par semaine jusqu’à Noël.
Ce début largement fêté jusqu’en dans les années 90 même en Alsace, avec un feu allumé, des cortèges de lumignons, a connu quelques reculs au moment de  l’avancée d’Halloween aujourd’hui passé de mode. Le 11 novembre était aussi le début des contrats entre commerçants ou artisans. C’est le Concile d’Aix-la-chapelle en 836 qui a fixé  pour les pays de langue allemande les périodes de jeûne, le tout fut confirmé par le synode d’Erfurt en 932. Ces jeûnes furent respectés jusqu’en 1918, ils s’accompagnent de limitations des fêtes musicales, des gens de théâtres... et de leurs activités. Ces interdits ont permis à de nombreuses traditions d’être véhiculées durant le temps de l’Avent, où toutes autres activités étaient prescrites. 
Advent, advent ein Lichtlein brennt,
Erst eins, dann zwei,
Dann drei, dann vier, dann steht das Christkind vor der Tür.


IMG-0617.JPG(Avent, avent, une lumière brille,
d’abord une, puis deux, puis trois,
puis quatre, puis l’Enfant Jésus se tient devant la porte.)

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Publié le 12 Décembre 2007

Le livre des fameux contes de Noël de l'abbé Joseph Loeb, que la petite lanterne publie chaque année, est paru.

Destiné à l'origine aux amis et connaissances de l'abbé, le conte  est devenu au fil des années, victime de son succès, le must de noël, le présent attendu et apprécié.  Un cadeau qui une certaine densité. 

L'un repris et publié dans certaines revues de missionnaires, l'autre dans un mensuel tel "chrétiens magazine", et régulièrement depuis quelques années dans nos pages. Mais au final, aucun livre n'avait repris la quasi intégralité de ces petits chefs d'oeuvres. C'est enfin chose faite.

Car l'abbé Loeb use de son talent pour par des situations sympathiques, pour développer toute la foi et la charité chrétienne avec un regard alsacien qui  ne manque ni d'humour, ni de piquant.

Chacun appréciera tel ou tel conte, à mettre entre toutes les mains, citons :
* le chant de noël de la petite souris, noël des anges, à la crèche, entre le boeuf et l'âne gris, l'éléphant, le chameau, le clandestin de l'arche de Noé et ... bien d'autres, dont le dernier conte paru "la crèche et le sapin"..... création pour la noël 2007. (88 pages)

Il est Illustré par de très belles photos de crèche du Père Arthur Bohn

(Valeur 10 EUROS, adressez -nous un message à redaction@petite-lanterne.com
le Verso à gauche, à droite le recto ou écrire de la part de la petite lanterne à Couvent St-Marc, 68420 Gueberschwihr)

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Publié le 7 Décembre 2007

IMG-0647.JPGSaint Joseph, sa discrétion se démontre une fois de plus ici. C’est un des personnages les plus effacés, mais dont le rôle est essentiel, de l’évangile, « homme juste » selon l’évangile, « celui qui ne dit mot » mais qui consent de son plein cœur et de son âme. St Luc dit seulement de lui que Marie est « fiancée à un homme nommé Joseph de la Maison de David ».

 L’héritage du roi David est prestigieux mais concerne une famille relativement grande, la tribu de David. Il faut rejoindre les textes de St Mathieu pour en savoir davantage à son sujet.   Déjà son nom est important, en hébreu, son nom signifie Yoseph : que Dieu ajoute » (d’autres enfants). Si Marc ne commence à nous raconter Jésus qu’à partir de sa vie publique, il nous dit « n’est-ce pas le fils du charpentier , le fils de Marie » (VI,3) Luc précise « n’est-ce pas le fils de Joseph  ? » sans citer Marie (IV,22) on voit bien que les textes se complètent.

