Sternsinger, les enfants à l'étoile, l'épiphanie alsacienne

Publié le 30 Décembre 2010

  2010 1828

les sternsinger, chanteurs à l'étoile, vue par un sculpteur du Erzgebirge

 

 

 


Sternsinger (chanteurs à l’étoile) : tradition rhénane fort ancienne, trois enfants (déguisés en rois mages) dont un des rois  porte une étoile vont de maison en maison annoncer, en chantant un chant de noël, la bonne nouvelle de la naissance du Christ. Ils inscrivent sur les demeures “C+M+B”  (christus mansionem benedicat” ou “christus segne dieses Haus”  ("Christ bénit cette demeure")

 

 

 

Sternsingergravure(gravure bien connue de Bacher)


qui se trouvent aussi être les initiales des rois mages Caspar, Melchior et Balthazar. . Les enfants en costume récoltent actuellement le plus souvent des dons pour des œuvres caritatives, mais à l'origine  ce furent des dons de noix, friandises, pièces de monnaie. On les voit encore sur les chemins d’Autriche, Sud de l'Allemagne, Bavière, Suisse  et Alsace. princiaplement dans les villages catholiques. Ils appliquent la citation biblique « qu’il est beau de voir courir les messagers de la bonne nouvelle ».

 

Si l'on en croit Théo Herrlein, dans son Weihnachts lexikon, (Rowohlt Taschenbuch Verlag, 2005-2006) la tradition remonterait au cours du 16ème siècle, aux Pays-Bas, Belgique et Allemagne, la tradition est semblable même si l'on rencontre ici une interprétation, un récit accompagné de chants et que des gâteaux, des pommes, des noix sont offerts aux chanteurs à l'étoile. La vivacité de cette tradition est facilement mesurable aux nombreuses inscriptions sur les linteaux des demeures tyroliennes ou villages catholiques suisses. 

 

Ils vont de maison en maison entre la fête de noël et la fête de l'épiphanie "annoncer la naissance de Jésus" et accessoirement quêter.

 

Sur la méthode de tracé, en Autriche on utilise de la craie (des kits portant encens, craie sont mêmes bénis, disposés au fonds des églises ou distribués dans les églises du Tyrol, ils comportent aussi de l'encens afin de bénir l'intérieur de la demeure) on a utilisé des mèches imbibées de cire ou des goujes.  On applique l'inscription sur la partie intérieure de la porte d'entrée, un linteau, considérées comme protectrices en cas d'orages, d'intempéries et même des incendies. 

 

 



Le Sternsinger d’Ottrott « das Ottrotter Sternsingerlied » tel qu’il a été interprété en 1850, rapporté par Joseph Lefftz, elsässiches Volksleben am Jahresanfang, L’alsatique de poche, 1973  :

« es kommen drei Könige aus Morgenland,

Sie reichen einander die rechte Hand,

Sie gingen miteinander vor’s Herodes Haus,

Herodes schaut oben zum Fenster heraus.

Herodes sprach mit falschem Mund :

« Ihr lieben drei Weisen kommt wieder zu uns.

WWir wollen euch geben  Heu und Streu

Und wollen euch halten sicher und frei. »

roislorrach.jpg 

« Der Stern, der Stern soll herumer gehn,

wir müssen heut ja noch weiter gehn ! »

(…)

Et finissant ainsi :

« Drej Kenig, drej Kenig mit ehrem Starn,

Sie asse un trinke un zahle nit garn

Sie battle alli Hieser üs,

Drum keje m’r se züe d’r Teer enüs ! ».

 roisvrais.jpg

 

  (quêteurs à Lorrach au moment des périodes de noël)

La tradition se pérpétuait jusqu'à peu de temps à Ottrott (voir plus haut) mais on peut rajouter le Sundgau, Stotzheim pour les villages qui me sont connus. 

 

 

 


La quête si elle a encore lieu est souvent effectuée avec un  dessein caritatif. (Les oeuvres caritatives des enfants, voir le site allemand consacré aux  Stensinger : www.bonifatiuswerk.de, dont la revue se nomme “Die Sternsinger”, Paderborn)

Quempas-Singen : provient de la formule latine : “Quem pastores laudavere/quibus angeli dixere. “


Le texte  suivant était prononcé lors de la messe du matin du jour de Noël : “Car les bergers aimaient et les anges encore plus, n’ayez pas peur, un Sauveur vous est né, un roi est venu”. Au XVIII ième  au siècle des Lumières on interdit ces chants dans le centre de l’Allemagne et dans l’Est jusqu’en Pologne sous l’influence luthérienne. Les chants devinrent ainsi  des concerts vocaux profanes plus que religieux. Concert préparé de longs mois à l’avance et dont les représentations commençaient au temps de l’Avent.

 

 


Voici un des textes attribué aux Sternsinger :

 

Weil wir neues Leben suche,

darum folgen wir dem Stern,

Sammeln Gabe, singen Lieder

für die Menschen, für den Herrn.

