Sacré Coeur : un coeur à prendre...

Publié le 1 Avril 2008

"Du fond du CoeuR"
“Je souhaite vivement que l'on continue
à diffuser avec
persévérance le véritable culte du Cœur du Christ “

Jean -Paul II



A coeur perdu...
La fête liturgique du Sacré-Coeur, vendredi 30 mai 2008, (le vendredi qui suit le deuxième dimanche après la Pentecôte) tombe de plus en plus dans l’oubli et dans notre société déchristianisée quasi-inaperçue. Il n’en fut pas ainsi les derniers siècles ou les cinquante dernières années. Cette année elle coïncidait à la journée mondiale pour la sanctification des prêtres instituée par Jean-Paul II, une occasion de souligner la double importance de cette fête et la nécessaire sanctification au coeur du Christ de la mission délicate des prêtres.
Juste retour des choses que la petite lanterne traite du Sacré-Coeur, alors que la “lanterne journal républicain et anticlérical lança une pétition demandant la démolition du Sacré-Coeur, et qu’il montrait dans une affiche de Ch. Verneau Montmartre “voici l’ennemi”. (Théo page 471).

Elle est riche de symbole pourtant, même si pour le grand public elle reste reliée à des images vieillottes que nos grands-parents avaient suspendues dans un très beau cadre en dans leur salle à manger ou dans la Stubbe.  Au lieu de médire cette dévotion complexe et pleine d’humanité puisons y cet humanisme, cette croyance en l’Amour qui manque tant actuellement dans le monde. Les plus érudits la relie encore à Paray-le-Monial et la bienheureuse Sœur Marguerite Marie Alacoque (1647-1690, vierge)1 2 , religieuse de la visitation. Ils auront raison, mais le culte du Sacré-Coeur est bien plus ancien encore.
Cette religieuse de la visitation entendit en 1675, Jésus lui dire “Voici le Cœur qui a tant aimé les hommes” et lui demandait, comme une mission impossible à cette sœur de développer dans le monde la dévotion3  à son Cœur.  Le Psaume 38, 2 disait déjà : “Tes flèches ont pénétré en moi, et ta main est descendue sur moi”. Affectif et lyrique, la bienheureuse en dira que le coeur de Jésus” est plus brillant qu’un soleil, il était au milieu des flammes de son pur amour”.. Les mystiques interprètent dans leurs mots une image, une parabole. L’amour se consomme en sacrifice. (comme Saint Jean Eudes, voir plus loin). Elle inclue cette notion nouvelle de sacrifice, de réparation, d’expiation d’une offense, celle du manque d’amour des pêcheurs.

Au siège du coeur.
Le coeur est le lieu  13 x  fois cité dans l’Ancien Testament, dix huit fois dans le nouveau testament avec des renvois vers l’ancien- testament,  tout comme ses équivalents en hébreu (leb, lebab, beten, mej'im, kereb)
, en grec (K a r d i a : Kardia, K o i l i a : Koilia, s p l a n g C n a : Splangchna) et en latin (cor, venter, viscera), dans les différents sens qui lui sont communément attribués,4   il symbolise toute la personne humaine, il évoque l’intelligence, la mémoire, la volonté, le siège des croyances, de la prière, de notre sincérité. Figure de l’amour, de l’intelligence, de l’intuition, du courage, de l’amitié, de l’endurance, du souffle, de la Chine à Sumer, de l’Inde à l’Egypte, de la Bible au Coran, des Gréco-romains aux Celtes,5  centre de la vie, il est rattaché à l’existence.  Dans le Nouveau Testament, le mot "cœur" est employé pour désigner l'intérieur de l'homme, souvent en ce qu'il a de plus secret. C'est le lieu de rencontre de la Foi et de la Parole divine. G. Kittel en conclue logiquement qu'ici "c'est à lui que Dieu s'adresse, c'est en lui que s'enracine la vie religieuse, et que se décident les attitudes morales de l'homme" (site déjà cité).

Le Cœur dans l’époque romantique et tourmentée intervient dans une société mûre à recevoir cette interprétation de l’amour de Jésus pour ses frères humains, c’est aussi une réaction à un gallicanisme à un anti-christianisme et à une chute de la pratique. Aujourd’hui il est proche de l’idée d’affectivité et d’émotion. “l’homme juste a un coeur qui lui inspire de bonnes paroles” dit Luc 6, tandis que Marie “méditait dans son coeur” ou  passait les paroles dans son coeur. (Luc 2)  Saint Jean explique que le coeur de Jésus  est celui qui a le mieux et le plus aimé Dieu et le mieux aimé l’humanité. Très vite dans l’interprétation il se transforme en autel, en siège de la Trinité, coeur du monde.