Son métier est bien plus large que le charpentier actuel, il comprend tous les métiers du bois, scieur, ébéniste, sculpteur, constructeur de maisons, d’engins et d’outils agricoles. C’est un artisan polyvalent. La tradition copte est unanime : «Il travaille le bois ».
D’ailleurs si le premier évangile  cité avait disparu nous ne saurions que peu de choses sur lui. Car nous apprécions avec lui les réactions du fiancé au mystère de l’Incarnation, qui prend d’abord des allures de trahison du pacte de fiançailles. Très discrètement, il nous apprend que « Joseph prit chez lui, Marie, son épouse » et « sans qu’il l’eût connue, elle donna naissance à un fils auquel il donne (cette tâche revient en effet à l’homme, comme Zacharie dont la langue est déliée dès qu’il a inscrit le nom de Jean sur la tablette pour « baptiser » Jean le Baptiste) le nom de Jésus. » Sans Luc, point de récit de la Nativité.
IMG-0647bis.jpg
L’Incarnation :
Dès qu’il aura passé une phase de doute, liée aux prescriptions de sa foi juive, il devient un homme d’action et protecteur.  
Les fiançailles juives sont un acte contractuel fort s’apparentant à notre mariage, exception faite de l’obligation de cohabitation. Mais le Talmud nous apprend que le fiancé pouvait « prendre possession » de son épouse (c’est-à-dire consommer le mariage) sous le toit de son beau-père.
Selon la loi juive (Deutéronome XXII) l’enfant conçu avant la cohabitation était considéré comme légitime . S’il y avait adultère, le mari devait répudier l’épouse car la fidélité ayant été rompue par cette dernière qui était fautive. Répudiée elle aurait été lapidée, car la faute « entraîne le châtiment capital ».  Et donc par son geste, Joseph, le mari légal sauve la vie à Marie et à son enfant. Y songe-t-on ? La beauté de l’Incarnation qui se heurte déjà au risque de la mort. Comme pour les saints Innocents massacrés par Hérode, en lieu et place de Jésus.
Il pourrait la répudier étant enceinte hors de toute relation conjugale. Mais comment l’aurait-il comme dit le texte « répudiée en secret ? ». Et à cause du chagrin, il ne mangea ni ne but (dit le texte copte).
 L’Ange du Seigneur (Est-ce Gabriel qui en est chargé ? ) lui apparaît en songe, nous dit Matthieu (1,18-21) avec la mission de lui expliquer (en l’apostrophant : « Joseph, Fils de David » lui rappelant ainsi la prophétie, qu’un juif pratiquant dans l’attente Messianique ne pouvait ignorer) qu’il ne convient pas de le faire Marie étant pure et sans reproche et ne l’a donc pas trompé.
La réputation de Marie et de Joseph sont donc intactes.
 Les apocryphes, notamment le protévangile de Jacques (chapitre XIV, évoqué par Daniel-Rops in les évangiles de la Vierge page 141) nous racontent les doutes de Joseph (présenté comme vieillard) « Qui a souillé cette vierge ? (…) je l’ai reçue du temple et je ne l’ai point gardée ». Tout en rajoutant une épreuve à laquelle on soumet Marie l’épreuve mortelle, telle les ordalies, du jugement de Dieu par les « eaux amères » dont elle se sort indemne, leurs réputations respectives étant sauves.
Mais revenons au texte biblique,  Joseph prend donc Marie chez lui,  il devient, selon la formule éloquente de Bossuet,  « le dépositaire de la sainte virginité de Marie ».

Recensement et naissance :
Dès l’annonce de la joie faite à Joseph, ils partirent pour Bethléem s’inscrire sur les listes de recensement. Les textes coptes précisent que Joseph inscrit la famille et Jésus avant même sa naissance avec son nom. « Celui-ci n’était pas encore né ! » s’exclame le texte copte. Mais selon le texte arabe de l’ « Histoire » selon les noms de Joseph et Marie furent enregistrés.

S’échinant à prendre le couple en main, à organiser un voyage (malgré l’état de parturiente de Marie), à les loger (malgré le manque de place dans la salle commune, pas vraiment adaptée à l’intimité d’un accouchement). Le protévangile de Jacques de Jacques (chapitre XVIII), le Pseudo Matthieu  le recopie, nous apprennent que « Joseph découvrit une grotte et y fit entrer Marie ». Etant originaire de Bethléem cela lui fut sans doute plus facile. Joseph endosse donc en quelque sorte la paternité de la Crèche.
La naissance même, selon les textes coptes, il n’y assiste pas il cherche une sage-femme.

On  le voit ensuite attentif à toutes les prescriptions rituelles, il exécute les préceptes de la loi pour Jésus, en présentant Jésus au temple « rachat de son fils premier né ». On note aussi que la sainte Famille est pauvre car c’est le minimum qui est donné au Temple. Que les Mages ne sont pas encore passés voir la Sainte-Famille, car ils ne peuvent donner plus que les colombes.

Au même moment, Jésus est présenté à Siméon et Anne.

Puis Joseph prend pleinement ses responsabilités paternelles durant la fuite en Egypte, ou les jeunes années de l’Enfant. On peut dire qu’il a été le personnage central de l’enfance de Jésus, en tant qu’époux de Marie, père adoptif de Jésus, ou père aux yeux de l’humanité.  Vu la mortalité infantile connue encore il y a quelques décennies,(1880 en France, 17 % des enfants décèdent avant le premier anniversaire),  la protection réussie de la Sainte-Famille doit peut-être quelque chose à la « force tranquille » de Joseph.

