L'histoire de la crèche de noël ....

Publié le 13 Décembre 2010

Visite à Bethléem 

 


Bethléem, signifie «maison du pain» (Beth-Léem) ce qui est porteur de sens dans l’explication du message de Jésus, il apporte le «pain de vie, ou le pain descendu du Ciel». Mais que s’est-il passé dans ce village de Judée ?
BETHLEEM

 

 


2010 1568

(crèche en taille réelle, exposée au marché de noël de Freibourg en Brisgau, sculpteur de Freiburg)

 

 

La première crèche vivante date de Saint François d’Assise (le poverello) qui la  créa en 1223 dans une grotte avec l’autorisation du Pape Honorius III, dans la forêt de Greccio, petit village des Abruzzes,  près de Rieti, une mangeoire remplie de foin, un boeuf vivant et un âne. Son but était de rendre le message de l’incarnation plus compréhensible aux ouailles du saint.  St Bonaventure, compagnon de St François, raconta plus tard que le saint tenait ensuite le saint enfant vivant dans ses bras.  Quelques années plus tôt, le pape Innocent III avait interdit toute représentation de la crèche dans les églises (1207) pour éviter sans doute les fantaisies.
Pour se rendre à Bethléem ? La sainte famille s’était retrouvée dans cette petite ville de Judée (Luc 2) pour obtempérer à un ordre romain de recensement de César Auguste ordonnant de se faire compter dans la ville d’origine de sa tribu. L’évangéliste Luc (II,1,5) précise car il était de la progéniture de David. Et, Marie, son épouse, l’accompagnait.»  C’est en effet de là qu’est partie Ruth, la Moabite, ancêtre de David, et David était de Bethléem (1 S 16).
 Ces recensements n’étaient pas exceptionnels, en 103 après J.C., Caïus Vibius Maximus, préfet d’Egypte ordonne à tous ceux qui ne demeurent pas au pays de leur famille d’y revenir sans délai s’y faire inscrire. On peut lire à Londres des documents de l’époque qui attestent de ce recensement. (Daniel-Rops, de l’académie française,  p 119, Jésus en son temps, Brouty, J Fayard et Cie, 1945)  
Hérode fut très impressionné par le message des mages, car il connaissait la Bible et la prédiction du prophète Michée (Mi 5.4) qui signale «c’est de toi, Bethléeem que sortira celui qui doit régner sur Israël» (ou le chef, le pasteur de mon peuple Israël (Mt 2) (le débat existe vraiment, car même Jean en parle, chapitre 7 : D’autres disaient : “C’est lui le Messie !” Mais certains demandaient : “Le Messie peut-il venir de Galilée ? °Le Messie est descendant de David : n’est-ce pas dit dans l’Écriture ? Et il doit venir de Bethléem, la ville de David.” °) , reprenant les prophéties d’Isaïe : «Une pousse sortira du tronc de Jessé». Pourtant la ville devait souffrir d’un déficit d’image,  car on disait que «peut-il sortir de bon» de ce village perdu.
Le  lieu de la naissance de Jésus, il est assez étonnant que certains contestent actuellement le fait de cette naissance en ce lieu, car cet endroit a été consacré et vénéré dès les premiers siècles du christianisme. (Dictionnaire de la Bible p 162). Le lieu fut même connu des autorités romaines, car après la deuxième révolte juive de132 à 135 après JC, l’empereur Hadrien confondant juifs et chrétiens  déshonora le lieu de la naissance de Jésus en y plantant un bosquet sacré dédié à Adonis. (Dieu de l’amour, donc il a été le lieu de profanations ou de rites érotiques, on estime donc que si le lieu n’avait pas été considéré comme sacré car véritable lieu de naissance, jamais il n’aurait été repris par les chrétiens pour y bâtir une basilique car largement profané).  Justin le philosophe considère le lieu comme «le logis» natal du Christ.  Saint Jérôme dit justement de ce lieu : «ce n’est pas dans l’or et l’argent que vit au monde le Seigneur mais dans la boue». Même si actuellement le marbre, l’encens et les ostensoirs s’y accumulent. Difficile d’y laisser la boue tout de même pour faire authentique !
Distance ?
De Nazareth  à Bethléem, il s’agissait pour le saint couple de parcourir 150 kilomètres à dos d’âne (sans doute) dans une caravane ou isolément, on ne le sait, sur des routes médiocres. Au pas de l’âne, Daniel-Rops (déja cité) avait calculé qu’il fallait 4 jours pleins. Rome n’avait pas encore refait les routes sur ce trajet. Dur trajet sur une route cahotique pour une femme enceinte juchée sur une piètre monture un âne local. (voir le thème de l’âne dans un de numéros de noël)
Puis l’arrivée dans cette ville culminant à 800 mètres d’altitude sur les flancs de deux collines jumelles, petite ville blanche.  Elle compte aujourd’hui 50 000 habitants, dont 40 % de chrétiens. (selon le site israéliens des affaires étrangères).
L'archéologue Aviram Oshri a cru faire une découverte d’un village homonyme en Galilée à 6 kilomètres de Nazareth, mais ce lieu était connu, il lui suffisait d’étudier les dictionnaires bibliques qui parlent de deux Bethléem (p161 dictionnaire de la Bible). Des traces archéologiques y ont été découvertes ainsi que celles d’habitations d’une population chrétienne.

