Les Rogations :

Publié le 10 Mai 2010

Ces jours (lundi, mardi, mercredi) avant l'Ascension sont tradiitonnellement les jours de rogation.

A quoi servent-ils ?

D'où provient cette tradition ?

Quelles prières sont récitées et quels rites respectés et dans quel but ?

 

rogations-copie-1

 

 

 

"Et Dieu regarda avec  plaisir les offrandes" Ou des solutions pour un monde qui tourne rond.


 

 

Bénir le “travail des hommes”, les “fruits de la vigne” et des champs. Cette rogation qui se déroule durant les jours qui précèdent la fête de l’Ascension et les saints de glace (Issheilige, de l’ancien calendrier chrétiens qui étaient Pancratius, Servatius, Bonifatius, et la seule restée gravée dans les mémoires die Kalte Sophie !) , on  peut y voir l’attention vers la subsistance répondant à la double requête “donne-nous le pain de ce jour” et “que ta volonté soit faite”. Empruntent-elles à un passé païen ? Lorsqu’on voit se déchaîner les forces  naturelles on comprend

 


Du latin “rogation” action de demander, de supplier, de prier avec insistance...


Demandez et vous obtiendrez Du latin "rogatio" : action de demander, supplication, prière.
L'origine des Rogations remonte au Ve siècle : en un temps tragique, saint Mamert, évêque de Vienne, institua un jeûne et des processions chantées pendant les trois journées qui précèdent l'Ascension.  Cette tradition s’est étendue à toute la chrétienté au VIII ème siècle par le pape Leo III (v.750/ 795-816). Le péril passé, la coutume  avait persisté et s’était  répandu dans d'autres diocèses , jusqu’à Rome.


On les distingue d’autres rogations par l’appellation “litanie majores” les grandes d’autres “minores”,  précise Manfred Becker-Huberti dans son dictionnaire des traditions. (p39)” les petites litanies”.  Au cours de ces processions, on demandait principalement à Dieu de bénir et de faire fructifier les travaux des champs, en vue des récoltes à venir. L’on confond également cette fête avec la fête Dieu où des autels et stations sont préparées dans les rues et les places. (le rite se pratique toujours à Stotzheim lors de la fête Dieu à Geispolsheim également) .  Dans le Gers, j’ai retrouvé cette confusion et cette nostalgie “La tradition s'est quelque peu perdue dans le début des années soixante, mais les anciens se souviennent avec nostalgie de ces moments de partage et de convivialité. Il ne reste plus aujourd'hui que les croix comme témoin et le dicton que l'on avait coutume de rappeler chaque année : « Si plau sur la baniera, plau sur la gerbera » (s'il pleut sur les Rogations, il pleut sur les moissons).” Car les rogations visent elles les champs et les terres, les autels préparés semblent être plus proches de la fête-Dieu et de la réception devant sa porte du Saint-Sacrement.

 

En Allemand : Bitttage  (jours de supplication, avec 3 t )  avec cette autre appelation : “Vocem jucunditatis”  ou “Rogate”.
"Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour" enseigne Jésus dans le "Notre Père". Comment n'approuverait-il point ces prières qui témoignent du souci des êtres humains pour ce que le monde appelle la nature, et que le croyant appelle la création ?
Source de vie, de survie, le fait est compréhensible que les nourritures aient un statut particulier dans les traditions humaines.


Il s’agit aussi d’agir sur les éléments, interrogé par radio vatican (1/05/2008), le père Pierre Afonso, de la paroisse de l’Île Bouchard en Touraine, a renoué avec la tradition dans les campagnes alentour.  Il demande la  bénédiction du Très-Haut est appelée avec ferveur sur les éléments, l’épisode de l'Évangile où Jésus commande avec succès au vent et à la mer déchaînés n’est pas oublié. Il est demandé au Ciel le juste équilibre entre la pluie bienfaisante et la chaleur du soleil. La crise alimentaire mondiale, outre le fait qu’elle rappelle à l’être humain qu’il ne vit pas isolé du cosmos et de la terre nourricière, risque bien de remettre à l’ordre du jour l’antique liturgie des Rogations. (illustration : gravure du XIXème siècle).

Elles sont récitées  dans de nombreux monastères et couvents, citons celui de Gueberschwihr  (68)  par exemple, pour l’Alsace, le journal “le bien public” présente le cas de  Montot , où depuis l’an 2000 par un jeune prêtre du secteur paroissial en fait de même, sortant la pratique des monastères.

Ces trois jours de rogations donnaient un indice au XVI et au XVII siècle sur le succès et les quantités des récoltes futures. Le premier jour devait jadis indiquer l’été des légumes, les fruits , les vendanges, le deuxième : les moissons,
le troisième : les fourrages. On peut bien évidemment y voir quelques proximité s avec les rites de divination du cycle de l’Avent et des douze jours en Alsace.   
D’un point de vue littéraire et historique, Cervantès dans Don Quichote raconte : “Dans toute la contrée, il y avait des processions, des rogations, des flagellations, pour demander à Dieu d'ouvrir les mains de sa miséricorde et d'en laisser tomber la pluie.”  Cervantès, Don Quichotte, trad. Aline Schulman, Seuil, 1997, vol. 1, p. 510
Bibliquement on peut aussi faire référence au IIème livre des Rois : “ David s'en alla, accompagné de tout son peuple pour amener l'arche du Seigneur.” (II Liv. des Rois, VI, 2).

