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Publié le 7 Novembre 2016

Tradition rhénane, et début jadis de la période de l'Avent, la Saint Martin est une fête des lumières (des "laternes" lampions que promenaient les enfants dans les rues de la ville).

Cette fête un peu éclipsée par Halloween est pourtant vivace encore dans certains villages et outre-Rhin.

Pour savoir qui est Saint Martin, c'est ici qu'il faut lire la partie ci-dessous 'Saint Martin fait l'oie"


De nombreuses traditions évoquent l'oie qu'il faut tuer à cette époque de l'année, elle empêchait le soldat devenu évêque de prêcher...

On sait aussi que Martin est le saint patron des paysans dans les régions du Sud de l'Allemagne. Dans de nombreuses cités se tenaient les marchés de la Saint Martin, où l'on renouvellait les contrats des saisonniers.
Début en Autriche de la bénédiction de Saint Martin, elle annonce le début de l'hiver (malgré l'été de la saint Martin toujours clément, une sorte d'été indien). A cette date le berger s'en retournait à sa demeure.  Des traditions autour du saint sont nombreuses citons : les feux de la saint Martin, les gâteaux de la saint Martin (ils ressemblent à nos männele, petits hommes en brioche de la Saint Nicolas) ils ressemblent soit à des oies, soit à des petits hommes.  Chez les évangélistes la tradition a persisté dans certaines paroisses allemandes sous le nom de "Lutherbrötchen" !! (petits pains de Luther), bien évidemment les lanternes que les enfants portent en procession doivent être cités, ce sont des soleils (les jours racourcissent) ou d'autres personnages dans lesquels les jeunes aidés de leur maîtresse installent une bougie et actuellement des piles pour alimenter l'ampoule électrique. (principe de précaution oblige !) 

Et pour contrer ceux qui pensent que Martin était égoïste en donnant sa tunique, son manteau au pauvre (dans lequel il reconnut le Christ) et que les deux avaient ensuite froid. Il n'a donné que la partie du manteau dont il était propriétaire, chaque soldat devant payer la moitié de son équipement, il s'est séparé de ce qu'il possédait et n'a pas volé l'Etat. En cela, il était déjà chrétien car comme le disait Jésus "rendez à César ce qui est à César, et à Dieu, ce qui est à Dieu".

L'article complet est ici : SAINT MARTIN : FAIT L'OIE...

 

Saint Martin fait l’oie

 

A la Saint Martin dans plusieurs village salsaciens Ammerschwihr, Haute-Alsace notamment, on chante avec les lanternes à la main « Laterne, laterne, Sonne Mond und Sterne » (Lanterne, lanterne, soleil, lune et étoile). Il va de soi que la petite s’exclut d’y voir un présage.

 

Saint Martin et les traditions autour de sa fête

Saint Martin de Tours, évangélisateur principal de la Gaule, à ne pas confondre avec saint Martin pape, célébré le 12 novembre et qui fut élu pape  le 5 juillet 649, a droit à tous les honneurs de la chrétienté avec le parrainage de plus de 3675 églises, (Théo nous dit 3667 paroisses, 485 communes).  25 églises dans le Bas-Rhin, 21 dans le Haut-Rhin, mais bien plus en tant que patron secondaire.

Sa fête suscita jadis de véritables banquets, à quarante jours du solstice d’hiver. Pour de nombreux ethnologues, il annonce déjà l’hiver, malgré son « été de la saint Martin » sorte d’été indien, accalmie dans le soleil automnal. Qui selon le proverbe dure peu de temps. « D’ Martin Summer dürt frei Tag un e Bissel » L’été dure trois jours et un peu.  Car on le sait déjà « clair à la saint Martin, déjà l’hiver vient » Saint-Martin sec et froid l’hiver n’est pas de force. Mais comme dit le proverbe « Sankt-Martin, Fier in’s Kamin » « Saint Martin fait le feu dans la cheminée ».

C’est aussi le temps des récoltes et d’une fête des récoltes « Martinkilbe » Messti ou fescht, fête de la saint Martin.

Comme on le remarque aisément, le rythme des 40 jours est prépondérant dans les successions des fêtes, évoquant les 40 ans d’errance du peuple biblique dans le désert, les 40 jours du carême, les 40 jours entre pâques et l’ascension…

 

On consommait jadis jurant ces fêtes de Martin, de grandes quantités de bœuf, massivement élevé Outre-Atlantique et d’Oie dans le Nord et l’Est de l’Europe. On récoltait aussi du bois pour mieux « réchauffer le saint » un dicton ne dit-il pas « Fais du feu, attise le feu, voici venir St Martin avec son bras nu. Il voudrait se réchauffer, se chauffer jusqu’à 4 heures ». Il est effet venu le temps des soirées au coin du feu, celui des veillées.

 

Martin est un personnage complexe et intéressant sur lequel on n’a pas manqué de broder des légendes et des contes, faisant même parler les oies ou son âne, on aura loisir d’y revenir un peu plus loin.

 

Au nom de l’Oie…

L’oie est consommée à la Saint Martin, arrivée à  maturité, elle fête son anniversaire en passant à la broche. Car, mauvaise conseillère, elle aurait troublé l’évêque dans ses prédications, ou aurait été délogé de son refuge par ce palmipède de basse-cour de 4 à 12 kg qui peut être un sérieux gardien de ferme rivalisant avec les chiens les plus entraînés. On ne sait d’ailleurs pas si c’était une oie ou son époux, le jars qui le chassa de son refuge.

L’oie est aussi assimilé à une insulte, une fille peu intelligente devient une « Dummi Ganz » (stupide oie). Mais l’Alsace a également son oie, au corps court, large, massif en forme de bateau, si l’on en croit Jean-Jacques Mourreau dans son dictionnaire sincère de l’Alsace singulière, chez Seguier. Elle peut être grise, blanche, blanche, tachetée gris et  blanc. Il va de soi, qu’en Alsace, région d’origine du Foie gras (1779-1783 Jean-Pierre Clause, natif de Dieuze, cuisinier du maréchal de Contades, gouveneur militaire de Strasbourg), son foie peut finir dans vos assiettes.

 

Martinganz (en dialecte, en allemand « Martingans) (oie de saint Martin)

L’oie est bien plus qu’un animal  apprêté pour cette occasion,  l’oie est aussi le symbole du dieu Odhin chez les Germains, on a trouvé sa présence aux côtés de Frau Holle. Les Germains se faisaient enterrer avec des oies, animal sacré déjà chez les Grecs et les Romains, évangélisateur, Martin n’a pas pu faire autrement que de convertir le symbole de cet animal en lui offrant un nouveau sens.

Déjà César dans ses écrits rapporte que l’oie est sacrée chez les Bretons.

La tradition de festoyer vigoureusement à cette date semble avoir perduré après les débuts du christianisme, puisque le Synode d’Auxerre va interdire en 578 les festins de la vieille de la fête de Saint Martin, car elles engendraient trop d’orgies et de beuveries.  Que l’on nommait en ancien français « martiner » boire beaucoup.  Avoir la maladie de Martin signifie également  être gris. Les régions du Rhin inférieur connaissent eux  l’oie de la saint Michel. C’était un jour faste où entraient les rentes et le paiement des intérêts,  des baux, fermages et rentes pour les débiteurs une journée très triste et coûteuse, faisait dire au proverbe « Martin ist ein harter Mann » un homme dur. Avant la révolution les fabriques d’église se voyaient offrir des oies et des chapons, les clercs et les moines distribuaient eux du vin (Martinswein) aux pauvres. (Almanach  de l’Alsace, Bernard Vogler, page 327). 

 

Il persiste dans la tradition germanique les défilés de lampions de la Saint Martin, les enfants fabriquent à l’école des lumignons ou des soleils de papier dans lequel on place une bougie ou une ampoule (sécurité oblige) et se forme alors un joyeux défilé dit de la Saint Martin.  Dans d’autres villes on fabriquent des masques découpés dans des betteraves (Flandres) que le nomme « masques de la Saint Martin ».

 

En Flandre française, on entend cette chanson entonnée par les enfants :

Saint Martin

Boit du vin

Dans la rue des Capucins

Il a bu la goutte

Il a pas payé

On l'a mis à la porte avec un

Coup d'balai »

 

 

Le foklore de Touraine révèle que tous les ânes se nomment Martin. Ceci depuis que l'âne de St Martin révéla la taille de la vigne en broutant celle-ci. En souvenir de cet âne, St Martin est devenu le protecteur traditionnel des ânes et des animaux.

 

Une autre légende flamande la complète : saint Martin portant la bonne parole sur les côtes flamandes, aurait perdu son âne. Ce dernier serait parti brouter ailleurs, alors qu'il tentait d'évangéliser les pêcheurs d'un petit village, futur Dunkerque. À la nuit tombée, les enfants du pays se mettant à sa recherche, avec force lanternes, l'ont retrouvé dans les dunes, entrain de manger des chardons et des oyats. On retrouve donc la pratique des lumignons et de la procession enfantine.

Et pour remercier les enfants d’avoir retrouvé son animal, saint Martin a transformé toutes les petites crottes de l'âne en brioches à la forme particulière, que l'on appelle folard (Voolaeren, en flamand), ou craquandoules. On ne sait si c’est la fin ou le manque d’appétence de son discours qui a fait fuir l’animal.  Moins agressif que l’oie toutefois.

 

En Angleterre et en Italie, on dressait jadis pour sa fête des mâts de cocagne et l’on suspendait des bœufs, porcs, moutons et volaille. La coutume un peu barbare fut abolie au profit des foires d’automne qui se tiennent souvent autour de la saint Martin et des oies rôties. C’est également à la Saint Martin que se faisait les grands marchés au personnel. Toutes les personnes qui cherchaient en tant qu’employé de maison, soubrette, servante se réunissaient pour postuler à un emploi d’une durée d’une année, jusqu’à la prochaine Saint Martin. Ainsi étaient rythmés les embauches dans le domaine des services à domicile et des saisonniers .

 

Pour décrire la vie du Saint, on peut se replonger dans la biographie d’Anne Bernet « saint Martin, apôtre des Gaules » éditions Clovis., il est né en 316 dans la province romaine de Pannonie, en Hongrie, il est fils d’un militaire pays, originaire d’Italie  du Nord, de Pavie. Son père est militaire de l’empire romain. Martin signifierait d’ailleurs « voué à Mars » dieu de la guerre dans le monde romain. Mais à 10 ans le jeune est attiré par le christianisme, sans doute s’est-il frotté aux chrétiens.

 

Il entre dans l’armée à 15 ans, du fait de la décision paternelle, en tant que simple soldat. Lors d’un tour de gade qu’il effectue à Amiens, il va donner la moitié de son manteau, uniforme, la seule qui lui appartienne à un mendiant. On sait en effet qu’une partie lui était propre, l’autre appartenait à l’armée. Car précise le texte, il n’a rien d’autre à lui offrir. Sa conversion intervint dans la nuit lors d’une apparition du Christ justement revêtu de ce manteau offert au pauvre, il a 18 ans. De nombreux tableaux, sculptures représentent Martin tranchant en deux son manteau pour le donner au pauvre.

La période n’était guère à la compréhension en cette période romaine, sa conversion n’est pas appréciée par les autorités. Il refuse de verser le sang et de combattre. Il obtiendra sa mise à la retraite quatre ans après son baptême donné par Hilaire (Baptême en 356, St Martin se considérera comme son disciple, écrit Daniel-Rops. On rencontre les grands évangélisateurs de la Gaule, de la Germanie, à savoir Hilaire de Poitiers, Fridolin( voir un de nos derniers articles) et Saint Martin, qui deviendront tous les trois évêques). Avec Hilaire ils fonderont le monastère de Ligugé (361), évangéliseront la Gaule. A posé les fondements d’écoles en Irlande, en Ecosse, au Pays de Galles. (Son nom apparaît dans le calendrier religieux celtique irlandais). Sulpice Sévère forgera sa réputation en tant que témoin oculaire et répandra ses actes et faits. Notamment la résurrection de morts. La liturgie le nomme d’ailleurs « le merveilleux ressusciteur de trois morts » nous signale la vie des saints (p 700).

 

Il est père de l’église (latine) avec Saint Athanase d’Alexandrie, saint Basile de Césarée, saint Grégoire de Nazianze, de Nysse, saint Jean Chrysostome.  Un Reliquaire de la fin du 14 ème siècle; réputé abriter la tête de St Martin, argent et cuivre, originellement exposé dans l'église de Soudeilles, aujourd'hui conservé au Louvre

 

Les milieux païens lui reprochent son combat contre les anciennes traditions (dites païennes, paysannes en fait) du culte des dieux de la terre, culte des arbres. Des fresques nous le montrent coupant dans les forêts les « arbres sacrés », luttant contre le gui, le houx, arbres vénérés dans les croyances druidiques. Il combat l’arianisme, le culte de Mithra.

Il meurt  en 397.

 

Il devient le patron des forgerons, de la confrérie de maréchal ferrant (sans doute  car il représenté avec un cheval et son armure, même si l’on sait qu’il est entré dans l’armée, malgré son père) avec une simple solde. Mais aussi des drapiers.  En Bavière les bergers le prennent comme saint tutélaire. Il est désormais de notoriété publique que le 11 novembre les pays européens célèbrent l’armistice de la première guerre mondiale et c’est à un militaire qui a changé de corps en glissant du militaire au religieux civil qu’ils confient leur protection.

 

Le 11 novembre, le 11e jour du 11ème mois à la 11ème heure, l’esprit du jeûne est réveillé. Saint Martin devient aussi un pourvoyeur d’abondance, si l’on cite la formule de Yvonne de Sike dans « fêtes et croyances populaires en Europe » page 26.

 

Proverbes :

O Martein, Martein

Der Korb muss verbrennt sein.

Das Geld aus den Taschen,

Den Wein in die Flaschen

Die Gans vom Spiess

Da sauf und friss

 

O Martin, il faut brûler le panier,

L’argent doit sortir des poches,

Le vin des bouteilles

Retirez l’oie de la broche

Buvez et mangez !

Le 10 novembre en Scanie, en Suède, la région la plus méridionale du pays, depuis 1567 on consomme vin, oie à la St-Martin. L’oie rôtie fut une tradition vivace dans les classes supérieures jusqu’à la fin du XVIIIeme siècle, nous signale « Walpurgis, écrevisses et Sainte Lucie, fêtes et traditions en Suède » de Jan-Öjvind Swahn.  C’est dans cette seule région que les oies survécurent, seule région riche en pâturages. D’où la croyance que la tradition était scanienne. Le menu s’ouvre par une soupe aigre-douce très épicée « la soupe noire » à bas e de sang d’oie ou de porc. Le plat de résistance est une oie entière rôtie, et le dessert un gâteau aux pommes « spettkaka » gâteau haut d’un mètre fait uniquement de jaune d’oeuf et de sucre, cuit à la broche sur un feu ouvert. On en trouve encore dans la vallée de l’Adour dans les Pyrénées, elle a disparue en Scannie. Ce sont tous des souvenirs de la cuisine de la Renaissance.

Dans la ville suisse de Sursee a lieu par tirage au sort des concurrents vêtus d’un manteau rouge, tel Martin, le visage couvert d’un masque portant un soleil rayonnant (tel les défilés de la saint Martin des enfants avec leurs lumignons) dont l’exploit est le « décapitage » d’un seul  coup de sabre d’une oie –pourtant morte- suspendue à un fil de fer.

Le grand assaut de l’intelligence, tome II de l’Histoire de l’Eglise en XXII volumes, Daniel-Rops par 397.


2. Le grand assaut de l’intelligence, tome II de l’Histoire de l’Eglise en XXII volumes, Daniel-Rops par 397.


voir aussi notre article sur les  Catherine et les Catherinettes

c'est bientôt la Saint Martin ?

c'est bientôt la Saint Martin ?

Saint Martin (évêque) donnant son manteau à un pauvre, l'autre moitié appartenant à l'armée il ne pouvait l'offrir.

Saint Martin (évêque) donnant son manteau à un pauvre, l'autre moitié appartenant à l'armée il ne pouvait l'offrir.

Saint Martin à cheval lors d'un défilé à Molsheim en 2013.
Saint Martin à cheval lors d'un défilé à Molsheim en 2013.

Saint Martin à cheval lors d'un défilé à Molsheim en 2013.

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Rédigé par Rédacteur petite lanterne

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Publié le 26 Mars 2013

 

 

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Les agneaux de pâques en pâte à biscuit, cuits dans les moules en terre cuite, sont un «must» des fêtes pascales, gâteau que l’on ne cuit sous cette forme, avec ce moule, qu’une fois l’an. Ils symbolisent, l’agneau sacrifié en remplacement du fils d’Abraham, mais aussi l’agneau pascal dont les linteaux de portes (en forme de croix) ont été aspergés pour que l’ange exterminateur ne tue pas les familles du peuple d’Israël, et bien plus récemment dans l’histoire chrétienne le sacrifice de Jésus sur la croix, comme un «agneau qui va à l’abattoir». Chaque messe rappelle «l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde», les musulmans eux-mêmes sacrifient un agneau au moment de la fête de l’Aïd. Le symbole est donc universel, du moins dans les trois religions monothéïstes.

Les agneaux sont généralement saupoudrés de sucre glace harmonieusement étendu sur leur dos, quand cela n’est pas du sucre fondu ou du chocolat, leurs yeux sont chez certains pâtissiers remplacés par des bonbons ou des dragées,  ils peuvent être  également décorés d’un ruban autour du cou de différentes couleurs, d’un drapeau et/ d’un étendard.
J’ai même croisé certains agneaux qui portait une clochette autour de leur cou ou un médaillon représentant un agneau.
La couleur du drapeau -à une tige métallique- peut-être fantaisiste, mais on trouve souvent les couleurs vaticanes blanches et jaunes, ou les couleurs traditionnelles de l’Alsace, à savoir celle du drapeau alsacien (l’original, voir livre sur le sujet) en rouge et blanc.
Certains étendards -sur un bâtonnet de bois ou de plastique ressemblent aux étendards de pâques dont on parait l’église pour la veillée pascale. Ils reprennent les motifs et les thèmes du «P» pascal.  Les anges sont devenus de plus en plus stylisés au point d’en devenir méconnaissables, l’engouement actuel pour ces êtres célestes les fera peut-être revenir parmi nous.