Cette découverte confirmerait l'existence d'une Bethléhem dans le territoire de Zeboulôn (voir Josué 19:10,15) où est mort le juge Ibtsân (voir Juges 12:10) ; mais Jésus est né à Bethléhem Ephratha en Juda (voir la prophétie de  Michée 5:2 citée plus haut).

 

 

2010-1541.JPG (crèche bavaroise en bois, une étable montagnarde, les santons sont en bois d'érable ou de hêtre)

 

Une grotte ou une maison ? Les deux, à coup sûr. Il s’agit en fait des excavations, des sortes de maisons semi-troglodytes. Telles celles alsaciennes plus élaborées et plus tardives de Graufhtal Kronthal.  Des refuges similaires sont toujours visibles, plus à l’Orient , en Turquie (Cappadoce), celles iraniennes (Nord-Ouest de Kandovan), on en connaît aussi en Egypte (près de la mer rouge). Il est étonnant que l’on oublie dans notre époque moderne que ces types de refuges aient pu être utilisées par des bergers veillant sur leur troupeau la nuit, contre les bêtes sauvages, protégés des intempéries dans ces grottes au fond des roches.
D’ailleurs Origène, au IIIème siècle, séjourne en Palestine, et confirme cette tradition sur la grotte de la Nativité.
Pour sacraliser le lieu et éviter une nouvelle dégradation, Sainte-Hélène, mère de l’empereur Constantin,  qui recherche des traces de la vie de Jésus, (découvre la Croix, ce que l’on nomme «l’invention de la vraie Croix» (invention au sens de découverte d’un chercheur de trésor) fait surmonter le lieu d’une grande basilique (325-326), modifiée ensuite par Justinien (empereur byzantin 527-565)  en 531.
La chapelle où Jésus est né ne montre plus le roc que l’on découvre dans l’oratoire proche, dit de la «Crèche» qui abrite ce que l’on nomme «l’autel des Mages». C’est dans une de ces grottes qu’aurait vécu saint Jérôme sur la traduction latin de la Bible, il y serait mort en 419-420. (dictionnaire de la Bible, André-Marie Gérard, collection Bouquins, Robert Laffont  donne ces quelques précisions) Le lieu de cette plus ancienne basilique du monde fut menacé à plusieurs reprises de la destruction, notamment en 614 les Perses épargnèrent la basilique car ils furent impressionnés par la représentation en mosaïque des rois mages qu’ils interprétaient comme les prêtres zoroastriens. (ce qu’ils pouvaient en effet être). Le calife fâtimide Hakim voulut lui aussi la détruire.
Crèche de Noël en Alsace des représentations tardives :
Il n’est pas question ici de retracer l’histoire de la crèche qui occuperait une dizaine de pages, la crèche fut d’abord un objet d’églises, puis de parvis d’églises, peu répandue en Alsace. Même si on trouve des carreaux de  poële en faïence, des plaques de fonte de Zinswiller, des moules à gâteaux rhénans avec la représentation de la Nativité. La plus ancienne sculpture la nativité alsacienne qui nous soit parvenue se trouve à l’église de Baltzenheim et date du XIème siècle. Le plus ancien dessin est extrait de l’Hortus deliciarum (dans l’encyclopédie de l’abbesse du Mont-Ste-Odile). Parmi les plus anciens documents le retable  des dominicains de Martin Schongauer et le retable d’Issenheim de Matthias dit Grünewald. Le Noël alsacien est occupé par l’arbre de noël (Christboim) il laissa tardivement un peu de place au pied de la crèche dans les maisons individuelles. Et connut quelques réticences du coté du protestantisme alsacien. les anciennes gravures en sont témoins qui montrent les noëls domestiques, si sapin et branches il y a, peu de crèche et encore moins de santons...  Geiler de Kaysersberg, prédicateur de la cathédrale, qui ne pardonnait aucun papisme, affirme posséder une crèche dès le 18ème siècle. Il semble selon Van Gennep, le folkloriste, que les crèches du Moyen-âge se trouvaient dans les couvents et monastères féminins, d’où les «petits Jésus» de cire que dénoncèrent les prédicateurs.

