Le «Noël» de Joseph, Fils de David. le premier noël de Joseph «l’inconnu» de Noël

Publié le 2 Décembre 2009

Conte de Noël publié dans notre numéro de noël -parmi des textes, photos exclusives-




Le «Noël» de Joseph, Fils de David.
le premier noël de Joseph «l’inconnu» de Noël

par l'abbé Joseph Loeb, aumônier du couvent St Marc de Gueberschwihr (68)


Il n’avait trouvé pour gîte, avec Marie sur le point d’être mère, que cette grotte-étable pour y passer la nuit. C’était pauvre, mais on était à Bethléem, la ville de David, et pour Joseph c’était une grande satisfaction. C’est là qu’il avait grandi, couru la campagne, fréquenté les bergers. Cela ne lui aurait pas déplu de le devenir, comme l’avait été son ancêtre David dans sa jeunesse et dont le Seigneur avait fait le roi d’Israël. Pour Joseph, cette origine était son humble fierté. Et c’est parce qu’il était de la «famille de la descendance de David» qu’il était venu à Bethléem pour s’y faire recenser avec son épouse, selon l’édit de l’empereur Auguste.
Etre dans cette ville les rendait heureux, surtout pour l’enfant qui allait y naître. L’Ange n’avait-il pas dit à Marie : «Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David , son père ; il règnera sur la maison de Jacob et son règne n’aura pas de fin. (Luc 1,32). C’était à Nazareth et voilà que c’est à Bethléem qu’il allait naître, contre toute attente. C’était un honneur et un présage pour l’avenir. Pour le moment c’était Auguste qui régnait, et Joseph ne voyait pas comment l’enfant de Marie pourrait prendre un jour une place d’empereur. Mais ne serait-il pas de la descendance de ce David qui, bien que petit, avait fait tomber un jour le gigantesque Goliath ?

Bethléem ! Joseph n’avait quitté sa ville qu’à regret lorsque ses parents s’étaient expatriés en Galillée, sans doute pour des raisons économique. La Judée était peu fertile, peu peuplée, et n’offrait guère d’emplois. Pour y pallier Hérode avait ouvert des chantiers, notamment au Temple (Flavius Josèphe, -Antiquités Juives - Tome 20). Mais plutôt que de travailler pour le roi honni on préférait s’expatrier, fut-ce dans cette «Galilée des Nations» , jugée contaminée par la proximité des païens,. Partir de Bethléem, la ville de David, pour aller vivre dans un hameau comme Nazareth, de réputation peu flatteuse, c’était tomber de haut. Joseph s’en était accommodé. Il avait à la fois la noblesse du sang royal et celle de l’humilité. Malgré l’ascendance royale sa famille vivait au niveau du peuple : lui-même était charpentier.
Mais à Nazareth Dieu lui avait offert une reine : Marie ! Elle était née à Jérusalem où ses parents, Anne et Joachim, avaient habité non loin du Temple, juste à côté de la Piscine de Bézatha. Fillette, Marie avait vu laver les agneaux avant leur immolation ; cela lui fendait son coeur de petite fille. Elle pensait que Dieu devait certainement préférer l’amour et elle était bien décidée à le lui donner entièrement lorsqu’elle serait grande.
Ses parents avaient parfois la visite de a couine Elisabeth dont le mari Zacharie était prêtre. Marie la voyait tant souffrir de ne pas avoir d’enfant qu’elle aurait voulu souffrir à sa place ; elle était prêtre à renoncer à devenir elle-même maman un jour pour vivre cette douleur au coeur à coeur avec Elisabeth.


Puis Joachim et Anne avaient émigrés à leur tour en Galilée. Citadins, ils avaient d’abord préféré s’installer dans la petite ville de Séphoris, centre administratif et point stratégique des Romains, sur les hauteurs dominant Nazareth. Plus tard c’est dans cette localité qu’ils vinrent s’établir sans doute en vue du mariage de Marie. Il s’agissait de rencontrer une famille assortie à la leur. Selon l’usage c’est le père qui devait trouver un mari pour sa fille et Joachim jeta son dévolu sur Joseph, jeune charpentier établi à son compte, et surtout un «homme juste». Joseph en avait été plus qu’heureux, car il n’avait pas été sans remarquer la qualité exceptionnelle de la jeune fille, et son nom chantait dans son coeur «Marie, Marie !». En bon Israélite il désirait devenir père d’une famille telle que la chantait le Psaume : «Ta femme sera dans ta maison comme une vigne généreuse, et tes fils autour de la table, comme les plants d’oliviers». (Psaume (127) 128,3.
On avait conclu les fiançailles ; juridiquement c’était le mariage mais sans cohabitation. C’est dans la maison de Joachim que Joseph pouvait rencontrer Marie, brièvement et pratiquement jamais seul. Marie et Joseph n’avaient pas tellement besoin de se parler, leurs âmes communiaient en profondeur se comprenaient en silence. Joseph était subjugué par Marie, tout son être rayonnait d’un amour parfaitement transparent et pur. Il ignorait tout de son propos de rester vierge, mais était décidé à ne l’approcher qu’avec la plus grande délicatesse, faisant sienne la prière du jeune Tobie en épousant Sara : «Seigneur, tu le sais : si j’épouse cette fille d’Israël, ce n’est pas pour satisfaire mes passions ; mais seulement dans le désir de fonder une famille qui bénira ton Nome dans la suite des siècles». (Tobie 8,7, traduction Lectionnaire des Mariages).