Jansénistes et calvinistes combattirent ce qu’ils jugèrent froidement comme une idolâtrie et proposaient un Dieu inexorable qui n’était pas offert à tous les hommes et dont l’amour était réservé.

La fête fut néanmoins instituée à la fin du XVIII ème siècle, l’office de l’ancien rituel (d’avant Vatican II) datait de 1929.
Mais la dévotion est bien plus ancienne puisqu’on a connu des mystiques (Saint Bonaventure, sainte Lutgarde d’Aywiers (1182-1246) dans les pays du nord, Béatrice de Nazareth, sainte Mechtilde (+ 1298) Gertrude de Hagdebourg (1301)  qui la pressentirent dès le XIII ème siècle en contemplant les blessures du Christ et ceci depuis le premier mystique, Saint Jean, qui vit Couler de la plaie du Cœur, plaie causée par la lance du soldat pour s’assurer du décès du Christ, du sang et de l’eau. Ce constat révèle médicalement l’agonie et les souffrances du Christ qui finit par mourir d’asphyxie sur la croix. Mais pour le disciple que Jésus aimait, le signe de l’Amour et de l’Alliance entre Dieu et les hommes. Ce symbole est repris au moment de l’offertoire où le prêtre, à la place du Christ, mélange dans le calice le vin et l’eau pour le sacrifice eucharistique et prononce ces paroles :  “comme cette eau se même au vin dans le sacrifice de l’alliance, que nous soyons unis dans la divinité comme Jésus est lié à notre humanité”.
La portée théologique est grande. Elle fut compris par les Franciscains sous l’impulsion de saint François d’Assise, puis les dominicains au XIV siècle et sainte Catherine de Sienne.

Le coeur est humain et divin. Jean Eudes célébrera le 8 février 1648, une messe du “Cœur de Marie” dédiée à Jésus vivant en Marie et va composer une fête liturgique du Cœur de Jésus en 1672. Le coeur de Marie est lui représenté transpercé par un poignard en référence à la prophétie que reçue Marie par le vieillard Siméon, le jour de la présentation au Temple de son jeune fils Jésus, “Toi-même (Marie), un glaive transpercera ton âme afin que soient dévoilées les pensées de bien des coeurs”. (Luc 2,36)


image du site cité en notes.

La tradition fut reprise en France par des saints tels que St François de Sales, au sein de la Compagnie de Jésus (Jésuites), par Grignon de Monfort,  par le P. Eudes, le Père de la Colombière (directeur de la Bienheureuse Marguerite Marie et auxiliaire pour la propagation du culte du Sacré-Coeur), ou même initiée par St Vincent de Paul qui présentait la religion d’amour. La monnaie de Louis XIV portait une inscription “le Christ règne, il est vainqueur, il commande”.

Cœur de pierre, coeur de chair...
Clément XIII autorisa la célébration du culte, car l’autorité pontificale fut longtemps bienveillante à l’égard des dévotions aux coeur de Jésus, mais n’avait pas institué avant Clément XIII de fête solennelle. Le pape le fit le 6 février 1765 par un décret de la congrégation des rites, les évêques furent nombreux à la répercuter dans leurs diocèses sous l’influence de la princesse Maria Leczinska, qui avait une dévotion toute particulière pour le Sacré-Coeur. Face à eux les jansénistes  furent particulièrement virulents, notamment en France, l’évêque d’Auxerre, héritant du sobriquet d’Athanase de son siècle, Mgr de Caylus par sa lutte contre cette dévotion.
En 1771, le 11 juin, le Parlement de Paris rend un arrêt par lequel il proscrit le culte du Sacré-Coeur.

La Bulle pontificale Unigenitus, lancée en 1713 contre es jansénistes par le pape Clément XI viendra contester cette décision janséniste.