La fuite en Egypte est considérée par les locaux comme un « honneur pour notre terre » chauvinisme oblige ! La venue des rois mages aurait eu lieu pour le texte copte « dans ans après sa naissance, ensuite ils s’enfuirent en Egypte » les faisant ainsi vivre deux ans en Egypte. On signale même les nombreux lieux qu’ils auraient parcourus ou visités.
Il ne peut donc manquer dans la représentation de crèche, comme certaines crèches modernistes l’en efface.  Souvent muni d’une lanterne symbole de sa paternité adoptive (On remet un cierge pascal au parrain lors d’un baptême).
Dans l’homélie des Saints Innocents (Synaxaire 26 Abîb) « Les Mages étant entrés dans la maison (NDR : et non la grotte, mais on ne les imagine pas restant plusieurs jours dans la grotte), trouvèrent l’enfant Jésus, sa mère et le juste vieillard Joseph » (page 29 de Saint Joseph dans la tradition copte)

Plus tard, aux 12 ans de Jésus,  Joseph fera  accomplir le pèlerinage annuel à Jérusalem. Jésus après cet épisode de «fuite » au Temple pourrait vexer Joseph en appelant le Temple de Jérusalem la « maison de mon père » mais l’homme est juste remis à sa place de Père adoptif (l’évangéliste ne cite pas son nom mais parle de « père et sa mère ») et Joseph médite ses paroles, une fois de plus, content d’avoir retrouvé leur enfant,, ne dit rien et consent. D’ailleurs Jésus ne fait pas une crise d’adolescence car l’évangile dit qu’il « leur était soumis ».  (St Joseph et l’Enfant Jésus, statue de l’église saint André d’Eichhoffen)

Joseph tenant une fleur ? ou un bâton fleuri
 « Le saint vieillard, dont les cheveux blancs étaient comme les bourgeons de l’arbre du paradis, c’est-à-dire de l’arbre de vie (…) Il fit le protecteur du jardin (Marie) dans lequel était cachée la fleur (Démétrius IV-Vème siècle)     (Mais les représentations un peu plus anciennes le montre avec un bâton, ce morceau de bois fait référence encore une fois à un texte apocryphe , celui du pseudo-Matthieu, chapitre VIII, on y voit l’attribution de Marie, protégée du temple, élevée en son sein, par les prêtres laissant au hasard (donc à Dieu) le soin de lui désigner l’homme qui l’aura. L’homme dont du bâton s’envolera une colombe « plus blanche que neige » se verra décerner Marie arrivée à l’âge nubile 14-15 ans. Très timide et discret, Joseph, n’ose se signaler. Ce bâton lui sera ainsi souvent accolé dans les représentations statuaires ou picturales.
Un peu plus éloigné dans certaines représentations voulant la place centrale à l’Enfant et à sa Mère, cela évoque bien sa discrétion.

Se brosse donc, le tableau d’un homme droit et rigoureux qui transmet sa force, sa sagesse, son métier (tectôn en grec artisan du bois, Mt 13) à son fils adoptif et son réconfort à Marie. Il semble avoir quitté ce monde, lorsque débute la vie publique de Jésus autour des 28 ans, car l’évangile décrit Jésus en « fils de Marie » et non en « fils de Joseph ». Ce qui ne peut-être une formule ironique, car même les apôtres en usent.

