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Le Thermalisme en Alsace, origines et localement

Certes le thermalisme était connu depuis l’Antiquité,  il est ainsi souvent attribué aux romains, mais les peuples autochtones le connaissait déjà. Principalement dans le Sud-Ouest de l’Allemagne avec des thermes conservés ou retrouvés, les thermes romains de Badenweiler datent du premier siècle de notre ère (entre -15 av.J.C. et 150 après J.C.). 

Redécouverts en 1784 lors d’une recherche de pierres de constructions, on voit actuellement remarquablement remis à jour, un bâtiment de 92 m de long sur 33 m de largeur avec ses quatre bassins rectangulaires alimentés en eau thermale, ainsi qu’un temple. 

 

« Le parcours de bain typique comprenait le passage au vestiaire (apodyterium), puis l'immersion dans le bassin d'eau tiède (tepidarium). Suivait ensuite le passage dans le bassin d'eau chaude (caldarium) puis un séjour au bain de vapeur (laconicum). Le baigneur retournait ensuite dans le bassin d'eau tiède ou pour les plus courageux un détour par le bassin d'eau froide (frigidarium). Les bains étaient souvent accompagnés de séances de massage. Le parcours n'était pas figé et les baigneurs pouvaient utiliser les différents bains comme bon leur semblait. Les Romains se baignaient nus. Les bassins pouvaient être mixtes, soit réservés, aux hommes ou aux femmes. » (Badenweiler, lieux insolites.fr)  

 

extrait du site "https://www.badruine-badenweiler.de/fr/1/vestiges-des-bains"

Le thermalisme a fait beaucoup jaser, car il fut parfois prétexte à débauche et à la licence, ainsi Thomas Murner gronde contre la débauche ainsi provoquée. Les magistrats en viennent même à le règlementer et à l’interdire. Les bains dans les tubes (étuves) sont connues au Moyen-âge et des reproductions de telles pratiques existent. Plusieurs auteurs affirment que ce  n ‘est pas au Moyen-âge que nos ancêtres furent les plus sales, mais à la Renaissance. Car au Moyen-âge, la médecine recommande de prendre des bains d’eau chaude, de se frictionner à l’eau froide, de se peigner les cheveux et de se laver les dents. (à l’urine !) On s’équipe alors de baquets permettant de prendre des bains ou de se rendre dans les étuves publiques, « se laver : une mode, qui va et  qui vient, page 104 « dans la peau de nos ancêtres, » Guy Solenn, City éditions 2010 . Le même auteur raconte que cette mode passe. « Chacun nage dans le fumet qu’il dégage et s’accommode des odeurs des autres », « signe de vigueur et de santé ». Faisant ainsi la joie des parfumeurs devenus « camoufleurs » avec les essences de Girofle, oranger, musc, civette…A la campagne, en été et au printemps on va se laver dans les étangs et les rivières, en ville on se fait livrer l’eau pour le tubb.  Les bains particuliers et de soin, ne reprendront qu’au XVIIIème siècle !  

Pourtant le thermalisme était encore connu au Moyen-âge mais localement et sans grande transhumance, puis au XVIème siècle, déjà le grand-père d’Henri IV les recommande, son petit-fils fera dresser une liste des eaux, c’est ainsi que la belle endormie depuis ses origines grecques et romaines revit. Henri IV signe des lettres patentes des surintendants chargés de gérer les eaux minérales du royaume de France. Eaux-Bonnes sera fréquentée plus tard par Eugénie de Montijo future épouse de Napoléon III.  On voit Montaigne à Banières-de-Bigorre (calculs de la vessie et colique), Catherine de Médicis ira à Vichy, comme Charles IX et bien évidemment Mme de Sévigné. elle répugne à avaler l’eau de source de Vichy. Et compare sa journée de soins à une « bonne répétition  du purgatoire ». Mais le soin est lancé,  à  tel point qu’en France « Le développement du thermalisme médical (…) est le fait des médecins du Roi. La charge très lucrative de surintendant général des bains, créée en 1605, revient automatiquement au premier médecin du roi en 1709. Selon J. Coste, le thermalisme médical est une voie d'ascension sociale vers la noblesse, rêve de nombreux médecins sous l'Ancien Régime. ». Napoléon ira à Vichy, comme les filles de Louis XV avant lui. Pougues-les-Eaux, région bourgogne, verra Henri III le 4ème fils de Catherine de Médicis y prendre les eaux et se déclara guéri. Louis XIV y viendra aussi.
Forges-les-Eaux, accueillera Louis XIII et son épouse Anne d’Autriche. Le roi Louis XIV se fera même apporter chaque jour les eaux de Forges, à cheval par un cavalier. Ce sont ces têtes couronnées qui mirent les stations à l’avant-scène et firent leur réputation dans la noblesse et la haute bourgeoisie. Les médecins sans autres alternatives médicales les expédient d’une source à l’autre. La fièvre thermale tourne autour de 1810-1850, il se développera jusqu’à la guerre, on y soignera ensuite les blessés des deux guerres, une chute de fréquentation surviendra dans les années 90 (-15 % de fréquentation en 7 ans). Depuis un certain renouveau pour les soins naturels se fait sentir et un certain engouement.

