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Qui était Germain Muller ?

"Accents «tégus»:
Sketch célèbre du barabli. Les ronds de cuirs courtelinesques font référence aux machines à écrire laissées par les Allemands après 1945 dans les administrations. Elles furent donc utilisées au retour à la langue française. Les textes ainsi frappés n’avaient donc pas d’accents aigus, graves ou circonflexes. Ils nécessitaient donc une tâche ingrate de les compléter manuellement aussi bien dans les administrations que les entreprises. D’où la création des «accents tégus»."

 

S’il avait trouvé une notice à son sujet «d’Germain» dans un dictionnaire alsacien, il aurait éclaté d’un gros rire et d’une bonne vanne emplie d’auto-dérision et de modestie non feinte  Mais la génération des moins de 40 ans, peine à mettre un visage derrière ce nom.
Car Notre Germain, comédien, auteur et fondateur avec Raymond Vogel du cabaret «Le Barabli» (le parapluie), créateur de plus de 40 revues bilingues entre 1946 et 1992, une l’an en général et représentées en tournée dans les principales villes alsaciennes.
Mais son talent fut multiple, riche, nous tenterons de le montrer dans ces lignes,  à ses débuts dans la lignée de Trenet (en Alsace) chansonnier imitant même sa mimique et ses «yeux ronds» puis dans le sillage de Bourvil, acteur interprétant des rôles de Français en Allemagne, et des rôles d’Allemand en France, il connait son apogée en 1949 , à mon sens, dans sa pièce «Enfin redde m’r nimm devun» (enfin n’en parlons plus) (la seule pièce qu’il a écrite) où il résume à 26 ans toutes les vicissitudes, toute la complexité, toute la douleur et le drame dans une pièce drôle d’une famille alsacienne entre la période 1939-1945. La représentation mêle habilement les émotions et la drôlerie, l’Alsacien reste pudique, réussit ainsi un résumé de la sensibilité et de l’humour de l’âme alsacienne et en quelque sorte de sa parfaite incarnation en Germain Muller. Puis il créera le Barabli qui vivra jusqu’en 1992.  Il accueille le public avec cette formule «Gueten’owe un auch de Schowe güeten’owe» ce qui signifie «bonsoir, et aussi les Allemands bonsoir», le ton était donné pour un spectacle satirique, car il enchaînait «Sitze ihr güet» «Êtes-vous bien assis ?» sur des chaises inconfortables du théâtre du Mess des officiers, place Broglie.  Le théâtre faisait 80 représentations par an, on recense 44 revues différentes,  avec plus de 60 000  (selon les auteurs, 50 000 pour d’autres) spectateurs. On y appréciait sa dérision des plus grands, mais aussi d’avoir rendu leur fierté, leur amour-propre aux Alsaciens, enfant mal-aimé de la France assis entre deux cultures, pour reprendre la psychanalyse de l’Alsace ces «Allemands qui parlent français». ou l’inverse... Le dessinateur et auteur Tomi Ungerer ne dit pas autre chose de «Chermain» : «Avec lui, j’étais fier de mon accent» (article de Pascal Coquis, dans le Saisons d’Alsace, spécial Germain Muller et le Barabli, n°59)
On y assistait à  un spectacle principalement composé de sketchs en alsacien et teinté d’humour rhénan. Il était plus porté sur la «satire des moeurs» avouera Germain Muller dans l’émission Dimanche en France en 1961.
Notre Germain ne s’est arrêté ni au Rhin, ni aux Vosges,
ne se limita jamais aux seules planches, il fut aussi un conseiller municipal et adjoint durant trente ans de Pierre Pflimlin et Marcel Rudloff en charge de la culture et du tourisme. 

