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Le trousseau de la fiancée alsacienne ! Du Kelsch et d'autres pièces de tissu

Un sacré trousseau que celui de la fiancée alsacienne :

Une fille devait savoir broder, ainsi disait un dicton « faire la cuisine et la pain, faire une chemise d’homme, tricoter et coudre, tourner le rouet celle qui sait le faire recevra un mari ». ‘Büche, un Bache, Un e Mannshemd sache, Stricte un näje, Un s’Rädel rum dräje : Wer diss kann Bekummt e Mann »

 

dernier atelier de kelsch, à Seebach en Alsace.

 

Le contenu du
trousseau est souvent énuméré dans
le contrat de mariage. Ce dernier
faisait office de fiançailles en Alsace.
L’énumération des biens au contrat
se nomme le
pitacium au Moyen-âge.
Dans les apports d’un contrat
alsacien d’une jeune fille, que le
pasteur Sarg cite dans son ouvrage,
on trouve, principalement des lots
de douze pièces, si la famille était
riche on multipliait ces lots de
douze, ou on rajoutait des nappes
couleur ou brodées, :(les inventaires des contrats de mariage font une liste souvent exhaustive) :
- Douze draps de dessus en pur fil,
- Douze draps de dessous en pur fil,
- Douze taies d’oreiller en mi-fil,
- Douze taies d’édredon en damassé,
- Une nappe de table avec douze serviettes en damassé,

- Douze serviettes de toilette en frotté,
- Douze lavettes en frotté,
- Douze torchons de cuisine en mi-fil,
- Douze torchons de cuisine en pur fil (pour essuyer les verres),

- Douze mouchoirs en batiste avec les initiales.
Sur les draps du dessus, la jeune fille avait brodé ses initiales. Le monogramme de la famille, dix centimètres sur dix centimètres. Ce n’était donc pas un petit détail dans un coin.

abécédaire alsacien brodé 1912
détail d'un abécédaire brodé sur linge alsacien en 1912, photo F.S la petite lanterne

du linge marqué aux initiales mais pas que...
Si on rachetait des draps après l’union, il est courant que la femme mariée continue d’y apposer ses initiales de jeune fille. Ou on mettait les initiales des deux noms.

Sur les draps du dessous, sur les serviettes, sur les torchons figuraient les initiales dans un coin.

La nappe et les serviettes étaient richement brodées. Les motifs qui pouvaient y figurer pouvaient être des Alsaciennes ou Alsaciens en costumes, mais

on cite aussi des fruits tels que les cerises, les feuilles

de houx.
Pour évaluer un tel trousseau, à l’époque prussienne, on comptait 700 Marks. Occasionnait 3 à 5 semaines de travail pour un salaire journalier de 1 Mark 20. Pour éviter cette dépense la jeune fille s’y mettait dès sa confirmation (protestant) ou sa communion (catholiques) et s’appliquait à

rendre le tout présentable et digne de son futur ménage.

Chacun des fiancés devait apporter dans l’union des dons, champs, bétail, maison... Mais bien évidemment du linge , car « la fille ne peut pas se marier toute nue » dit un dicton, domaine réservé à la future épouse, et du mobilier. Nous avons déjà expliqué qu’une des armoires apportée était constituée de linge. Le mobilier fourni par le fiancé ou sa famille. L’armoire de la chambre à coucher, selon la richesse des familles, elle a remplacé l’ancien et unique coffre familial médiéval, elle était choisie dans une essence plus chère le merisier, le noyer ou le poirier, les moins fortunés se contentant de sapin. La pièce pouvait être ensuite peinte et ornée de motifs avec les armoiries ou les initiales du couple (peinture polychrome). On peint au XVIIIème jusqu’en 1850. La tradition s’efface au profit des traditions urbaines, mais s’est maintenue dans l’Alsace du Nord jusqu’en 1900. Le musée alsacien
de Strasbourg a réussi à sauver quelques unes de ces armoires.
Mais avant même ces dates on plaçait des objets du trousseau dans un coffre réalisé  jusque vers 1800, dans l’esprit de la Renaissance par les ébénistes alsaciens des campagnes. La fiancée devra aussi confectionner des rubans distribués aux personnes invitées 8 à 15 jours avant les noces par les demoiselles d’honneur du côté fiancée et le futur de son côté avec ses 
garçons
d’honneur, à cheval, armés d’un fouet claquantle sol. Encore un rite de fertilité ou des coups de pistolet. (Ces rubans se nomment :
maien (mais) et

jouettes. (Hanauerland et plusieurs localités, selon Van Gennep p 305)

jeune alsacien brodé, broderie 1912, photo : petite-lanterne.com
broderie sur linge alsacien, un alsacien en costume, 1912. Photo F.S.