Louis XVI formula dans une prière le vœu d’ériger une église (à ses frais) de renouveler tous les ans (...) l’acte de consécration au” Sacré-Coeur.
Il y consacra lui-même, le reste ne put se faire au vue de la révolution proche.
La sœur de Louis XVI, Élisabeth et la reine Marie-Antoinette ont ainsi joué un rôle important pour la propagation du culte.
Après son arrestation et sa détention au temple, les commissaires ne trouvèrent que deux choses dans sa cellule,  un livre de prière et l’image du Sacré-Coeur.
Le fait fut mis entre parenthèses et les événements de la Révolution survinrent.
Ce qui vint envenimer le débat fut à un moment la reprise par les Chouans (notamment de Vendée) du thème et du “logo” du Sacré-Coeur, emblème de résistance aux révolutionnaires. Ils formulèrent même une “marseillaise vendéenne” avec des paroles dédiées au Christ. Le culte ayant été répandu en Vendée par Grignon de Monffort au début du siècle.    

A la restauration, le vœu (royal) national, de consacrer la France au Sacré-Coeur,  fut débattu à la chambre de Versailles les 22 et 23 juillet 1873.
Le symbole fut abondamment récupéré politiquement après la défaite de Sedan, mais plus encore au moment de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, l’éloignant de l’interprétation bien plus générale et universelle de l’ouverture du coeur de Jésus à tous les hommes.

La première église consacrée au Sacré-Coeur à Paris fut celle du couvent des oiseaux6  le 26 mai 1841 par Mgr Affre. Se prépare alors un déluge de grâces, si la France se consacre à son divin coeur. (21 juin 1823) mais l’acte doit être fait par le souverain lui-même. L’accomplissement du vœu formulé par Louis XVI fut ainsi accompli par Louis XVIII. On note ainsi une église consacrée à Moulins en 1847, la basilique N.D. du Sacré Cœur d’Issoudun en 1854, la verrière du Sacré-Coeur de la collégiale de Saint-Quentin, l’église du sacré-coeur de Cholet, la plupart des églises se contenteront d’un autel ou d’une statue au Sacré-Coeur.
A Lutterbach, l’église de 1629 a cédé la place à un édifice néo-roman dont la vocation du chanoine Ackermann fut de le transformer en “Montmartre Alsacien”. Un fascicule du début du siècle montre dès la couverture la dévotion au Sacré-Coeur de Lutterbach.7
De fait le sanctuaire fut placé au rang de “basilique mineure”.
Au Musée alsacien de Strasbourg on trouve un bel ex-voto qui a jadis appartenu à Notre-Dame-de Maennolsheim, cette pietà (Notre-Dame-des-Douleurs) du XVIII ème siècle comporte le coeur de Marie et Jésus apparaît au-dessus de l’autel pendant la célébration de la messe.
Citons aussi cette parole d’un prieur du monastère de Strasbourg, Jean de Brunswick (†1380), qui aime à répéter avant la communion : "O Cœur très doux, Cœur très indulgent, Cœur très bon, Cœur paternel, Cœur infiniment aimable et miséricordieux ! Moi, misérable et indigne d'être appelé votre fils, voici que je vais m'approcher de cet auguste sacrement… O Cœur charitable, Cœur doux, Cœur aimable, je me recommande entièrement à vous, je me jette tout entier en vous, je me livre tout entier à vous".
 Légende de l’ illustration :  la médaille de la rue du bac, reprend au verso le thème du Sacré-coeur de Jésus et de
Marie.

Acte de consécration
Le 23 août 1856 par un décret pontifical “De rationibus festorum sacratissimi Cordis Jesus et purissimi cordis Mariae.”
On prépare la consécration universelle de 1875, deux ans après la déclaration de Jésus à M.M. Alacoque, voici le texte de  l’acte de consécration authentique, au-delà de quelques lourdeurs liées au style de l’époque, il n’est pas inintéressant de s’y plonger :