Mais en Allemagne à l’époque de Kneipp (voir notre article) il est souvent réservé aux personnes fortunées, pouvant ainsi se libérer de leurs tâches quotidiennes, effectuer un voyage et se faire loger et nourrir pendant les soins. Pratique réservée donc aux élites européennes, nobles et bourgeoises, basée sur la réputation des eaux, leurs vertus, la qualité des soins et une concurrence locale concernant l'agrément du séjour. Les loisirs éventuels, théâtre, salon de musiques, jeux, casino….  « Selon E. Belmas, ce thermalisme représente les prémices d'une industrie des loisirs, d'un commerce de luxe, et aussi celui des contrefaçons, souvenirs et colifichets ». On est donc loin de l’idée du père Kneipp de soigner et d’accueillir les plus faibles.  (Songeons aux 250 stations thermales, 5 millions et demi de curistes par an actuellement en Allemagne et aux 110 lieux de cures thermales en France ouverts en 2018 et 770 sources d’eaux thermales françaises, la classant 3ème pays thermal d'Europe )

En Alsace,  on sait que Voltaire vint à  Soultzbach et il reste de nombreuses villes marquées dans leur toponyme : Soulz-les Bains, par exemple.  
On se soignait au XVIè et au XVII siècle dans les stations thermales de Châtenois (station disparue) avec des eaux saline et ferrugineuse, mais aussi celle de Wattwiller, aujourd’hui bien connue dans toute  la France avec son eau minérale sans nitrates en bouteille, les eaux de Lithinée, de Soultz-les Bains, de Soultzbach. C’est un berger qui menait paître  ses vaches non loin du village qui s’aperçut qu’une des vaches était bien plus belle et hardie, elle ne buvait pas à la même source que les autres mais allait un peu plus loin. Observant son manège, il s’aperçut qu’elle y buvait à petites gorgées. La bête éloignée, le berger y goûta lui aussi et apprécia sa saveur. Le village en fut informé et elles furent connues dès 1603.

 

Selon la légende, en 1603, une gentille génisse répondant au nom de Blaeshen aurait découvert ou redécouvert la source, ici même, au fond du vallon, de Soulzbach-les-bains.  Dans le village a été construit en 1844 un établissement de bains, par M. de Gonzenbach, industriel suisse, qui avait acquit la vieille source en 1833.

 

 

Vivants et actifs demeurent les thermes de Niederbronn les bains, (près de Haguenau)  située dans le parc régional des Vosges du Nord, classée réservé naturelle par l’Unesco, soigne les rhumatismes ou les traumatismes en proposant 72 soins différents  grâce à son eau Chlorurée, sodique et carbo-gazeuse, la source était déjà exploitée par les romains il y a 2000 ans,  en effet cela ville a été bâtie autour d’une source centrale dite « romaine »et d’un temple dédié au dieu Mercure. Les sources ont repris des couleurs dès la Renaissance (1592) Philippe V de Hanau-Lichtenberg  ordonne des travaux et ordonne la construction d’un bain thermal. Les cursives font aussi une cure de boisseau d’eau. Le lieu est racheté par Jean de Dietrich en 1764.  Les eaux Celtic (reconnues en 1966) sont toujours embouteillées là. De plus, tous les catholiques connaissent les soeurs de Niederbronn, dont le nom exact est soeur du Très Saint Sauveur.

Morsbronn les Bains est situé lui aussi dans le parc régional des Vosges du Nord, soigne la rhumatologie et le stress. Les eaux de Morsbronn proviennent de deux sources. Celle  des « cuirassiers », puisée à 38,9 °C à 400 mètres de profondeur, et celle « Saint-Arbogast » puisée à 41,9 °C à 670 mètres. Son eau est naturellement chaude et chargée en chlorure de sodium, en calcium, en magnésium et en soufre. Dans ces deux stations alsaciennes peuvent s’effectuer en saison des cures sous l’égide du réseau Valvital, concurrent de la chaîne thermale du Soleil.  

Sulzbad, près de Molsheim, soigne à l’eau de source minéralisée et prodigue des soins Spa de détente et de relaxation, méditation…   Ribeauvillé (Haut-Rhin) a également opté pour une version spa et détente.

Et Merckwiller-Pechelbronn, du mot Pechel, de Pech, la poix, le bitume, l’eau recueillie était couverte d’huile. Dès 1750 on recueille l’huile, une des premières exploitations pétrolières, plus tard passée sous Antar. (Voir notre dossier spécial dans le numéro 164  de la petite  lanterne, 01/2013) Au XIXème cette exploitation devient industrielle.   En cherchant l’huile et le pétrole, on découvre des eaux thermales.  L’exploitation pétrolière a laissé la place à un musée. Le pétrole se change ici en eau ! Le comble pour une région viticole.  

 

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