SAINT MARTIN : FAIT L'OIE...

Publié le 22 Octobre 2008




La
SAINT
MARTIN

Saint Martin fait l’oie


A la Saint Martin dans plusieurs villages alsaciens Ammerschwihr, Haute-Alsace notamment, on chante avec les lanternes à la main « Laterne, laterne, Sonne Mond und Sterne » (Lanterne, lanterne, soleil, lune et étoile). Il va de soi que la petite s’exclut d’y voir un présage.

Saint Martin et les traditions autour de sa fête

Saint Martin de Tours, NÉ EN 316 À SAVARIA sous le règne de l’empereur Constantin 1er, évangélisateur principal de la Gaule, à ne pas confondre avec le pape Martin, célébré le 12 novembre et qui fut élu au siège de Pierre  le 5 juillet 649, a droit à tous les honneurs de la chrétienté avec le parrainage de plus de 3675 églises, (Théo nous dit 3667 paroisses, 485 communes).  25 églises dans le Bas-Rhin, 21 dans le Haut-Rhin, mais bien plus en tant que patron secondaire.
Sa fête suscita jadis de véritables banquets, à quarante jours du solstice d’hiver. Pour de nombreux ethnologues, il annonce déjà l’hiver, malgré son « été de la saint Martin » sorte d’été indien, accalmie dans le soleil automnal. Qui selon le proverbe dure peu de temps. « D’ Martin Summer dürt frei Tag un e Bissel » L’été dure trois jours et un peu.  Car on le sait déjà « clair à la saint Martin, déjà l’hiver vient » Saint-Martin sec et froid l’hiver n’est pas de force. Mais comme dit le proverbe « Sankt-Martin, Fier in’s Kamin » « Saint Martin fait le feu dans la cheminée ».
C’est aussi le temps des récoltes et d’une fête des récoltes « Martinkilbe » Messti ou fescht, fête de la saint Martin.
Comme on le remarque aisément, le rythme des 40 jours est prépondérant dans les successions des fêtes, évoquant les 40 ans d’errance du peuple biblique dans le désert, les 40 jours du carême, les 40 jours entre pâques et l’ascension…

On consommait jadis jurant ces fêtes de Martin, de grandes quantités de bœuf, massivement élevé Outre-Atlantique et d’Oie dans le Nord et l’Est de l’Europe. On récoltait aussi du bois pour mieux « réchauffer le saint » un dicton ne dit-il pas « Fais du feu, attise le feu, voici venir St Martin avec son bras nu. Il voudrait se réchauffer, se chauffer jusqu’à 4 heures ». Il est effet venu le temps des soirées au coin du feu, celui des veillées.

Martin est un personnage complexe et intéressant sur lequel on n’a pas manqué de broder des légendes et des contes, faisant même parler les oies ou son âne, on aura loisir d’y revenir un peu plus loin.

Au nom de l’Oie…
L’oie est consommée à la Saint Martin, arrivée à  maturité, elle fête son anniversaire en passant à la broche. Car, mauvaise conseillère, elle aurait troublé l’évêque dans ses prédications, ou aurait été délogé de son refuge par ce palmipède de basse-cour de 4 à 12 kg qui peut être un sérieux gardien de ferme rivalisant avec les chiens les plus entraînés. On ne sait d’ailleurs pas si c’était une oie ou son époux, le jars qui le chassa de son refuge.
L’oie est aussi assimilé à une insulte, une fille peu intelligente devient une « Dummi Ganz » (stupide oie). Mais l’Alsace a également son oie, au corps court, large, massif en forme de bateau, si l’on en croit Jean-Jacques Mourreau dans son dictionnaire sincère de l’Alsace singulière, chez Seguier. Elle peut être grise, blanche, blanche, tachetée gris et  blanc. Il va de soi, qu’en Alsace, région d’origine du Foie gras (1779-1783 Jean-Pierre Clause, natif de Dieuze, cuisinier du maréchal de Contades, gouverneur militaire de Strasbourg), son foie peut finir dans vos assiettes.

Martinganz (en dialecte, en allemand « Martingans) (oie de saint Martin)
L’oie est bien plus qu’un animal  apprêté pour cette occasion,  l’oie est aussi le symbole du dieu Odhin chez les Germains, on a trouvé sa présence aux côtés de Frau Holle. Les Germains se faisaient enterrer avec des oies, animal sacré déjà chez les Grecs et les Romains, évangélisateur, Martin n’a pas pu faire autrement que de convertir le symbole de cet animal en lui offrant un nouveau sens.
Déjà César dans ses écrits rapporte que l’oie est sacrée chez les Bretons.
La tradition de festoyer vigoureusement à cette date semble avoir perduré après les débuts du christianisme, puisque le Synode d’Auxerre va interdire en 578 les festins de la vieille de la fête de Saint Martin, car elles engendraient trop d’orgies et de beuveries.  Que l’on nommait en ancien français « martiner » boire beaucoup.  Avoir la maladie de Martin signifie également  être gris. Les régions du Rhin inférieur connaissent eux  l’oie de la saint Michel. C’était un jour faste où entraient les rentes et le paiement des intérêts,  des baux, fermages et rentes pour les débiteurs une journée très triste et coûteuse, faisait dire au proverbe « Martin ist ein harter Mann » un homme dur. Avant la révolution les fabriques d’église se voyaient offrir des oies et des chapons, les clercs et les moines distribuaient eux du vin (Martinswein) aux pauvres. (Almanach  de l’Alsace, Bernard Vogler, page 327).  