“O Jésus ! Mon rédempteur et mon Dieu, malgré l’immense amour qui vous a porté à répandre tout votre sang précieux pour les hommes, ils ne vous refusent pas seulement leur amour, mais ils vous offensent, vous outragent, blasphèment votre nom et profanent les jours consacrés à votre culte. Ah ! puissé-je offrir quelque satisfaction à votre Cœur divin ! puissé-je réparer l’ingratitude dont vous êtes la victime de la part du plus grand nombre des hommes ! Je voudrais pouvoir vous prouver combien je désire, en présence de tous, honorer votre Cœur adorable, répondre par l’amour à son  immense amour, et accroître de plus en plus votre gloire. Je voudrais pouvoir obtenir la conversion des pécheurs et secouer l’indifférence de tant de chrétiens qui, peu sensibles au bonheur d’être des enfants de l’Eglise, votre épouse, n’ont à coeur ni ses intérêts, ni ceux de votre gloire. Je voudrais pouvoir désabuser ces catholiques qui, tout en se distinguant par les œuvres extérieurs de charité, demeurent trop attachés à leurs opinions, répugnent à se soumettre aux décisions du Saint-Siège, ou nourrissent des sentiments peu conformes à son enseignement ; je voudrais qu’ils comprissent enfin que celui qui, en toutes choses, n’écoute pas l’Eglise, nécoute pas Dieu toujours présent en elle.
Pour attendre ces fins si pures et si hautes, pour obtenir le triomphe et la tranquillité stable de L’Eglise, votre Épouse sans tache, la consolation et la prospérité de votre Vicaire sur la terre, l’accomplissement de ses saintes intentions, la sanctification et la perfection toujours croissantes du clergé, la réalisation de vos dessins, ô mon Jésus ! et la pleine satisfaction de votre divine volonté, la conversion des pécheurs et le progrès des justes, pour assurer le salut de vos âmes, enfin pour plaire à votre très aimable Cœur.
Prosterné à vos pieds, en la présence de la très sainte Vierge Marie et de toute la cour céleste, je reconnais solennellement que, par tous les titres de justice et de reconnaissance, je vous appartiens entièrement et uniquement, ô Jésus ! mon Rédempteur, unique source de tout bonheur spirituel et temporel et m’unissant à l’intention du Souverain Pontife, je me consacre moi-même, avec tout ce qui m’appartient, à à votre Cœur Sacré, que je m’engage à aimer et à servir de toute mon âme, de tout mon coeur et de toutes mes forces, en m’appropriant vos volontés et conformant tous mes désirs aux vôtres.
Pour vous donner une marque publique de la sincérité de cette consécration, je déclare solennellement devant vous, ô Mon Dieu ! que je veux à l’avenir honorer votre divin Cœur en observant, suivant les règles de l’Eglise, les dimanches et les fêtes de précepte, et en usant de toute mon autorité pour en assurer autour de moi l’observance. C’est à votre aimable Cœur, ô Jésus ! que je confie tous ces saints désirs et les résolutions que votre grâce m’a inspirées, dans l’espérance de pouvoir par là compenser, en quelque manière, les injures que vous recevez de l’ingratitudes des hommes, et trouver pour mon âme et les âmes de tous les miens ma félicité et la leur dans cette vie et dans l’autre, Ainsi soit-il.   8



Le siècle du Sacré-Coeur
Le XIX ème siècle est réputé avoir été  un siècle marial, mais ce fut sans doute aussi le siècle du Sacré-Coeur.


illustration : Statue du Sacré-Coeur dorée disposée dans le choeur de l’église St Martin de Barr 67140. Photo F.S.

Léon XIII consacre le monde entier encouragé par une religieuse du bon pasteur, la bienheureuse Mère Maria Droste zu Vischering, en 1899. Les Jésuites ont quelques années avant fondé “l’apostolat de la prière” (1861) dans de nombreux pays. Il faut songer que plus de 100 députés se rendent en pèlerinage à Paray-le-Monial en 1873. La Belgique vient de se consacrer au Sacré-Coeur en 1869. C’est à cette époque que retentit la fameuse chanson “Sauvez Sauvez la France au nom du Sacré-Coeur”.
1873, fut une année riche puisque les députés votent une loi déclarant d’utilité publique l’érection d’une basilique du Sacré-Coeur à Montmartre. Où l’on verra le journal “la lanterne” (notre homonyme) intervenir contre ce projet.
En 1942, Pie XII, à l’occasion du 25 ème anniversaire des apparitions de Fatima et pour sauver l’Europe en guerre, fit une consécration analogue du monde au Sacré-Coeur de Marie dont la fête fut fixée à l’octave de l’Assomption le 22 août. Le premier vendredi du mois on lit les litanies du Sacré-coeur, ainsi que l’encouragement à la communion ce même jour.
Un autre fait a contribué à la propagation de cette dévotion, ce furent les apparitions de Marie à Estelle faguette à Pellevsoisin en 1876. La Vierge portait lors d’une de ses apparitions (9 septembre 1876) une pièce de laine qu’elle porte sur la poitrine. “J’avais toujours vu cette petite pièce, savoir ce que c’était, car jusqu'alors je l’avais vue toute blanche. En soulevant cette petite pièce, j'aperçus un coeur rouge qui ressortait très bien. J’ai pensé tout de suite que c’était un scapulaire du Sacré-Coeur. Elle dit en le soulevant : “j’aime cette dévotion”. 9  Ensuite, à la douzième apparition le 1er novembre 1876, la Vierge portait encore le scapulaire. Estelle Faguette sera chargée d’en faire un modèle. On retrouve dans son texte la même logique “Rien ne me sera plus agréable que de voir cette livrée sur chacun de ses enfants ; ils s’appliqueront à réparer les outrages que mon Fils reçoit dans le sacrement de son amour. Vois les grâces que je répands sur ceux qui le porteront avec confiance et qui t’aideront à le propager”. Elle sera reçue par l’archevêque de Bourges, puis par le pape Léon XIII. Pape marial par excellence puisqu’il a publié 15 encycliques sur le rosaire.
Dans le même siècle citons, Marie Deluil-Martigny, mère fondatrice d’un ordre qui reprend le Sacré-Coeur dans son titre même :” l’ordre des Filles du Cœur de Jésus”.(1841-1884)