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  Recette de l’agneau pascal :  

C’est la recette simple de la ménagère et pourtant que de différences entre les productions, un peu comme les «petits gâteaux de noël». Une pâte simple, sans beurre mais avec des oeufs retrouvés après le jeûne du carême et des oeufs qui n’étaient pas consommés, un dessert idéal, léger et digeste.

Un pâtissier recommande de saupoudrer l’intérieur du moule après l’avoir badigeonné,  de chapelure de petits gâteaux de noël non encore dévorés (si c’est possible !) par la maisonnée. La chapelure donnera du croquant et évitera d’avoir à nettoyer les moules durant de longues heures après avoir délogé, l’agneau cuit, pour rassurer ceux qui ne disposent pas d’un moule en agneau de Betschdorf ou de Soufflenheim, on peut utiliser un moule en forme d’agneau en tôle, voire même en plastique (mais on ne garantira pas le goût !) d’ailleurs on assure que seuls les anciens moules ayant plusieurs fois servis et dont la chaleur a bien pénétré la terre cuite sont les plus efficients et obtiennent le meilleur rendu et le meilleur goût. C'est la même histoire que le moule à Kougelopf ou ceux qui concoctent un baeckeoffe.

La recette varie de la génoise, au biscuit de Savoie, voir même à un cake. Il n’y a pas de matière grasse dans le mélange exceptée celle qui sert à badigeonner le moule. Contrairement à certaines recettes qui circulent !! On y voit même du Rhum et de la Margarine !!

On propose une cuisson de 30 minutes à 40 minutes et une préparation équivalente.
2 (à 3) oeufs, 1 sachet de sucre vanillé (une variante existe avec un zeste de citron), 75 g (à 100g)  de farine, 50 g de fécule de pomme de terre type maïzena, 150 gr de sucre, (on peut rajouter un peu d’eau de vie)  un sachet de levure chimique (3,5 g)
Les blancs d’oeufs doivent être séparés des jaunes, battus en neige, le sucre est rajouté.Les jaunes de même.  

La farine doit être tamisée et rajoutée petit à petit.
on y ajoute fécule, levure et eau de vie, le mélange est fragile et doit donc être malaxé avec douceur. On y ajoute 5 cuillères à soupe d’eau chaude selon les recettes,
Le moule beurré, reçoit la pâte, évidemment le moule est à l’envers, on n’oublie pas de bien remplir de pâte les ouvertures, notamment les oreilles de l’agneau,

 

le mélange cuit entre 30 à 40 minutes à four préchauffé à 180 ° chaud soit 230 °. La chaleur traverse plus rapidement un moule métallique. On peut piquer à l’intérieur pour s’assurer que le mélange est bien cuit.


Le démoulage se fait quand la pâte est refroidit, avec douceur pour ne pas abîmer les dessins. On le décore avec des bonbons,  ou on le nappe de chocolat, ou de sucre mélangé à de l’eau de vie, ou encore on le saupoudre de sucre glace quand il est refroidit, placer un drapeau ou un étendard, et voici votre compagnon pascal prêt à être sacrifié !

 

 

voir aussi nos articles sur les traditions de pâques : traditions Oeufs de pâques et lièvre de pâques.

Traditions de Pâques, osterhase traditions

 

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Rédigé par Rédacteur petite lanterne

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Publié le 2 Février 2013

Liechtmâss hell un klor Gitt Egüets Roggejohr“
“A la chandeleur claire journée, Pour le seigle une bonne année”.

“Wenn an Lichtmess d’Sunnim pafarrer uf d’r Hüet schient, do geht d’r Fuchs noch sewe Wuche in d’Höle”

“Quand à la Chandeleur, le soleil luit sur le chapeau du curé, le renard retourne 6 semaines au terrier”

Et les proverbes et dictons sont légion pour cette fête, tournant de l’année, et les esprits les plus attentifs noteront qu’ils se contredisent avec plaisir.


Mais ce deux février, Marià Lichtmess, est un tournant dans le calendrier solaire et religieux. C’est l'année liturgique qui débute et les ouvriers agricoles en font autant et le cycle de Noël s’achève précise M.Becker- Huberti dans son ouvrage sur les traditions.  1 40 jour après la naissance de Jésus, la famille de Jésus applique la loi juive demandant de racheter chaque premier-né par une offrande d'un couple de tourterelles au temple. C'est ici que le viellard Syméon et la prophétesse Anne confirme le destin de Jésus et celui de Marie de souffrir en son coeur des douleurs du Messie.




 Le dicton en fait foi “Am Liechtmess s’Pinne vergess, S’radel hinter d’Dier, s’Rebmesser herfür”  le jour de la chandeleur cesse de filer, mets le rouet derrière la porte, sors la serpette”.  On ne peut être plus clair.

Un autre précise qu’à partir de ce jour, on mange le soir à la lumière du jour. Rupture dans le calendrier agraire mais aussi pour les contrats, on paye ses employés qui prennent un jour de congé, fêtent avec leurs proches la pays, jour que l’on nommait dans le sud de l’Allemagne “Schlenkeltage”.

En ce jour on célèbre, le jour où la Sainte Famille se rend, quarante jours après la naissance, au temple pour présenter Marie au rite de purification, imposé à la toute nouvelle  maman juive. Le couple devait présenter pour sa purification deux tourterelles ou deux jeunes colombes (certains disent pigeons2 ). La fête présente deux aspects le premier  célèbre la lumière ascendante conjointe à celle du Christ, le second est plutôt agraire et rural.

La présentation de Jésus annonce sa vie publique et son martyre sur la croix. Elle confirme aussi après la reconnaissance des mages (les autres religions païennes et autres nations) la reconnaissance et l’entrée de Jésus dans le temple, symbole de la religion juive. Jésus est entré dans son temple pour la première fois.

Elle peut porter aussi le nom de “Hypapante” ce qui vient au devant de la gloire. Siméon, le vieillard, “homme juste et pieux” fut le premier à appeler le Christ, “Lumière des nations”3. Voici l’enfant à nouveau montré, comme il le fut  par l’étoile des mages et avant le baptême par Jean dans le Jourdain  où la colombe de l’Esprit Saint est présente en même temps que la voix du Père se fait entendre. Ce texte de Siméon rapporté par Saint Luc a une certaine importance pour l’Eglise qui le prie chaque soir avant le repose de la nuit, “maintenait, ô Maître tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole, car mes yeux ont vu ton Salut, que tu as préparé en faveur de tous le peuples, Lumière pour éclairer les nations,et gloire d’Israël, ton peuple”. (29-32). 

Puis intervient Anne, la prophétesse qui elle aussi reconnait le Messie. (En Saint Luc 2,22-40).
Cette fête fut le Jour des relevailles de la Vierge qui pourtant a conçu sans péché, mais qui même dans les détails a été “la Servante du Seigneur” est  s’est soumise à la loi mosaïque. On peut souligner que depuis Vatican II la messe s’est transformée en Présentation de Jésus au Temple. Mais les rites de Lichtmesse c’est à dire de messe des lumières (Christ, lumière des nations) sont restés. De nombreuse paroisses qui célèbrent une messe ce jour-là  pratiquent cette bénédiction des cierges,

Antoine Kocher rapporte dans ses souvenirs4  de jeunesse “chaque famille apportait à l’église un cierge neuf que le curé bénissait à la fin de la messe : Seigneur bénis ce cierge... comme la lumière éclaire les ténèbres, que ta vérité éclaire nos vies”.



A l’est de l’Europe cela demeure une fête mariale, à l’ouest, au contraire,  une fête de révélation du Seigneur effaçant la cérémonie des relevailles.

Le cierge était gardé pour la parturiente et devait faciliter son travail en couche. 5  Les cierges bénis en quantité servaient aux prières du rosaire de l’année, mais aussi pour ce que l’on nommait en Allemagne les “Schwarze Wetterkerze” ”les jours de temps sombres“ où l’on les allumer pour conjuger, maladie, agonie ou jours particulièrement tempêtueux.

Le folkloriste Van Gennep, souligne, qu’en 1954, ils étaient encore largement utilisés dans les campagnes. Les cierges pouvant  être, dans certaines paroisses allemandes,  rouges à destination des  femmes et blancs pour le sexe opposé.

En Corse, la fête porte le nom éloquent de Candilara, de candela, la chandelle, c’est ce jour-là que les fidèles portent une chandelle allumée pendant l’office. ou encore le mot “Ciriola” de cera, la cire. Mais certains s’amusent à trouver l’origine en des noms de déesses telles que Cérès.6   Dans l’île on cite  un dicton expliquant qu’à Santa Maria Cioriola, s’il pleut ou s’il neige, de l’hiver nous sommes sortis, s’il faut soleil ou beau jour, encore trente jours dedans”. Cette même idée se retrouve dans d’autres régions. 7

Une origine souvent citée à cette tradition serait la fête celtique d’Imbolc. En ce deux février, précise Adolphe Landspurg,  l’observateur placé au Bollenberg voyait le soleil se lever entre le Belchen et le Blauen. Il savait alors que l’hiver était terminé. Dans la région du Belchenland, les prêtres continuent de bénir les cierges allumés, avec dans certaines églises notamment la basilique de Thierenbach une procession avec cierges à la main. Procession que l’on aurait hérité d’un rite païen du V ème siècle, si l’on suit ce même auteur. (Traditions solaires dau pays des Ballons et Belchen , éditions du rhin, Strasbourg 1999)

 


CRÊPES Le 2 février, l’on fait aussi sauter les crêpes, ce n’est pas une simple coïncidence, mais plutôt une représentation du soleil, que l’on s’approprie en le mangeant, “la consommation des crêpes, l’homme avale la lune (pour cet auteur  contribuerait symboliquement à faire disparaître la pleine lune et sa lumière néfaste”. Mais n’oublions pas que chez les anciens ont fait sauter les crêpes dans une poêle ronde avec une pièce d’or dans la main pour attirer la richesse dit-on ou plutôt pour évoquer la brillance du soleil ?
Cette tradition si elle n’est pas seulement païenne a aussi un bel exemple historique peu connu, au Vème siècle, des pèlerins venus affamés à Rome furent nourrit par le Pape Gélase premier un deux février, qui fit cuire pour l’occasion d’immenses galettes faites de farine et d’oeufs. 8 Objet de superstition sans doute, car en Vendée ou en Île-de-France, jadis, on plaçait au-dessus de l’amoire lingère une crêpe symbole de prospérité. (Soleil)

Le 2 février, l’ours sort de sa tanière et regarde s’il fait beau, dans ce cas il se recouche pour quelques jours dit un dicton. Il n’est pas innocent de voir représenté sous forme de scènettes avec costume cet ours à ce moment de l’année dans certaines régions. (Pyrénées espagnoles et françaises). L’ours, que joue un acteur dans ces représentations, finit tragiquement symbolisant la rigueur de l’hiver.  Sa mort est une métaphore de la renaissance du printemps. Mais qu’en est-il du dieu solaire Belenus ?

Selon Jacques de Vorangine, le culte fut instauré pour détruire d’anciennes traditions païennes et pour glorifier la pureté de la Vierge”.

“Autrefois, aux calendes de février, conte-t-il, en l’honneur de Februa, mère de Mars, dieu de la guerre, les romains illuminaient la ville de cinq en cinq ans avec des cierges et des flambeaux pendant toute la nuit, afin que mars leur accordât la victoire sur leurs ennemis en raison des honneurs qu’ils rendaient à sa mère, et cet espace de temps était un lustre.




Au mois de février encore, les Romains offraient des sacrifices à Febvrus, c’est-à-dire à Pluton et aux dieux infernaux, pour les âmes de leurs ancêtres : afin donc qu’ils eussent pitié d’eux ils leur offraient les victimes solennelles et toute la nuit ils veillaient en chantant leurs louanges et tenaient des cierges et des torches allumés. Le pape Innocent dit encore que les femmes romaines célébraient en ce jour la fête des lumières dont l’origine est tirée des fables des poètes. 9 (...) Or il semble que selon cet auteur cette tradition ne fut pas simple à abandonner, “alors le pape Sergins (Sergius ?) lui donna un but meilleur, en ordonnant aux chrétiens de célébrer, chaque année à pareil jour, par tout l’univers une fête en l’honneur de la sainte Mère u Seigneur, avec cierges allumés et chandelles bénites.“

Mais après consultation de  la chronologie des papes ce serait le pape Gélase en 496 ou encore en 492 qui l’aurait instauré. (Gélase 1er 492-496)  on célèbre  cette fête  au minimum depuis  la fin du IV ème siècle à Jérusalem.  h F.S.



1. Manfred Becker-Huberti, in feiern feste jahrez-Zeiten,  Herder
2.   les textes qui donnent le précepte, sont Exode 13,11-16, Lévitique 12,1-8, Josué 8 14f, 42-6
3.  le texte précise bien, Lumière avec une majuscule c’est bien de Jésus en tant que Lumière dont il s’agit, les nations en minuscule.
4. éditions du Bastberg, une enfance en Alsace
5. Arnold Van Gennep, in le folklore français,  collection Bouquins, page 119,  souligne, “ il constitue un rite calendaire”.
6. Alain de Benoist, GT 14 page 22, Traditions d’Europe, éditions le labyrinthe.
7. Almanach de la mémoire et des coutumes, Corse, Claire Tiévant +  Lucie Desideri,  Albin Michel éd. 1986
8. Fêtes et traditions de France ,Alain-François Lesacher, éditions Ouest-France, collection Mémoires, p 18
9. Les rythmes, les fêtes calendaires, in l’Europe, mythes et traditions, Brepols, page 345

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Publié le 21 Juillet 2012

nouvelles-images-3182.jpgUne gerbe de bonheur de la chance et la dernière gerbe à couper.  (elle porte différents noms : Glückelshampfel, Hampfela, Hampfel selon les prononciations de la langue alsacienne, mais son rite se maintient principalement au Sundgau au Sud de l'Alsace).

Elle signifie certes la fin d’un travail mais bien plus.  Dissimulées au centre de cette gerbe, des friandises à destination des enfants. On y voit aussi une offrande aux dieux, à Dieu et une crainte dans son éventuel contenu. C’est en effet derrière ces derniers épis que pourraient se réfugier d’ étranges divinités ou même la(es) force(s) de la Nature. Voici les sens de cette dernière gerbe coupée à la fin des moissons. Cela va bien au-delà d’un dernier coup de faucille.
Voilà tout l’univers que ce dossier veut vous faire découvrir à travers d’étranges traditions.

 

 

Symboliquement la moisson est la «fin d’un monde», du  moins la fin d’un cycle, qui semble s’être bien déroulé, puisque les ouvriers récoltent la moisson. «Lancez la faucille, la moisson est mûre» c’est bien ainsi que le prophète Isaïe dit que le Seigneur annonce le jugement dernier.
Et nous voilà donc bien dans l’ambivalence d’un côté la mort, avec le rôle de la faucille qui coupe, fauche telle la mort, et la récompense et la joie d’un travail achevé qui s’est bien déroulé tout en craignant que la pluie ne gâche le travail.  Le lien avec la mort qui fauche se trouve dans les représentations fort anciennes (p.64 De toute l’Alsace, SAEP Colmar, extrait de Wimpleing, adolescentia, 1506, ci-contre)

Ainsi on trouvera les femmes dotée d’une mission particulière, souvent elles se couvrent d’une couronne d’épis (suite p16) agrémentés de coquelicots ou de fleurs, ce bouquet que l’on porte par exemple en Slovaquie, ou tel autre immense bouquet en forme de couronne que portent deux femmes marchant l’une derrière l’autre, suspendu à une perche horizontalement. tel une prise de guerre ou de chasse.


Il faut rendre hommage à la cité de Kappelen qui durant quelques années -plus de 25 ans- restitue cette tradition en évoquant le grain, le bois, le lait. Et en 1998, elle a rendu hommage à la récolte du grain.
Elle n’a pas oublié de mentionner et réveiller la cérémonie en costume d’époque, le 16 août, de la gerbe “porte bonheur” cueillie au milieu du champ.
Mais ce fameux Gluckshampfele (ou die letzte Garbe, la dernière gerbe dans le Bas-Rhin) que nos anciens ont encore en mémoire est un mélange de croyances et de superstitions bien intéressant.
On sait que la cueillette de plantes aux vertus médicinales avaient lieu autour de la saint Jean et la famille à la fin de la moisson se réservait quelques épis afin que devant elle on récite le rosaire et 5 Pater, l’enfant (le Glüekskind.) Freddy Sarg, précise qu’il s’agit d’une jeune fille qui invoque la Trinité, qui procède à la coupe.
Elle coupait enfin les derniers épis en trois coups secs, la gerbe ainsi récoltée est nommée le “Glüeckshampefele” (gerbe du bonheur) et sera bénie le 15 août en compagnie du “maie” (sapin) de la moisson décoré de rubans et de fleurs.

Cette tradition du «maie» est vive dans les villages allemands du pays de Bade-Wurtenberg ou de Bavière qui dressent ce sapin décoré de rubans pour la Walpurgis nacht, la nuit des sorcières, veille du 1er mai.  Ils débutent ainsi le mois de Marie, à l’occasion d’une grande fête populaire.  On les retrouve sur les mâts de cocagnes, dans les Messtis et les Kilbe (synomiques de Messtis, fêtes foraines ou fêtes populaires locales des récoltes) .

Revenons à la gerbe  qui se retrouve accrochée dans le foyer au crucifix dans l’”angle du bon Dieu” (Hergotswinkel) un coin de la cuisine, la Stubbe, ou le salon où le crucifix était attaché en coin.  On trouve également des auteurs qui signalent que la gerbe, la couronne fleurie  était accrochée au-dessus de la grange jusqu’à la prochaine récolte et donc la prochaine couronne. Tel le rameau accroché au crucifix du dimanche éponyme.

Certains ajoutent que certains paysans mélangent ces graines aux prochains semis. Transmission des forces anciennes aux nouvelles, mais aussi une manière de faire du neuf avec du vieux et de renouveler le cycle des saisons.
 
