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Qui êtes vous Mgr Freppel ?

A Obernai, on côtoie son lycée son groupe scolaire, sa statue de bronze devant l’église Saint-Pierre et Paul, son rempart. A Blienschwiller il a sa rue, à Dambach-la-Ville, à Lingolsheim, mais aussi à Toulon, une place dans le Finistère à Lannilis, à Anger, au Pouliguen.
Sur le GR 532 qui longe le Lac Blanc, sur la commune d’Orbey il a même son sentier. On connait les généraux Kellermann, Kléber, le Père Foucauld, Mais connaît-on Mgr Freppel ?
Si l’Alsace lui rend si sérieusement hommage, c’est que c’est une enfant du pays. Mais chauvinisme oblige, il ne fut jamais indépendantiste alsacien, mais bien défenseur de l’Alsace en France. (Il n'aurait dans le cas opposé certainement pas de statue). Ce dernier fait rachète qu’il fut plus monarchiste que républicain.  


Né à Obernai le 1er juin 1827, il fermera les yeux à Angers, le 22 décembre 1891 à 64 ans, où il fût évêque, mais aussi député du Finistère et fondateur de l’Université catholique de l’Ouest.
Il repose dans sa cathédrale dans un cercueil de plomb renfermé sur un cercueil de chêne, déposé dans le caveau funéraire de l’église cathédrale d’Angers. Mais son cœur repose dans sa ville natale, depuis 1921.
Ces quelques traces nous montre l’importance du personnage.

Tout d’abord alsacien (1827-1851).
Il est le fils d’un greffier de justice de paix du canton d’Obernai, né à Breitenbach,  d’Obernai, nous dit son acte de naissance reproduit dans une brochure publiée à l’occasion du centenaire de sa naissance, et d’une fille de Notaire née à Blienschwiller. Il fut étudiant au Grand séminaire de Strasbourg, où il sera ordonné prêtre en 1849. Il sera professeur d’histoire au petit séminaire Saint-Louis de Strasbourg.  Il publie des lettres de défense de Maret contre Bonnety et se fait remarquer. Il enseigne la philosophie à l’école des Carmes où il rencontre le célèbre Henri Lacordaire. Il dirige sous Mgr Raess (1842-1887) le nouveau collège libre Saint-Arbogast.

Puis son éloquence, la défense de ses convictions l’emportent…
Evêque de combat ! Evêque français et non évêque d’Alsace.  
Il retourne à Paris, en 1852, à la Sorbonne il devient bachelier, puis licencié en enfant docteur en théologie en 1855. Titularisé par Napoléon III dès 1857. Il prêche le Carême pour son empereur et son épouse Eugénie aux Tuileries. Il devient consulteur au Concile Vatican I.  Puis évêque d’Angers en 1869. Il siège parmi les pères conciliaires.
Il va profiter de son aura pour fonder l’université catholique de l’Ouest. Il lui sera reproché les fortes sommes allouées à cette fondation.
Il n’a pas sa langue dans sa poche, il défend l’Eglise, les valeurs chrétiennes contre vents et marées. Les tempêtes des premières lois laïcistes de la loi Falloux. (Organisation de l’enseignement primaire et secondaire, 15 mars 1850, le comte Falloux lui-même républicain, si ce nouveau texte inclut  toujours l’enseignement religieux, il débute la vague de prise en main de l’enseignement par l’Etat.)
Visionnaire, lucide, courageux,  il avait compris le programme anticlérical que préparait la 3ème république : « nous aurons à lutter contre le matérialisme et les athées. On voudra dénoncer le concordat, proclamer la séparation de l’Eglise et de

statue de Mgr Freppel, à Obernai (Alsace); Photo F.S.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

l’Etat, supprimer le budget des cultes, dépouiller l’école et son caractère religieux, introduire l’enseignement gratuit et obligatoire. Pour moi, je me prépare à la lutte te je n’oublierai rien pour combattre les démagogues par la parole et par la plume ».
Avec un peu d’ironie, c’est grâce à la Prusse, que ce Concordat est toujours en vigueur en Alsace, alors que Freppel  combattait ce pays  avec acharnement.
Concernant l’enseignement il interroge « depuis quand a-t-on besoin d’être laïc pour enseigner l’orthographie, le calcul, l’écriture, la musique ? Est-ce que ls vingt-six lettres de l’alphabet sont devenues laïques depuis le 4 septembre ? ». Il  demande s’il y a une grammaire ecclésiastique et une autre qui ne le soit pas ?