 

 


Les rogations c’est quoi ? 
les rogations c’est quoi ?
* Une procession religieuse, * une bénédiction,
* une litanie et donc des prières, afin d’appeler le regard bienveillant de Dieu sur le travail des hommes.
L’homme contemporain sourit de tant de naïveté, mais ne multiplie ses regards sur les prévisions météorologiques, s’inquiète du dérèglement climatique, de la fonte des glaciers, mais ne veut surtout pas y mêler Dieu, s’imaginant qu’une réunion à un sommet  G puissance  20 ou quelque “Grenelle” du climat bien plus efficace qu’une prière au Ciel....
Excluant Dieu de toute protection, Dieu ne se désintéresse heureusement pas de sa Création. Pardon du résultat du Big-Bang et de l’évolution....

 


Quelles prières ? 


Elles peuvent être récitées en latin, on y trouve l’Exsurge Domine, “levez-vous Seigneur, secourez-nous et délivrez-nous à cause de votre nom” (Ps 43,26, 2)
le Kyrie eléison, suivies des litanies, appelant, après la Trinité,  la  communion des saints, comme lors d’un baptême,.
On récite une invocation “montrez-vous favorable, épargnez-nous, Seigneur ! Montez-vous favorable, exaucez-nous, Seigneur de tout délivrez-nous ! “
Suit une autre invocation pour les prières des Quarante heures : des dangers imminents “ab imminéntibus periculis
La prière se poursuit par “peccatores, te rogamus, audi nos” “pécheurs, nous vous prions, écoutez-nous”.
D’autres rogations récitent  les psaumes 119 à 133 chantés jadis par les Juifs lors de leur montée en pèlerinage vers Jérusalem.
On peut aussi chanter des psaumes de pénitence, miserére mei, Déus, lorsqu’une procession visite une église on y récitait l’Antienne, le Verset et l’Oraison du Saint, patron de l’église, en sortant on reprenait les litanies ou les psaumes là où elles avaient été interrompues.
Quand la procession s’achève dans l’église de la fin du parcours ou à l’église de départ on achevait  par  un verset évoquant l’agneau de Dieu.
Agneau de Dieu qui enlevez les péchés du monde.... Christ, écoutez-nous, Christ exaucez-nous., Seigneur ayez pitié, Christ ayez pitié, Seigneur ayez-pitié ! .
Afin de se préparer dignement à la fête de l’Ascension, les fidèles jeûnaient également, c’est bien un rite remis à la mode par Medjugorje (on y parle aussi de jeûne de TV de bla-bla, de diverses pratiques parasites) :, Notre-Dame des neige, ne dit pas autre chose sur son site  : “ Les fidèles catholiques observeront pendant les Rogations (c'est-à-dire le lundi, le mardi et le mercredi de cette semaine) un jeûne afin de se préparer à la célébration de la Solennité de l'Ascension. Avant le Saint-Sacrifice de la Messe, les prêtres béniront, en chantant notamment les Litanies des Saints, les champs et les cultures.”
Nous terminerons par une des prières récitées en ces jours-là : 
Dieu Tout-Puissant, qui avez béni la terre en la rendant fertile et productive de tout ce qui est nécessaire à la vie humaine, 
et qui avez commandé de travailler paisiblement et de manger notre propre pain, bénissez les travaux du laboureur, et accordez nous un temps favorable pour que nous puissions recueillir les fruits de la terre, et ainsi nous réjouir de Votre Bonté, à la louange de Votre Saint Nom.Par Jésus-Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il ". (documentation liturgique du couvent Gueberschwihr, partie germanique “Lexikon der Bräuche und Feste,”  Manfred Becker- Huberti, Verlag Herder, gravure : archives personnelles).

 


Le Curé d’Ars ... dans un de ses Sermons signale les objectifs  des rogations,  “Quatre-Temps dans le printemps, parce que c'est dans ce moment que le retour du soleil commence à ranimer la nature, et à ouvrir la terre pour la production des fruits. L'Église nous avertit de demander à Dieu qu'il veuille bien donner la fécondité à la terre par ses bénédictions. Dans l'été, comme la récolte est exposée à mille accidents fâcheux, l'intention de l'Église est que nous priions le bon Dieu de les conserver et de nous accorder, par miséricorde, ce qui nous est nécessaire à la vie pendant l'année. Je dis, M.F., par miséricorde : c'est parce que, étant pécheurs comme nous le sommes, nous n'avons aucun droit aux biens même nécessaires à la vie. D'après cela, nous devons donc humblement demander au bon Dieu la nourriture, le vêtement, comme une aumône qu'il peut nous refuser sans injustice, et les recevoir avec beaucoup de reconnaissance, comme un bienfait tout gratuit qu'il répand sur nous par sa pure bonté. C'est pour cela qu'en automne, où l'on est occupé à la récolte, et en hiver, lorsqu'elle est achevée, l'Église veut que nous offrions à Dieu nos jeûnes et nos aumônes comme un sacrifice d'actions de grâces, pour tous les biens qu'il nous a accordés pendant l'année.”

 


Cet article est paru dans la petite lanterne en juin 2009. /c tous droits réservés

Rédigé par Rédacteur petite lanterne

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