La communion sur les lèvres ou dans la main...

Publié le 24 Octobre 2008

DANS NOS MAINS ....
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“S’agenouiller devant l’Eucharistie c’est professer sa liberté » déclare sur le parvis de la basilique Saint-Jean-de-Latran, le jeudi 22 mai. “Celui qui s’agenouille devant Jésus ne peut et ne doit pas se prosterner devant n’importe quel pouvoir terrestre, aussi fort soit-il”. “Nous Chrétiens, nous nous agenouillons seulement devant le Saint-Sacrement parce qu’en lui nous savons et croyons être en présence de l’unique et vrai Dieu, qui a crée le monde et l’a tant aimé au point de lui donner son Fils unique”. (Apic)




C’est un débat qui semblait tranché en France, on communie debout et dans la main. Sujet vieillot qui ne semble même plus faire l’objet de débat en France. Mais au fait ce comportement est il unique en Europe, dans le Monde de la Chrétienté. On sera surpris des résultats de notre recherche.  Car depuis ce jeudi 22 mai, où Benoît XVI a rendu honneur à la pratique de “S’agenouiller devant le Saint-Sacrement” qui semble de plus en plus disparaître. Le point de vue papal n’est pas isolé car à plusieurs reprises, le secrétaire de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, “la messe n’est pas un spectacle” et la pratique dans la main “devrait être une pratique revue”.  (Apic) N’est-ce qu’un sujet digne des pharisiens, des ritualistes dépassés par événements contemporains ou dans cet élément réside-t-il toute l’importance du sacrifice eucharistique et du respect lié à Jésus présent dans l’Eucharistie ? Le Sacrement des sacrements. (§1169)


Aucun évêque n’est autorisé à interdire la façon traditionnelle de recevoir la communion : sur la bouche.

D’un point de vue liturgique, dans certains pays donc, dont la France, les deux moyens sont donc légaux.

Dans tous les cas, on recommande aux fidèles de “recevoir la communion de façon révérencieuse”.


Rappelons que selon la catéchisme

 (CEC 790) par l’Eucharistie le fidèle “participe réellement au Corps du Christ” “nous sommes élevés à la communion avec Lui et entre nous”. Pleine communion avec nos frères orthodoxes qu’il manque “bien peu pour qu’elle atteigne la plénitude autorisant une célébration commune de l’Eucharistie du Seigneur” dit ce même document (§838).


Selon l’opinion générale catholique c’est depuis 1969 que l’on communion dans la main, c’est une prescription. Et si l’on cherche dans les textes l’on est surpris de découvrir qu’elle n’a pas été imposée, ni même prescrite, mais c’est une
“CONCESSION” (un indult) pour une infirme portion du peuple de Dieu.

Le texte du 29 mai 1969 instruction Memoriale Domini” signale que “compte-tenu de la situation actuelle de l’Eglise dans le monde entier, cette façon de distribuer la sainte communion (sur la bouche) doit être conservée.”

Le texte précise également “Le souverain Pontife n’a pas pensé devoir changer la façon traditionnelle de distribuer la sainte communion des fidèles”.

Ce principe est “toujours en vigueur et qui se trouve confirmée de nouveau”. “jugement émis par la majorité de l’épiscopat catholique (...) le bien commun de l’église”.  Ce texte Memoriale Domini est clair et précis.

Ainsi c’est en obtenant une  sorte de dérogation, “une autorisation” demandée à laquelle les fidèles doivent être “préparés convenablement”.