Il est enfin l’interprète d’un texte de Mario Hirlé : «Mir sin schins d’letschte, ja d’Allerletschte von denne Laetze wo noch so babble wie de Schnawwel ’ne gewachsen ésch » (« Nous sommes — paraît-il — les derniers, les tout derniers qui parlent encore tel que le museau (la bouche) leur a poussé »). Il ne devait pas être triste pour le plaisir de la mélancolie, mais devait être une sorte de choc salutaire, de prise de conscience que la langue devait être sauvée. Bien plus qu’un chant régional de la «Heimat» ou qui devait susciter le mélancolique «Heimweh» (nostalgie de son terroir de celui qui en est éloigné) mais il est presque «révolutionnaire».
J’aime à rester sur cette dernière touche qui le résume bien «militant» tendre, passionné de la scène, célèbre pour son perfectionnisme et ses coups de colère. Amicalement fidèle (songeons à Mario Hirlé) depuis ses débuts et capable de prendre sous son aile les jeunes, tel Christian Hahn qui continue son chemin dans le spectacle alsacien ainsi qu’à France 3.

 

 

Le saviez-vous ?

D’où vient ce mot de «Barabli» ? (parapluie)
Ce serait le mot pour distinguer entre 1914-1918 les Badois des Alsaciens, l’abbé Wetterlé avait été désigné pour faire le tri entre les deux, le test était le suivant, en agitant le parapluie, il demandait «Was esch des ?» (qu’est -ce ?) l’Alsacien ne connaissait que le «Barabli» et le Badois de le nommer «Regenschirm».  Le Badois se faisant passer pour un Alsacien était démasqué  puisqu’il ne peut pas connaître la déformation surprenante du mot «parapluie».
C’est l’authenticité de la langue régionale... !!!! Ce nom sera donné ensuite au théâtre de Germain Muller.

 

 

Biographie  (11/07/1923-10/10/1994)

(bio réalisée grâce au site strasbourg.eu)

11 juillet 1923 : naissance à Strasbourg
 
1937 : chante pour la première fois en public pour le baptême de sa cousine

1938 : renvoyé du lycée Kléber et entre à Fustel


1939 : lors de l’Exode il est évacué à Périgueux.


1941 : il entre à la théâtre académie de Karlsruhe.
Il est incorporé de force, à Regensburg, il s’enfuit. Il est condamnée à mort par contumace par le tribunal de Strasbourg en 1944.
Novembre 1944 il entre à Strasbourg avec la première armée de de Lattre.

1945 : il prend la carte du PCF jusqu’en 1947 (pas mal pour siéger plus tard avec les centristes ou des gaullistes tels que Pflimlin).
 
Après-guerre : il joue sur radio Strasbourg avec Raymond Vogel des chansons alsaciennes. Ils accompagnent même Edith Piaf.

1949 : Il écrit la pièce «Enfin rede m’r nemm devun» qui connait un grand succès.
Il fonde le barabli qu’il anime pendant 40 ans.

1952 : il épouse Dinah Faust, comédienne (ils auront deux fils)

1955 : Les Hussards avec Bernard Blier, Louis de Funès et George Wilson.


1959 : élu au conseil municipal de Strasbourg sur une liste «ni meilleure, ni pire que les autres». Bien avant Coluche et avant Huguette Dreikaus.
la télévision bavaroise lui propose de diriger le service des variétés, il refuse.

1961 : Une émission télévisée du Barabli est montée pour les Français de l’intérieur. Les sketchs et les chansons sont en français. Il explique que la satire alsacienne ne vise pas une personne mais une critique des moeurs.

1962 : il joue un officier SS (alors qu’il fut réfractaire à l’incorporation de force !) dans un film français les «culottes rouges».

Années 70 : dans sa troupe un jeune trublion qui connaîtra un grand avenir, Roger Sieffer.
1972 : prix de la fondation Goethe à Bâle, Légion d’honneur (1975)

En 1973 : premières études à l’université sur l’oeuvre de Germain Muller.