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(crèche taille réelle, personnages en bois polychrome, ville de Stuttgart, marché de noël)

 

 

Quelques dates :
1207 Innocent III interdit toute représentation des crèches dans les églises
1223 François d’Assise crée la première crèche vivante à Greccio sur autorisation du Pape Honorius III
1252 arrivée des crèche de l’autre côté des Alpes
1545-1563 le concile de Trente autorise l’adjonction d’autres personnages que ceux de la Bible.
1571  mentions des crèches dans les cours de Bavière, Westphalie, Rhénanie, Palatinat, Hesse, Silésie, Saxe, Poméranie.
La plus ancienne crèche française est conservée à Chaource (Aube, église-Saint-Jean-Baptiste de Chaource)  avec des pièces mobiles datant du XVIème siècle. Dans les églises françaises,  on utilisa des crèche avec des mannequins de bois avec mains et tête de cire ou personnages et animaux en verre filé de Venise
XVIIème siècle : Les premières crèches aux personnages habillés venant d’Espagne, apportées en Italie par les Jésuites.
1601 Altötting,
1607 Munich, 1608 Innsbruck, Hall.
1700 Arrivée de la crèche dans les familles Autrichiennes, dans le grand public.  Ainsi le Dr Haider, écrivit en 1890 que le premier arbre de noël ne fut planté à Ischgl qu’en 1890, on y trouvait déjà bien une crèche.
1775 : naissance du premier santoum (petit saint)  qui ne percèrent jamais dans les régions bavaroises ou tyroliennes où la profusion et la  maitrise du bois permirent de sculpter étables et personnages de crèche.
1802 interdiction de la crèche dans les églises. 1825-1848 Ludwig 1er elles sont de retour dans les églises bavaroises.
XIXème siècle : grand succès des crèches de papier et de cartons en Alsace et en Allemagne.
1870 : première crèche en Scandinavie. 


2010-1512.JPG(springerlé, moule à gâteau d'anis avec motif crèche dans lequel a été formé ce "springerlé" ce gâteau)

 

2010-1566.JPG (crèche de papier)

 

 

A quoi sert la crèche ?
Idolâtrie, conspuée un temps par les protestants, interdites par les témoins de Jéhovah, qui ne célèbrent pas les anniversaires, ni la fête de noël placée à une date païenne, et dont le Christ ne demande pas la célébration. C’est pourtant un élément important pour transmettre la foi. C’est même une «branche reconstructrice de l’art sacré,
elle doit aider l’ «homme pieux à avoir le sentiment qu’il pénètre sur la scène de l’histoire sainte et l’encourager à méditer le plus profondément possible sur la voie qui le mène au salut». Rudolf Berliner (1955)

 

2010-1646.JPG (crèche d'église, Saint Sulpicienne, avec personnages de plâtre)


 

«Et toi, Bethléem, la fertile, petite parmi les milliers de Juda, tu n’es pas la moindre, car c’est de toi que sortira le chef qui conduira mon peuple d’Israël, celui dont l’origine remonte aux temps anciens, aux jours d’éternité !»

                (Michée, V,1)

 


Rédigé par Rédacteur petite lanterne

Publié dans #traditions de noël

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