Première observation,  si cette dernière poignée donnait tant de crainte c’est que les anciens craignaient que dans ces dernières touffes se cachent, outre des animaux (ce qui était possible) les esprits mauvais. Ainsi la fameuse “Kornmutter” (la mère des grains/céréales) (aussi nommée die Alte (la vieille) , (voir les autres appellations dans l’encadré). Mais dans les craintes et les croyances, il semble qu’elle ne soit pas seule. Freddy Sarg, évoque les craintes des démons du grain “Korndämon”.  (les démons des céréales) Ce seraient des monstres mi-homme, mi-animal qui parfois même ressemblaient à des loups, à des chiens ou à des lièvres.(voir ci-contre) Et agitent les champs de blé d’où certains textes que rapporte cet auteur dans son livre :
“De Wolf ziejt durch’s Korn
D’Hase lafe im Korn
d’Hunde jawe imm Korn”
‘(“le loup passe dans le champ de blé, les lièvres courent dans le champ de blé, les chiens passent.....)  Freddy Sarg, in «fêtes coutumes et traditions, en Alsace, du berceau à la tombe, éditions Oberlin, Strasbourg, 1993, page 223)


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Peur pédagogique
Cette crainte pouvait aussi permettre d’éloigner les enfants des champs afin qu’ils ne viennent par leurs jeux ou leurs poursuites, abimer et gâcher le travail ardu d’une année entière.

Crainte primitive ou mesure d’éloignement des jeunes des champs comme la fameuse “Kornmutter” mère des céréales ?
En Allemagne on trouvera cette crainte et une offrande pour le culte de la Frau ou encore la part de l’opprimée (la “Bonne femme” “Gute Frau”  ou “Arme Frau” pauvre femme” ou encore l’épouse du blé...)
Ainsi une fois le champ moissonné commençait le droit de glaner, Ähre uffhewe,  les épis oubliés étaient ramassés et portés aux personnes pauvres. Avant le début du glanage tolérant ce ramassage.  
Une autre explication serait que toute la force de la nature se réfugie dans ce dernier carré non fauché et que si  on le coupait on priverait la nature de son potentiel de renouveau. Et comme le dieu Oddhin, le dieu germanique n’est jamais loin, le cheval d’Oddhin doit avoir sa part.  (NDR : on peut voir un certain lien avec la paille que les enfants offrent à l’âne de Saint Nicolas, le 6.12,  qui justement pour certains est une nouvelle représentation du dieu Oddhin.)

Retzwiller : ruban :
Le rite ne tient plus si l’on découvre qu’à Retzwiller, (Dannemarie, 1890-1893), le coin est choisi dès le début du fauchage, il est orné d’un beau ruban. Mais on commence à faucher à l’autre bout du champ.

Ce fameux petit brin de bonheur (qui n’a pas  les mêmes vertus que notre brin de muguet contemporain) avait aussi pour mission de veiller à la fécondité du champ pour l’année nouvelle.  Un rite de fertilité supplémentaire, particulièrement indispensable dans les cultures rurales et agraire, la question de survie de la communauté y était attachée.

Les petits alsaciens chez eux ... La moisson a également rassemblé d’autres traditions, pour Kauffmann, qui raconte aux “Français de l’intérieur” à l’époque où l’Alsace avait été  conquise par les Allemands, on jetait dans ce dernier épi “des pièces de menue monnaie et des friandises.” et la moisson terminée ce sont tous les ouvriers “moissonneurs, patrons, ouvriers, enfants, l’entourent et, à genoux, récitent en choeur le Pater. Puis, armé d’une faucille, l’un des enfants s’approche de la gerbe porte-bonheur qu’il doit couper en trois coups, en l’honneur de la sainte Trinité.”

A Steinsoulz, quelques pièces y sont glissées sans que les enfants le voient. Mais c’est un enfant qui coupe au nom de la Trinité et le texte précise en «3 respirations».

En 1850-1870, près de Mulhouse, on parle d’un credo et de 5 Pater (p.1838 de Arnold Van Gennep).  Une autre variante multiplie le chiffre magique 9 (3x 3 trinitaire) en récitant 9 pater, 9 avé et 9 épis apportés le dimanche suivant à l’église pour le faire bénir. Il ornera ensuite la crucifix familial (p.1840, Van Gennep). A Mulhouse, la coupe est effectuée par une jeune fille qui les coupe et les lie.

Une enquête de 1930 de A. Pfleger auprès des lecteurs de l’Elsässer Kalender a confirmé la pratique de cette gerbe dans le Haut-Rhin dans les villages de Ballersdorf, Traubach, Werentzhouse (près de Ferrette), mais aussi en Suisse proche ou dans le Bas-Rhin à près de Saverne à Waldolwisheim.  (Van Gennep). Mais aussi dans le Kochersberg à Truchtersheim ceci avant 1949.

La messe avant les moissons
Il était courant jusqu’à la deuxième moitié du XIXème siècle de faire célébrer une messe avant les récoltes, à l’ouverture ou le dimanche précédent. Mais on trouve également de nombreux rites de prières durant les moissons, signe de croix avant les récoltes (dans les Ardennes, Asfeld, par exemple) ou prières autour, avant, durant la pause ou autour de la dernière gerbe.

 

Cortège :
Mais la «cérémonie» ne s’arrête pas là, après avoir bien lié les épis, on le place en tête du premier char et le cortège rentre au village, les enfants sur les gerbes. Mais avant de rentrer les récoltes, on l’accroche à la poutre de la grange comme nous l’avons vu.  Selon Paul Kauffmann en 1918,  les épis perdus sont ramassés et accrochés au crucifix, aux bénitiers de la demeure et suspendus à la tête des lits. L’objectif étant d’attirer la bénédiction du Ciel sur la famille et sur le travail accompli. (Nos petits alsaciens chez eux, Paul Kauffman, infolio 1995 réédition du livre de 1918 chez Viroflay). Tout en remerciant le Créateur origine et fait de toute chose. 

Une fois étudié le rituel et ses quelques variantes arrive l’interrogation sur les motivations. Toutes les moissons sont entourées d’un certain rituel, car la moisson c’est la dernière étape d’un cycle. Une sorte de mort programmée d’une année. D’ailleurs la mort n’est-elle pas symbolisée par un faucheur ?
La femme qui fait donc cette offrande finale doit user d’un certain rituel afin de ne pas offusquer les puissances agraires.
 
Dans d’autres régions européennes telle la Finlande ou l’Estonie, on sacrifie le premier agneau né dans l’année le matin du jour où débute les moissons. La victime est saignée entre les sillons de la terre et ses entrailles sont offertes comme paie à l’ours. La viande est consommée sur place et ce qui est très intéressant, trois morceaux sont offerts à l”esprit de champs”.  Ou encore les premiers qui sont offerts “aux filles de la forêt” à la “cache de la femme de la forêt”. Ainsi de suite. On fabrique avec ces épis sélectionnés, dans certains pays européens, des «peignes» des «barbes de maître» en paille tressée, des poupées «pays balkaniques» appelées «Reine du blé» habillée «avec la chemise de la dernière jeune mariée de l’année, et promenée en procession à  travers le village pour être jetée vers le crépuscule dans la rivière», précise Yvonne de Sike. Etrange rite de fertilité.  D’autres épis serviront aux déguisements des futurs costumes et masques et des accessoires pour le carnaval futur. Une énergie au service d’autres divinités. Dans les pays orthodoxes le premier pain confectionné avec la farine de la récolte offert à l’église sera conservé dans autel domestique près des icônes. On leur prête aussi des vertus curatives. Mais on confectionne aussi des couronnes de blé, sortes d’immenses couronnes de blé.

Première ou dernière gerbe les actes des moissonneurs divergent, la première a des pouvoirs “divinatoires” pour les Estoniennes qui l’interrogent sur .... leur futur époux ou encore elle est placée dans la maison en signe de protection de la récolte contre la foudre ou les rats ! En les nourrissant peut-être ?

Ce blé a une importance toute particulière dans la société, il est la base de la nourriture des mois à venir. Aussi on lui rend un culte et un hommage tout particulier. Les objets confectionnés en paille bien connus des nordiques, ou de ceux qui ont parcourus les marchés de Noëls germaniques, en sont des descendants contemporains. On rembourrait ainsi des poupées, on confectionnait des couronnes de pailles, des animaux (ours, boucs “julbock” en Suède ou en Norvège .... au moment des fêtes de fin d’année, on offrait un bouc (le bouc-émissaire) de maison en maison, ils se sont peu à peu occidentalisés et se sont transformés en rennes de paille plus avenants.  

 

 

nouvelles-images-3181.jpg Si les enfants ouvraient les récoltes en coupant quelques épis, et si la fin avait cet allure de fête et de besoin de protection. La mécanisation a complètement fait disparaître cette fête et ce besoin en main-d’oeuvre saisonnière et massive. Les derniers villages qui perpétuent ces traditions ont bien du mérite car ils tentent de donner une âme à ces champs “dopés”, mécanisés, qui donnent le confort et une alimentation moins chère, au prix de pollutions, d’usure des sols et pour les ethnologues de belles traditions sacrifiées. L’écomusée d’Ungersheim par ses mises en scène de la vie paysanne propose de voir fonctionner les machines (louées et itinérantes dans la campagne) et le processus de mécanisation du labeur.
Travail harassant   si la moisson est un travail harassant, il fut souvent accompagné de la récolte du tabac. Aujourd’hui encore la récolte est souvent manuelle et le travail de ramassage du tabac sous le chaud soleil d’août est le premier emploi saisonnier  d’été  des jeunes. Le tabac s’est développé comme revenu annexe des exploitations agricoles malgré une réglementation sévère. Repiqués après les saints de glace (Pancrace, Mamert, Servais) ils font l’objet d’un soin attentif et réglementaire, 40 cm entre les plants, et des raies espacées de cinquante. Au bout de 7 à 8 semaines la plante atteint la taille requise et le bourgeon terminal, auxiliaires étaient pincés pour entraîner le développement des feuilles (laissant au passage comme preuve de son travail, une épaisse couche noirâtre persistante et  poisseuse sur les mains).
La récolte de juillet est ainsi contée par Antoine Kocher Saisons d’enfance en Alsace,  éditions du Bastberg. page 102 à 105  : “la récolte s’étalait sur un mois d’abord les feuilles du bas qu’il fallait cueillir à genoux ou accroupis, dans la chaleur et l’odeur entêtante, puis celles du milieu “S’Mittelgut” qui pouvaient atteindre 70 cm de long et le bouquet final”.
On enfilait les feuilles sur des ficelles, sorte de guirlandes de feuilles à suspendre sur des séchoir. Plus tard, il faudra les assembler par 25, au mois de novembre, après les avoir brossés afin d’en débarrasser les poussières de moisissures.  Le travail a changé, mais Kocher précise que la faible enveloppe reçue de la régie des tabacs à cette époque ne payait pas les centaines d’heures passées par toute la famille a prendre soin de ces feuilles et toutes les manipulations nécessaires.

 F.S.

 

Divinités cachées dans les herbes :
Repliée au fond du champ, c’est toute la force de la nature qui s’est y cachée, qui a fuit, la force de la terre ! Ces derniers grains seront ainsi soit épargnés, soit offerts, soit repris pour d’autres usages symboliques. Elles porteront des noms positifs ou négatifs, féminins ou masculins  :
Gute frau (bonne femme)           
Arme Frau (ou pauvre femme)
épouse du blé
Mère du Blé
Mère de l’épi
«la Baba»
la vieille femme

ou des termes masculins, dans les pays balkaniques : la barbe de Saint Nicolas, du vieillard (Slaves) barbe du Sauveur, Saint Elie. (Yvonne de Sike, fêtes et croyances populaires en Europe, au fil des Saisons, Bordas, page168)  ou en Alsace (Sarg) : Korndämon”.  (les démons des céréales)

 

 

Sources  on pourra se reporter utilement à ces livres :
- Freddy Sarg, “fête, coutumes et traditions  en Alsace du berceau à la tombe” éditions Oberlin, Strasbourg 1993
- Yvonne de Sike Fêtes et croyances populaires en Europe, page 167,
- Paul Kauffman, Nos petits alsaciens chez eux ,  infolio 1995 réédition du livre de 1918 chez Viroflay
-  Antoine Kocher, Saisons d’enfance en Alsace,  éditions du Bastberg. page 102 à 105
- Toute l’Alsace, coutumes, et costumes alsaciens, SAEP, Ingersheim 1993
- Arnod Van Gennep, le folklore français, tome ** cycles de mai, de la saint Jean, de l’été et de l’automne, collection bouquins, Robert Laffont. 1949,1951,1956, 1999
- Ulrich Richert «Retour au Sundgau», mémoire d’Alsace, Nuée Bleue 1991.

 

Cette enquête est parue dans le numéor 161 de la petite lanterne, du mois de juillet 2012.

Reproduction interdite sans autorisation préalable.

 

 

Une pratique de la coupe de cette gerbe du bonheur dans le Sundgau...
Ultrich Richert né en 1921, in «retour au Sundgau», mémoire d’Alsace, Nuée Bleue 1991.
raconte ce rite parmi d’autres, tel qu’il l’a vécu.  Nous conseillons ce petit livre de traditions, la lecture in extenso interessera nos lecteurs.  Nous résumons.

La dernière touffe de blé au bout du dernier champ est la «poignée du Bonheur» qu’il nomme Glückshanfala» (variante d’écriture) qui est rassemblée par le haut, serrée avec quelques épis noués. Il rajoute en fait  non rapporté ailleurs. «un adulte laisse échapper quelques grenouilles et incite les gosses à les attraper». En fait, une habile diversion qui permet de camoufler dans la touffe finale des surprises pour les enfants qui collaborent à la labeur des moissons. Des cadeaux, tels qu’une «tablette de chocolat,  quelques bonbons et quelques sous» y soient glissés.
Le rite se précise autour de tous les faucheurs rassemblés qui récitent des actions de grâce, 5 Pater, 5 Avé. La dernière touffe y est coupée par le Père, ceci en trois coups à mi hauteur au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
On cherche ensuite les cadeaux, les plus beaux épis sont ficelés et vont orner, précise-t-il, le crucifix de la salle à manger. Son rite prophylactique est ainsi mentionné   : mauvaises récoltes, orages, fortes tempêtes.

Le rite est bien vivant et ancré, car l’année où le jeune homme, est éloigné des terres familiales et ne peut participer au rite, la Marraine décide de surseoir à la coupe de la dernière touffe du champ. Le gamin revenu parmi les siens, ils vont ensemble, au retour des vêpres, couper cette poignée du bonheur. Alors que la vieille femme a du mal à se déplacer et fait donc un effort pour respecter ce rite. Ce qui démontre son attachement et celui de la collectivité à cette pratique.

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Publié le 16 Avril 2012

Nous vous proposons un article extrait de notre numéro qui vient de paraître consacré aux rites de passages que sont les communions (première, jadis dite privée) profession de foi (jadis communion solennelle) et confirmations (catholique ou protestantes) ou le rite de la bar-miztva.

 

(le dossier complet avec les illustrations est à demander à redaction@petite-lanterne.com)

 

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Revêtue comme une jeune mariée, (comme sur le livre ci-dessus des éditions Ouest-France) elle s’avance avec son cierge à la main. Elle est entourée de ses camarades d’âge, l’émotion est palpable, la tenue, la coiffure soignée, les cloches qui virevoltent tout contribue à faire de ce dimanche après pâques un jour spécial. Elle ne se marie pas cette petite fille, qui aujourd’hui a l’air à la fois plus sage et plus adulte, ses pas la dirigent vers l’adolescence et vers l’âge adulte, entourée de toute la famille, parent, parrain, marraine, cousins éloignés et proches qui sont venus au village pour cette journée printanière, sa fête.  Car après un temps de préparation avec les catéchistes, c’est aujourd’hui dans la belle église toute parée de fleurs, qu’elle va professer sa foi...

L’enfant qui ne fut jusqu’au XXème siècle qu’un adulte en devenir. Il ne bénéficie d’un statut que dans la bourgeoisie. L’Eglise est la seule, jusqu’à la création de l’obligation scolaire (XIXème) à former les enfants à la vie et à la religion. Ils y apprenaient les prières de base et assistaient aux offices religieux dès l’âge de raison. On note une différence entre les réformés et les catholiques dès le XVIème siècle. 
Au  Moyen-âge, la confirmation jadis conférée après le baptême par l’évêque, devient un sacrement séparé. Il délivre les dons de l’Esprit-Saint.  Administré par l’évêque ou par son vicaire épiscopal.
Le Concile de Trente impose au XVIème siècle l’âge de raison,(la communion privée ou première communion avait lieu à l’âge de discrétion âge auquel il pouvait distinguer un pain ordinaire du pain eucharistique.) L’enfant a alors reçu la formation religieuse pour bien accueillir ce sacrement.  Un proverbe contemporain disait de l’enfant de 13 ans qui était confirmé qu’il allait sortir de l’école. «er kommt üs der Schül erüs» la fin de la scolarité obligatoire en somme ce qui fut le cas des enfants nés après la guerre.
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La venue de l’évêque dans le bourg suscite une véritable fête et constitue un véritable événement. Souvent il était accueilli par un cortège officiel encadré par toutes les autorités locales, grand uniforme, oriflammes...
Etrangement la fête a été déplacée après la communion solennelle dans les années 1950. On a noté récemment la réaction positive du pape à la pratique de l ‘évêque de Fargo, qui a replacé la confirmation juste après le baptême.
La pratique de la communion, la réception du corps du Christ, a également évolué dans le temps, à l’époque carolingienne ils la recevaient très jeunes, puis l’âge a évolué pour atteindre douze ans. 1910, un décret pontifical de Pie X (1893-1914) recommande l’âge de raison pour la première communion.  (on parle alors de «première communion») : 7-9 ans.
Du côté protestant, la profession de foi a un équivalent la «confirmation».
Dans le cadre du rite et des traditions, c’est à cette occasion, que les garçons perdaient les culottes courtes et étrennaient pour la première fois le costume. Ils disaient donc aux yeux de tous un adieu définitif à l’enfance. A l’issue de la cérémonie ils pouvaient devenir parrain ou marraine (de leur cousin ou cousine) autre manière de les initier à l’apprentissage des responsabilités sociales. Car leur parrain et marraine achevait sa mission de relais spirituel et d’éventuel tutelle matérielle en cas de décès des parents du filleul.

