Bergheim : la maison des procès... et sorcières en Alsace

Publié le 27 Février 2008

undefinedBergheim (Haut-Rhin) a désormais sa maison des procès consacrée aux bûchers dressés pour anéantir les sorcières. Cette ville fut en effet l’une des dernières à brûler des sorcières en 1683. La maison-musée-exposition est ouverte depuis l’automne 1997 avec une salle consacrée aux procès qui s’échelonnèrent dans cette ville de 1582 à 1683. Cette maison reprend en musique et bruitage, de façon vivante et théâtrale, une transcription des 40 procès de Bergheim traduits du vieil allemand.. Une manière de reconnaître les erreurs des ancêtres et de mieux situer leur comportement. Les thèmes sont la sorcellerie à  l’époque de la renaissance, magie et sorcellerie, l’état et la société , les sorcières et démons, le tribunal, les réalités, mais, pour les organisateurs, sans exposition d’instruments de tortures qui sont déjà visibles en d’autres lieux, châteaux et musées.1


138 sorciers morts entre 1572-1620, en 1616 14 condamnations pour la seule ville, de Thann,  au motif de  Hexenkappelle, Henxenzub, Hexenfeld, Turnstein.  A Itterswiller, non loin d’Eichhoffen, sur la route de Villé 2  “Brigitte Kuhn de Balbronn raconte dans sa déposition qu’une nuit de sabbat, le pâtre d’Itterswiller a été arrêté par Satan et forcé de jouer de la flûte jusqu’au matin. Avant de partir le diable lui demande quelle récompense il désire, et il demande qu’on lui laisse l’instrument dont il s’est servi toute la nuit. Le diable lui en fait effectivement cadeau, mais quel n’est pas son ébahissement en s’apercevant un peu plus tard qu’il tient entre les mains un chat noir et que c’est dans cet “instrument” bizarre qu’il a soufflé toute la nuit”!”3
Le prince de Würzburg a ainsi brûlé 800 sorciers dans le Sundgau et Brisgau, selon Auguste Stober, et près de 5000 personnes dans le diocèse de Strasbourg  mais finit lui aussi par être désigné comme “archi-sorcier” et inculpé.
Depuis Louis XIV la peine de mort est interdite pour les actes de sorcellerie qui ne s’accompagnent pas de crime de droit commun, et depuis le 7 décembre 1965 la liberté religieuse est proclamée. Même si les sectes, les satanistes et autres tentent de s’immiscer dans ce drame afin de tenter l’amalgame entre eux.

Le point de départ des bûchers de sorcières semblent être tout à la fois une mauvaise récolte, des maladies dans le bétail ou chez les hommes, une eau empoisonnée ou prétendue telle, conduisent certaines personnes du village vers les procès en sorcellerie. Simples citoyens ou en marge, adeptes de croyances et de rites païens, initiés à des pratiques médicinales, adeptes réels du culte aux divinités


































anciennes ou à Satan, l’homme du moyen-âge a du mal à s’y retrouver. Il suffit d’être possesseur d’un exemplaire du Geistliches Schild (bouclier spirituel, voir plus loin) ou amateurs de décoctions du petit Albert, pour préparer ses valises, le bûcher est prêt...

Expliquons toute d’abord les motifs, les sorcières accompagnent le démon ou avaient à certains moments de l’année rendez-vous avec les forces maléfiques d’où elles tiraient leurs pouvoirs. Pactisant avec les forces du mal, elles ne pouvaient être que mauvaises. Paradoxalement aujourd’hui avec la perte du sacré on comprend mal l’hostilité de la population a leur égard. Elles déviaient de la croyance commune à une époque où la foi et les superstitions avaient dans la société un rôle essentiel. Ainsi on pensait que la nuit de Wallpurgis, veille du premier mai (mois dédié à Marie, pureté personnifiée, mais aussi un mois où l’on déconseille le mariage) nuit chargée de coutumes ancestrales, d’adoration à des dieux païens et donc des forces opposées à Dieu,  donc des forces maléfiques.
Cette veille du premier mai est une journée de sabbat des sorcières, reconnue comme telle par l’inquisition et par le pape Innocent VIII qui condamne en 1484 les actes de sorcellerie et laissa à l’inquisition le pouvoir de condamner au bûcher les personnes qui étaient liées à la magie et à ses sortilèges.


