cette majesteuse statue de l'église St Martin de Barr, un temps à l'honneur dans le choeur de l'église, semble être passée de mode, depuis la rénovation de l'église, elle a été chassée du choeur.... du coeur aussi ? (photo FS)


En France, la grande faveur de cette dévotion a quelque peu déclinée depuis le début du XX ème siècle, jugée mièvre (les œuvres étant assez saint-sulpiciennes ou primitives, nous en avons reproduit l’une ou l’autre, il n’existe pas d’église ancienne qui ne fut dotée de statue dont certaines rivalisent de beauté certaines sont menacées de disparition après avoir été chassées des églises et des demeures ces dernières années), mais le culte se développe autour des lieux actuels de pèlerinages Montmartre, Paray-le-Monial, Lourdes et Medjugorje10 . Dans de nombreux pays de l’Est mais aussi en Amérique du Sud, Asie, le culte est très vigoureux, précise même Théo page 748.
légende l’illustration:sacré-coeur du site spirtualité-chrétienne, retravaillée en luminosité.
Le Sacré-Coeur dans l’imagerie.
Nous l’avons dit, le coeur du Christ, le premier représenté, le fut généralement au début sans le Christ, entouré horizontalement, plus rarement latéralement, d’une couronne d’épines. A son début on trouva le texte de la consécration de la Bienheureuse Marguerite Marie Alacoque, puis des vignettes avec des fleurs, ornements baroques (surtout dans la deuxième moitié du XIX ème siècle).
Dans le même temps le coeur de Marie poignardé est souvent représenté aux côtés du coeur du Christ.  Les vertus sont exaltées symboliquement par des motifs du coeur e de la colombe.  Le coeur devient rempart, “digue, tour imprenable, ancre, source, fleur, phare, glaive, voile, mât, soleil irradiant, cachette secrète, âtre”, précise Alain Vircondelet. Le Christ sera représenté plus tard frontalement, de sa poitrine jaillira, irradiera (symbolisant la divinité) le coeur palpitant (montrant son activité) rouge vif et brûlant.
Dans la rhétorique, le même auteur exprime que le langage est souvent proche de discours amoureux, au cours de la troisième république amoureux, roman rose et littérature du coeur.
Illustration : Stadt Gottes de 1911, on y voit bien les deux thèmes du berger et le Sacré-Coeur. collection privée F.S.
Récemment, le 5 octobre 1986. le Saint-Père déclara au sujet du Sacré-Coeur : "Je souhaite vivement que l'on continue à diffuser avec persévérance le véritable culte du Cœur du Christ et que l'on s'efforce de trouver les moyens les plus aptes à sa présentation et à son application afin que l'homme d'aujourd'hui – avec la mentalité et la sensibilité qui lui sont propres – découvre en lui la véritable réponse à ses interrogations"

L’office de l’année A vous propose le texte qui remercie le ciel d’avoir caché aux sages et aux savants, ce que tu as révélé aux tout petits.
L’année liturgique “ B”  le texte de St Jean sur  le percement du côté d’où il jaillit du sang et de l’eau