La jeune fille catholique qui elle porte un vêtement blanc avec un grand voile et des broderies. La proximité avec la robe de mariée est évidente. On notera que celles qui entreront dans les ordres reprendront cette robe de mariée (avec le Christ cette fois comme époux).
Vers 1800, on distribue des images souvenirs, avec le nom, la date au verso, notamment les Bénédictines du Saint-Sacrement de Rosheim ou les Carmélites de Marienthal en éditèrent. Elles connurent très vite un grand succès.  Le moment devait être marqué par cette image souvenir qui servait de signet dans le missel vespéral à chaque membre de la famille, ils ne sont néanmoins, vus leur format, pas affichés comme les Goettelbrief, les souhaits de baptêmes, richement ornés qui étaient offerts par le parrain. Néanmoins, il était courant chez les protestants de faire inscrire sur une lithographie le nom et la date de la confirmation, que le pasteur remettait, à l’issue de la confirmation, à chaque communiant.  A l’issue de la cérémonie, outre les cadeaux, il était courant de se voir offrir une montre, une plante, un portefeuille, une Bible (protestant) ou un missel (catholique). Mais pas de jouets ou de jeux, les cadeaux devenaient eux aussi adultes.  Le service (argenterie et vaisselle) commencé au baptême se voyait complété de grandes pièces pour la communiante qui commençait seulement à se rendre compte de la valeur de cet ensemble.  En attendant l’étape essentielle du mariage. Les filles se voient offrir généralement une petite croix de communion.
Ce qui fait également une certaine mutation dans l’époque contemporaine est que certains jeunes acceptent de se plier à la cérémonie, sans trop de conviction dans une société laïque et dans un environnement familial souvent peu pratiquant ou/et religieux, dans le seul but matériel de se voir offrir non plus des objets utiles mais des consoles de jeux vidéo ou leur premier moyen de locomotion à moteur (scooter). Afin de mieux quitter l’église ?
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Le dimanche de Quasimodo pourquoi ce jour ?
Depuis le Moyen-âge en effet il est courant de baptiser, comme le cierge pascal (grand cierge marqué de l’année pascale qui débute la nuit du Samedi saint, veille de pâque, qui accompagne la communauté tout au long de l’année liturgique) lors de la cérémonie du Samedi Saint. Ainsi au Moyen-âge les premières communiantes revêtaient l’aube blanche pour cette nuit et la remettaient ensuite au dimanche de Quasimodo. «Dominica in albis».   Avec sur la tête une couronne de fleurs. Sur une photographie vers 1960 à Barr,  les communiantes portaient un calot et non une couronne.
Ce dimanche commençait par la prière «Quasi modo geniti infantes» = comme des enfants nouveau-nés. Le samedi, la veille donc de Quasimodo, s’intitule «hebdomada alba» (albaria, in abis). Dans la région de Cologne, la fête porte le nom «Kummelijionsdach».  Elle se pratiqua ce jour dès1661 à Münich, 1673 à Luzern, 1678 à Sélestat. Mais ce dimanche ne fut associée à la fête qu’après la Concile de Trente (1545-1563).

Le jour de la cérémonie de la fête de la communion a changé sous la difficulté des regroupements paroissiaux et par le manque de prêtres, il est courant de voir les célébrations se faire tout au long du temps pascal (Ascension) jusqu’à la fête de la pentecôte, fin du cycle de pascal.

Signification de l’aube blanche :
L’aube blanche revêtue en général le Wisser Sundi, en allemand Weissen Sonntag, le dimanche de quasimodo, le dimanche qui suit la fête de pâque. L’octave (8 jours) de Pâques. Il tire son nom des aubes blanches des communiantes, ne s’est répandue à Strasbourg qu’après 1945. Avant les garçons ne revêtaient que leur premier costume avec un brassard blanc sur le bras gauche. Cette pratique est visible sur de nombreuses photos souvenirs ou des images de communion.
La première communiante (entre 7 et 10 ans, depuis le pape Pie X en 1910)  plus particulièrement, puis plus tard pour la communion solennelle (profession de foi) avec son aube blanche, elle  s’identifie à un ange, à la clarté de la blancheur pascale,  à la virginité, à l’Eglise épouse du Christ.
Les petits garçons eux ne la revêtent pas systématiquement, en Bavière, ils revêtent toujours le costume sombre. Garçons et filles portent le cierge, marqué de leur nom, qui signifie qu’ils portent le message de Lumière du Christ. ( Anke Fischer, Feste und Braüche in Deutschland, édition XXL, Sammüller Kreativ, 2004) . En France, elle semble se développer dès 1965 (Déjà en 1959 à Quesson Senlis)  pour les garçons comme pour les filles. Le modèle marial est évidemment présent dans la tenue pure et blanche, Marie personne humaine est véritablement le modèle pour chaque petite fille d’acceptation du chemin tracé par Dieu. Son «Oui», sa présence au côté de Jésus constitue un modèle parfait.

Pour les protestants, le tenue sombre devient un peu plus claire et certaines paroisses admettront l’aube également.  Certaines paroisses protestantes craignant un glissement vers le papisme, elles auront souvent des réticences.

Le Rite de la confirmation catholique, la confirmation de voeux du baptême faite en présence de l’évêque, donne lieu à deux pratiques : l’onction du saint chrême (huile consacrée lors de la semaine sainte) sur le front de chaque jeune. Il y joint un envoi personnalisé. Et jadis un soufflet, une claque (souffle de l’Esprit) signifiant aussi l’entrée dans la vie d’adulte, mais aussi un moyen pour se souvenir de l’instant de la réception de ce sacrement. De nombreuses photos représentent le communiant avec un cierge souvent fleuri. Telle cette image de 1900.

Et chez les protestants, le contenu de cette fête est très semblable, dès 1737 on possède des registres paroissiaux de Hanau-Lichtenberg où sont consignés les âges des confirmands, ils ont entre 13 et 17 ans, ce n’est qu’en 1742 que dans le même comté fut ordonné que la confirmation ne devait pas avoir lieu avant l’âge de 14 ans. (Freddy Sarg, la confirmation en Alsace éditions Oberlin, page 18, 1981).    il s’agit de confirmer les voeux du baptême,  mais après avoir vérifié leurs connaissances pour leur vie durant de la foi chrétienne. En 1617 un règlement ecclésiastique signale que le catéchisme durera «trois ou quatre semaines». A Diemeringen en 1693, il en compte environ quatre, à la fin du XIXème siècle, il durait 4 ans, à raison d’une à deux séances d’une heure par semaine. Dans les années 1980, il durait trois années de 13 à 15 ans, à Saint Paul il en durait même quatre. Jusqu’à la deuxième guerre mondiale, le catéchisme à retenir était en langue allemande. Il fallait connaître par coeur, les dix commandements, le Notre-Père, la confession de foi, quelques psaumes, dont le plus connu le psaume 23 (Dieu est mon berger) et les 6 points fondamentaux du petit catéchisme de Luther.  Dans les années 80 où certains de mes amis protestants se préparaient à la confirmation, ils disaient leur difficulté de retenir ces versets bibliques par coeur avant de passer leur  «examen de catéchumène» de leurs connaissances. Gageons qu’ils connaissent encore aujourd’hui ces versets appris dans leur prime jeunesse. Mais d’une paroisse à l’autre, la pratique du pasteur n’était pas la même. D’autres n’ont pas eu à apprendre autant à la même époque.  Il avait lieu le dimanche des rameaux, le dimanche avant pâques donc, comme le précise déjà un texte du comté de Hanau-Lichtenberg, en 1659, en présence de leurs parents et parrains pour les rassurer et «les faire promettre de persévérer dans la foi et la vie chrétienne et de participer régulièrement au culte». (page 31). Cet examen se fait dans une église pleine à craquer, plus remplie que le jour du vendredi saint qui est pour les protestants, le jour où la pratique est la plus élevée. Même les catholiques venaient voir ceux qui témoignaient de leur foi lors de cet examen, dit ce témoignage datant de 1951. Les questions portent sur le contenu du catéchisme, question de réflexion et des textes à connaître par coeur.  Depuis les années 1980, les apprentissages par coeur ont disparu ou presque. Depuis février 2011, les jeunes catéchumènes vaudois pourront à nouveau se faire confirmer, telle que l’a décidé le parlement de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud.

Tenue de fête :  La confirmante était vêtue d’une robe était sombre jusque dans les années 60 et bien au-delà. Les images souvenirs comportent un choix de verset biblique effectué par le pasteur en fonction de la personnalité du confirmé. Ce verset manuscrit ou imprimé va suivre le confirmé tout au long de sa vie. Et même lors de ses obsèques on le citera, lors du parcours de vie.  Le verset est remis calligraphié ou orné au communiant. (On le nommait le Konfirmationspruch,)  Il fait l’objet de collection à l’image des Goettelbrief du baptême. La pratique a été quelque peu remplacée par les petites images de communion au cours de la deuxième moitié du XXème siècle.  Un très beau livre raconte l’histoire des ces images-souvenir «le monde merveilleux des images pieuses» Hermé, Alain Vircondelet, septembre 1988) il mérite à lui seul un dossier.On y reviendra sans doute.
 Les cadeaux sont sensiblement les mêmes, à l’exception de la petite croix huguenote offerte aux filles, le verre de confirmation en cristal gravé, sous l’influence des cristalleries de l’est.

La Bar-Mitzvah (bar-mitsva, qui signifie «fils de la loi») est le rite de passage des garçons de (jadis 13 ans, mais 16 ans depuis 2010) 16 ans, «fils du commandement» et correspond à son acceptation des commandements, qu’il est en âge de comprendre.  Il est alors officiellement responsable de l’accomplissement des commandements de la Thora, la loi de Moïse. Initiée au moyen-âge, elle fait passer le jeune de la communauté des femmes (et de leurs enfants) dans celle des hommes.
Ce rite a été institué par les rabbins dans le Traité de Pères. (Pirké Avoth)
Le rite réservé aux garçons est ouvert aux filles dans certaines communautés juives libérales, se nommant alors bat-mitsva «fille de la loi». 
Il portera ainsi pour la première fois les phylactères et le Talit (le châle de prière). Puis il montera pour lire la Torah, le livre sacré, la Bible,  on appelle cela la derachah. Il sera préparé à comprendre l’hébreu, les fêtes, la liturgie, les lois de Moïse. Mais le rite n’est pas collectif, c’est individuellement qu’il se produit, en trois étapes successives, au sens, que le jour de son anniversaire, il assiste à la prière du matin et le samedi qui suit, il retourne à synagogue revêtu du châle de prière et lit publiquement les prières de l’office. La réception a lieu le soir qui suit cette cérémonie.

Ce repas est une grande fête,où le jeune accueille avec ses parents les invités, qui viennent bien habillés pour honorer enfant et parents,  dans des lieux généralement loués pour l’occasion,  un buffet (Kasher) qui s’ouvre par la récitation d’une prière sur le vin. Elle est généralement plus importante et élaborée avec orchestre et musiciens, spectacles et danses,  ce qui n’est pas le cas dans les fêtes de la foi chrétiennes. Elle est à comparer aux 4 fêtes dont trois successives dans la religion catholique (baptême, première communion, communion solennelle/profession de foi, confirmation) ou  deux fêtes éloignées (baptême, confirmation). 


Le Repas de fête  Et comme tout événement aussi immatériel qu’il soit s’adresse à des êtres incarnés, l’événement doit être marqué par des agapes.  Le repas des communions solennelles n’y fait pas exception, il est souvent l’occasion de mettre les petits plats dans les grands, avec l’amélioration du niveau de vie, la liste des plats s’allonge.  Ce menu de 1962 (ci-contre) montre qu’il est composé de 6 plats différents. Dans les menus alsaciens, on commençait par un bouillon, des bouchées à la reine ou un lapin assortis des traditionnelles pâtes alsaciennes confectionnées maison, souvent un vacherin en dessert ou des oeufs à la neige avec le traditionnel biscuit.  Surmonté d’une figurine de communiant(e). Ce n’est que depuis 1868 selon une étude du pasteur Sarg que les menus laissaient un peu de place aux fromages et aux poissons.  Je voudrai citer ici un menu de 1908 d’un confirmante protestante que F.Sarg a publié,  pour les invités de Volksberg, ou le bouillon de viande aux quenelles à la moelle, est suivi du pot-au-feu avec crudités et raifort, puis d’une tarte aux quetsches séchées. (? Si quelqu’un sait quelque chose à ce sujet !) Puis on poursuit ou l’on reprend une choucroute avec lard et saucisse à frire (!) suivi d’une crème à la vanille avec boules de neige (Schneeballe, oeufs à la neige) et le traditionnel «gâteau de santé» (Gesundheitsküeche) suivi d’un café et «Kirsch» (eau de vie !). Ce qui ne convenait pas à un estomac de moineau.
Je ne sais s’il était suivi du traditionnel  repas du soir qui est traditionnellement composé d’un jambon en croûte.

Transgressions : Le repas était l’occasion pour le jeune de boire le premier verre de vin, de fumer un cigare ou une cigarette. Ainsi que de présider en son nom et devant la famille élargie un repas. Si le prêtre ou le pasteur était convié au repas, c’est lui qui ouvrait le repas par une prière, pour les catholiques le benedicite.  A.Schweitzer aurait prononcé un discours lors d’une confirmation où il était invité. Plusieurs auteurs évoquent pour les garçons la première expérience sexuelle (le même jour ou les jours suivants). L’autorisation de sortir et de participer au bal. Le proverbe alsacien signalant que «le coq est lâché, gardez vos poules» (p 73, Sarg, Ich loss miner Hahn lafe, halde eirri Hiehner») (également cité dans  son livre «en Alsace, du berceau à la tombe» Oberlin 1993) explicite bien la liberté donnée au jeune garçon et que l’égalité des sexes n’était pas  à l’ordre du jour.

Peut-on être privé de confirmation ou de communion ?  La question n’est pas si saugrenue que cela, pour les catholiques le fait jadis de ne pas faire tamponner sa feuille de présence, ou d’être constamment absent de la préparation catéchétique est rédhibitoire, la seule menace d’être mis au ban de la classe et de ne pas faire la communion suffisait. Mais le pasteur Freddy Sarg a relevé dans les archives de plusieurs paroisses protestantes qu’il a consulté  des motifs autrement plus sérieux : «manque d’intelligence ou immaturité» vers 1855-1856, «école buissonnière» (1855), «vols chapardages» (1804) «parents partis en Amérique» (1854), «parent et enfant violoniste» dans un cabaret suffisait en 1854 pour être reconnu comme ayant des fréquentations peu sérieuses, mais la situation des parents pouvait elle aussi nuire à l’enfant, tel que le parent en prison pour faux serment en 1889.  Mais malgré tout le catéchisme buissonnier était mieux que de devenir catholique (Marguerite P. 1855, née d’un mariage mixte qui risquait que son père la contraignit à se faire aussi catholique !, cité page 98). Les divisions entre communautés sont tenaces !

Confirmation politique : Ce rite de confirmation est tellement ancré dans la société, que sous l’annexion de fait opérée par le Reich ainsi que dans tout le Reich allemand, les jeunes déjà embrigadés par les HitlerJugend (HJ) subissaient eux aussi un rite de passage avec des épreuves physiques et sportives (pour les deux sexes, course, lancer... (voir par exemple, Kehl im Dritten Reich par Harmut Stüwe) autorisant à leur terme le port  pour les garçons du couteau HJ «HJ-Fahrtenmesser»,  d’une longueur de 25 cm, les filles portaient elles un bandeau noir autour du cou. Mais le régime interdisait les groupes de jeunes confessionnels (qui furent dissous) et donc rites de la «Jugendweihe» confessionnelle à l’âge de 14 ans car il devait se substituer au rite de passage chrétien.  Pour la partie allemande passant sous la domination communiste, à savoir la République Démocratique Allemande (DDR-RDA) un rite de Jugendweihe «consécration de la jeunesse» subsistera à 14 ans, avec un foulard bleu cette fois-ci ! Une confirmation laïque, politique et militaire bien plus que religieuse. Les églises protestantes très présentes à l’Est s’y refusèrent toujours. Mais les élèves désirant poursuivre leurs études se voyaient freinés ou refoulés s’ils faisaient leur confirmation et refusaient la Jugendweihe. 
Dans une étude de Marina Chauliac, IEP Aix-en-Provence, relève qu’en 1950 elle concernait près de 80 % des élèves Est-Allemands. Et qu’elle constituait «plus qu’une simple obligation vis-à-vis de l’Etat». Appropriée par la sphère privée elle donnait lieu à des festivités.  Le jeune dans ces manifestations faisait une promesse non pour Dieu mais pour le socialisme (et pour l’état socialiste) qu’il promettait de servir et d’honorer.
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Le rite de passage et d’appartenance à la classe des adultes est évidente et aurait satisfait la définition de Van Gennep.
Ce rite rythme la vie de la société, telles les fêtes du cycle annuel, elle rythme et marque la vie des jeunes, certains confirmants protestants n’hésitent pas à parler aujourd’hui encore «du plus beau jour de leur vie» avant le mariage(sans doute du fait du caractère unique de la fête, les catholiques célébrant l’initiation chrétienne en trois étapes). C’est du moins la première ou l’une des premières fêtes religieuses (la communion privée ou la confirmation pour les protestants) dont ils ont pleinement conscience, où en société, devant la communauté une fête leur est consacrée.  Fête si importante dans leur vie, que plusieurs paroisses protestantes organisent, par classe d’âge, des confirmations d’or. (St Pierre-le-Jeune Strasbourg, 1980).  
J’exclue donc dans ma réflexion, l’époque contemporaine ou des adultes ou des jeunes gens  reçoivent le baptême, le jour de pâques, et qui en général communient le même jour pour la première fois au terme d’une longue préparation.