 


Que du « fait maison » sauf la robe de mariée

Et en faisant évidemment appel aux produits de la ferme, on achetait peu à l’extérieur. On utilisait ainsi la laine, le crin de cheval, le duvet d’oie. Il fallait au minimum un matelas de crin ( Rosshoor-Matratze), une couverture surpiquée et rembourrée de laine la fameuse « Stappdeck » un édredon (le fameux « Plumon ») duvet des oies ; ou des plumes des autres animaux de la basse-cour, en hochdeutsch « Federbett » et deux oreillers les « « Kopfekisse » remplis de duvet. Le Kelsch est alors mis à l’honneur, la jeune futur mariée mettait à produit l’automne et l’hiver pour confectionner, broder ce trousseau. F.Sarg trouve lui un à deux matelas en crin, un ou deux matelas en Kapock, un coutil rayé (toile de chanvre qui se glisse sous le matelas ou autour du matelas) ou avec des motifs à fleurs et l’auteur confirme la présence de la « Steppdecke ».

Exemple de cadeau remis à son futur époux par la fiancée, des bretelles brodées au point de croix. (tels que l’on peut en voir au musée alsacien de Strasbourg). Ou encore des coffrets de bois peint nommés aussi « Minnekästchen) au XVIIème siècle, recouverts de peinture polychrome. (toute l’Alsace, coutumes et costumes alsaciens, SAEP, Ph.Legin, Ingersheim, Colmar, 1993

broderie sur linge alsacien, 1912, photo : F.S.

 

 

kelsch pour touriste et vrai kelsch, quand les touristes font renaître une filière...
Le kelsch n’est pas démodé, même si les touristes des villes alsaciennes se laissent tromper par quelque contrefaçon de tissu vendue dans une boutique « alsacienne », car le véritable kelsch il a été reconnu par un label « kelsch d’Alsace ». A Seebach près de Wissembourg et non à l’étranger, où une firme fabrique et commercialise, tissu, mais articles confectionnés comme les nappes, coussins, châles, linge de lit, linge de maison, linge de table, corbeilles à pain, petits animaux en tissu, ou tout simplement coussins remplis d’herbes ou de lavande. Ce sont des tissus aux couleurs vivantes, gaies et agréables, d’une matière solide,  résistante. 55 % de lin normand et 45 % de coton actuellement et tissu fabriqués en Alsace.

Dans les milieux paysans de la plaine agricole, les usages étaient encore différents, les dons en nature et en marchandises, grains, farine étaient fournis à titre de dot, l’argent lui-même n’étant pas accessible. Les sacs étaient alors marqués du nom des heureux nouveaux mariés, décorés de fleurs, de symboles de prospérité, ou de la date du mariage ou du nom du village, quelque fois numérotés.

Alsacienne marquant son linge, dessin F.S. petite-lanterne.com
une alsacienne préparant son trousseau. Dessin F.S., petite-lanterne.com

Transfert des biens, un cortège de fête

Le transfert de tous ces présents était l’objet d’un cortège, avec ses rites, ses chansons, des haltes dans les maisons du village, et
même l’occasion d’un défilé dans le village, où le futur
lit des époux, le mobilier était acheminé vers le
nouveau domicile de la mariée, nouvelle maison, mais
plus généralement maison des parents du marié. Tout
devait être prêt pour les futurs époux, une chambre
spécifique, leur coffre devenu armoire, leur linge, et
bien évidemment, leur lit. Les témoins et invités qui
participent au déplacement et à l’installation du
mobilier, des effets reçus, en profitent pour préparer les facéties et les pièges pour les nouveaux époux notamment de disjoindre ou retirer certaines chevilles ou certaines parties du lit, installer des sonnettes ou d’autres farces pour « piéger » leur première nuit ensemble, le soir des noces ou à l’issue des
nuits de Tobie. (qui recule la consommation du mariage).On le voit bien pour « laver son linge sale en famille », il faut déjà avoir son propre linge !

 

carte postale ancienne montrant le transfert des biens des futurs mariés.

En savoir plus et sources consultées :

- Arnold van Gennep, le folklore français, Laffont, Bouquins, tome 1.
- rund um, France 3 Alsace, sur l’atelier de Kelsch de Seebach, 7/02/2019 , Non le kelsch n’est pas mort ! , par Judith Jung.
- Fêtes, coutumes et Traditions en Alsace du berceau à la tombe, Freddy Sarg,

Oberlin, 1993)

 

 

En dehors des objets tissés, citons la jeune femme apporte dans son trousseau, quenouille, dévidoir, fuseaux, balais, bâche, maillet de bois, chaise pour l’église.
Son futur apporte aussi des objets : pioche, hache, faux, mois ou quatre paires de sabots, toujours faits par lui-même. Certains de ces objets sont d’apparat et ne sont pas utilisés ou spécialement bien décorés ou sculptés.
Les cadeaux offerts aux mariés par d’autres parties sont empaquetés dans une corbeille, déballés et exposés le jour des noces sur une ou plusieurs tables.
(Mietiesheim, et on précise dans de petits sacs dits Blumensäckchen, V.Gennep page 309,note 1)

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