Il persiste dans la tradition germanique les défilés de lampions de la Saint Martin, les enfants fabriquent à l’école des lumignons ou des soleils de papier dans lequel on place une bougie ou une ampoule (sécurité oblige) et se forme alors un joyeux défilé dit de la Saint Martin.  Dans d’autres villes on fabriquent des masques découpés dans des betteraves (Flandres) que le nomme « masques de la Saint Martin ».


En Flandre française, on entend cette chanson entonnée par les enfants :
“Saint Martin
Boit du vin
Dans la rue des Capucins
Il a bu la goutte
Il a pas payé
On l'a mis à la porte avec un
Coup d'balai »


Le foklore de Touraine prétend que tous les ânes se nomment Martin. Ceci depuis que l'âne de St Martin révéla la taille de la vigne en broutant celle-ci. En souvenir decet âne, St Martin est devenu le protecteur traditionnel des ânes et des animaux.

Une autre légende flamande la complète : saint Martin portant la bonne parole sur les côtes flamandes, aurait perdu son âne. Ce dernier serait parti brouter ailleurs, alors qu'il tentait d'évangéliser les pêcheurs d'un petit village, futur Dunkerque. À la nuit tombée, les enfants du pays se mettant à sa recherche, avec force lanternes, l'ont retrouvé dans les dunes, entrain de manger des chardons et des oyats. On retrouve donc la pratique des lumignons et de la procession enfantine.
Et pour remercier les enfants d’avoir retrouvé son animal, saint Martin a transformé toutes les petites crottes de l'âne en brioches à la forme particulière, que l'on appelle folard (Voolaeren, en flamand), ou craquandoules. On ne sait si c’est la fin ou le manque d’appétence de son discours qui a fait fuir l’animal.  Moins agressif que l’oie toutefois.

En Angleterre et en Italie, on dressait jadis pour sa fête des mâts de cocagne et l’on suspendait des bœufs, porcs, moutons et volaille. La coutume un peu barbare fut abolie au profit des foires d’automne qui se tenaient souvent autour de la saint Martin et des oies rôties. C’est également à la Saint Martin que se faisait les grands marchés au personnel. Toutes les personnes qui cherchaient en tant qu’employé de maison, soubrette, servante se réunissaient pour postuler à un emploi d’une durée d’une année, jusqu’à la prochaine Saint Martin. Ainsi étaient rythmés les embauches dans le domaine des services à domicile et des saisonniers .

Pour décrire la vie du Saint, on peut se replonger dans la biographie d’Anne Bernet « saint Martin, apôtre des Gaules » éditions Clovis., il est né en 316 dans la province romaine de Pannonie, en Hongrie, il est fils d’un militaire pays, originaire d’Italie  du Nord, de Pavie. Son père est militaire de l’empire romain. Martin signifierait d’ailleurs « voué à Mars » dieu de la guerre dans le monde romain. Mais à 10 ans le jeune est attiré par le christianisme, sans doute s’est-il frotté aux chrétiens.

Il entre dans l’armée à 15 ans, sa famille avait été envoyée à Pavie (Ticinum en Italie)  du fait de la décision paternelle, en tant que simple soldat.  Il faut préciser qu’une décision de l’empereur Constantin oblige les fils de vétéran à la conscription. Il sera envoyé sur décision de son père “captus et catenatus” dans l’armée et plus précisément dans la cavalerie de garde. Lors d’un tour de garde qu’il effectue à Amiens,  devant la porte des Jumeaux, alors qu’il effectuait une tournée d’inspection, il va donner la moitié de son manteau, uniforme, la seule qui lui appartienne à un mendiant. On sait en effet qu’une partie lui était propre, l’autre appartenait à l’armée. Car précise le texte, il n’a rien d’autre à lui offrir. Sa conversion intervint dans la nuit lors d’une apparition du Christ justement revêtu de ce manteau offert au pauvre, il a 18 ans. De nombreux tableaux, sculptures représentent Martin tranchant en deux son manteau pour le donner au pauvre.
La période n’était guère à la compréhension en cette période romaine, sa conversion n’est pas appréciée par les autorités. Il refuse de verser le sang et de combattre. Il obtiendra sa mise à la retraite quatre ans après son baptême donné par Hilaire. Accusé un temps d’avoir peur de se battre, il annonce qu’il se tiendra debout sans arme, face aux ennemis, protégé par le signe de la croix. S’en est trop pour les autorités qui le font arrêter. Mais les ennemis dans la nuit se rendent, il sera relâché et désormais libre.  (Son Baptême se situe en 356, St Martin se considérera comme son disciple, écrit Daniel-Rops
. On rencontre les grands évangélisateurs de la Gaule, de la Germanie, à savoir Hilaire de Poitiers, Fridolin( voir un de nos derniers articles) et Saint Martin, qui deviendront tous les trois évêques). Avec Hilaire ils fonderont le monastère de Ligugé (361), évangéliseront la Gaule. A posé les fondements d’écoles en Irlande, en Ecosse, au Pays de Galles. (Son nom apparaît dans le calendrier religieux celtique irlandais).