C’était de plus,  jusqu’à l’obligation scolaire à 14 ans, le début de la vie professionnelle. Car pour le monde des employés et des ouvriers,  dès la rentrée suivante le ou la jeune commençait chez un patron sa vie de salarié, l’occasion de partir à la ville pour prendre un contrat de bonne ou d’employée de maison ou rejoindre la famille éloignée.  Mais cela c’est une autre histoire.
L’éclatement des familles, la perte du sens religieux, le relativisme fait perdre la notion d’engagement durable. Le mariage en a fait les frais, le sens de la communion suit la même pente. La confirmation et la profession de foi si elle marque la fin de l’enfance, marque aussi souvent la fin de la fréquentation de l’église, ce que résume la formule humoristique «Sie sin zür Kerich hinüskonfiermiert wore !». Ce qui signifie approximativement :  Leur sortie de l’église a été confirmée !  D’où les initiatives pour inciter les jeunes à s’engager dans divers mouvements de jeunesse ou de mouvements caritatifs. (JMJ par exemple !)
Pourtant, le message de la confirmation, des communion est fort, c’est comme tout rite, un signe, un signe indestructible comme tout sacrement. Un signe d’appartenance au Christ, mais plus encore, au-delà de nos infidélités,  Jésus ressuscité demeure indestructiblement, au-delà des épreuves et de la mort, à nos côtés, si nous nous l’oublions, lui à nos côtés, ne nous oubliera pas, car nous avons dit «oui» à ses côtés un beau jour de printemps, quelques jours après pâques pour célébrer déjà la Résurrection.  

 

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Pour en savoir plus, on peut lire : * toute l’Alsace, coutumes et costumes alsaciens, Philippe Legin, saep  Ingersheim 2 trimestre 1993.  * La confirmation en Alsace, ouvrage de Freddy Sarg, Oberlin, , Strasbourg 1980, * les rites de passage, Van Gennep.* le monde merveilleux des images pieuses, Alain Vircondelet, 1988  Hermé.

 

ou le livre paru aux éditions Ouest-France :

 

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Rédigé par Rédacteur petite lanterne

Publié dans #traditions

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Publié le 23 Juin 2011

Cette mystérieuse fête : la fête Dieu, fête de l'instauration de l'Eucharistie, de la présence réelle du corps et du Christ dans les espèces eucharistiques (pain et vin consacrés) 


Actuellement célébrée le jeudi -en principe-  (c'est toujours le cas en Allemagne, où dans les lands catholiques ce jour est férié) puis le deuxième dimanche après la pentecôte afin que le peuple puisse s’y associer, elle ferme la période pascale, la fête CORPUS CHRISTI, dite aussi Fronleichnamsfest (terme utilisé en Suisse et en Allemagne, et non comme un ouvrage le traduit fête du cadavre d’homme !! Cette approximation reflète la complexité de cette fête ) car le terme provient de froho : le Seigneur, leichnam : le corps ou encore Lieweherrgottstag. Son titre officiel est festum Sanctissimi Corporis Christi, ce que l’on traduit en  langue vulgaire par : fête du très saint corps du Christ. 1


 

La fête-Dieu dans les rues du village de Stotzheim, village agricole alsacien (67140 BARR)  6 juin 2010 :

 

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Deux reposoirs dans le village de Stotzheim (Alsace, 

la procession : nouvelles-photos 3171

sous le dais le Saint-Sacremen, sur le chemin du Saint-Sacrement, des pétales de roses lancés par les enfants de choeur.

 

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musique, pompiers, conseil municipal, toutes les forces vives de la paroisse sont mobilisées.

 

 


 

Voici quelques illustrations de la fête-Dieu dans la cité d'Ettenheim (Bade-Wurtenberg) ce jeudi 23 juin 2011 : 

 

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un reposoir dans la cité, décoré pour accueillir l'ostensoir entre deux stations,

avec musique populaire, chorales, tous les corps d'église, conseil de fabrique.

 

  notons la présence dans la procession des enfants de choeurs, mais surtout, on le voit ici des premiers communions de l'année venus en aube, sans cierge.

Les servants de messe sont en surplis rouge et dentelle.

 

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  ci-dessous : les servants de messe (à gauche) :

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mise en place du dais, sous lequel viendra se placer le prêtre portant l'ostensoi, notons les aubes et chasubles des prêtres richement brodées. (à droite)

 

 

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ostensoir préparé par les jeunes, un décor fait de sables colorés

 

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Pour en savoir plus :

 

Elle fut définie par le Synode de Vienne de 1318 et consiste en le portage du Christ Eucharistie au devant du peuple, par les rues et  les places afin de  purifier ces derniers  des “irrévérences et les impuretés journalières qui se commettent contre la majesté de ce sacrement”. Le tout sous une “adoration profonde et sincère”. L’Eglise  fit naître cette fête après une vision de sainte Augustine Juliana von Lüttich (+ 5/04/1258), un autre auteur parle, sans citer son nom d’une prieure du couvent du Mont-Cornillon près de Liège  (Guy Deleury2 ). Il s’agit en fait de Ste Julienne (1192-1258. Reprise ensuite par Eve de Liège)3  Sa vision, qu’il qualifie de “trop jolie (...) légende pour n’être pas contée”,  était celle du disque de la lune, mais comme écorné. Métaphore de l’année liturgique amputée d’une fête. Elle s’en ouvrit à son confesseur, le futur pape Urbain IV, l’abbé Pantaléon4 . (Lüttich 1246). Le Pape Urbain IV (1261-1264) consacra cette fête selon les termes latins par l’encyclique “transiturus de hox mundo”. Saint Thomas d’Aquin aurait participé à ce texte, on lui devrait la partie “Laudan, Sion, Salvatorem” qui jamais ne manquait au rite de la fête Dieu. Certains diront que c’était une façon de reprendre en main les processions et les rogations  populaires qui avaient lieu afin de  favoriser la maturation des arbres fruitiers. Elles auraient alors lieu en dehors du village et dans les champs, ce qui n’est absolument pas le cas de cette cérémonie cantonnée aux places et aux rues du village. Nous évoquerons les rapprochements que les partisans de cette thèse signalent.

Sa localisation dans le calendrier
La fête aurait logiquement trouvée sa place dans la journée du Jeudi Saint où le Christ instaura l’Eucharistie, sa présence, il demande  d’en faire “mémoire”. Elle signale sa présence dans les deux espèces, “ceci est mon corps, ceci est mon sang”. Mais la fête joyeuse était quelque peu déplacée en pleine semaine sainte au moment de l’agonie et de la souffrance du Christ qui plus est  à la veille de la crucifixion et du chemin de croix.

Les Dominicains ont beaucoup œuvré pour faire connaître et populariser cette fête de la présence dans l’Eucharistie (on dit beaucoup aujourd’hui “Jésus-Eucharistie”)  instigateur de la généralisation sous le concile de Vienne en 1317 sous Clément V (1305-1314) et sous son successeur le pape Jean XXII (1316-1334) que le rite fut étendu au monde catholique. Première manifestation  à Rome en 1350, Cologne en connurent déjà entre 1274/1279. Pour la propagation de cette fête,  d’autres ouvrages citent le rôle des Jésuites dans la propagation de cette fête et leur soucis de concrétiser, de rendre palpable, la foi  par le peuple.

Apparition de la fête en Alsace, il faudra attendre le début du XIV ème siècle pour que dans la cathédrale de Strasbourg le Chanoine Henri de Dicke célèbre cette fête, alors qu’en Flandres elle était présente dès le XIII ème siècle, la procession en Alsace date de la fin du XIV ème siècle entreprise par Jean Tauler. L’annexion à la France et la volonté catholique du Roi de France mettra fin aux réticences protestantes et celle-ci sera très vite assimilée dès 1682. L’interruption suivante datera de Napoléon, car dans le soucis de faire taire les dissensions entre catholiques et protestants, Napoléon, au moyen de  son Concordat, interdira les manifestations extérieures à l’église. Cette interruption durera jusqu’à la Restauration de 1816.

Son caractère particulier réside dans la procession qui existe depuis 1279 dans les villes d’Allemagne.  Villes avec lesquelles l’Alsace travaille, communique, commerce et constituaient ses principaux référents culturels, à savoir Cologne.
C’est une fête où Dieu se fait visible, palpable avons nous souligné plus haut, le rite d’avant le Concile, (c’est toujours le cas évidemment pour les courants traditionnels fidèles à l’ancien rite) le prêtre officiait tourné vers le tabernacle et non face aux fidèles, la sainte Hostie était donc cachée par le prêtre,5  ou dans le fanum (le temple). Elle va, par ce moyen aller vers le “profanum”. (le profane).
L’hostie entière est portée dans un Ostensoir, généralement en forme de croix. Placée en son centre dans un logement vitré où il sera visible des fidèles. De tels Ostensoirs sont exposés dans les lieux de prière et dans les couvents à des fins d’adoration perpétuelle. 6
Mais cet Ostensoir va “sortir” dans la rue, aller au contact de la foule, avec la dignité de sa représentation, entouré de baldaquin, de fanions, dans une ville parée de fleurs de drapeaux aux couleurs du village, du Vatican (blanc et jaune) ou même tricolores, des arrangements floraux, des autels aux fenêtres, des pétales jetées dans les rues, des fleurs ou des branches de tabac...

Spécificité de Geispolsheim
Si un village célèbre cette fête avec corbeille de pétales et fleurs comme jadis, c’est bien Geispolsheim, cette ville au Sud de Strasbourg, a su garder cette coutume courante dans les villages catholiques jadis et jusque dans les années 50, elles sont aujourd’hui très limitées et sauf à Geispolsheim et dans certaines cités germaniques ou bavaroises, comme Munich, où c’est sans doute une des fêtes religieuses les plus populaires de l’année, ou plus au Sud on trouve des ferveurs particulières à Aix-en-Provence ou encore dans la péninsule Ibérique.

Notons que dans des villages ruraux, on renoue avec une célébration plus respectueuse des traditions et du passé, tel le village (rural) de Stotzheim (67140 BARR) qui effectue procession avec plusieurs reposoirs dans le village actuellement encore. (dimanche 26 juin 2011, cette année)

Opposition des Réformés
Évidemment cette démonstration e la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie heurte les dogmes de protestants, et Luther s’emporte contre cette nouvelle manœuvre de papisme et de superstition, dès 1527 il déclame que c’est “allerschädlichtes Jahresfest” (la fête ayant le plus de gravité) à laquelle  manquerait  les bases bibliques et que les processions seraient autant d’offenses à Dieu. La religion populaire, Luther ne connaît pas. Son opposition à cette fête va créer en Alsace une occasion de disputes entre protestants et catholiques dans les villages où deux cultes se côtoient. C’est l’occasion dans les villages de rendre aux catholiques la monnaie de leur pièce des manquements qu’ils ont eu à subir le Vendredi Saint (pourtant férié en Alsace). Ils les avaient importuné ce vendredi-là  et  c’est ce jour de la fête-Dieu (qu’ils ignorent) que les protestants remueraient leur fumier ou feraient ostensiblement des travaux bruyants en signe de réciprocité.
Le Concordat de 1801, assez bizarrement, a supprimé ces processions, car elles donnaient souvent lieu à des manifestations anti-protestantes. Elles ne réapparaîtront donc qu’à la Restauration.


Mais en quoi consiste une fête-Dieu exactement.


Description d’une fête récente(sous sa forme actuelle), citée dans l’Alsace et ses fêtes :
“Pour cette journée, tout le village est fleuri, les voitures ont disparu comme par miracle, les rues sont jonchées de fleurs et de branches vertes, les habitants ont revêtu leurs anciens costumes, les pompiers ont mis leur uniformes de fête, aux quatre points cardinaux du village, on a dressé de magnifiques autels richement décorés. A la tête de la procession des ecclésiastiques escortés par les pompiers avec leurs sabres et leur haches, à côté les catéchumènes habillés de soutanes rouges avec des surplis blancs brodés jettent devant eux des pétales de roses et des fleurs du jardin”.
3 statues sont portées dont Ste Anne, mais aussi le ou la patronne du village, (à Geispolsheim c’est Sainte Marguerite); Saint Sébastien et bien sûr Marie Mère de Dieu. La procession s’étire dans tout le village et l’on effectue une halte aux quatre autels où l’on lit un texte d’un des 4 évangélistes.
Les 4 autels ont leur importance, ils ponctuent le trajet, permettent un instant de méditation, c’est aussi un pas de Dieu vers les habitants du village. C’est évidemment un honneur de voir passer le Saint Sacrement devant sa maison. Souvenons-nous des paroles du Centurion, dont Jésus admirait la foi, “Je ne suis pas digne que tu entres dans ma maison, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri”.  Et bien évidemment l’honneur est immense s’il s’arrête devant sa demeure.
Les 4 arrêts remplacent les scènes bibliques vivantes que l’on trouvait aussi durant le temps de l’Avent et qui se jouaient le Jour de la fête Dieu. Ils représentaient Caïn et Abel, la traversée de la mer rouge... Ces jeux persistent dans les pays du Sud.
Ils ont leur importance car à chaque oratoire, soigneusement décoré et préparé par les habitants, les prêtres bénissent la foule récitent des cantiques, ou écoute le Nouveau Testament. C’est le soir de ce jour que chaque famille qui a préparé une kerwelskrüt la met en contact avec l’ostensoir où est déposé le saint sacrement, selon l’ethnologue et pasteur Freddy Sarg, et cette couronne doit protéger les maisons, étables, des maladies. On trouve ici un rite de protection.
Partiularité de certains villes qui ont même conservé en cette fête des processions sur l’eau, tels que les cités de Staffelsee Murnau, Chiemsee, Cologne.



Prétendues origines païennes

Placé un jeudi après la trinité dans un premier temps, certains auteurs s’empressent de faire un rapprochement avec jeudi, jour dédié à Jupiter, mais avant cela destiné à Thor dans les pays anglo-saxons.
Certains font aussi des parallèles avec des superstitions, ainsi un dicton décrête “qu’à la fête Dieu, il faut au Diable, un pendu et un noyé”. Par jalousie, sans doute, pour le culte rendu dans la foi à Dieu, il ne semble pouvoir se consoler autrement qu’en réclamant deux morts. On peut plus exactement faire un rapprochement avec les cérémonies beaucoup plus païennes qui subsistent dans les valets de pentecôte (voir notre dossier dans le numéro 63 “les Pfingspfiteri et les farces du mois de mai, numéro de mai 1996) où les jeunes attrapent un de leur camarade et font mine de le jeter dans l’eau de la fontaine  pour le noyer.

De plus Van Gennep, dans son folklore ne cite que brièvement cette fête et en écarte tout type de folklore ou de rite païen, explicitant que  ce sont des cérémonies religieuses et non des mouvements païens. (page 1358, tome 2) : “Mais c’est un fait que la Fête-Dieu ou du Saint-Sacrement  n’a pas d’autre origine que liturgique ; et que certains de ses paraphernalia ont acquis populairement une valeur magique, ont été employés non liturgiquement”. 7 Peu d’ouvrages de folklore les évoque à ce titre. Et même le livre ‘la paille et le feu’ se doit dans son introduction de justifier la présence d’un rite religieux dans le folklore et les traditions païennes. On peut donc assez facilement l’en écarter. Les seuls ouvrages qui s’y risquent mélangent des rogations, les rites de pentecôte et la fête-Dieu.
Rite de fertilité pour les uns, offrande aux dieux, voir même  sacrifice  humain aux dieux.
En ce qui concerne les rogations, qui sont elles des “demandes humbles et prières” (rogationes, latin)  la lanterne en a fait une étude -dans son n°84- elles s’apparentent plus à une délimitation des frontières paroissiales et de protection contre les calamités (peste, St Mamert au Vème Siècle) dans ce rite les champs sont bénis et les litanies sont recitées avec chapelet, rien n’est commun avec la fête-Dieu qui se déroule dans la cité 8 . A A séparer aussi de la pratique des récoltes et des moissons du Gluckhampfele (gerbe de la moisson  coupée par un enfant et gardée,) voir notre numéro 79. 
On le voit on est bien loin de cela dans la fête Dieu Toute dans la beauté et dans la retenue dans la foi en la présence de Dieu. ‘je suis avec vous’.

La fête avait une importance capitale en Alsace, comme ailleurs, dans son recueil consacré aux traditions de Corse, Claire Tiévant et Lucie Desideri, 9 signalent que les corses soulignent cette fête avec nombre de processions dans les cités grandes ou petites, tous très fleuries pour l’occasion, la tradition veut que ce jour-là, au matin, on aille cueillir le plus grand nombre de fleurs pour en parsemer les rues et les ruelles constituant le parcours de la procession. Celle-ci est organisée par les confréries (présentes aussi pour le vendredi saint et les processions de pénitents). Particularité corse, au lieu de conserver les “Kerwelskrüt”, on conserve dans l’île de Beauté, les pétales de fleurs pour les jeter sur les fidèles au passage de la procession.  Anecdote de 1844, du panorama de la Corse, un prêtre s’en souvient et cite de mémoire :  “dans une procession de la fête-Dieu, le chef d’une confrérie de pénitents, furieux d’être obligé de céder le pas aux élèves du séminaire, s’oublia jusqu’au plus audacieux blasphème contre le Saint Sacrement que l’on portait à deux pas de lui. Le lendemain, condamné par l’évêque à faire tous les soirs, pendant neuf jours, amende honorable devant la porte de l’église, revêtu d’un sac couvert de cendres, et une tête de mort à la main, il se soumit à cette pénitence canonique avec les marques non équivoques du plus vif repentir. “


Symbolisme :
Le chemin parcouru par le cortège de la fête Dieu est plutôt celui de chacun, de celui qui croit, qui chemine vers la Jérusalem céleste (le baldaquin aux couleur du ciel au-dessus du Saint-Sacrement, appelé “d’r himmel” par les alsaciens ne fait aucun doute.) Dieu est présent, proche, visible, "touchable", nous fait signe dans nos vies quotidiennes, il vient rencontrer sa création,  son lieu de vie, son quotidien , à l’instar de Jésus  dans le monde, comme un signe dans nos existences. Le message est beaucoup plus fort qu’il n’y parait.

Raisons de la chute de cette tradition

Tout d’abord l’opposition dans un premier temps des Réformés, dans un second temps de l’Etat qui a fait chuter la pratique, (interdits citésplus haut) puis du Concile, le saint-Sacrement est  lors de la consécration dorénavant visible des fidèles durant les offices, le prêtre est tourné vers le public des fidèles. Autre raison une certaine perte du  sens du sacré dans le clergé même, on trouve des prêtres qui ne croient plus toujours en la présence du Christ dans l’Hostie consacrée, mais ne négligeons pas une explication psychologisante de la foi, ou encore une certaine crainte des manifestations populaires collectives de foi.
A tout cela, comme conséquence ou comme source,  la baisse de fréquentation des offices, à quoi bon faire une procession avec un nombre de fidèles réduit et des badauds indifférents voir hostiles. Enfin la circulation des véhicules dans les villages qui ne peuvent qu’interrompre les files de processions et perturber les chants.
Seul Geispolsheim semble avoir sauvé la tradition avec le soutien du clergé, de la muncipalité, d’associations, et de fidèles croyants et mobilisés. 

