Chandeleur : fête de la présentation de Jésus et relevailles de Marie

Publié le 2 Février 2013

Liechtmâss hell un klor Gitt Egüets Roggejohr“
“A la chandeleur claire journée, Pour le seigle une bonne année”.

“Wenn an Lichtmess d’Sunnim pafarrer uf d’r Hüet schient, do geht d’r Fuchs noch sewe Wuche in d’Höle”

“Quand à la Chandeleur, le soleil luit sur le chapeau du curé, le renard retourne 6 semaines au terrier”

Et les proverbes et dictons sont légion pour cette fête, tournant de l’année, et les esprits les plus attentifs noteront qu’ils se contredisent avec plaisir.


Mais ce deux février, Marià Lichtmess, est un tournant dans le calendrier solaire et religieux. C’est l'année liturgique qui débute et les ouvriers agricoles en font autant et le cycle de Noël s’achève précise M.Becker- Huberti dans son ouvrage sur les traditions.  1 40 jour après la naissance de Jésus, la famille de Jésus applique la loi juive demandant de racheter chaque premier-né par une offrande d'un couple de tourterelles au temple. C'est ici que le viellard Syméon et la prophétesse Anne confirme le destin de Jésus et celui de Marie de souffrir en son coeur des douleurs du Messie.




 Le dicton en fait foi “Am Liechtmess s’Pinne vergess, S’radel hinter d’Dier, s’Rebmesser herfür”  le jour de la chandeleur cesse de filer, mets le rouet derrière la porte, sors la serpette”.  On ne peut être plus clair.

Un autre précise qu’à partir de ce jour, on mange le soir à la lumière du jour. Rupture dans le calendrier agraire mais aussi pour les contrats, on paye ses employés qui prennent un jour de congé, fêtent avec leurs proches la pays, jour que l’on nommait dans le sud de l’Allemagne “Schlenkeltage”.

En ce jour on célèbre, le jour où la Sainte Famille se rend, quarante jours après la naissance, au temple pour présenter Marie au rite de purification, imposé à la toute nouvelle  maman juive. Le couple devait présenter pour sa purification deux tourterelles ou deux jeunes colombes (certains disent pigeons2 ). La fête présente deux aspects le premier  célèbre la lumière ascendante conjointe à celle du Christ, le second est plutôt agraire et rural.

La présentation de Jésus annonce sa vie publique et son martyre sur la croix. Elle confirme aussi après la reconnaissance des mages (les autres religions païennes et autres nations) la reconnaissance et l’entrée de Jésus dans le temple, symbole de la religion juive. Jésus est entré dans son temple pour la première fois.

Elle peut porter aussi le nom de “Hypapante” ce qui vient au devant de la gloire. Siméon, le vieillard, “homme juste et pieux” fut le premier à appeler le Christ, “Lumière des nations”3. Voici l’enfant à nouveau montré, comme il le fut  par l’étoile des mages et avant le baptême par Jean dans le Jourdain  où la colombe de l’Esprit Saint est présente en même temps que la voix du Père se fait entendre. Ce texte de Siméon rapporté par Saint Luc a une certaine importance pour l’Eglise qui le prie chaque soir avant le repose de la nuit, “maintenait, ô Maître tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole, car mes yeux ont vu ton Salut, que tu as préparé en faveur de tous le peuples, Lumière pour éclairer les nations,et gloire d’Israël, ton peuple”. (29-32). 

Puis intervient Anne, la prophétesse qui elle aussi reconnait le Messie. (En Saint Luc 2,22-40).
Cette fête fut le Jour des relevailles de la Vierge qui pourtant a conçu sans péché, mais qui même dans les détails a été “la Servante du Seigneur” est  s’est soumise à la loi mosaïque. On peut souligner que depuis Vatican II la messe s’est transformée en Présentation de Jésus au Temple. Mais les rites de Lichtmesse c’est à dire de messe des lumières (Christ, lumière des nations) sont restés. De nombreuse paroisses qui célèbrent une messe ce jour-là  pratiquent cette bénédiction des cierges,

Antoine Kocher rapporte dans ses souvenirs4  de jeunesse “chaque famille apportait à l’église un cierge neuf que le curé bénissait à la fin de la messe : Seigneur bénis ce cierge... comme la lumière éclaire les ténèbres, que ta vérité éclaire nos vies”.



A l’est de l’Europe cela demeure une fête mariale, à l’ouest, au contraire,  une fête de révélation du Seigneur effaçant la cérémonie des relevailles.

Le cierge était gardé pour la parturiente et devait faciliter son travail en couche. 5  Les cierges bénis en quantité servaient aux prières du rosaire de l’année, mais aussi pour ce que l’on nommait en Allemagne les “Schwarze Wetterkerze” ”les jours de temps sombres“ où l’on les allumer pour conjuger, maladie, agonie ou jours particulièrement tempêtueux.

Le folkloriste Van Gennep, souligne, qu’en 1954, ils étaient encore largement utilisés dans les campagnes. Les cierges pouvant  être, dans certaines paroisses allemandes,  rouges à destination des  femmes et blancs pour le sexe opposé.