Joseph était tout à la joie de vivre bientôt avec elle sous le même toit. Et c’est alors qu’avait eut lieu l’événement inouï : l’Ange du Seigneur était venu demander à Marie d’accepter de devenir la mère du Messie. Une fois que l’Ange eut répondu à sa question comme cela pourrait se faire. «L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’enfant sera saint et sera appelé Fils de Dieu»(Luc 1,35), elle avait accepté avec une foi héroïque en vraie «Servante du Seigneur».
Ayant alors conçu du Saint-Esprit, Marie n’avait pu vivre et intérioriser cet événement inouï qu’en s’enfonçant dans le plus grand silence. Mais comme l’ange lui avait annoncé : «Voici qu’Elisabeth ta parente vient, elle-aussi de concevoir un fils dans sa vieillesse... car rien n’est impossible à Dieu» (Luc1,36-37), Marie avait compris que Dieu lui demandait d’aller auprès d’elle à Aïn Karim, près de Jérusalem. Pour ce voyage elle avait besoin de la double permission des parents et de son époux. Et Joseph avait acquiescé avec noblesse, et sans poser de questions ; pour lui c’était une joie que de réaliser un désir de Marie. Il ne convenait pourtant pas qu’il l’accompagne puisqu’ils ne vivaient pas encoure sous le même toi. Il ne savait pas encore que Marie portait un enfant dans son sein. A quel moment aurait-elle pu lui parler d’une chose aussi inouïe et comment ? Elle avait donc dû partir en s’en remettant à Dieu : Lui seul pouvait aider Joseph à entrer dans un tel mystère. Lorsqu’il avait su Marie enceinte, cela avait été comme un coup de tonnerre ; il était entré dans une grande perplexité et un indicible tourment. Il connaissait trop bien Marie pour pouvoir douter un seul instant de son innocence. Et lorsqu’elle lui avait dit la vérité, il n’avait pas douté un instant de sa sincérité.
Mais comment pouvait-il assumer une telle situation ? Au regard des hommes -qui ne pouvaient ni savoir, ni croire, -il devait faire son devoir d’homme juste et se séparer de Marie. Au regard de Dieu-, il ne se sentait pas le droit de prendre sous son toit celle qui portait en son sein l’enfant conçu par l’Esprit Saint, le Fils de Dieu. Joseph avait vécu une agonie, avec noblesse et oublie de soi. Dieu lui-même l’en avait délivré : «Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse...» (Matthieu 1,20), Être appelé «fils de David», rameau de l’arbre de Jessé duquel le Messie devait un jour surgir. Joseph en était fier. «Fils de David» ! Il n’ignorait certes pas les péchés de son père, mais il les recouvrait d’un manteau comme l’avaient fait jadis Sem et Japhet pour cacher la nudité de leur père Noé. (Genèse 9,22-23) Il ne gardait en mémoire que la magnanimité de David : il avait épargné Saül, et Absalon, son propre fils, et même pleuré leur mort alors qu’ils avaient voulu la sienne. C’est de ce David que Joseph se sentait le fils, et heureux de l’être.

L’Ange avait aussi dissipé sa crainte, celle de ne pas vivre dans la soumission aimante au Shema Israël qu’il récitait tous les jours : «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta force» (Deutéronome 6,4). , s’il ne se séparait pas de Marie. Et c’est ce qu’il avait été sur le point de faire, par amour de Dieu : le sacrifice de Marie, son épouse bien-aimée, même si cela lui déchirait le coeur. Mais le Seigneur la lui avait rendue.
Et pas seulement cela : le Seigneur luit confiait l’enfant de Marie et lui donnait autorité pour lui imposer le nom :» Tu lui donneras le Nom de Jésus». Ce faisant, c’est lui qui lui conférerait l’entrée dans la lignée royale directe, et si le fils de Marie pourrait être appelé «fils de David», ce serait grâce à lui, Joseph.
Après que le mariage eut été fêté publiquement Joseph et Marie avaient vécu ensemble des jours heureux. Ensemble ils avaient médités et gardés dans leurs coeurs les écrits des Prophètes éclairant le mystère qu’ils étaient entrain de vivre : «Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel, ce qui se traduit «Dieu avec nous». (Matthieu 1,22 - Isaïe 7,14 (Bible de Jérusalem).
Ils s’étaient préparé à sa naissance à Nazareth. Quand l’édit impérial les obligea à se rendre à Bethléem, ils avaient compris tout de suite que ce n’était pas Auguste mais Dieu qui était le maître du monde et de l’histoire. Le signe était là : l’enfant naîtrait à Bethléem, comme annoncé par Michée» : «Et toi, Bethléem Ephrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que je fera sortir celui qui doit gouverner Israël.» (Michée 5,1)
C’etait son noel...
Joseph pensait à tout cela en veillant tendrement sur Marie dans cette pauvre étable de Bethléem. Ils y étaient maintenant, dans cette ville de David et le Sauveur y naquit en effet cette nuit-là. Le dénuement était complet, mais le bonheur à son comble. Marie et Joseph vivaient un amour indicible et une immense espérance ; et ils bénissaient Dieu. Joseph regardait Marie et l’enfant avec une immense tendresse.

Cet enfant était le Messie attendu, le Sauveur. Avec lui tout était nouveau, tout commençait. Il était «l’héritier du trône de David», et c’est à lui, Joseph, fils de David, qu’il était confié avec sa mère. Lui, l’humble charpentier, était maintenant soudain investi d’une responsabilité royale. Il se sentait comme naître à une vie nouvelle ; pour lui aussi cette nuit était celle d’une naissance : elle était «son Noël !».


Abbe Joseph Loeb  ( a publié un recueil de ses contes, disponible auprès de la petite lanterne,
écrire à redaction@petite-lanterne.com, 10 euros + frais d'envoi )







Rédigé par Rédacteur petite lanterne

Publié dans #traditions de noël

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