Ste Catherine et les Catherinettes

Publié le 13 Novembre 2008

On connait sa fête, la souffrance jadis de devenir pour une jeune fille "catherinette".
Celle  qui n'avait pas "trouvé couvercle pour son pot" ou chaussure à son pied (ce qui est un peu plus élégant) était ainsi mise au ban de la société de manière symbolique ou forcée d'avoir moins d'exigences.

On y retrouve de nombreux rites destinés à mettre en exergue ceux qui sortent des repères "normaux" ou "classiques" de la société.
Comme il était interdit de prendre une fille d'un village voisin (charivaris en perspective),
 d'épouser une fille d'une autre confession (par-là j'entends les mariages mixtes catholiques/protestants, qui mettaient en effervescence toute la communauté, pasteur et prêtre en tête), sous peine de manifestations hostiles, de guerres villageoises ou de guerres de religion... Selon les cas. Cela n'a cessé qu'assez récemment dans le siècle dernier.  Une famille sans enfant avait droit aussi à un arbre desséché planté devant la maison, ce qui devait toujours faire plaisir et ne pas régler les problèmes de fécondité, mais expliquait la nécessité pour le groupe social d'assurer sa survie, son renouvellement ainsi que les vieux jours des plus anciens (ils ne manifestaient donc pas trop d'hostilité aux rites des plus jeunes de la commaunauté).

Catherine, elle signale la fin d'une époque, celle de l'âge adulte, déjà bien avancé, de l'horloge biologique qui sonne !! (On entend cette banalité actuellement, tout en voyant des seniors demander ce que la nature leur a retiré). Mais dans notre époque révolue,  elle sonnait bruyement pour tout le village.  Au risque de forcer des unions qui n'étaient pas forcément heureuses (au fait, était-ce le but ? Sans doute pas, le renouvellement des générations était plus important).

Quelques repères sur cette bonne sainte, la fête est aujourd'hui anachronique à l'époque de la généralisation des naissances hors-mariage et de la régularisation post-mariage. De plus l'âge moyen du mariage (du moins le premier, dis-je ironiquement)  est bien plus avancé mais  l'espérance de vie a également été augmentée.
Tout est donc relatif à l'époque.

Catherine : (fête de la sainte), célébrée le 25 novembre, elle donne lieu à la célébration des catherinettes, c’est-à-dire des filles restées célibataires à 25 ans.  Elle semble avoir été lancée par la confection et les couturières et reste en vigueur dans certaines grandes entreprises (le printemps notamment) où les jeunes catherinettes sont coiffées d’un chapeau improbable (souvent vert couleur de l’espérance et jaune symbole de la famille ) et défilent dans l’entreprise.

Une petite fête est organisée à cette occasion. Le pendant masculin a existé, mais semble tombé en totale désuétude pour le jour de la fête de Nicolas. L’âge du mariage reculant, les femmes poursuivant leurs études plus longtemps que jadis, la naissance du premier enfant fait de même.  Le milieu des petites mains, de la confection et autres modistes s'est exporté en Chine tous ces facteurs ne contribuent pas à la pérennisation de cette tradition. Très liée aux 25 ans (et à la date 25/11) semble s’éteindre à moins de se déplacer à un autre âge, ce qui semble improbable. 

En Alsace, elle fait partie des 14 saints auxiliaires, son prénom est très fréquent en Alsace avant 1945. « wie Kättel im Herbst » dit un proverbe, être assez mal vêtue, « comme Catherine en vendanges » ; ou elle qualifie même la diarrhée, « schnelle Cathrin » ou la fille négligée « Dreckkattel ».   C'est sans doute que Catherine était un prénom très répandu, un peu moins que Marie ! (voir notre article sur les prénoms alsaciens). choisir un prénom en Alsace...  ou notre article sur les surnoms des villages Sobriquets des villages alsaciens ....

On organisait jadis la foire aux bestiaux dans le Sundgau, dans la semaine de la sainte Catherine, aujourd’hui c’est la foire aux engins agricoles. On embauchait aussi les servantes ce jour-là qui étaient souvent surnommées par commodité « Kattel ».  

L’origine de sa fête repose sur une sainte, la très belle Sainte Catherine d’Alexandrie, 18 ans, fille instruite dont « la beauté de Catherine remplissait d’admiration tous les assistants ; par la grâce de Dieu, son visage resplendissait ». Le plus ancien document qui l’évoque est la « Passion » qui lui est consacrée. Ce texte fut recopié, popularisé et traduit en vers et en prose, certains l’ont enjolivé et adapté. L’empereur Maxence qui ordonne de sacrifier aux idoles sous peine de mort. Elle est convoquée devant le roi. Mais unie mystiquement au Christ, elle refuse de sacrifier aux idoles ainsi que les propositions de mariage de l’empereur Maxence (–pour l’histoire des saints et de la chrétienté -Maximin –selon la légende dorée)  et sera martyrisée par une grande machine composée de quatre roues garnies de pointes qui se brisa, puis l’empereur lui fit arracher les seins et elle fut décapitée par les païens,  pour ce célibat mystique. (Le refus du mariage est également la cause du martyr de Sainte Lucie, voir ce mot). Du lait a coulé, selon la légende, de ses blessures, elle meurt selon la légende dorée le 25 novembre  305. (307 selon B.Vogler dans son Almanach).
La présence de cette roue (symbole païen du renouvellement des saisons, utilisée également pour la couronne de l’avent) et le fait qu’elle se brise, pourrait signifier une rupture avec d’anciennes croyances païennes. 
Catherine d’Alexandrie ne deviendra la patronne et protectrice des jeunes filles vierges qu’au XIIème siècle, patronne des philosophes qu’elle tenta de protéger de l’empereur, des théologiens. Mais aussi des écoles de filles et des élèves de philosophie. D’autres citent aussi les charrons, les imprimeurs et les meuniers.  Elle fut invoquée au cours des siècles contre la mort subite. 

En ce qui concerne son chapeau, il existe aussi pour la version masculine à l'occasion de St Nicolas, la parité en cette matière était donc jadis respectée, bien avant le texte législatif !

Rédigé par Rédacteur petite lanterne

Publié dans #traditions de noël

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