L’exemple actuel de Geispolsheim.

Les cloches sonnent à la volée, fin de l’office religieux, la chaussée est dégagée,
 la procession débute par
* un groupe de fillettes en blanc avec des couronnes de fleurs, suivie par
* l’harmonie du village
les 6 fillettes en costume traditionnel avec sur les épaules la sculpture de la patronne du village, la statue est dorée. Les fillettes portent sur le costume d’alsacienne, le tablier blanc brodé, grande tenue, réservé aux offices religieux. Au début du siècle les fillettes auraient été vêtues en tenue de bergère de Marie antoinette avec houlette, châle et faisaient tinter leurs grelots (selon certaines sources)

* pompiers en uniforme

* tréteaux de bois portés et pliés par un jeune garçon, il servira à déposer les statues devant les autels ostensoirs.

* plusieurs jeunes gens qui portent saint Sébastien

* fillettes en costume

* bannière blanche représentant un saint du village

* 6 fillettes en costume avec la vierge Marie écrasant de son pied un serpent dans le dos de la statue de la vierge un magnifique soleil éclatant.

* la  chorale au grand complet

* les enfants de chœur avec des paniers chargés de pétales de fleurs

* le corps ecclésiastique avec le Saint-Sacrement sous un dais étoilé, porté par 4 hommes, les hommes du Conseil de Fabrique, en gants blancs en signe de respect vis-à-vis du sacré. Sous le dais les motifs du ciel “d’r himmel”.

* Le Saint-Sacrement est encensé par les enfants de chœur qui marchent à reculons comme les anges encensant Dieu dans le Ciel.

Au passage du cortège les pèlerins, ou simples touristes, se prosternent , se signent. c’est le passage de DIEU dans la cité. Chaque maison est parée de drapeaux aux couleurs de la paroisse, du Vatican, ou tricolores., mais aussi de fleurs, d’une statue ou d’images religieuses.

Au terme de cette étude, on s’aperçoit d’une volonté du clergé et du peuple de montrer Dieu au village, associé à la volonté de montrer à Dieu son attachement à sa présence et à sa protection. Dieu présent au milieu des hommes dans leur quotidien. S’y associe la volonté en ce mois de juin de tout faire pour que cette fête soit belle, colorée, lumineuse, tous les corps du village se mobilisent dans ce but. Gageons que cette marque de respect, de ferveur, et n’oublions en aucun cas les prières qui se mêlent à cette foule, ne peut rejouir Dieu et un océan de grâces retomber sur les villages où Dieu est célébré avec autant de fastes. 
 
Bibliographie, non citée en notes  :

* Feiern Feste, Jarhres-Zeiten, bei Herder, Manfred Huberti Freibourg in Breisgau, 1998 p 339-342
* fêtes et croyances populaires en France, Yvonne de Sike, Bordas
* la paille et le feu  traditions vivantes d’Alsace, Michèle Bardout, berger Levrault, espace des hommes, 1980 sur Geispolsheim
* L’Alsace et ses fêtes, collectif, Difal, Erce, Jérôme Do Bentzinger, page 50 avec des photos anciennes de Geispolsheim.
* Le folklore français (cité en notes)


Nos Illustrations :

* l’Alsace et ses fêtes ;
* la paille et le feu M. Bardout
* illustrations au crayon,  d’Image édition marguerite herrlisheim

notes :
 1. autres termes utilisés ou cités dans les ouvrages, Blutstag, Gotstag, Hotscleichnamtag, Hergotstag, Immolabit edum, Lichna mestag, Sacramentum sanguinis christi, Triumphus corporis christi, Varlechnam, Lieweherrgottstag.

2. Les fêtes de Dieu  Guy Deleury, les mythes, l’histoire, la foi.  Edition du Félin, 1994. page 209

3. Stella Maris, juin 2001  sur le Saint Sacrement

4.   ce même auteur, très critique et prompt à suivre la critique de la Foi ou les signes du Divin, souligne que la création de la fête du Sacré-Coeur de notre Seigneur Jésus-Christ, à la demande de la pieuse soeur du couvent de Paray-le-Monial, Soeur Maguerite-Marie Alacoque (toujours très présente dans le Renouveau Charismatique, eut le même cheminement, vision de la sainte, confesseur jésuite, et institution de la fête par le pape Pie IX en l’an 1856. L’auteur n’y voit qu’un combat contre les Lumières ou le modernisme. (page 210) `

5.   un peu à la manière actuelle des orthodoxes où le coeur est protégé des yeux des fidèles.

6. citons l’adoration pérpétuelle du Mont-Ste-Odile 365 jours par an et 24 h/ 24 h ou encore l’adoration du couvent St Marc à Gueberschwihr parmi d’autres...

7.  Arnold Van Gennep, le folklore français, cycles de mai, de la saint-Jean, de l’été et de l’automne,  tome 2. Collections Bouquins, Robert Laffont1949,51,53, réédition  1999 Robert Laffont.

8.   n°84, fin mai/juin 99, “tout sur les rogations alsaciennes”, traditions ancestrales dans les champs alsaciens. pages 16 à 19

9.   almanach de la mémoire et des coutumes, Corse, chez  Michel éditeur 1986 page consacrée au  21/06

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Publié le 17 Avril 2011

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SIGNIFICATION DES COULEURS DES OEUFS DE PAQUES OFFERTS ...


En choisissant son oeuf ou en l’offrant,  on doit faire attention à sa couleur qu’il porte : 

Jaune : signifie le voeu que surviennent la connaissance
Rouge : symbole l’offrande de la vie du Christ.
Blanc : symbole de pureté
Vert : la jeunesse et l’insouciance
Orange : la force, la chaleur durable.

L’oeuf rouge au filleul : Le parrain et la marraine offraient un oeuf rouge à leur filleul en Alsace. Oeuf que l’on allait chercher le jour de pâques. Des quêtes d’oeufs sont également recensées dans de nombreuses régions.
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Chant au Osterhase (allemand)
Die Glocken läuten Ostern ein, 
nun gibt es süße Kuchen!
Wo bleibst du, Osterhäselein?
Ei ja, ich will dich suchen.
Ich laufe schnell von Busch zu Busch,
dort, wo die Rosen stehen,
ja, liebes Häselein, husch, husch,
dort werd' ich dich schon sehen.
Und springst du dann auch schnell davon,
mich soll es gar nicht reuen,
ich finde jauchzend reichen Lohn
und kann mich herzlich freuen.
Ich klatsche in die Hände fest,
das Herz, es schlägt mir freier,
ich seh' vor mir ein ganzes Nest
voll roter Ostereier.

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On connait les histoires de lapins, symboles de la fertilité parfaite, souvenons-nous qu’un seul couple de lièvre a ainsi couvert toute l’Australie ! Il ont la référence alsacienne à pâques, pondeur, artiste et apporteur d’oeufs en Alsace, depuis qu’il accompagnait la déesse Ostara, la déesse Freya (déesse nordique associée au printemps) dont il donne encore le nom à la fête de pâques en alsacien.

Sa première mention alsacienne remonte à 1572 et on l’a doit à Johann Fischart faisant allusion aux Haseneier (mystérieux oeufs du lièvre !) à charge pour les enfants de lui confectionner des nids où il puisse décemment les pondre.

Dans l’Antiquité le lièvre est déjà mentionné et associé au dieu Osiris, chargé de la résurrection des morts.  En effet ce mammifère nait les yeux ouverts ce qui n’a pas manqué de marquer nos anciens, son gîte souterrain le rend proche des morts (il est leur voisin et pourrait donc communiquer avec eux).

A Byzance, ils furent les symboles des chrétiens, on retrouve les lièvres en tant que symbole trinitaire dans d’anciennes gravures, de plus, une traduction alambiquée du psaume 104,18 peut donner également une référence aux lièvres.
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Les cloches parties à Rome n’ont jamais été les apporteurs de présents en Alsace, ni les cigognes (comme c’est le cas dans certaines régions plus à l’Est, Thuringe, à Hanovre on fait appel au renard ;  au Tyrol on appelle une Osterhenne (poule de pâques), en Hollande un oiseau de pâques, en Bavière supérieure un agneau pascal, en Suisse un gentil coucou fait office d’apporteur de cadeau, en Italie point de lièvre remplacées par les cloches de Saint-Pierre) La place est vaillamment tenue dans la région rhénane, en Allemagne, en Autriche par le lièvre de pâques. Spécialement doué ou brisant les lois naturelles étant le seul mammifère pouvant pondre et transporter des  oeufs préalablement décorés  ! Car ce qu’ils apportent est un symbole de vie, de pureté, de fertilité, cadeau d’amour également. On en trouve dans les tombes (4ème siècle chez les grecs et les romains). Mais même plus tôt encore dans les tombes de certaines civilisations summériennes (fin du IV et IIIème millénaire avant JC). La tradition de les peindre est plus spécifiquement Ukrainienne.  La tradition va consacrer l’oeuf rouge.(Roteier) symbole du Christ et de l’offrande sanglante de sa vie (l’ornement du vendredi saint des prêtres est rouge).
Le christianisme a admis ces oeufs les bénissant même vers le XIIèe siècle en inscrivant une benedictio ovorum dans le rituel général.
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Quelques dictons autour des oeufs  de pâques :

«Ein fauler Kopf, ein faules Ei,
zwei Dinge und doch einerlei»

Ou encore  :
«Zum Ostefest den Wunsch ich bringe,
dass Fried und Freund dich hold umschlinge».
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En dessinant ses oeufs, cette pensée : «Als ich schrieb und bemalt das Ei, war ich mit ganzem Herzen dabei».
(Lorsque j’écrivais et dessinais cet oeuf, tout mon coeur y était impliqué).

«Von ganzem Herzen wünsch ich dire des Himmels reichsten Segen! Gesundheit, Freude leite dich auf allen deinen Wegen».
(De tout coeur je te souhaite la plus riche bénédiction céleste, santé, paix te suivent sur toutes tes routes)

Les oeufs peuvent ensuite être vidés, soufflés, décorés, grattés, peints, colorés couverts de décalcomanies. On est loin des oeufs Fabergé, mais la tradition de cet oeuf, symbole de vie future, d’espoir en la renaissance de la Nature a toujours très magnifiquement coïncidé avec le temps pascal, temps de résurrection. Souvenons-nous que le temps de Carême, bien plus austère et plus respecté, greniers vides aidant, interdisait la consommation d’oeufs durant 40 jours, ceci étaient donc stockés, même si les poules pondent moins en hiver, et l’abondance va créer de nombreuses recettes de part la monde avec les ovoproduits. Cacavelli en Corse (des oeufs frais entiers sont posés sur la pâte prête à cuire), oeufs décorés, biscuits  dont les biscuits (Lammalas (agneaux) biscuit en forme d’agneau élaborés dans des moules en terre cuite qui font la fierté de nos cuisines alsaciennes et servaient ainsi une fois l’an).  Mais aussi oeufs décorés que l’on offrait à ses proches, sa bien-aimée. Exemple cette chanson populaire du XIX ème siècle : «Dies Ei hat gelegt der Has’
Fer dich, min Schatz,
ins grene Gras»
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Plus récemment on a élaboré des arbres de pâques, en fait des bouquets d’arbustes que l’on coiffait de rubans, d’oeufs multicolores. Ils évoquent ces branches des rameaux décorés que de nombreuses paroisses allemandes et certaines alsaciennes préparent avec les enfants et les plus jeunes pour le dimanche des rameaux lors de la procession d’entrée dans l’église, symbolisant l’entrée de Jésus dans la semaine de sa passion (la Semaine Sainte).
Les cloches s’en allant à Rome le jeudi saint au chant du Gloria de l’office instituant l’Eucharistie, la Sainte Cène, elles n’en reviendront que dans la nuit du samedi au dimanche de pâques lors du Gloria de cette Veillée pascale.Les cloches, revenues de Rome, rapportent les oeufs décorés.
 Les nuits de Noël et de Pâques sont en parallèle . L’Incarnation et la Résurrection étant indissociables et constituent les fondements de la religion chrétienne.  


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Le saviez-vous ?

D’Wisser Sundi
Peu de gens connaissent la Quasimodo. N’avez-vous pas cru que nous parlions du fameux bossu de Notre-Dame ? Et pourtant, elle tire son nom des premiers mots des textes liturgiques qui viennent clore la période pascale. En Alsace, on appelle aussi ce dimanche « D’r wissa Suntig »,  le « dimanche blanc », en référence aux aubes et brassards des communiants : c’est le week-end de l’ouverture de la communauté religieuse à ses nouveaux baptisés.
Une semaine après pâques, dimanche en octave de pâques.


       Le saviez-vous ?

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A Haas’ bliebt a Haas...
Après l’effondrement de juin 1940, les Français ont été qualifiés de «Hase» (lièvre) allusion à la fuite quasi générale des troupes françaises en Alsace. Ce qualificatif, un rien péjoratif demeure dans le langage familier pour les français dits de l’intérieur.

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Publié le 14 Février 2010

Les rites de Carnaval sont riches, on y découvre de multiples croyances dans les esprits de l'hiver, la peur des animaux magiques ou anciens. Ainsi dans le défilé d'Offenbourg on trouve des costumes que chaque Verein (chaque association) revêt.  C'est une originalité de protéger ainsi un costume, des masques ancestraux. Chaque village a ainsi une variété de déclinaisons et s'y tient. Ces associations -dont certaines ne sont constituées que pour cette période de l'année le carnaval en Allemagne s'étend du 11.01 à 11 h 11 jusqu'à l'apothéose du Rosenmontag (lundi rose, la veille du Carnaval) et le jour de carnaval. Ces deux jours sont généralement chômés et chacun participe à ces jours de fête précédant  le temps du carême -les 40 jours avant Pâques, la résurrection du Christ. Et le mercredi des cendres jour de jeûne et d'abstinence dans le monde catholique.
Les costumes dont certains sont représentés ci-dessous, évoquent donc des personnages, des plantes très différents, sans oublier les sorcières tournées en dérision peut-on croire, mais elles ont un rôle très important dans de nombreuses confréries de carnaval. Elles allient la connaissance des forces hivernales et les moyens de les repousser pour que revienne le printemps, les fleurs, fruits... base de la nourriture à venir pour toute la société.
La peur des forces des esprits hivernaux était de taille, elle l'est toujours pour les paysans qui craignent les calamités de la Nature. Les gelées tardives (les rites des rogations y veillent, voir notre article) peuvent affamer des campagnes entières, l'homme du XXIème siècle ne doit pas l'oublier, il n'est jamais à l'abri des caprices de Dame Nature ans un contexte mondialisé où sa  marchandise, son caddie quotidien provient du monde entier, même en matière almentaire. (fruits et légumes frais hollandais, petits pois en conserve du Kosovo, mélande de légumes surgelés des 4 coins de la planète, lait de Chine, matières premières des plats cuisinés des 4 coins du monde !) Mais revenons à nos esprits de l'hiver ainsi personnifiés, nous replongeons des croyances datant d'avant la christianisation de la région rhénane. En Alsace de telles traditions se sont perdues, il en reste des traces vives à l'époque médiévale et dans  certains villages jusque dans les années 1950-1960.



Voici quelques exemples d'un foklore vivant, assumé et joyeux, très joyeux d'ailleurs ce qui aide à le perpétuer sans se poser des questions sur ses racines :  (photos de février 2010)carnaval 2364
-ânes à clochettes, on verra sur de nombreux costumes des cloches (tels les Niklausle (défilés de st Nicolas) des alpages allemands, suises ou autrichiens), des feuilles (tels les feuillus).



carnaval 2401-blaireaux-

carnaval 2404
carnaval 2409
-les feuillus se transforment en boules de coton sur tout le corps, les costumes sont à porter à tout âge-


carnaval 2419-feuillus-

carnaval 2426-feuillus rouges-

carnaval 2439-regardez bien son visage, c'est un masque représentant la souche d'un bois, c'est bien un appel du printemps-

carnaval 2396-la sorcière qui attend la réplique au "Hourri..... !!
"Hourra ! "

carnaval 2443-aux feuillus simples, succèdent les feuillus portant déjà les cerises et les fruits mûrs-

carnaval 2479
-gare aux sorcières et à leur curieux moyens de locomotion-



carnaval 2482

et à ceux qui seraient trop imprudents, chasse des sorcières


car elles en récupèrent dans leur curieux manège...


carnaval 2490

(partie de l'article 2009)


Les rites de la fin de l'hiver, pétards (pour faire fuir les esprits mauvais à la nouvelle année) se retrouvent dans d'anciens rites, les cerceaux enflammés jadis allumés au sommet des montagnes (cycle solaire, hommage au soleil, ancien rite paiën), d'autres se retrouvent dans d'autres civilisations, en faisant claquer d'immenses laceaux,
la semaine passée à Offenbourg (Bade-Wurtenberg) lors des festivités carnavalesques, le rite était "bruyamment appliqué" à un sol encore froid. A grands coups...



Les différents villages ou "associations" sont revêtus d'un costume porté une seule fois l'an qui fait la fierté de chaque village ou ville. On le retrouve sur les places publiques sous forme de statue. Les associations se retrouvent le reste de l'année (marché de noël, fêtes villageoises diverses).
Quelques costumes typiques de villages  :





on voit bien l'origine du feuillu -que nous développerons plus loin- même si le costume est en tissu, il conserve l'idée de costume fait de feuilles....




ou d'animaux, ici ce sont des costumes de blaireaux, et non de putois comme évoqué dans mon étude ci-dessous, que portent ce groupe. Réaliste jusqu'à la pointe de la queue.



Bien évidemment on croise aussi les traditionnels travestissements et sorcières :





(cette sorcière porte  un costume de groupe )

Le coup de coeur pour celle-ci / ou ceux-là, quand la fête est finie, la sorcière (le sorcier) rentre avec son petit (garçon) lui aussi déjà revêtu du costume tradtionnel, ainsi vont les traditions bien ancrées dans le coeur germanique de nos voisins rhénans.