Si cette délégation de pouvoir à l’inquisition et les condamnations qui s’en suivirent sont graves, il n’en reste pas moins que la sorcellerie est toujours reconnue comme mauvaise et négative par le catéchisme de l’église catholique. L’article 1852 précise la magie dans la liste des péchés.4 et dans l’article 2116 “toutes les formes de divination sont à rejeter : recours à Satan ou aux démons, évocation des morts ou autres pratiques supposées à tort “dévoiler” l’avenir. Au point 2117 “toutes les pratiques de magie ou de sorcellerie , par lesquelles on prétend domestiquer les puissances occultes pour les mettre à son service et obtenir un pouvoir surnaturel sur le prochain -fût- ce pour lui procurer la santé- sont gravement contraires à la vertu de la religion”. Plus loin, on précise évidemment qu’elles sont pires s’il y a intention de nuire à autrui ou si on recourent à l’intervention des démons. L’église “avertit elle les fidèles de s’en garder”. (même des amulettes).  Cette condamnation est commune à toutes les religions chrétiennes et même aux  trois religions monothéistes.

Revenons à la nuit de Walpurgis, cette fameuse nuit reste dans les esprits des régions germaniques et même au Danemark, le premier mai est la journée de sainte Walpurgis pieuse bénédictine qui a évangélise l’Allemagne et combattu les anciens dieux païens et leurs prêtres. On imagine donc que l’entente entre la sainte et les païens n’était pas parfaite. Elle était abbesse de Heidenheim, mais aussi initiée, le mot est lancé il revient dans tous les cultes païens5 , en 778,  aux arts magiques.
Après sa mort un liquide huileux suintait de son tombeau “l'huile de Ste Walpurgis”. Depuis lors on la fête dans les pays germaniques et en Suède sous la fête de la ValborgPassa6  avec la forme plus particulière des grands feux allumés au centre du village. (à rapprocher des feux de la saint Jean)
Ainsi les sorcières se réunissaient aussi en Alsace,plusieurs ouvrages le confirment, sur le Bastberg (près de Bouxwiller), le Bollenberg (près de Rouffach), le Glöckehrsberg, le Schneeberg (près de Wasselonne), le Wurzelstein (dans la vallée de Munster) qui étaient délaissés par les habitants par crainte d’être utilisé par ces femmes. De nombreux lieux portent encore en surnom “coin des sorcières” et les plus anciens nous affirment qu’en ces lieux, certaines nuits...  Elles y venaient ou en repartaient par la voie des airs, avec un chat (ancienne divinité païenne notamment chez les égyptiens) ou chevauchant un chat un bouc, un chien un porc... C’est généralement le diable qui séduit la future sorcière, il porte le nom de Peterlin, Durchdenwald, Rüebin, Kreutlin, Hämmerlin... et épouse la sorcière dans une Teufelshochzeit7  en lui donnant de l’or qui se transforme en feuilles et fumier au matin, le diable étant trompeur et séducteur.
On bénissait, au siècle dernier, les maisons dans certains villages notamment celui de Nelligen, où l’on faisait   sonner les cloches du village de Niedermorschwihr ou encore on plaçait des bouleaux dans le fumier afin qu’à l'entrée de la ferme, dans les villages de Kreuzdorn et Kriterldorn,  que les sorcières comptent les feuilles des arbres avant d’entrer dans la ferme.  Pourquoi la sorcière comptait les feuilles, on l’ignore. On trouve aussi des tuiles protectrices sur les toits alsaciens8
Écoutons ce que dit Anne-Marie, une sorcière qui a “avoué” à Munster, après torture (!), qu’elle a conclu un pacte avec le Diable, on y retrouve tous les clichés, qu’attendaient d’elle les interrogateurs :
“Un jour , un chasseur est venu lui rendre visite, habillé de vert et portant sur la tête un chapeau décoré d’une longue plume de coq ; sortant un récipient de sa poche il lui donna quelque chose à boire. Puis il prit un petit couteau lui fit une entaille dans le bras et en suça le sang ; il l’initia ensuite à de nombreuses pratiques secrètes et vola avec elle, à plusieurs reprises vers les montagnes, où ils se retrouvèrent en compagnie de messieurs et de dames de la bonne société pour s’amuser et faire bombance”.
Le texte publié dans ‘Toute l’Alsace9  ajoute  encore : “que cette sorcière Anne-Marie était si belle, que les juges furent obligés de se voiler la face pour ne pas succomber à ses charmes ! Au moment de l’initiation de la sorcière, le Diable lui donne un bâton^ et un onguent blanc ; la sorcière en enduit le bout et à partir de ce moment s’en sert pour faire régner la mort et les malheurs dans le voisinage.
A Guebwiller, alors qu’on allait brûler une autre sorcière, celle-ci demande comme dernière faveur l’autorisation de manger un oeuf. L’autorisation fut accordée, qu’on lui apporta un oeuf, mais à peine eut-elle touché l’oeuf, qu’elle disparut sans laisser de traces.” Voilà un beau tour de magie !



