Il se fera remarquer en excommuniant le comte Alfred de Falloux pour une question d’immeuble d’église.
Il s’oppose à la Révolution et surtout à son athéisme qu’elle inflige : « c’est la société déchristianisée ;  c’est le Christ refoulé au fond de la conscience individuelle,  banni de tout ce qui est public, de tout ce qui est social ;  banni de l’État, qui ne cherche plus dans son autorité la consécration de la sienne propre ;  banni des lois, dont sa loi n’est plus la règle souveraine ;  banni de la famille, constituée en dehors de sa bénédiction ;  banni de l’école, où son enseignement n’est plus l’âme de l’éducation ;  banni de la science, où il n’obtient plus pour tout hommage qu’une sorte de neutralité non moins injurieuse que la contradiction ;  banni de partout, si ce n’est peut-être d’un coin de l’âme où l’on consent à lui laisser un reste de domination. »  Texte loin de tout consensus.

Mais sa particularité réside dans sa défense outre du légitimisme et une critique de la Révolution, qu’il traite du catholicisme social, l’encyclique que rédigera Léon XIII « rerum novarum » a été fortement influencée par lui.  Il cherche ensuite à marquer  son influence par l'action politique, il se présente aux élections législatives complémentaires en 1871, il échoue une première fois,  puis il réussira l’élection à la députation dans le Finistère le 6 juin 1880.

 « Il est arrivé d'Alsace à Angers avec sa mère en 1870, le lendemain de la déclaration de guerre à la Prusse. La ville a compté à ce moment-là beaucoup d'orphelins et de veuves. D'où la création, par Freppel, dans l'actuel lycée agricole de Pouillé, d'un orphelinat de garçons. Les filles allaient rue Saint-Eutrope chez les Servantes des pauvres ».
Il créé alors les « Marmites du pauvre » mais en fait dans dans dix communautés religieuses, Mgr Freppel installe des « fourneaux économiques », rebaptisés par les Angevins « marmites du pauvre ». Il lance des crèches qui perdureront jusqu'à ce que la mairie crée les premières crèches municipales en 1940. Il ouvre aussi des établissements scolaires, Saint-Louis à Saumur, et en 1875, l'UCO.  (Ouest-France)
Il s’oppose à l’instruction laïque et étatique, il siège dans le groupe monarchiste,  « union des droites » (il siège du 6 juin 1880 au 22 décembre 1891, en tant que député du Finistère) il combat le rétablissement du divorce et les principes moraux de l’Eglise.  Sa devise « volontiers son miel, à regret son dard ». Dans ses armes épiscopales on trouve « l’abeille d’or ». Il pense d’ailleurs, en tant qu’évêque,  que la régénération de la France ne sera possible que par l’éducation chrétienne de la jeunesse.

« la foi immuable pour base et pour règle », ll déteste le catholicisme libéral qu’il surnomme ironiquement de « fallouxera » néologisme basé sur la loi Falloux et du phylloxera.
On peut le citer « à voir certains hommes, l’on dirait que, pour eux, la foi s’arrête au seuil de la conscience et que, au-delà, il n’y a plus lieu d’en tenir compte Pourvu qu’ils la respectent au fort intérieur, ils croient avoir fait à la religion une part suffisante, la jugeant inutile ou incommode pour le reste. L’homme d’Etat se dédouble, pour ainsi dire : chrétien dans la vie privée, il se montre indifférent ou pire encore dans la vie publique ».
Débat d’actualité, des hommes politiques contemporains s’affirmant « chrétien à titre personnel » !
Mgr Freppel ne fait pas dans le laïcisme, « l’Evangile est la loi des sociétés, non moins que des individus ». Pour lui, la société ne peut  pas se construire, « débaptisée » « répudiant sa foi historique, traditionnelle » et « en dehors de l’Evangile ». Elle ne peut aboutir qu’au retour au paganisme. « L’apostasie est pire que l’infidélité ».