D’autres gestes sont racontés par Sulpice Sévère forgera sa réputation en tant que témoin oculaire et répandra ses actes et faits. Notamment la résurrection de morts. La liturgie le nomme d’ailleurs « le merveilleux ressusciteur de trois morts » nous signale la vie des saints (p 700). le baiser au lépreu, la fondation de Marmoutier, l’évangélisation de la campagne, couper les arbres sacrés.

Il est père de l’église (latine) avec Saint Athanase d’Alexandrie, saint Basile de Césarée, saint Grégoire de Nazianze, de Nysse, saint Jean Chrysostome.  Un Reliquaire de la fin du 14 ème siècle; réputé abriter la tête de St Martin, argent et cuivre, originellement exposé dans l'église de Soudeilles, aujourd'hui conservé au Louvre

Les milieux païens lui reprochent son combat contre les anciennes traditions (dites païennes, paysannes en fait) du culte des dieux de la terre, culte des arbres. Des fresques nous le montrent coupant dans les forêts les « arbres sacrés », luttant contre le gui, le houx, arbres vénérés dans les croyances druidiques. L’une des légendes raconte qu’il fut mis au défi de s’attaquer à un arbre sacré en se placçant sous l’arbre que l’on coupe, le païen estimant que si son Dieu le protège, il ne sera pas blessé.  Ce qui advint, mais le païen lui fut blessé.  St Martin  combat l’arianisme qui a longuement menacé la foi et  le culte de Mithra.
Il meurt  en 397.
Il devient le patron des forgerons, de la confrérie de maréchal ferrant (sans doute  car il représenté avec un cheval et son armure, même si l’on sait qu’il est entré dans l’armée, malgré son père) avec une simple solde. Mais aussi des drapiers.  En Bavière les bergers le prennent comme saint tutélaire. Il est désormais de notoriété publique que le 11 novembre les pays européens célèbrent l’armistice de la première guerre mondiale et c’est à un militaire qui a changé de corps en glissant du militaire au religieux civil qu’ils confient leur protection.

Le 11 novembre, le 11e jour du 11ème mois à la 11ème heure, l’esprit du jeûne est réveillé. Saint Martin devient aussi un pourvoyeur d’abondance, si l’on cite la formule de Yvonne de Sike dans « fêtes et croyances populaires en Europe » page 26.

O Martein, Martein
Der Korb muss verbrennt sein.
Das Geld aus den Taschen,
Den Wein in die Flaschen
Die Gans vom Spiess
Da sauf und friss

O Martin, il faut brûler le panier,
L’argent doit sortir des poches,
Le vin des bouteilles
Retirez l’oie de la broche
Buvez et mangez !
Le 10 novembre en Scanie, en Suède, la région la plus méridionale du pays, depuis 1567 on consomme vin, oie à la St-Martin. L’oie rôtie fut une tradition vivace dans les classes supérieures jusqu’à la fin du XVIIIeme siècle, nous signale « Walpurgis, écrevisses et Sainte Lucie, fêtes et traditions en Suède » de Jan-Öjvind Swahn.  C’est dans cette seule région que les oies survécurent, seule région riche en pâturages. D’où la croyance que la tradition était scanienne. Le menu s’ouvre par une soupe aigre-douce très épicée « la soupe noire » à bas e de sang d’oie ou de porc. Le plat de résistance est une oie entière rôtie, et le dessert un gâteau aux pommes « spettkaka » gâteau haut d’un mètre fait uniquement de jaune d’oeuf et de sucre, cuit à la broche sur un feu ouvert. On en trouve encore dans la vallée de l’Adour dans les Pyrénées, elle a disparue en Scanie. Ce sont tous des souvenirs de la cuisine de la Renaissance.

« Laterne,
laterne,
Sonne Mond
und Sterne »
(Lanterne, lanterne,
soleil, lune et étoile).


Saint Martin
Boit du vin
Dans la rue des Capucins
Il a bu la goutte
Il a pas payé
On l'a mis à la porte avec un
Coup d'balai »


O Martein, Martein
Der Korb muss verbrennt sein.
Das Geld aus den Taschen,
Den Wein in die Flaschen
Die Gans vom Spiess
Da sauf und friss


Rédigé par Rédacteur petite lanterne

Publié dans #traditions

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