Arguments pour la communion dans la main
L’argument le plus souvent entendu est le retour aux pratiques anciennes des origines de l’Eglise, la simplicité et la pauvreté des premiers chrétiens.
On évoque le Jeudi Saint, la Dernière Cène, où les apôtres ont sans doute communié. De leurs propres mains.
 Des catacombes aux martyrs durant l’âge d’or des Pères de la liturgie, après la paix de Constantin. La pratique perdura jusqu’au dixième siècle, fut la norme durant la moitié au moins de la vie de l’Eglise. Une preuve est serait le texte de  saint Cyrille de Jérusalem (313-386) dans lequel il préconise la formation d’un trône de leurs mains pour y recueillir le Roi dans la Sainte Communion.
Henri Leclerq explique : “Saint Cyrille de Jérusalem recommandait aux fidèles qu’en se présentant pour recevoir la communion, ils devraient avoir la main droite tendue, les doigts joints, soutenus par la main gauche, la paume légèrement concave ; et au moment où le Corps du Christ serait déposé dans sa main, le communiant dirait : “Amen” .

Mais déjà on souligne l’importance des poussières qui pourraient être dans la main ou tomber au sol, les comparant à la poussière d’or.
Durant les persécutions, on sait que les fidèles se donnaient eux-mêmes la communion (de leurs propres mains), les moines ermites au désert privés de prêtres en faisaient autant. Selon Leclerq à l’article “communion” dans le dictionnaire d’archéologie chrétienne, c’est la fin de persécution, la paix de Constantin, qui mettait un terme, à la pratique de la communion dans la main.
Ce serait le moyen âge et une volonté de renforcer le rôle du prêtre qui serait à l’origine de la communion dans la bouche.
On voit son grand retour au moment de la Réforme, ce qui ne manque d’entraîner des suspicions de la part de ses adversaires, en effet elle est souvent liée au seizième siècle à une négation de la présence réelle du Christ et du sacrifice eucharistique.  


“Et toi, fils d’homme,
(à Ezéchiel), écoute ce que je vais te dire, ne sois pas rebelle comme cette engeance de rebelles. Ouvre la bouche et mange ce que je vais te donner”. “Une main était tendue vers moi, tenant un volume roulé. (...) “J’ouvris la bouche et il me fit manger le volume, et il me dit “Fils d’homme, nourris-toi et rassasie-toi de ce volume que je te donne”. Je le mangeai et il fut dans ma bouche doux comme du miel. (Ez2.1,8,9; 3.1-3)


Arguments opposés :
A la première Cène, les apôtres ont sans doute communié, de leurs propres mains peut-être, on ne le sait, ils étaient prêtres et évêques, choisis par Jésus, mais aussi il était de coutume en Orient de placer dans la bouche de ses invités une première bouchée. L’évangéliste nous le signale “Notre Seigneur trempa un morceau de pain dans le vin et le donna à Judas”.  L’a t-t-il fait dans la main ? Dans la bouche ?

Les arguments cités plus hauts semblent convaincants si un texte du Concile de Trente ne signalait pas que
Le saint pape Léon le Grand ‘440+461) témoigne déjà de la communion dans la bouche. “on reçoit dans la bouche ce que l’on croit par la foi”.
 L’argument est à double tranchant tantôt on parle de nécessité d’évoluer, de ne pas se reposer sur la tradition, tantôt on invoque le retour aux sources.
Le pape Grégoire le Grand (590-04) en est un autre témoin, le pape saint Agapet serait l’artisan d’un miracle lorsqu’il place le Corps du Christ dans la bouche d’une personne. Jean le Diacre évoque la manière dont le pape distribuait la communion alors que l’on signale que la pratique de remise de l’hostie dans la main serait la norme jusqu’au Xème siècle.
Au contraire, Il semble que la communion dans la main est été un moyen de ne pas se priver du pain des anges dans les situations de persécutions, d’ermitage.
Le Concile de Rouen de 650 déclare : “Ne mettez pas l’Eucharistie dans les mains d’un laïc ou d’une laïque, mais seulement dans leur bouche” Le Concile de Constantinople, (in Trullo) interdit aux fidèles de se donner à eux-même la communion. Il signalait même la sanction d’excommunication d’une semaine pour ceux qui le ferait en présence d’un évêque, d’un prêtre ou d’un diacre.
Pour une journaliste de La croix (la communion dans la main) “s’est perdu au cours de siècles pour des raisons pratiques, mais aussi par suite d’un “affaiblissement de la foi”. (P.Antoine Wenger). (??)
 