Avec pour maxime « Dieu ne nous commande pas de vaincre, mais de combattre ».
Il ne pouvait mettre que son éloquence et son courage au service de ses causes, ils lui valent une crosse d’honneur. Mais aussi d’être élevé au grade de chevalier de la  Légion d’honneur en 1868.

Il est pourtant le défenseur des droits de l’Eglise. Il s’oppose aux poursuites contre Boulanger.  Il sera caricaturé dans le journal anticlérical le Grelot, par Alfred le Petit,  en une, le 14 mai 1882,  avec ces mots « on ne rend pas l’argent » on lui reproche en effet le cumul de son traitement de parlementaire avec celui d’évêque représentés par deux sacs d’argent,  et « dons, messes » illustrés par des sacs disposés derrière lui.  Il devient ainsi la cible facile de la prétendue richesse temporelle de l’église.

Car, on ne pourra l’atteindre sur le terrain intellectuel, la richesse de ses écrits le prouve. On relève parmi ses sujets de prédilection,  les pères apostoliques, les apologistes chrétiens du deuxième siècle, saint Irénée et l’éloquence chrétienne dans la Gaule deux premiers siècles, un examen critique de la vie de Jésus de Renan (8 volumes entre 1863 et 1883, Renan y rejette sa divinité et toute intervention du surnaturel, un Jésus uniquement humain et « moral » Pie IX qualifie Renan de « blasphémateur européen ».), la révolution française à propos du centenaire de 1789 qui fera l’objet d'une réédition en 1989 par les éditions du Trident, à l'occasion du bi-centenaire.

le coeur de Mgr Freppel, église Saint Pierre et Paul d'Obernai. (photo F.S.)

 

 

 

Le transfert de son cœur à Obernai sera l’occasion d’une grande cérémonie à laquelle le peuple s’est associé. Le journal l’Excelsior, journal du 24 juillet 1921, nous montre le cortège se rendant l’église d’Obernai. La cardinal Luçon, archevêque de Reims et 8 prélats accompagnent l’urne vers sa dernière demeure. Une inscription indique le lieu où est placé son cœur « au vaillant défenseur de l’Eglise » dont un ange en grès entoure le reliquaire permettant contenant le cœur du prélat alsacien enfant de la ville d’Obernai.  Il est indiqué « je ne me connais que deux passions : l’amour de Dieu et de l’Eglise et l’amour de la France ». A droite et à gauche deux inscriptions, l’une en latin l’autre en français relatent les dates principales de la vie de l’évêque. Ce monument est l’œuvre de M. Kleim, de Colmar selon la brochure du centenaire publiée à Angers en 1927.  

statue de Mgr Freppel, à Obernai (Bas-Rhin, Alsace) Photo : F.S.

 

 

Charles-Emile Freppel est né à Obernai en 1827.
Ce fils de l'Alsace poursuit ses études à Paris tout en enseignant à l'école des Carmes. Il devient professeur d'éloquence sacrée à l'Université de la Sorbonne.
Prêtre, comme chapelain de Sainte-Geneviève, il assure de nombreuses prédications dans des paroisses parisiennes. Remarqué par Napoléon III, il devient évêque d'Angers puis est élu à plusieurs reprises député du Finistère. Sans relâche et indéfectiblement, il défend l'attachement de l'Alsace à la France. Dans son diocèse d'Angers, il fonde de nombreuses institutions scolaires et l'Université catholique de l'Ouest. Sa faculté de théologie entretient depuis de nombreuses années des liens particuliers avec celle de l'Université de Strasbourg.

plaque en sa mémoire, église d'Obernai, photo F.S

 

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