On faisait aussi claquer les fouets, rituel de protection qui représentait le bruissement du saint Esprit “das Brausen des Heiligen Geistes”. 10
Mais ce n’était pas qu’à une date précise cette crainte, on la retrouve sur une longue période qui va de la Toussaint à Noël, le temps de l’avent bénéficie de nombreux interdits qui concernent les esprits et qui correspondent à un moment de l’année de l’attente du Seigneur. Le peuple était un peu orphelin de Jésus.
Curieux de leur avenir ou de leur récolte, les Alsaciens utilisaient des rites divinatoires christianisés, ainsi le test du plomb versé dans de l’eau froide pour connaître la physionomie de son futur époux ou son métier ; autre technique :  le fait de balayer à reculons, la nuit de la saint André marieur du fait de la lecture de l’évangile des douze vierges sages et des douze vierges folles en pleine nuit en tenue légère dans le coin de Barr pour que l’ombre qui se projette sur le mur indique le profil ou le métier de votre futur époux, cette autre croyance qui assimile les oignons à chacun des douze mois de l’année. On christianise des rites divinatoires. Mais ils n’ont rien de ridicule lorsque l’on songe -avec sérieux- aux nombreux accrocs de ce présent siècle des horoscopes dans les magazines féminins.

“D’ Deifel het meh ass Zwölmf Aposchtle” (Le Diable a plus de 12 apôtres)