L’année liturgique "C" précise que la lecture de la fête du Sacré-Coeur est la lecture du Bon Pasteur où Jésus raconte la parabole du berger qui laisse là  les 99 moutons pour retrouver la brebis perdue. (Luc) avec un parallèle assez étonnant avec la lecture du Livre d’Ezéchiel annonçant le rôle de berger des brebis pour le Seigneur. “maintenant, j’irai, moi-même, à la recherche de mes brebis, et je veillerai sur elles”. (Ez. 34). Cette conversion, ce retour donnera plus de joie au Ciel que les 99 brebis restées fidèles, précise le texte.

Quelques citations et la prière de M.M.Alacoque11  :
Saint Irénée (v.130-v.202), l'évêque de Lyon, pour qui l'Église est la source de l'eau vive qui vient à nous du Cœur du Christ.

L'auteur de l'ouvrage De montibus Sina et Sion (III° siècle), dans lequel on peut lire "La loi des chrétiens est la sainte croix du Christ, le Fils du Dieu vivant. Or le Prophète a dit : Ta Loi est au milieu de mon cœur (Ps.39,9). C'est pourquoi le Christ fut transpercé, et de son côté s'écoula le breuvage de sang et d'eau"`

Sainte Claire (1193-1253, canonisée en 1255), fondatrice des Clarisses, religieuses de l'Ordre de saint François, qui, au témoignage d'Adrien Lyrée (dans son ouvrage De Imit. Jesu, cité par Croiset) honorait et saluait tous les jours le Cœur de Jésus. Les Annales Franciscaines (1875) lui attribuent cette prière : "O très aimable Jésus, par la très sainte plaie de votre côté, par l'infinie miséricorde que vous avez montrée en voulant que votre Cœur nous fût ouvert à tous, daignez me délivrer de tous les maux passés, présents et à venir ; accordez-moi une foi vive, une espérance ferme et une charité parfaite, afin que je vous aime de tout mon cœur, de toute mon âme et de toutes mes forces".
Jean de Brunswick (†1380), prieur du monastère de Strasbourg, qui aime à répéter avant la communion : "O Cœur très doux, Cœur très indulgent, Cœur très bon, Cœur paternel, Cœur infiniment aimable et miséricordieux ! Moi, misérable et indigne d'être appelé votre fils, voici que je vais m'approcher de cet auguste sacrement… O Cœur charitable, Cœur doux, Cœur aimable, je me recommande entièrement à vous, je me jette tout entier en vous, je me livre tout entier à vous".
Ludolphe de Saxe, dit le Chartreux (v.1295-1378), ancien Dominicain devenu Chartreux, longtemps prieur de la maison de Strasbourg, auteur en 1340 d'une Vie de Jésus-Christ (Vita D. N. Jesu Christi, éd. princeps en 1477), dans laquelle il écrit (II° partie, chap. 64) :
"Le Cœur du Christ a été blessé pour nous d'une blessure d'amour, afin que nous par un retour amoureux nous puissions par la porte du côté avoir accès à son Cœur, et là unir tout notre amour à son divin amour, de façon à ne faire plus qu'un même amour, comme il en est du fer embrasé et du feu. Car l'homme doit… ordonner tous ses désirs vers Dieu par amour pour le Christ… et conformer en tout sa volonté à la volonté divine, en retour de cette blessure d'amour qu'il reçut pour l'homme sur la croix, quand la flèche d'un amour invincible perça son très doux Cœur… Rappelons-nous donc quel amour plus qu'excellent le Christ nous a montré dans l'ouverture de son côté en nous ouvrant par là large accès à son Cœur. Hâtons-nous d'entrer dans le Cœur du Christ, recueillons tout ce que nous avons d'amour pour l'unir à l'amour divin, en méditant sur ce qui vient d'être dit".