 

Parce que nous cherchons une nouvelle vie,

nous étrennons cette étoile,

rammassons dons, chantons des chansons,

pour les hommes,

pour notre Dieu.

 


  2010 1614

 

(image des sentiers de noël devant le Château d'Osthouse près d'Erstein, Bas-Rhin)

 

Rois Mages à Ribeauvillé : Les rois mages ont donc laissé une trace à Ribeauvillé.

Saint Thomas est allé, selon la tradition, évangéliser le peuple oriental, il aurait rencontré les rois mages (ce qui n’est pas impossible, on les imagine mal ayant vu le Christ, la Sainte Famille, les évènements de la naissance, ayant été impressionnés par lui et étant retournés à leur vie de sages, de scientifiques ou de voyants sans rien faire, dire, « tristes sires que ces rois ! » mais bien plus en témoins du Christ sur les lieux de leurs vies, l’Orient). Le proto-évangile de Thomas (6ème siècle) signale qu’il les baptisa, et les auraient nommé Evêques (« prêtres et évêques » selon Paul Guérin, dans la vie des saints, selon la même source ils sont morts consécutivement en l’an 53, et l’auteur rajoute sans préciser « martyrs ») . Ils auraient été enterrés et proclamés saints par le peuple des fidèles. Au 4ème siècle à l’initiative de Ste-Hélène (qui est également à l’origine de la découverte de la vraie croix), la mère de l’empereur Constantin on transféra les reliques. On aurait retrouvé leur corps intacts, transférés à Constantinople dans la basilique Sainte-Sophie. Puis leurs reliques auraient été transportées à Milan suite à une donation de l’empereur de Byzance à Eustrogio, l’évêque de la ville de Milan.

 

 

En 1164, Frédéric Barberousse (Frédéric premier de Hohenstaufen) détruit la ville, mais donne l’ordre à l’évêque Rainaldo (Reinal von Dassel) de Dassel, de Cologne et chancelier de Barberousse, de placer les reliques à Cologne dans le dôme afin de préserver la ville et d’inciter les pèlerins à venir dans la cité. Cologne devient alors une ville de pèlerinage fort réputée. Sévissait une vague « collectionneur» de reliques. Elles reposent dans une châsse des Rois mages, fleuron de l’art médiéval, châsse dorée incrustée de pierres précieuses d’une valeur inestimable. Le dôme de la cathédrale est surmonté d’une étoile d’or rappelant le cheminement des rois mages vers l’étable de Bethléem.

 La possession de cette relique a servit à justifier le caractère sacré ou divin, de l’empire germanique. Etoile, couronne figurent sur nombre d’armoiries et de blasons. 

 

Le voyage de l’évêque vers l’Italie a donné lieu à diverses hypothèses, mais on sait de manière certaine qu’il est passé à Pavie, Vercelli, la Savoie, la Bourgogne, l’Alsace et le Rhin pour passer rapidement à Cologne. Ce qui fut fait le 23 juillet 1164.

En 1980, le journal l’Alsace (8/02/1980, relate la découverte d’une petite relique des trois rois, quelques minuscules fragments d’une très vieille étoffe qui provoquèrent des recherches afin de savoir si la nature de l’étoffe pouvait être complémentaire avec celle de la relique de Cologne dont nous venons de traiter. Ce même article explique qu’un frère capucin alsacien Paul Linck de Ribeauvillé avait découvert la relique dans une cassette avec un texte expliquant l’attribution aux rois mages. Le tout fut envoyé à Lyon où un chercheur en textiles confirma que le fragment est un « texte de soie dans une technique de tissage du 2ème siècle après Jésus-Christ ». Les autorités de Cologne firent ensuite une comparaison du fragment avec l’étoffe. L’étoffe (le « matériau ») et la « technique » « montre une étrange identité ». Les ossements devaient en général être enveloppés dans des textiles contemporains.

 

 

Dans l’église gothique Saint Grégoire de Ribeauvillé, édifiée du 13ème siècle au 15ème siècle, qui intègre un transept de 1876, une Vierge à l’Enfant en bois polychrome du 15ème siècle et les orgues les plus anciens d’Alsace. Et dans l’église de Bergheim à 3,7 km de Ribeauvillé, l’église gothique de grès rouge représente dans le tympan du Portail : l’adoration des mages.

 


 

Dans le sous-sol de la cathédrale de Cologne :

Dans le sous-sol de la cathédrale de Cologne est conservé le linge qui a fait l’objet de prélèvements et d’études, précieuse relique qui contenait les reliques des saints. Le tissu précieux, constitué de colorants rares, est très particulier, fils de soie de chine entourés de fils d’ors teints de pourpre impérial. Ces pigments de couleurs sont très précieux, le plus onéreux de l’antiquité, puisque pour réaliser 1g de pourpre de Pyre il faut plus de 8000 escargots. Ce qui donne une idée de sa valeur. Le Suaire semble dater du 2 au 4ème siècle et la technique de fabrication est celle de la région de Syrie. C’est à cette date que Ste Hélène aurait retrouvé / découvert ces reliques.