Des livres de magie alsaciens ont faits recette, ainsi le plus célèbre a déjà été cité, il s’agit du “Geistliche Schild” le “bouclier spirituel”11 . A lire son titre on n’imagine guère un livre de magie, bien au contraire  la légende  veut que le Christ ait donné aux femmes Marie, Elisabeth et Brigitte, le contenu de ce livre, d’où l’appelation “remède de bonnes femmes”. Gérard Leser qui a travaillé à sa traduction et à sa réédition moderne (à l’aide de deux éditions dont l’une d’un musée et l’autre trouvé sur une décharge publique !)  ne cite pas cette appellation, mais il précise qu’il s’agit d’un ouvrage de sorcellerie et de magie populaire considéré comme efficace “à ne pas mettre entre toutes les mains”12  Il révèle les peurs de nos ancêtres du XVI eme siècle, le livre étant paru pour la première fois en 1535 et dédié au Pape Léo Magnus Léon le Grand (460-461). Mais il a été mis à l’index, donc livre proscrit par l'Eglise. Constamment réédité cela a constitué un succès de colporteur, même s’il s’est vendu sous le manteau, et si tout parait positif dans le livre on préténdait que que ses pouvoirs pouvaient être augmentés ou devenir négatifs si l’on en faisait un mauvais usage. Alors que de par son titre, et à la lecture de son contenu, il semble être un ouvrage de protection et de soins. Cet avertissement se trouve aussi dans l’autre livre de magie, le petit Albert, dont nous parlerons plus loin.
Il devait être détenu en secret afin d’éviter les foudres des sorcières ce qui créa une certaine force occulte, devait être porté sur soi ( son format de 10 cm sur 7 le permettait)  dans la poche de son pantalon ou sa chemise.
Le Sundgau , très sensible à la sorcellerie, un médecin a d’ailleurs écrit un livre qui corrobore aujourd’hui encore la sensibilité de cette région agricole aux magiciens13  (magie blanche et noire) et aux sorciers,  souligne qu’une manière d’augmenter les pouvoirs de ce livre  était de le déposer sous la nappe de l’autel afin que le prêtre bénisse le tout. C’est pourquoi le prêtre s’assure qu’avant de débuter la messe et qu’il embrasse les reliques, par un geste de mise à plat sur les reliques, que rien n’ait été déposé sur l’autel. Ce fait rapporté par Leser et d’autres auteurs, m’a été confirmé dans nos villages alsaciens récemment.
Le livre est donc puissant, selon la croyance populaire, il est tenu secrètement, il comporte cinq parties, le vrai bouclier, la participation active à la messe, la bénédiction sur les eaux et contre les ennemis, le bouclier et guide spirituel (les saints et leurs protections spéciales), et en annexe la  bénédiction comportant des recettes de médecine populaire.

“Une technique pour éteindre le feu sans eau :
écris les lettres suivantes sur les deux côtés d’une assiette et jette-là dans le feu, aussitôt il s’éteindra 

      SATOR
      AREPO
       (TENET)
   OPERA
      ROTAS”

Ce carré magique, dit l’auteur de la réédition dans ses notes, d’origine romaine est connu depuis l’Antiquité. Il a été utilisé par les chrétiens comme signe de reconnaissance. on y retrouve les lettres du pater noster, ainsi que la première et la dernière lettre de l’alphabet grec : l’Alpha et l’Omega. Le mot “tenet” comme une croit et peut être lu dans les deux sens.  (...) Le tout signifie “le laboureur ) sa charrue dirige les travaux”. Dans ce carré magique qui enferme les tourbillons créateurs “rotas” certains spécialistes ont vu les épousailles de l’eau et du feu, créatrices de l’univers. “
On le voit l’interprétation va bien plus loin que la simple apparence des mots. Et la double lecture de chacun des mots intrigue.

“Protection contre les fantômes et toutes sortes de sorcellerie :

 I.
N.R.I.
I.

 

    Sanctus     Spiritus
I.
N.R.I.
  I.

Que tout soit préservé, ici temporellement et là-bas éternellement. Amen.
Le caractère qui y correspond s’appelle : que Dieu me bénisse ici temporellement et là-bas éternellement. Amen. “  page 169
On peut y découvrir des protections toutes chrétiennes basés sur des textes d’évangile, ou secrets, à l’instar de celle-ci qui protégerait contre la peste : “monsieur François Solarius, évêque de Salarius, témoigne qu’au Concile de Trente en l’an 1548, vingt évêques ou supérieurs d’ordres sont morts de la peste. Le patriarche d’Antioche a conseiller à tous de porter sur eux les lettres suivantes provenant de saint Zacharie, évêque de Jérusalem avec leur interprétation et leur incarnation, comme un moyen efficace contre la peste et quand cela est arrivé, plus uns seul n’est mort de la peste. On avait écrit les même lettres au-dessus de la porte, tous ceux qui habitaient dans la maison avaient été protégés contre la peste
+ Z + D.I.A. + B.I.Z.+S.A.B.+Z.H.G.F.+B.F.R.S.