Prière de sainte Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690)
 O très amoureux Cœur de mon unique amour Jésus, ne pouvant vous aimer, honorer et glorifier selon l'étendue du désir que vous m'en donnez, j'invite le ciel et la terre de le faire pour moi ; et je m'unis à ces ardents séraphins pour vous aimer. O Cœur tout brûlant d'amour, que n'enflammez-vous le ciel et la terre de vos plus pures flammes pour en consommer tout ce qu'ils enserrent, afin que toutes les créatures ne respirent que votre amour ! Changez-moi tout en cœur pour vous aimer, en me consommant dans vos plus vives ardeurs. O feu divin, ô flammes toutes pures du Cœur de mon unique amour Jésus, brûlez-moi sans pitié, consommez-moi sans résistance ! O amour du ciel et de la terre, venez, venez tout dans mon cœur pour me réduire en cendres ! O feu dévorant de la Divinité, venez, venez fondre sur moi ! Brûlez-moi, consommez-moi au milieu de vos plus vives flammes, qui font vivre ceux qui y meurent. Ainsi soit-il !
Prière extraite de Vie et Œuvres, Paris, De Gigord, 1920 (4° éd.). Citée in Edouard Glotin, Prier à Paray-le-Monial, Paris, Desclée de Brouwer, 1996.


(image de piété  distribuée en Allemagne, montrant l’universalité de la dévotion au sacré-coeur, des éditions Turgis France XIX ème siècle, “je me donne à toi, ton coeur me suffit” dit le texte, au milieu des malheurs, incendies, mort et tempête. )

Sources : (non encore citées)

* Un très esthétique et complet site sur le “sacré-coeur” prouvant sa modernité vous accueillera sous :  www.spiritualite-chretienne.com/s_coeur/index.html vous accédez directement à une sous-partie du site de Prieto, qui est très complète et riche tant en texte qu’en iconographie. On y trouvera les litanies, textes de prières, amendes, biographies et citations du Cœur parcourant toutes les époques classées et argumentées, un petit tour s’y impose.
*  pour les textes de la messe : “missel de la semaine” Pierre Jounel, Desclée, 1973
* plus traditionnel, première base de nos recherches : - La France et le Sacré-Coeur de Victor Allet, paru en 1889, réédité en 11/1996 par les éditions Pays et Terroirs, à Cholet
- sur les églises et pèlerinages d’Alsace : Marie Thérèse Fischer, pèlerinages et piété populaire en Alsace, des mérovingiens à nos jours, de Lauterbourg à Lucelle, éditions du Signe, page139.



Photo  du sacré-coeur en bleu extraite du site  spiritualité-chrétienne.
autres photos de l'auteur du blog.




NOTES AU COURS DE L'ARTICLE.

1.  née à Verosvres (Saône-et-Loire), elle entre au couvent en 1671
2.   déclarée bienheureuse par le Pape Pie IX 4 septembre 1864.
3.   attachement à... dérivé de votum (promesse faite aux dieux) et de devotio vœu par lequel on s’engage. On utilise ce mot pour désigner des pratiques pieuses.
4.   site : www.spiritualite-chretienne.com/s_coeur/intro.html
5.  l’histoire du Sacré Cœur de Jésus, une manière de détourner l’histoire, thème page 63 du “Le monde merveilleux des Images Pieuses”, par Alain Vircondelet, éditions Hermé Paris, 1998
6.  une médaille fut trouvée le 26 mai 1837, en creusant les fondations de la chapelle des oiseaux, cette médaille  en forme de coeur, datée de 1650-1660 porte une inscription “Jésus Cœur, Dieu en moy “ au recto, et au verso “Marie coeur, Moy en Dieu”. Cette médaille fut enchâssée plus tard au bas de la porte du tabernacle du maître-autel où l’on peut toujours la voir. Une trouvaille si extraordinaire semble être une marque providentielle.
7. Marie Thérèse Fischer, pèlerinages et piété populaire en Alsace, des mérovingiens à nos jours, de Lauterbourg à Lucelle, éditions du Signe, page 139.
8.   cité dans le livre de Victor Allet, déjà cité.
9.   article “apparitions de Marie à Pellevoisin” Stella Maris page 4, juin 2004. éditions du Parvis, Suisse Hauteville.
10.   le dernier article de Denis Nolan des “enfants de Medjugorje” à propos des 23 ans de visitation, souligne dans sa conclusion  que Marie développe une thérapie de l’attachement pour nous tous, “nous sommes en train d’être attachés au Cœur Immaculé de Marie et, par lui, au Sacré Cœur de Jésus”. Le thème est donc largement utilisé actuellement sur les lieux de pèlerinage.
11.   extraits du site www.spiritualite-chretienne.com, excellent site, à visiter, voir références dans les notes finales.

Rédigé par Rédacteur petite lanterne

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