 

Rois mages à Niedermunster elle est célèbre pour avoir reçut les reliques à dos de chameau. Trace curieuse d’un animal, qui en principe, n’est pas très habitué à nos climats. Pourtant les légendes récurrentes le confirme, la fondation de la célèbre abbaye a été rendue possible grâce à des reliques précieuses amenées à dos de chameau. Le chameau est sur les bornes des circuits du club vosgien et jalonne un sentier de 490 mètres. Du temps de Charlemagne, racontent les chroniques, trois chevaliers auraient ainsi escorté un chameau à travers la France. C’est le comte Hugues de Bourgogne, dit Hugues-le-Peureux, qui aurait confié les précieuses reliques à ce pauvre animal. Et la mission confiée aux deux chevaliers était la suivante : à l’endroit où l’animal se coucherait, il fallait laisser ces précieux témoins des amis du Christ. C’est ainsi qu’en 803, le chameau arriva devant la porte de l’abbaye située au pied du Mont-Ste-Odile. (Les archéologues attestent de la fondation à l’époque de Charlemagne du monastère). Dans son paquetage : un voile de la Vierge, la relique du bras de Saint-Basile, une relique de Saint Denis, le prépuce du Christ (le premier sang versé), le tout dans un croix monumentale, c’est pourquoi on représente l’animal portant une croix. Couverte d’argent et attachée au dos de l’animal. Comme à Cologne, le fait de confier à la dévotion de telles reliques provoquerait de nombreux pèlerinages et l’afflux de richesses.

Les reliques restèrent jusqu’au XVI ème siècle dans ces lieux, puis partirent pour Molsheim, où une représentation de l’animal existe toujours. Le chameau devint le précieux témoin et la figuration imagée de l’abbaye. (La date de 1778 que l’on trouve sur certains sentiers ne signifie que la modification de l’abornement (changement de bornes et non la date de la fondation). (Avec la documentation de l’abbé Joseph Loeb)

 


Les rois mages et le Kougelopf :

 

Une légende raconte aussi une récompense offerte par les mages a été le Kougelopf  : 2010 1828

 

 

Kougelopf de Noël :  dessert de fête qui est bien un des seuls plats qui a réussi à se généraliser dans l’année entière. A l’origine d’un gâteau

Selon la légende : un pâtissier de Ribeauvillé du nom de KUGEL,

Hébergea les rois mages, faisant étape en Alsace en se rendant à Bethléem…

Pour le remercier, ils lui confièrent la recette et le moule d’un gâteau précieux et magique, un gâteau de fête ; le KUGELHOPF. Ils lui avaient même confectionné le premier avec un moule traditionnel en forme d’étoile. Comme celle qu’ils ont suivi.

 

Ce n’est qu’en 1972 que retrouvant la légende,

 

Charles Bentz décide de lui redonner vie  en lançant la fête du Kougelopf. En 1979 naquit dans cette même ville la confrérie des rois mages dans le but de promouvoir les produits régionaux mais aussi les produits régionaux. Le folklore et diverses activités touristiques du pays de Ribeauvillé.

 

Une autre légende signale leur passage annuel au champ du feu , en allant de Cologne vers Bethléem. Ils éloigneraient par leur passage les esprits mauvais de la forêt  au moyen de leurs précieuses offrandes destinées à l’Enfant Jésus. Les esprits apeurés se replient sur le Haut-Wald.

 

Théologiquement , saint Grégoire de Nazianze prétend qu’au moment où  les mages, guidés par l’étoile, adorèrent le nouveau roi, le Christ marqua la fin de l’astrologie, parce que désormais les étoiles tournaient selon l’orbite déterminée par le Christ.  (Cité par Benoît XVI in Spe Salvi, Sauvés dans l’espérance).

 

 

 

L'épiphanie (Dreikinnigsdàà, en alsacien "jour des 3 rois")

 

(6 janvier, jour férié dans de nombreux pays européens, sauf la France) signifie "révélation", après la révélation aux bergers par les anges, au Temple à Syméon et Anne (la prophétesse), la révélation est celle faite aux païens au travers des mages (des rois selon la légende) qui suivirent l'étoile. Les Sternsinger ne font pas autre chose que de révéler la bonne nouvelle. 

 

 

On peut contempler de nombreux tableaux sur l’adoration des mages, notamment celui de l’église de Molsheim devant l’autel principal de Hans Memling (1435-1494) né à Seligenstadt en Allemagne. Il rend de nombreux détails et une magnifique lumière. C’est le panneau central d’un triptyque réalisé en 1479.

 


Sur les traditions de l'épiphanie voir aussi : Les rois mages ....

Sternsinger, chanteurs à l'étoile, rois mages

 


  Vous cherchez le thème des galettes et des fèves, allez-voir ici :

FEVES & galettes des rois :

 

l'histoire des rois mages FEVES & galettes des rois :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rédigé par Rédacteur petite lanterne

Publié dans #traditions de noël

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