 On y découvre  aussi quelques extraits étranges, ainsi celui qui demande “couper un bâton afin de pouvoir en rouer de coups quelqu’un aussi éloigné qu’il soit”.
On est donc surpris de ce pouvoir qui était réservé ou attribué aux sorciers et faisait partie dans les croyances populaires des pouvoirs maléfiques.


Autre extrait : “prière puissante à porter sur soi constamment, cette prière a été trouvée en l’an 1540, le 14 juillet sur la tombe de la mère de Dieu. Celui qui la récite ou qui la fait réciter pour lui ou la porte uniquement avec vénération sur lui, celui-ci ne sera jamais délaissé par la mère de Dieu dans ces détresses : “Ex libello gallico, intitulato Revel S;Brigittae impresse et approb.Parisiis 1672. “
Suit une prière à la Vierge.


Mais c’est bien à l’Est que régnaient les magiciens puisque un autre livre de magie (nettement plus négatif) a connu lui aussi les succès de réimpression, à savoir le Grand Albert et le petit Albert sous-titrés ‘admirables secrets de la magie’ 14 lui aussi est austère mais le style est directement fantaisiste, on sait que les recettes ne sont guère positives, que l’ouvrage comporte des produis qui sont soit fantaisistes, répugnants ou inconnus actuellement. Les auteurs de la préface récente en appelle à un code ou à une traduction fantaisiste et approximative afin d’en conserver les rimes.
On attribue ce livre de magie à Albert le Grand né à Lowingen en Souabe, vers 1200, il serait selon d’autres originaires de Hollande et son nom Groot signifierait Grand. Il était moine et enseignait la philosophie dans plusieurs grandes villes et notamment Rome et Paris. Il retourna à la fin de sa vie à Cologne et y mourut en 1280.
Les multiples éditions n’ont pas toutes le même contenu, ni le même choix de termes, à titre d’exemple de ce style “coloré” nous avons choisis deux “recettes” :
Dans le chapitre “secrets pour se faire aimer et concernant les femmes, le mariage”
“Vivez chastement au moins cinq ou six jours, et le septième, qui sera un vendredi (si faire ce peut), mangez et buvez des aliments de nature chaude qui excitent à l’amour, et quand vous vous sentirez dans cet état, tâchez d’avoir une conversation familière avec l’objet de votre passion et faites en sorte qu’elle vous puisse regarder fixement, et vous elle, seulement l’espace d’un Avé Maria, car les rayons visuels se rencontrant mutuellement seront si puissants véhicules de l’amour qu’ils pénétreront jusqu’au coeur et la plus grande fierté et la plus grande insensibilité ne pourront leur résister. “
La première était présentable, la seconde l’est moins : ceux qui sont obligés de s’abstenir pour longtemps de leur maison et qui ont des femmes suspectes et sujettes à caution pourront, par mesure de sûreté, pratiquer ce qui suit.
Il faut prendre un peu de cheveux de la femme et les couper menus comme poussière ; puis ayant enduit le membre viril avec un peu de bon miel et jeté la poudre de cheveux dessus, on procédera à l’acte vénérien avec la femme, et elle aura ensuite un dégoût pour le déduit.
 
Et le livre précise comme la faire revenir à soi au retour.... (pages 46,51 et 52)

Mais on ne compte pas les recours à l’urine, au miel  d’asperge, aux poils ou au membre viril de loup, des extraits de  lièvre, de chou, suie,d’araignée,saumure, boue des rues, sang de huppe femelle, un ver de sauge pourrie dans du fumier, jais ou jayet, térébenthine de Venise, fromage blanc de vache aigrie,  (!) tête de grenouille, mouches, jus de pavot, pied droit de tortue, dents de serpents, langue de huppe....
Cela donne une idée de l’ensemble. 