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Le pseudo-Matthieu y voit un Ancien, le protévangile de Jacques : un « vieillard » qui a des fils « Moi qui suis vieux et qui ai déjà des fils » (Chapitre X).   Il a épousé Marie à 89 ans et serait mort à 111 selon une tradition.  Selon le calendrier copte, le mois de Abîb le  26, « le jour du repos de celui qui atteignit une belle vieillesse ». Ce mois entier est dédié à  St Joseph.  Dans le premier cas, on souligne alors sa grande pudeur et son respect de sa consécration mariale, dans le second cas on met plus en valeur sa protection. Sa disparition est un fait, au cours des Evangiles, il n’est plus fait mention de Joseph lors de la vie publique du Christ. St Jean signale même qu’il devient le Fils de la Vierge, selon les désirs du Christ en croix. C’est donc qu’elle est veuve.  Les apocryphes désirant combler ce que la sainte écriture ne dit pas on ainsi, une fois de plus comblé le vide, au moyen d’un texte ancien, de la fin du IVème siècle rédigé en Egypte que la découverte de fragments coptes et égyptiens ont permis de reconstituer, il s’agit de « l ‘histoire de Joseph le Charpentier » attribué, excusez du peu, à Jésus lui-même, s’adressant à ses disciples. L’âme de Joseph y est emportée au ciel, tandis que le corps est intact. On retrouve un récit de la fin de vie proche de celle de la Vierge Marie. Ce texte, s’il est peu cité, a néanmoins inspiré l’art, car on y voit Marie et Jésus entourant Joseph. Quoi qu’il en soit, son culte est fervent en Orient dès le Vème siècle, notamment chez les Coptes, ils mettent en valeur plus particulièrement la fuite de la Sainte Famille (voir ce mot) en Egypte, proximité géographique oblige.   Le culte à Saint Joseph en Occident est bien plus récent, même si sa présence dans les crèches n’est contestée par personne. Il entre au martyrologue avant le IXème siècle en Occident et le Xème en Orient. Il est fêté chez les Grecs, au IX et Xème siècle le dimanche avant Noël comme les ancêtres de Jésus. Ainsi que le dimanche suivant, certains calendriers commémorent ainsi le saint couple le 26 décembre.  En Occident, un oratoire voit le jour près de la cathédrale de Parme en 1074, une cathédrale lui est attribuée à Bologne en 1129. Il devient rapidement patron secondaire de nombreuses églises et paroisses.
Les ordres mendiants le choisissent comme patron et protecteurs au XIVe, il est vénéré le 19 mars dès 1326, patron des causes désespérées, des charpentiers et bûcherons, des voyageurs et de la « bonne mort » en référence à « l’histoire de Joseph le Charpentier », fêté le 1er mai en tant que « saint Joseph artisan .  patron de l’église catholique en 1870 par le pape Pie IX à la requête du concile Vatican I, le Concile Vatican II le cite dans la prière eucharistique, Jean XXIII avait placé ce moment de l’église sous sa protection. Des témoignages de couvents lui réclamant la grâce de s’occuper de l’intendance de leur organisation signalent son « efficacité » à exaucer ces prières.
(cf.  De nombreux points peuvent être éclaircis ou complétés par Saint Joseph dans la tradition copte, traduit de l’italien, Gabriele Giamberardini, o.f.m., Montréal, Oratoire saint-Joseph, 1969, même s’il se rapporte souvent à des textes apocryphes, il y développe le Saint Joseph de l’ »histoire », dans la « théologien » (à l’appui d’anciennes homélies ou commentaires des premiers chrétiens) la « liturgie » (les principales prières faisant référence à Joseph) et dans « l’iconographie »
 l’histoire des saints et de la chrétienté, vol. 1, page 222 à 224. Hachette, 1986
pour la petite histoire des reliques de son manteau, des bagues de fiançailles, de la ceinture, des bandes de tissu de ses jambes, du bâton (toujours les apocryphes !) , ossements, chaussures et même son « han » cri du bûcheron en coupant le bois a été mis en bouteille et fut honoré à Cour-Cheverny près de Blois, des fragments de sa tombe durent présentés à Rome à Santa Maria in Portico, à Santa Maria in Campitelli , d’après Bibliotheca Sanctorum, volume VI, col.1281)
 (Illustration ci-contre d’une petite annonce de 1910, pour le livre St.josephsbuch de Stehl, Kaltenkirchen, document de l’auteur, on y voit le bâton qui a fleuri des apocryphes)
 Prière à Saint Joseph :
Saint Joseph, intercède pour nous
Glorieux Saint Joseph, époux de Marie, accorde-nous ta protection paternelle, nous t'en supplions par le Cœur de Jésus et le Cœur Immaculé de Marie. O toi dont la puissance s'étend à toutes nos nécessités et sait rendre possibles les choses les plus impossibles, ouvre tes yeux de père sur les intérêts de tes enfants. Dans l'embarras et la peine qui nous pressent, nous recourons à toi avec confiance. Daigne prendre sous ta charitable conduite cet intérêt important et difficile, cause de notre inquiétude. Fais que son heureuse issue tourne à la Gloire de Dieu et au bien de ses dévoués serviteurs.
O toi que l'on n'a jamais invoqué en vain, aimable Saint Joseph, toi dont le crédit est si puissant auprès de Dieu que l'on a pu dire « au Ciel Saint Joseph commande plutôt qu'il ne supplie », tendre père, prie pour nous Jésus, prie pour nous Marie. Sois notre avocat auprès de ce Divin Fils dont tu as été ici-bas le père nourricier si attentif, si aimant, et le protecteur fidèle. Sois notre avocat auprès de Marie, dont tu as été l'époux si aimant et si tendrement aimé. Ajoute à toutes tes gloires celle de gagner la cause difficile que nous te confions.
Nous croyons, oui, nous croyons que tu peux exaucer nos vœux en nous délivrant des peines qui nous accablent et des amertumes dont notre âme est abreuvée. Nous avons de plus la ferme confiance que tu ne négligeras rien en faveur des affligés qui t'implorent.
Humblement prosternés à tes pieds, bon Saint Joseph, nous t'en conjurons, aie pitié de nos gémissements et de nos larmes. Couvre-nous du manteau de tes miséricordes et bénis-nous.
Amen. - SAINT FRANÇOIS DE SALES (1567-1622)-
 

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Rédigé par Rédacteur petite lanterne

Publié dans #traditions de noël

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