De ce fait porter la communion aux malades a été longtemps l’apanage des consacrés, diacres, prêtres, évêques... serait-ce du cléricalisme ?
Aucun prêtre n’était autorisé à se communier lui-même, sauf par nécessité. En dehors du célébrant lui-même. Ainsi si un prêtre assistait à la Messe (sans la célébrer) et désirait communier, un autre prêtre lui donnait sur la langue. Cette situation vaut pour un évêque ou pour le pape lui-même qui était “communié” par un prêtre sur son lit de mort. (Pie X en août 1914 par exemple). L’hostie n’était pas touchée hors nécessité.

Memoriale Domini signale son rôle pour la défense contre la Mal “avant tout pour s’en servir comme viatique dans le cas où ils auraient à affronter la mort pour confesser leur foi”.

On peut aussi signaler les miracles eucharistiques nombreux au cours des siècles qui ne se limitent pas qu’à la période moyenâgeuses comme le disent les adversaires. D’un autre point de vue, on ne peut oublier de citer les mystiques telle Marthe Robin (XXème siècle) ne se nourrissait que de l’Eucharistie, sans qu’aucune supercherie ne puisse être démontrée, pour la plus récente des mystiques, on peut aussi signaler que les jeunes enfants voyants de Fatima recevront d’un ange (depuis un calice) sur la bouche la Sainte Communion.   On peut aussi citer Mère Teresa de Calcutta, qui après de nombreuses heures de présence devant le Saint-Sacrement a cité parmi ses préoccupations pour le monde actuel : “La communion dans la main”. Pour l’anecdote, lors du premier voyage du Pape Jean-Paul II à Paris le Souverain pontife a refusé la communion dans la main, y compris à l’épouse du chef de l’Etat (Il s’agit de Giscard d’Estaing et de son épouse). Il a ensuite cédé à cette demande en certaines occasions.


Les textes actuels
Outre le texte Memoriale Domini que nous avons déjà cité, l’église universelle proclame qu’il est nécessaire d’obtenir une dérogation, la demande est formulée par la conférence des évêques, l’autorisation est donnée sous la “condition d’écarter tout risque de manque de respect ou d’opinions fausses qui pourraient s’insinuer dans les esprits au sujet de la très Sainte Eucharistie”.
La France a bien évidemment effectué par sa conférence épiscopale cette démarche, la Note au conseil permanent de l’Episcopat français le précise “que les fidèles qui sont désireux de conserver le mode traditionnel ne seront pas contraints à l’abandonner”.


“Il est tout entier dans chacune des portions, il n’est pas diminué pour être distribué au grand nombre, mais se donne lui-même tout entier à chacun (....) le Corps de Notre Seigneur est contenu tout entier sous la plus petite particule de pain”. (Saint Augustin).

“Le Christ tout entier est contenu
non seulement sous les deux espèces,
mais également dans chacune des particules de chaque espèce. ”
CEC n°1377



Les craintes des uns et des autres :
Si la communion dans la main espère renouer avec les pratiques des premiers chrétiens, pour ne pas dire la tradition des premiers chrétiens invoqués, elle désire nous appeler à plus de simplicité. A nous rapprocher du mode de communion des protestants qui le jeudi saint “prennent” une hostie. (”prenez” dit le texte évangélique)
La pratique de la communion sur la langue et l’Eglise nous invite à respecter la transsubstantiation, en clair la présence réelle du Christ dans l’eucharistie.
On songe au mot de saint Augustin “Que personne ne mange cette chair s’il ne l’a d’abord adorée”. Sa formule nous signale la nécessité de respecter la nature divine de l’eucharistie.  Le respect dut aux choses sacrées  : “le pain des enfants ne soit pas donné aux chiens, ni les perles aux pourceaux”.  D’autres plus théologiques, estiment que le fait de se communier fait de chacun son propre ministre.
(le corporal et le calice sont consacrés et réservés aux mains du prêtre dit encore Saint Thomas d’Aquin, somme théologique IIIa Pars)

Des arguments de respect sont aussi évoqués, la nourriture prise avec les mains, longtemps réservée en Occident, aux produits basiques, semble être une régression. (les enfants adorent les fast-foods  car justement ils ont le droit de se nourrir avec les mains, sans couverts et avec le droit de se salir).