 Les cartomancières d’Europe centrale n’hésitent pas à faire leur ouvrage devant une paroi couverte de reproduction d’icônes religieuses, même si l’église serait très prompte à proscrire les jeux de cartes. L’homme pouvait en effet y perdre son âme en la vendant au Diable pour gagner aux cartes. Celle-ci étaient rapportées d’Orient par les Arabes et les Croisés. On pense qu’elles proviennent soit des brahmanes d’Inde ou de Chine.

Les sorciers sont restés dans notre imagination collective, combien de contes usent de l’image de la bonne fée et de la méchante sorcière... Jamais l’inverse. On la retrouve aussi bien dans Hans et Gretel que Blanche neige (en vilaine belle mère) que dans Cendrillon en vilaine Carabosse. Le peuple alsacien la retrouve les jours de carnaval, n’est-ce pas le déguisement le plus usité ces jours là, la brûle aujourd’hui encore sur les bûchers de la Saint Jean, et on  s’en méfie la nuit de Walpurgis. Il la transforme aussi à sa guise en faisant de Frau Holle (compagnon du dieu borgne germanique Oddhin) une vieille grand-mère respectable et charmante qui secoue les édredons pour en sortir de la neige ou  dans les régions suisses et italienne c’est la fée (qui a l’air d’une sorcière) Befana qui apporte les cadeaux.  Elle porte aussi le nom de Chauche-vieille dans le Doubs, la Haute-Saône, le Jura et la Franche-Comté.

Et à ceux qui s’imaginent que la magie fait partie du passé, les rituels sataniques intéressent de plus en plus les jeunes Autrichiens15 , qui eux ont fait une étude sur le sujet, 22 % des habitants du land autrichien de Styrie âgés de 15 à 20 croient en l’efficacité de la magie. 1900 l’avait pratiqué et 4700 y participeraient volontiers, 800 étaient des satanistes et reconnaissaient appartenir au “noyau dur” malgré la violence de certains rituels. Une aide téléphonique pour les parents et les victimes devait être mis en place récemment.

“Me soll z’Nacht nit in e Spiegel lüehe sunscht seht me drin d’r Deifer”.
La nuit il ne faut pas se regarder dans un miroir car on risque d’y voir le diable.

“Wenn d’r Deifel’s Hiesele gnumme het kann ’r de garte o noch han”
Quand le diable vous prend la maisonnette il peut aussi avoir le jardinet.


























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Protections alsaciennes : la croix dans la cheminée, d’où proviendrait sans doute l’expression “E kritz ins Kamin” quand survient quelque chose d’extraordinaire ou a peu de chances de survenir. La cheminée est un lieu de passage des sorcières et des démons. Dans certains cas de dépossession par un magicien il demande à ce que toutes les ouvertures de la maison soient bouchées y compris la cheminée.
On sait encore que les “bons” saint nicolas et père noël utilisent le même passage et volent aussi dans les airs tels les sorcières...
Dans toute l’Europe on trouve des fers à cheval accrochés aux linteaux des portes, c’est un signe de protection, on connait aussi le sel que certaines personnes âgées placent aujourd’hui encore derrière les photos des ancêtres ; on connait aussi le rite de jeter du sel dans le lai afin d’éviter que la sorcière ne viennent gâter le précieux liquide. (Fislis)
Le treillage au-dessus du lit contre les “Schratzmännele” et les sorcières sont formés dans le but d’éviter que les esprits ne se couchent sur les personnes et les étouffent.