Retour en Alsace avec les feuillus, pas si  lointains de ce que nous avons montré ci-dessus :


Extraits de notre numéro 144 paru le 1er février 2009

Les feuillus & d’r Iltis

Trois semaines après carnaval et trois semaines avant pâques, une période de privation rude justifiée par la fin des provisions dans les greniers, temps d’exercice spirituel, mais on voit réapparaître dans les folklores locaux alsaciens et rhénans  des aspects du paganisme.  
Notamment les hommes de paille, des personnages qui revêtaient (un véritable costume) une botte de paille et une botte de seigle sur la tête,
un autre se promenait jusqu’à avant 1870 “le cerf violoneux”. Hirtzgiger, il entrait dans chaque cour dans l’objectif de quêter tout en interprétant une chanson.
 On trouve ainsi une chanson ancienne à Oberhergheim, page 48 “la paille et le feu”. quelques extraits.
hit isch Mittelfaschta, ich ha nix meh im Kaschta.
D’r Nidderwind der geht so kalt.                         

Drei Resala vor dem griena Wald.
D’r Hirtzgiger isch a saliga Mann.Eier un Anka muas er han.
D’r Nidderwind...
- Ich höer die Mannala giga.
Si wöella uns Spack abschnida.
D’r Nidderwind...
(...) Schäue erus ! Trala erus !
Schäue eier Hirtzigiger an.
D’ Hirzgiger isch a saliga Mann.
C’est aujourd’hui la mi-carême, je n’ai plus rien dans mon placard, le vent du nord est si froid, trois petites roses du côté de la verte forêt.
Le cerf violoneux (?) est un saint homme.
Il lui faut des oeufs et du beurre.
Le vent du nord est si froid.
J’entend les hommes jouer du violon, ils vont nous couper une tranche de lard, il fait si froid.
(...) Voyez notre violoneux, c’est un saint homme !

Les feuillus,notamment, on en croisera en Alsace d’un bout de la chaîne de carnaval à la Pentecôte où un drôle de personnage revêtu de “coquilles d’escargot” se promenait ce jour-là dans certaines villages alsaciens. 96 jours sont donc “habités” par ce rite d’homme sauvage, la chasse au feuillu est traditionnellement représenté à l’écomusée, le jour de la Pentecôte, attrapé par les conscrits. Les chaînes sont également employées pour attraper le “Hans Trapp” ou lors de sa venue à Noël ou à la Saint Nicolas aux côtés du Christkindel.
“Le Feuillu attrapé par les conscrits, lors du « Pflingstpflutri “ s’amusait à titrer le quotidien régional l’Alsace le 12 mai 2008.  
Hit isch Mittelfaschta, ich ha nix meh im kaschta !
c’est la mi-carême et je n’ai plus rien dans le placard !
Il est assez étonnant de croiser un cerf, équipé d’un violon, alors que nous ne sommes pas à la proximité de la St Hubert, dans la collégiale dans la collégiale Saint-Martin de Colmar on trouve, un carreau du XIV ème siècle qui représente un cerf avec un beau sourire.  (la paille et le feu, traditions vivantes d’Alsace, Michèle Bardout, Berger-Levrault, espace des hommes)
(la paille et le feu : les deux illustrations, voir référence)

on peut donc songer à une divinité tel Cernunos et des offrandes à lui faire. Un ancien rite, d’anciens rituels de procession...  Dans la chanson se trouvent mentionnées  les plats ou spécialités de la mi-carême : poêles à frire, marmite... Et si vous n’en donnez pas c’est le martre qui viendra prendre les poules... Plus agile encore que le renard pour attaquer les poulaillers.
Le lundi de carnaval, appelé chez nos voisins le lundi Rose, (Rosen Montag) était nommé le Hirtzemontag, hommes et femmes dansaient autour de l’un de leurs couvert de la dépouille d’un cerf. On trouve aussi dans les petits gâteaux de noël les “Hirzhörnle” (cors de cerf). On a déjà précisé que ces petits gâteaux de noël sont les héritiers d’offrandes faites aux dieux lors du passage de la chevauchée sauvage hivernale.
Voilà donc le cerf, symbole de la force, de la jeunesse et de la puissance salué. Etait-ce une divinité ?
Dans certains villages cet homme de paille se nomme le cerf, Cernunnos, dieu hivernal représenté sous la forme d’un cerf, les jeunes gens qui l’entourent  Esus, le dieu de la végétation.
Le cerf est psychopompe et solaire. On peut y voir des métamorphoses, de rite de passage, d’offrande antiques aux dieux, l’oeuf offert étant très riche dans la symbolique.
les représentations d’hommes sauvages ou de divinités “cernunos” selon l’écomusée
(site internet de l’écomusée)

Dans les défilés de carnaval de Bavière on trouve un Mullihirsch, selon le docteur J.Hirtz  qui a étudié les personnages dans les défilés et rites de carnaval, un personnage avec des cornes de cerf, revêtu de peaux qui serait, selon lui,  une représentation du dieu celte de par le fait qu’il porte les bois du cerf.  Le masque du cerf existerait depuis de nombreuses années dans le coin de Partenkirchen, mais porté sur un cerf blanc. Pour ce chercheur, il évoquerait l’esprit  d’un forestier mal-aimé de la population qui s’est donné la mort dans les alpages.
(Appropriation d’une tradition ou amalgame, symbolique d’une tradition ou d’une croyance méprisée ou rejetée ? On ne sait, en tous les cas une belle revanche pour la mémoire du forestier dont sa cité ne voulait entendre)(in Lebendiges Brauchtum in Werdenfels, Adolf und Hildegard Rehm, auto-édition, juin 1995, en langue allemande,
photo de ce livre bas de page )
Un texte de Biederthal   manie à la fois les promesses et la menace. Se mêlent  la peur de l’hiver et des conséquences de la pingrerie.
La société villageoise plus solidaire voulait éviter toute mise à l’écart, tout individualisme qui lui était inconnu.
(la paille et le feu)



Le putois...
Le jeudi de la mi-carême est le jour de prédilection pour la sortie du putois.
Escorté selon les villages par les conscrits, ceux qui incarnent l’adolescence et le rite de passage. Ce putois se nomme : “D’r Iltis” (“le putois”). Le putois est en effet une menace pour les poulaillers, tant pour les poules que pour leurs oeufs dont les paysans ne peuvent se nourrir en période en carême.
Cet homme de paille n’est pas un mannequin comme les rois de carnaval, effigies qui sont brûlées sur les bûchers. C’est un animal qui est joué par un jeune conscrit. Il est promené par les autres, rites comparables à l’homme sauvage, ou amené, enchaîné, représentant l’hiver. Avec sa pointe de paille, il peut mesurer 4 mètres.
Enchaîné, on veut l’amener afin que surtout il ne vienne pas déranger par son froid, ses gelées, le printemps et les futures récoltes à venir. Nos sociétés urbaines ne mesurent pas toujours les risques des gelées tardives sur les vergers, les récoltes futures. Nos ancêtres s’ils protégeaient leurs pousses, ne connaissaient pas les serres modernes chauffées actuelles.  
L’homme de paille doit rester anonyme, masqué, inconnu. Ceux qui l’accompagnent récitent une genre de psalmodie répétitive. On s’interroge sur la proximité avec d’autres rites, tel le pénitent de Sartène, enchaîné,qui doit rester inconnu, et malgré le rite du chemin de croix très chrétien et la présence de prêtres, de prières chrétiennes, la psalmodie tout au long du parcours des stations (classiques du chemin de croix) le même chant, lancinant, est entêtant. Bien sûr dans l’homme de paille aucune référence chrétienne n’est évoquée, même suggérée.
La quête réalisée comportait généralement des oeufs. Symbole de résurrection, de vie à venir, d’espérance. Aujourd’hui, elle a une visée essentiellement financière et perd donc cette dimension symbolique. Les bénéfices de la procession devant plutôt servir à acheter alcools et victuailles pour une fête. Un autre esprit celui plus spiritueux que spirituel.
Psalmodie :
“Nous l’avons attrapé avec des pics et des bâtons, donnez-nous cinq francs”
L’homme de paille personnifie l’hiver disent les conscrits, qu’ils battent avec un gourdin.
Une stèle du 3ème siècle représente Mercure avec une bourse et un gourdin. Est-ce un rite de fertilité ? Tels les coups de lanières sur le sol, les pétards (éloignant les esprits mauvais)...
Le Putois est un mammifère qui dévore les oeufs, qui menace la jeunesse, l’avenir, les fruits du printemps et l’avenir.
Celui qui est peu prodigue de cadeaux  est menacé de la visite du putois dans son poulailler.
Dans chaque texte récité par les quêteurs il y a la promesse de la fin de carême, dans trois semaines nous mangerons des oeufs.

A  Buschwiller, Hiltiz, une formule
“Nous en avons attrapé avec des épieux, bâtons et des excréments de poules, Celui qui garde les oeufs doit donner vingt centimes”. (page 30)


Interdits alimentaires
Les produits carnés et les oeufs étant interdits jusqu’en 1618, où l’évêque de Bâle, dont dépendant les paroisses du Sundgau, où ces traditions sont plus vives actuellement,  lève les interdits alimentaires sur les produits laitiers et les oeufs.
Le putois bouc-émissaire ?
Il pourrait une modernisation adoucie de la “chasse antisémite”. Le samedi saint dans certains villages on brûlait Judas, le traître (un mannequin) en mémoire du disciple qui avait trahi Jésus contre deniers au Sanhédrin.
Le Butzimummel ou Butzi ou “der Butzemannel”
Un autre nom pour ce drôle de  personnage vient faire la quête, une corbeille d’osier sur la tête, longues tresses de paille lui faisant un vêtement, il n’est pas masqué. Entouré par des hommes. On fait allusion à un tailleur sur un bouc. Ce dernier est souvent la représentation d’anciennes divinités devenues négatives avec le christianisme.  De nombreuses croyances représentent les sorcières sur un bouc, chevauchant un bouc.  
Un rite assez proche a été signalé par Arnold van Gennep page 803 “le folklore français”, collection Bouquins,  il y raconte une procession du “vieux ou de la vieille” dans de nombreuses villes françaises,  poussé en procession hors de la ville. Un ancien rite de la ville de Rome,  “Le vieux mars”, la cérémonie avait lieu le premier jour avant la première lune qui débutait le premier mars, l’ancienne année, l’ancien mars était chassé,  l’homme était habillé de peau. “Un bouc émissaire” battu, chassé, expulsé de l’enceinte de la cité.
Mars n’est pas un dieu de la guerre mais de la végétation, on peut faire le rapprochement avec les hommes de paille de l’hiver. On trouve de nombreuses personnifications dans la période de carnaval ou de carême.  (ci-dessous un Narre, tel celui du Lundi de Pentecôte)
Photo ci-dessous : personnages mystérieux, lors de carnaval de Nassereith, Autriche
Autres noms :

Le “Strohmann”, se nomme  à Sarrebourg :  “Haïlog”, “Hirziger” personnages qui ce jour-là sont également promenés.
Une danse rituelle est exécutée, un sorte de rite de protection pour lequel on versait une récompense. Chamanisme ?
A la fin des processions et  de la tournée des hommes de paille, on jetait le costume sur le fumier. (les rois de carnaval sont eux généralement brûlés).

Pour l’écomusée qui reconstituent les personnages Buzzmummel et le Hiltzig ce sont deux versions de l’homme sauvage, on peut voir des photos des reconstitutions, dans l’Alsace et ses fêtes, page 31.
Dans ces défilés assez étranges, les rites si enracinés,  sont sans doute d’anciennes divinités, ou rituels, dont la mémoire collective est ainsi encore alimentée.  “Déchaînement, travestissement, métamorphose” résume Jean-Jacques Mourreau dans son dictionnaire sincère de l’Alsace singulière,  en évoquant les traditions des défilés de carnaval traditionnels en Forêt-Noire.  Mais aussi traditions et costumes villageois ou de corps de métiers. On trouve également la chasse à l’ours. Tous ces personnages ( à deux têtes), l’ours (der Bär ist frei, l’ours est lâché, ce qui signifie tout est possible) , le cerf, sont assez imposants, à la fois sérieux, comiques, majestueux, recherchés, tragiques et magiques. Ils avancent masqués comme pour signifier le caractère mystérieux et caché. Mais lorsque ces masques tombent,  l’ancienne peau tombe, “les anciennes croyances aussi, le carême est une période de mutation de” metanoïa” de “conversion” corps est en mutation, la mue fait tomber la vieille peau.  Le Français sera toujours surpris de l’attachement viscéral des peuples germains à Carnaval, pas un jour, mais à toute la période qui s’ouvre depuis l’épiphanie. Tous les rituels enfuis remontent à la surface et aucun Germain se dispenserait de participer à ces grandes fêtes collectives de transgressions. Les masques sont conservés dans les familles de génération en génération, nul ne se dispenserait de participer à ses défilés, des associations entières tournent autour de cet événement. Des sculptures représentent les costumes dans les villages. On ne peut le négliger ou le balayer d’un revers de main. C’est plus qu’une simple fête.
Comme pour conserver les anciennes traditions, croyances, déformées, jouées ou mimées qui  ont remplacées par le christianisme en y mêlant humour, folklore et traditions villageoises le tout dans le contexte de transgression des règles et des habitudes.   


Les aspects positifs de
ces faits :
* une conservation-modifiée- de très anciennes croyances, de rites de protection
* une sorte de cohésion sociale d’une classe d’âge qui se prépare à entrer dans la vie adulte, sorte de rite de passage de transmission  inter-générationnelle,
de transformation symbolique de certaines peurs ou croyances ou événements.
* une solidarité de toute une cité face aux réalités de la nature et à ses risques
* une transgression d’une partie de la société des croyances établies (celles de l’église) au profit de rites passés, une “soupape de sécurité” évitant crises et révoltes, le peuple “fou” devient “roi”.
(un fou à la fontaine, recouvert de coquilles de noix ou d’escargot, tel celui de la Pentecôte plongé dans l’eau, photos FS)

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Publié le 31 Décembre 2009

Quelques proverbes pour nos lecteurs du blog, afin de réussir le "rutsch" la glissade dans la nouvelle année 2010 :



vieillecarte.jpg

"Sylvester Nachtwind um Morgesonn, Verderbt d'Hoffnung uf Win un Korn"

proverbe assez pessimiste sur la météo du soir du 31 décembre,



"Vent la nuit de la saint sylvestre et soleil le matin chassent tout espoir de vin et de blé" pour l'année à venir et encore

"Wind in der Sylvesternacht, wenig Hoffnung aufs künftige Jahr macht"

Toujours s'il y a vent la nuit de la saint Sylvestre, peu d'espoir Encore plus sévère :

Neijohrs-Morgerot bringt viel Not :

l'aurore rouge au Nouvel an annonce des famines... et sa variante  :
bringt Unwitter un grossi Plag,

apporte des calamités climatiques et des famines ou des disettes.



Alors qu'au soir on signale que le petit Jésus cuit des bredele...



*********************************************************************
Isch wensch eich e glückliches neies Johr fraad un Gsundheit, so lang ihr lewe un alles, was eich lieb isch soviel Sterne am Himmel stehn, soviel Tropp in der See sowiel Glûck un soviel Saaje wensch ich eich zum neie Johr wollte Gott, es werde wahr...


************************************************************************


Je vous souhaite une heureuse nouvelle année, joie et santé tout au long de vos jours, que tout ce qui vous importe (vous est cher) autant d'étoiles qui se tiennent dans le ciel autant de gouttes que contient la mer, autant je vous souhaite de bonheur et de bénédiction pour a nouvelle année, si Dieu veut que je dise vrai. pour une belle année



 Voir aussi notre article sur les douze coups de minuits, les pétards, les voeux, les cartes.... bonne lecture

la plus ancienne carte de voeux
Les douze coups de minuit (suite)



rosedenoel.jpgundefinedstolle.jpg Qu'est ce que cette briochette ?


a Neijahrstolle
à ne pas confondre avec le Stolle aux fruits confits en forme de bébé emmailloté....
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Publié le 26 Juin 2009


les feux de la St Jean, une vraie fête, une tradition ancienne héritée sans doute de rites païens bien enracinés dans de nombreuses régions françaises et européennes.


Loin d'être une image, la fête de la Saint Jean est  outre le solstice d'été, la fête de l'été, la nuit la plus courte qui est à l'opposé dans le calendrier du 24 décembre, la nuit la plus longue. (En fait respectivement le 21)
"Noël et la Saint Jean se partagent l'an "

La Saint Jean (nativité de saint Jean-Baptiste1)  (Luc 1,5-25) bénéfice d’une véritable foison de croyances  que la vie des saints  2 résume “chaque année l’univers catholique se réjouit à la nativité de saint Jean-Baptiste. Dans beaucoup d’endroits on allume des feux de joie” tradition pas totalement disparue de la mémoire collective et populaire qui connait un nouvel engouement ces quinze dernières années. On sait encore la magie du feu et certaines anciennes croyances populaires se télescopent encore, en Bretagne on croit par exemple que les âmes se rassemblent en cette nuit du solstice. On tenterait par ces feux de se concilier (comme à la Chandeleur) les faveurs du soleil, source de vie et de bien-être.
Le terme de Noël de l’été  repose sur la conception du lien entre solstice d’hiver et d’été. Jean Baptiste, dernier prophète, annonce le Christ, fêté six mois avant Noël, et la naissance de N.S. Jésus-Christ. Le feu de l’été dans la chaleur (évoquant le désert de Jean) signale le feu de la bûche de la nativité. On se souvient de la citation biblique “il faut que je diminue pour qu’il grandisse”. (Jean 3,30) Faisant ainsi de Jean-baptiste une “lampe ardente et brillante”. 3
Privilège méconnu il semble que le roi avait ce droit d’allumer les feux. Et c’est  Louis XIV  qui fut le dernier souverain à  le faire   sur la place de Grève à Paris. 7 Ce privilège fut légué ensuite aux prévôts des mrchands et aux échevins et la tradition cessa à la Révolution française.

Mais pourquoi donc faire
un feu ?