(Sources : Luc J.Lefevre “la communion dans la main, salve-regina.com, Patrick Kervinec, La Nef n°107, CEC Catéchisme de l’église)



Le pain de vie est annoncé par la manne au désert ( ce pain tombé du ciel offert par Yahvé à son peuple), par la naissance de Jésus à Béthléem (la maison du pain), par la multiplication miraculeuse du pain (à plusieurs reprises), par les noces de Cana (la multiplication du vin)


rajout du 3 novembre :

Quelques ajouts au débat :


L'abbé Lorber réagit au dossier publié dans notre version papier et complète le débat en apportant d'autres arguments au sujet :
(quelques éléments)

1. l'argument des défenseurs de la communion ne repose pas que sur la citation d'un passage des Catéchèses mystagogiques de saint Cyrille de Jérusalem, mais aussi sur des citations de Théodore de Mopsueste (IIème Homélie sur la Messe 27-28) et saint Jean Chrystostome (Homélies 47, PG 63). La communion dans la main était donc largement pratiquée à cette époque ( IV-Vème siècles. Si elle est devenue plus rare au Moyen Âge, c'est parce que les fidèles avaient perdu l'habitude de communier ! En Orient, depuis le IXème siècle, la communion n'a plus été reçue dans la main : le Corps et le Sang du Christ sont données par le prêtre avec une cuiller. En Occident la communion dans la main a disparu à la même époque.

2. Si le texte de Saint Cyrille de Jérusalem est repris le plus souvent par les tenants de la communion dans la main, c'est en raison de sa teneur mystagogique. Les professeurs de liturgie qui connaissant bien les textes, savent que la communion dans la main est la plus ancienne et qu'elle a été la seule façon de faire durant les neuf premiers siècles de l 'Eglise. Ils savent aussi pour quelles raisons la communion dans la bouche s'est imposée à partir des X-XI ème siècles essentiellement  pour des riasons d'hygiène et de respect. (Les mains n'étaient pas toujours très propres !).

3. Il est juste de dire que l'usage de communer dans la main n'était pas général en Occident. En fait, il s'est surtout imposé dans les pays les plus sensibles au Mouvement liturgique. C'est ce qui explique qu'il a trouvé un bon accueil en France.

4. Le Concile Vatian II a demandé à chaque conférence éposicopale de se prononcer sur ce point. En France, les évêques ont permis le double usage : communion dans la main, communion dans la bouche, laissant le choix à chaque fidèle. Mais le premier usage a pris très vite une dimension universelle. La Présentaton générale du Missel Romain (PGMR - 3ème édition typique), dont la traduction en langue française vient d'être publiée après avoir été approuvée, rappelle que chaque communiant peut choisir entre la ocmmunion dans la bouche ou dans la main (n°161). (...)source que l'article de la petite lanterne n'a pas cité).
La PGMR montre toujours beaucoup de respect pour les rites et les coutumes en usage dans les églises locales. C'est essentiellement pour cette raison -liée au sens de la catholicité de l'Eglise- que l'usage de communier la main ouverte s'est ainsi étendu.

5. Le souci pastoral à propos des dispositions spirituelles qui amènent les fidèles à recevoir la sainte Communion doit à mon sens moins porter sur la façon de communier que sur la pratique de la communion fréquente (et digne) et la pratique de la communion sous les deux espèces, toutes deux recommandées par la PGMR. (...)


Précisons enfin que l'auteur de ces remarques estime qu'il faut aborder ce sujet de manière non ritualiste, et qu'il est "fort possible de ne pas trancher entre les deux, selon les circonstances pastorales".




Rédigé par Rédacteur petite lanterne

Publié dans #religion

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