1977 :  Jacques Chancel l’interviewe dans Radioscopie (France Inter)

Dès 1977 : il tient une émission d’interview «tiens, Sie redde eu Elsassisch» il y reçoit Marcel Rudloff, René Ehni, Alfred Kern, Pierre Pflimlin , Gilbert Gress (RCS de Strasbourg)

1979 : il joue dans Achtung Zoll, de la SWF, il y joue un français

1981 : il joue dans «Histoire de voyous : opération primevère.                    
et dans la version TV du roman «les tilleuls de Lautenbach» où il joue un prêtre alcoolisé.

1988 : ordre national du mérite.

1986 : Un double vinyle est édité avec les chansons du Barabli (les barabli liedle) de Mario Hirle et Germain Muller.

1988  : Pour les 42 ans du cabaret, parait un recueil évoquant l’histoire du cabaret
(les musées de la ville de Strasbourg et les éditions Oberlin) par Malou Schneider

1989 : Germain Muller est responsable des manifestations du Bimillénaire de Strasbourg avec une centaine de manifestations, avec 45 années de spectacle.  Avec Fred Mella et Jacques Martin lors du dernier spectacle du Barabli. Germain Muller est déguisé en empereur romain avec sa toge.
Défaite de Rudloff à la mairie de Strasbourg, il abandonne son poste à la mairie. La municipalité Trautman étant plus hostile et il a des ennuis de santé.
Un livre couronne le tout «Germain Muller raconte Strasbourg 2000 ans d’histoire» sur sa couverture Germain en toge !  

1992 : deuxième représentation de «Amer de Sidel», Germain Muller, sur scène à Colmar fait sa nième attaque cérébrale. Il ne remontera plus sur les planches.
1994 : décès, sur sa tombe un parapluie, et une allée de saules évoquant ce drôle d’accessoire.
1999 : son fils réalise un documentaire «les Alsaciens et le Barabli»

2007 parait «le barabli» histoire d’un cabaret bilingue 1946-1992 par Dinah Faust (son épouse) et Hirle. Editeur Editions Hirlé.

2013-2014 : 90ème anniversaire de sa naissance,  édition d’un superbe numéro de Saisons d’Alsace n°59, DNA éditions.
Expo, concerts, karaoké géant, collection de témoignage et projections en plein air sont prévus

(bio réalisée grâce au site strasbourg.eu)

Sa bio express :

Profession
Auteur dramatique, acteur, homme politique.
Autres activités
Adjoint au maire de Strasbourg chargé de la Culture,
Président-fondateur de l’Opéra du Rhin,
Membre du Comité économique et social d’Alsace,
Vice-président du conseil régional d’Alsace.
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur,
Commandeur des Art et des Lettres,
Officier dans l’Ordre national du Mérite,
Officer of the Order of the British Empire,

 

d'après l'article du numéro 170 2/2014 de la petite lanterne.

 

Qui était Germain Muller ?
extrait du n°170 consacré aux Vingt ans sans Germain Muller.

extrait du n°170 consacré aux Vingt ans sans Germain Muller.

Quelques images des talents de l'artiste alsacien Germain Muller, le numéro spécial en hommage publié par Saisons d'Alsace, l'affiche strasbourgeoise.
Quelques images des talents de l'artiste alsacien Germain Muller, le numéro spécial en hommage publié par Saisons d'Alsace, l'affiche strasbourgeoise.
Quelques images des talents de l'artiste alsacien Germain Muller, le numéro spécial en hommage publié par Saisons d'Alsace, l'affiche strasbourgeoise.
Quelques images des talents de l'artiste alsacien Germain Muller, le numéro spécial en hommage publié par Saisons d'Alsace, l'affiche strasbourgeoise.
Quelques images des talents de l'artiste alsacien Germain Muller, le numéro spécial en hommage publié par Saisons d'Alsace, l'affiche strasbourgeoise.

Quelques images des talents de l'artiste alsacien Germain Muller, le numéro spécial en hommage publié par Saisons d'Alsace, l'affiche strasbourgeoise.

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