En Corse, la fête porte le nom éloquent de Candilara, de candela, la chandelle, c’est ce jour-là que les fidèles portent une chandelle allumée pendant l’office. ou encore le mot “Ciriola” de cera, la cire. Mais certains s’amusent à trouver l’origine en des noms de déesses telles que Cérès.6   Dans l’île on cite  un dicton expliquant qu’à Santa Maria Cioriola, s’il pleut ou s’il neige, de l’hiver nous sommes sortis, s’il faut soleil ou beau jour, encore trente jours dedans”. Cette même idée se retrouve dans d’autres régions. 7

Une origine souvent citée à cette tradition serait la fête celtique d’Imbolc. En ce deux février, précise Adolphe Landspurg,  l’observateur placé au Bollenberg voyait le soleil se lever entre le Belchen et le Blauen. Il savait alors que l’hiver était terminé. Dans la région du Belchenland, les prêtres continuent de bénir les cierges allumés, avec dans certaines églises notamment la basilique de Thierenbach une procession avec cierges à la main. Procession que l’on aurait hérité d’un rite païen du V ème siècle, si l’on suit ce même auteur. (Traditions solaires dau pays des Ballons et Belchen , éditions du rhin, Strasbourg 1999)

 


CRÊPES Le 2 février, l’on fait aussi sauter les crêpes, ce n’est pas une simple coïncidence, mais plutôt une représentation du soleil, que l’on s’approprie en le mangeant, “la consommation des crêpes, l’homme avale la lune (pour cet auteur  contribuerait symboliquement à faire disparaître la pleine lune et sa lumière néfaste”. Mais n’oublions pas que chez les anciens ont fait sauter les crêpes dans une poêle ronde avec une pièce d’or dans la main pour attirer la richesse dit-on ou plutôt pour évoquer la brillance du soleil ?
Cette tradition si elle n’est pas seulement païenne a aussi un bel exemple historique peu connu, au Vème siècle, des pèlerins venus affamés à Rome furent nourrit par le Pape Gélase premier un deux février, qui fit cuire pour l’occasion d’immenses galettes faites de farine et d’oeufs. 8 Objet de superstition sans doute, car en Vendée ou en Île-de-France, jadis, on plaçait au-dessus de l’amoire lingère une crêpe symbole de prospérité. (Soleil)

Le 2 février, l’ours sort de sa tanière et regarde s’il fait beau, dans ce cas il se recouche pour quelques jours dit un dicton. Il n’est pas innocent de voir représenté sous forme de scènettes avec costume cet ours à ce moment de l’année dans certaines régions. (Pyrénées espagnoles et françaises). L’ours, que joue un acteur dans ces représentations, finit tragiquement symbolisant la rigueur de l’hiver.  Sa mort est une métaphore de la renaissance du printemps. Mais qu’en est-il du dieu solaire Belenus ?

Selon Jacques de Vorangine, le culte fut instauré pour détruire d’anciennes traditions païennes et pour glorifier la pureté de la Vierge”.

“Autrefois, aux calendes de février, conte-t-il, en l’honneur de Februa, mère de Mars, dieu de la guerre, les romains illuminaient la ville de cinq en cinq ans avec des cierges et des flambeaux pendant toute la nuit, afin que mars leur accordât la victoire sur leurs ennemis en raison des honneurs qu’ils rendaient à sa mère, et cet espace de temps était un lustre.




Au mois de février encore, les Romains offraient des sacrifices à Febvrus, c’est-à-dire à Pluton et aux dieux infernaux, pour les âmes de leurs ancêtres : afin donc qu’ils eussent pitié d’eux ils leur offraient les victimes solennelles et toute la nuit ils veillaient en chantant leurs louanges et tenaient des cierges et des torches allumés. Le pape Innocent dit encore que les femmes romaines célébraient en ce jour la fête des lumières dont l’origine est tirée des fables des poètes. 9 (...) Or il semble que selon cet auteur cette tradition ne fut pas simple à abandonner, “alors le pape Sergins (Sergius ?) lui donna un but meilleur, en ordonnant aux chrétiens de célébrer, chaque année à pareil jour, par tout l’univers une fête en l’honneur de la sainte Mère u Seigneur, avec cierges allumés et chandelles bénites.“

Mais après consultation de  la chronologie des papes ce serait le pape Gélase en 496 ou encore en 492 qui l’aurait instauré. (Gélase 1er 492-496)  on célèbre  cette fête  au minimum depuis  la fin du IV ème siècle à Jérusalem.  h F.S.



1. Manfred Becker-Huberti, in feiern feste jahrez-Zeiten,  Herder
2.   les textes qui donnent le précepte, sont Exode 13,11-16, Lévitique 12,1-8, Josué 8 14f, 42-6
3.  le texte précise bien, Lumière avec une majuscule c’est bien de Jésus en tant que Lumière dont il s’agit, les nations en minuscule.
4. éditions du Bastberg, une enfance en Alsace
5. Arnold Van Gennep, in le folklore français,  collection Bouquins, page 119,  souligne, “ il constitue un rite calendaire”.
6. Alain de Benoist, GT 14 page 22, Traditions d’Europe, éditions le labyrinthe.
7. Almanach de la mémoire et des coutumes, Corse, Claire Tiévant +  Lucie Desideri,  Albin Michel éd. 1986
8. Fêtes et traditions de France ,Alain-François Lesacher, éditions Ouest-France, collection Mémoires, p 18
9. Les rythmes, les fêtes calendaires, in l’Europe, mythes et traditions, Brepols, page 345

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Rédigé par Rédacteur petite lanterne

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