Un des buts premiers” écrit Freddy Sarg 4 , des feux allumés lors de cette nuit (en ce mois des jachères, juin) “est de délivrer les hommes et les animaux de l’emprise des sorcières”.
Ainsi pour protéger le bétail les participants jetaient des morceaux de rameaux bénis et des branches vertes dans le feu afin qu’il produise une épaisse fumée. Les habitants conduisaient également les animaux à travers cette fumée réputée pour ses propriétés protectrices.
La bête craignant le feu devait ne pas y aller aussi courageusement que l’on s’imagine.
Ceux qui étudient les anciennes croyances germaniques trouvent dans le culte de Thor, dieu du tonnerre et la fertilité, fêté approximativement à ce moment de l’année. Cet argument est contesté par Van Gennep, le célèbre folkloriste, s’il existe des feux dans la religion gallo-romaine, il n’en existe pas en juin. Le culte de Mithra a laissé faire des feux mais pas en ce mois précis. Le dicton connu “Noël et la Saint Jean se partagent l’an” n’a rien à voir avec ces cultes. Les récits très anciens de 452 évoquent des retraites aux flambeaux, mais pas des feux. Si dans le passé plus récent on interdit les superstitions païennes ou magiques, on ne trouve pas de traces de condamnations des feux. Les grands saints notamment Saint Eloi interdisent  de faire des voeux ou des pratiques magiques “dans les temples, ou auprès des fontaines, des arbres ou des enclos, ni n’allume des flambeaux le long des chemins et des carrefours”.  Les adeptes des théories purement solaires affirment que les feux se trouvent à proximité de sites d’anciennes croyances ou de monuments mégalithiques, si cela semble vrai en Bretagne ou à Stonehenge, il n’en est rien dans d’autres régions si ce n’est la proximité d’une église (pas forcément ancienne) d’une abbaye, d’un relief, ou d’un point culminant qui permet au feu d’être bien visible aux alentours. Cette préoccupation de visibilité se trouve aujourd'hui encore lorsque les associations culturelles ou  sportives décident d’un emplacement pour l’édification de leur pyramide de bois.
Mais une chose semble sûre de la foi des analystes anciens Lefftz5 et Pfleger “en Alsace en pays montagneux (ils sont situés) sur des pointe s rocheuses ou les pics pour être vus de loin”.

En 1683 dans les Additions, les stipulations touchant au folklore s’adressant aux prêtres sont les suivantes (orthographe d’époque) : “nous exhortons Messieurs les Curés de distinguer le feu de ioye qui se fait la veille ou le jour de la Nativité de S.iean Baptiste en y conduisant le Magistrat et le peuple en procession en chantant les hymnes de l’office du même Saint ; ce que nous avons jugé dautant plus nécessaire que nous n’avons pas trouvé un moyen plus propre, ny plus doux pour en retrancher les danses et les immodesties qui ont fait dégénérer une riouïssance si ancienne et si iuste, et si sainte en une occasion de débauche & de péché”.

 En Suède c’est la fête du Midsommarnatt, (ou Midsommar) qui coïncide avec une période où le crépuscule et l’aurore se rapprochent tant qu’on se demande s’il n’y a pas deux soleils, les jeunes en profitent pour faire la fête. Un “mât est dressé dans toutes les prairies, c’est autour de ce “majstång” décoré de feuilles et de fleurs, de couronnes et de guirlandes que l’on va danser”. Cette coutume semble avoir été interdite au XVII ème siècle parce qu’elle donnait lieu à des “jeux sauvages et inconvenants”. 6
Des feux sont allumés avant le solstice dans la nuit qui précède en Norvège, les maisons sont décorées de branches de  bouleau, on boit, on chante et danse. Ces mêmes feux semblent être présent au Danemark, où des milliers de feux s’allument dans la nuit du solstice. (même source). Avec la présence d’une sorcière sur le sommet comme il était d’usage en Alsace il y a encore peu d’années.   En Finlande, enfin,  on signale des mêmes feux situés eux près des lacs (au pays des mille lacs). Une célébration proche est coutumière en Lettonie, mais la fête est surtout consacrée au bétail, à l’élevage et à l’agriculture.

QUÊTES DE BOIS
Mais revenons en Alsace, pour ces feux alsaciens nommés Sungiht, Singicht, Sünngiht, Kantztifiehr (à Auenheim), Kannsfeuer à Lauterbourg, Neewiller, Niederlauterbach, Scheibenhard, Kantzfeuer à Mothern. 7
Les enfants ramassent le bois en allant  de “maison en maison avec des chants dédiés à des saints méconnus” ou inventés 8 (On retrouve cette même collecte pour le feu du samedi saint lorsqu'il était réalisé par les servants de messe)

 On joint ainsi l’utile à l’agréable ce que résume le bon sens alsacien par la formule “m’r tüet d’s Nétzlige mit’m Vergnieje verbénde”. En effet, ils débarrassent  en même temps les maisons, les granges, des objets et des bois inutiles par le biais d’un feu purificateur.
C’est l’occasion d’une chanson à Bernardsvillé 9 pour les quêtes de bois et de friandise.
“Am Kanzti ha m’r e Fîrel                     A la Saint Jean nous faisons un feu
Gan is au e Stirel                         faites nous aussi don d’un petit bois
Saint  Bembernell, Saint Bembernell                Saint Bembernell, Saint Bembernell,
Gan is au e grossi Wall                    Donnez aussi un grand fagot
Saint Vit,  Saint Vit                    Saint Guy, Saint Guy,
gan is au e Schit                        Donnez nous aussi une bûche
Saint Abraham, Saint Abraham                    Saint Abraham, Saint Abraham
Ihr màche uns die Zit so lang                vous nous faites attendre
Saint Düse, Saint Düse                        Saint Düse, saint Düse
M’r kenne au nà müse                    nous pouvons aussi flâner
St Bale, St Bale                        saint Bale, Saint Bale
M’r kenne au nà stehle !                    nous pouvons aussi en voler
St Pole, St Pole                        Saint Pole, Saint Pole
D’r Deîfel soll i hole                        Que Diable vous emporte!

Les bûchers peuvent prendre des formes originales, (aujourd’hui encore, à Bischoffsheim sur le Bischenberg en juin 2000 deux bûchers liés représentant une Alsacienne et un Alsacien), ou en 1994 à Goersdorf avec un “Fackel” de 3514  mètres de haut. Mais malheureusement ce n’est pas sans risque malgré les soutiens logistiques et la technique des pompiers n’évitent pas certains accidents10. Les fagots, broussailles apportés à bout de bras ou ramassés par un char généralement un char décoré qui circule de maison en maison quêtant des matériaux à brûler ou vieilleries en bois.
Les feux actuels cherchent surtout des hautes et claires flammes démunies de fumée, telle n’était pas le cas des feux anciens, dont la fumée aux vertus prophylactiques devait purifier les animaux, les champs et les airs. Et faire fuir les sorcières. (voir notre article  dans le numéro 140, quelques extraits en ligne)

Le récit du ramassage à Fellerin  avant 1939 raconte ceci : “”les conscrits” allaient chercher et ficher en terre le plus beau et le plus haut sapin qu’ils avaient pu trouver ; il avait parfois de 25 à 30 mètres de haut. Tous les soirs, ils couraient la montagne pour y couper des rondins de 2 à 3 mètres de long qu’ils portaient jusque tard dans la nuit jusqu’au lieu du bûcher situé sur une colline. Ils les entassaient par alternance, les plus gros en bas, en les clouant fortement. L’intérieur de ce tronc de pyramide était bourré de feuilles sèches, de paille et de brindilles.Lorsque les 150 mandrins avaient été ainsi superposés, on avait obtenu un échafaudage quadrangulaire haut de près de 20 mètres.”  (...)
“Dans l’intervalle les conscrits allaient de porte en porte dans le village. L’un d’eux portait un sapin décoré de serpentins et de fleurs de papier ; les autres, des paniers et des tirelires. Les gens donnaient, qui des oeufs, ou du beurre, qui du fromage, du lard, qui de la saucisse, que les conscrits revendaient. le produit de la quête en nature et en argent servait ensuite à offrir de la bière fraîche aux habitants du village accourus en foule sur la colline pour assister au feu”.
Dans ce village on signale que jadis on élaborait deux feux, le petit bûcher était allumé en premier lieu permettant à tous de joindre la colline avec flambeaux et torches et musique. Le second était allumé en leur présence sur la colline.

Où les dresse-t-on ? 

Certes pas dans tous les villages, on trouve des cantons à forte densité de feux de la saint Jean, d’autres très sous représentés. On a une preuve de leur  existence fort ancienne par les textes de police qui visent à limiter les risques d’incendies dans  la ville de Strasbourg dès 1408-1418,  dans celle de Wissembourg dès 1614. Durant ce XVIIe siècle les protestants de la cité  Strasbourgeoise font la fine bouche contre cet instrument du papisme et  les font disparaître d’une partie de la ville. On a donc une preuve que ce  feu n’est pas seulement un événement populaire mais aussi l’expression de croyances et de superstitions. 
En 1437 seront publiées des ordonnances relatives à la confection des Singichtnacht voulant les interdire.
L’étude faite par Van Gennep sur la localisation géographique des feux, signale qu’on en trouve fort peu à Seltz, Soultz, Woerth, Haguenau, Bischwiller, Niederbronn, Moselle, Biche. Bien plus   nombreux  sont les feux  dressés à Strasbourg nous venons de le voir, ou encore à Obernai, Erstein, dans les coins de Châtenois, Sélestat, Marckolsheim.
La tradition ne peut pas seulement être germanique car on n’en trouve pas de trace de l'autre côté de la frontière dans le Bade-Wurtenberg.  Dans les régions allemandes on ne trouve que  des feux de carême très localisés  en Alsace. (voir nos articles sur les traditions du carême)

Dans ces cantons, chaque village se fait un devoir de réaliser le plus beau, le plus haut et le plus fier feu de saint Jean, et la taille de la commune ne semble pas avoir  de corrélation avec la hauteur du bûcher. On a ainsi vu cette année encore, le feu de Bischoffsheim modeste village ridiculiser celui d’Obernai commune bien plus peuplée située à côté d’elle.
On en a même vu devant chaque porte, dit l’ethnologue Stehle, à Molsheim  une compétition villageoise entre 4 groupes de jeunes qui tentèrent de rivaliser en confectionnant le bûcher le plus élevé.
L’ouvrage les petits alsaciens chez eux s’adressant aux jeunes français de l’intérieur à l’époque de leur rattachement à l’empire, raconte ainsi la magie des feux :“le crépitement du brasier se mêle(ra) aux laoutis montagnards. Pour que ces feux soient plus majestueux, on dresse un sapin résineux au milieu du tas de fagots et on attache à la cime des bourrées de bois léger qui, en flambant couronnent le foyer.”11

Au sommet de ce bûcher à Thann on y plaçait 3 sapins disposés en triangle. Dans d’autres régions on trouve un drapeau (que l’on ôte avant l’allumage)  un coq en terre cuite ou une sorcière.
L’allumage obéit à un rite particulier, on trouve souvent un Jean ou une Jeanne, ou encore un jeune couple marié dans l’année mais n’ayant pas encore d’enfant qui allumera le feu. Ce feu devant servir de rite de fertilité.
On trouve aussi deux aspects, l’un liturgique avec un rite particulier (bénédiction du feu), notamment un homme d’église qui bénit ou, et allume le feu. “dans certains villages, dit l’ouvrage des petits alsaciens, le curé vient en surplis, avec les enfants de coeur, les bénir. “12

ÉCARTS
Si à la Saint Jean il ne doit  absolument pas pleuvoir, car avec elle débute le temps des moissons (voir lanterne n°72 sur la fête des moissons, Kilbe, messti en Alsace) et période de travail de récoltes13 . Engrangées elles devront servir à passer l’hiver long et rigoureux à la famille et au bétail. Le feu se consume en donnant un spectacle admirable  qui ne va pas sans certains écarts, condamnés. A savoir, les prédications, les prélèvements de ce feu pour écarter les sorcières, les mauvais esprits, selon Lesacher14 , on leur attribuait aussi le pouvoir d’éloigner la foudre, de protéger le bétail, d’augmenter la montée du lait des vaches, d’accroître le potentiel des champs, d’éviter le tarrissement des sources, puits et ruisseaux.
Dans certaines communes alsaciennes, notamment Bernardsvillé, on lançait à cette occasion des disques enflammés les Schiwler  comme c’est le cas à Carnaval.
 Mais en dehors de tant de croyances autre facteur d’attraction autour de ces feux,  cela semble être la possibilité  offerte en toute impunité des écarts de comportement à l’écart des feux   profitant du noir de la forêt et de la bière et de l’ambiance festive se produisaient certains écarts conjugaux que l’on a nommé les “mariages d’une nuit” ou encore “déshabille-toi pour la Saint-Jean et habille-toi pour le lendemain” disent les dictons provençaux. Mais il semble que de tels écarts ait été présents dans de nombreux régions. 15

 “Ces flammes gigantesques produisent dans l’obscurité du soir, un effet impressionnant”  confirme les “petits Alsaciens”.
On danse autour du feu, et l’on saute au-dessus des restes des  feux (comme le montre notre illustration) pour s’assurer une fertilité et un amour heureux. La tradition affirme l’assurance du bonheur.  Selon la vigueur du couple fe fiancés ou d’amoureux, ou d’amis, et selon la qualité des  sauts au-dessus du  feu on déduisait la taille du blé des moissons proches (croyance recensée à Hipsheim).  A Wilwisheim, entre Saverne et Hohenfelden, vers le milieu du XIX e siècle, le saut était exécuté par un couple mais dans le but assez inattendu “pour éviter les maux de reins pendant la moisson”. (Schlély, notes fl p 4) !
Un poème bavarois évoque ce moment magique “Der Winter schnauft nimmer Schauts hii, wia ra brennt !
Wia’s glähde Wognradl
An Berg owe renn”.

Qui évoque l’admiration du soleil couchant et la magie du feu du ciel.18

On  recense dans ses écarts, jadis condamnés par l’Eglise l’illustration du propos de Van Gennep qui affirme que la Saint Jean est “restée dans l’année, le moment culminant des pratiques hétérodoxes se réclamant des anciennes religions, l’ensemble le plus cohérent et le meilleur exemple d’un fonctionnement non)chrétien des rituels de protection”.
“La communauté se rassemble une dernière fois autour du feu protecteur et purificateur, elle établit un dernier barrage, un bouclier symbolique et rituel contre tout ce qui peut entraver la vie, l’ordre pour ensuite se consacrer pendant les mois d’été aux grands travaux des champs.” conclut G.LESER19   dans son ouvrage.

Les feux de la saint Jean qu’ils soient un vestige d’anciennes coutumes liées au soleil, croyances solsticiales comme le pensent les païens, ou  symbole chrétien de l’Incarnation.
Ils ne manquent ni de richesses, ni de complexité ces quelques lignes de notre étude peuvent aisément le démontrer. Ce feu de joie, d’espérance en la venue du Christ -et en son retour futur- ne manquera d’interpéler le passant -déraciné- de cette fin du vingtième siècle, les yeux émerveillés tournés vers ces feux et ces flamèches l’interrogent, il ne décode plus toute la symbolique mais intimement il est touché, il se contente de l’émerveillement devant le feu et c’est déjà beaucoup. J’en prends à témoin le reportage tourné sur les lieux d’un feu de la saint Jean qui ne recueille que des “c’est beau”.
Ce feu évoque bien d’autres croyances et superstitions qui ne peuvent se réduire à l’interprétation d’un feu romantique. Ce feu symbole de pureté de lumière nous dépasse, il nous dit l’espoir de générations entières en la puissance  de l’Esprit de Feu, l’Esprit Saint. N’oublions pas les termes mêmes du Baptiste, “il baptisera dans le feu”, je ne baptise que dans l’eau”.

Références des notes citées :
  1.confirmé par l’encyclopédie Théo  page 43
  2.ne pas confondre avec l’évangéliste Saint Jean, celui que Jésus aimait qui est célébré le 27 décembre.
  3. voir notes précédentes. page 380.
  4. rappelons que saint Jean-Baptiste fut décapité par ordre du roi Hérode sur la demande de la fille d’Hérodiate, Salomé qui avait dansé à l’occasion de l’anniversaire du roi et subjugé le trétrarque. Il lui fait remettre le cadeau de son choix. Elle préféra  la tête de Jean, enfermé dans les geôles. La tête fut remise à la fille Salomé posée sur un plat. (voir nouveau testament) 
  5. Alain-François Lesacher in Fêtes et traditions de France  Editions Ouest-France, collection mémoire, Edilarge 1996-1999, page 50
  6. dans “En Alsace du berceau à la tombe”,  Freddy Sarg, Oberlin
  7. rapporté par Van Gennep  dans son tome 2 sur le folklore français,  Cycles de mai, de la saint-Jean de l’ét et de l’automne, réédité chez Bouquins, Robert Laffont en 1999 (éditions originales, A & J PICARD 1949/151/1953)
  8. les solstices, histoire et actualité, Jean Mabire et Pierre Vial, Grece.page 153
  9. page 1473 Van Gennep
   10. les petits alsaciens chez eux  page 07
  11. toute l’Alsace à la quête de l’Alsace profonde, par M.DOERFLINGER & G.LESER, éditions SAEP Colmar p 55
  12. 35,75 m édifié par l’association Go’83, en juin  1994, avec 350 stères de bois, 3223 heures de travail et 1300 personnes présentes lors de sa crémation. Il semble avoir été le feu le plus haut du monde affirme l’Alsace et ses fêtes,  G.KLEIN,G.LESER,F.SARG, DIFAL-ERCE-J.DO BENTZINGER page 66
  ou plaisantins, à Obernai, cette année, des “petits amuseurs” ont allumé le feu bien avant les festivités.Peut-on les poursuivre pour pyromanie et destruction desbiens d’autrui ?
  13. les petits Alsaciens chez eux  page 34édition originale 1918, Garnier Frères - infolio 95 Viroflay
  14. les petits alsaciens  chez eux  page 35
  15. voir notre dossier sur les moissons, le “Glückshampfel” les superstitions et peur sur les esprits des moissons,”kornmutter” dans notre lanterne n°79
  16. ouvrage déjà cité, attributs cités page 50
17.   p 156Fêtes et croyances populaires en Europe Yvonne de Sike, au fil des saisons, Bordas, septembre 1994
18.   page 114 et 115 “Sunnwend” coucher de soleil, das boarische Festtagsbuach, Alfons Schuhbecket Hanna Walther1997, Ruperti-Verlag.
 19.  ibidem p.58 G.LESER, M.DOERFLINGER, toute l’Alsace à la quête de l’Alsace profonde. SAEP Colmar.

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