On chasse les sorcières avec un balai retourné sur lequel on a placé du sel dans le village d’Offwiller, on bat aussi un sac, qui symbolise la sorcière, à grands coups de bâton, tout en respectant le haut du sac, au-dessus du noeud, qui symbolise la tête.
Les hommes sorciers déguisés an animaux viennent aussi tourmenter les humains, à écouter, Freddy Sarg  (page 214) 16 qui nous contee”l’histoire de la Büswiller Grosel, une pauvre femme qui allait de ferme en femme louer ses services de couturière “un jour elle travaillait à Pttintzheim. Le propriétaire avait une vache malade. Un rebouteux vint d’Obermodern. Après le travail il demanda à la couturière de lui ôter une écharde sans le piquer. Elle se moqua de lui et mit e n doute ses pouvoirs.
Mal lui en pris, problème de sommeil, un coq  la regarde bizarrement, elle a une impression d’étouffement. Une nuit le propriétaire fut réveillé par un bruit bizarre, courant à la fenêtre, il constatât qu’un chat noir se sauvait. Il lui lança une bûche à la tête pour se venger de l’avoir réveillé. Le lendemain, on apprit que le rebouteux s’était brisé la jambe. On en conclut qu’il s’était changé en coq puis en chat pour ennuyer la couturière incrédule.


Les “grands chasseurs de sorcières”
dans le classement on trouve tout d’abord un livre “Malleus Maleficarum” le “Marteau des sorcières” un ouvrage écrit par deux dominicains assez fanatiques en 1486, qui conseille torture et moyens pour faire avouer les sorcières. “Ne pas croire en la sorcellerie est la plus grande des hérésies”.

La sorcière c’est “quelqu’un qui connaissant les lois de Dieu, essaie de produire des effets par la puissance d’un pacte conclu avec le démon” dit le philosophe français, Jean Bodin. Il allait même jusqu’à torturer de ses propres mains, jeunes enfants et infirmes. Il trouvait d’ailleurs que les personnes mises au bûcher mourraient trop rapidement ! Il est aussi l’auteur de “Démonomanie” en 1580.

En Lorraine on trouva Nicholas Rémy qui fit exécuter en 15 ans, 900 personnes. “les sorcières ont une manière des plus perfides d’appliquer leur poison, car s’en étant enduit les mains, elles se saisissent des vêtements d’un homme comme pour l’implorer et s’attirer ses faveurs”.

Le champion allemand, est l'évêque suffragant de Trèves, à la fin du XVI è siècle du nom de Binsfeld Peter, qui a ainsi tué 6500 hommes, femmes et enfants. Si l’on en croit les textes, son ouvrage essentiel est “traité des confessions des malfaiteurs et sorciers”.
En France Henri Boguet (1550-1619) magistrat français aurait un palmarès de 600 sorcières. Pierre de Lancre dans le Pays Basque au temps d’Henri IV voyait dans sa région 30000 sorciers. Les habitants prirent la fuite mais il en brûla tout de même 600. Avant d’être nommé conseiller du roi.

Enfin Matthew Hopkins n’en a tué “que” quelques centaines au cours des années 1640. Il utilisait une technique assez “originale” il les jetait garrottées dans un lac ou une rivière s’il elles flottaient elles était coupables. Sinon elles mouraient ! Il était doublé d’un financier puisqu’il demandait aux municipalités de verser de l’argent pour qu’il les débarrasse des sorcières. La dernière technique qu’il utilisa est celle de forcer les victimes à marcher , sans nourriture ni sommeil jusqu’à ce qu’elles avouent leurs crimes.
(les phénomènes inexpliquées, des bourreaux sans pitié, les chasseurs de sorcières, p 85, 1983, sélection du  Reader’s digest).
Le mauvais oeil...
la sorcellerie, autre culture on tente de le laisser croire, autre religieux ancienne, c’est la thèse défendue par certains, dont l’anglais Margaret Murray, qui estime depuis 1921 “la sorcellerie n’est pas le fruit de l’imagination médiévale, la sorcellerie était une puissante religion païenne dont la racines remontaient aux habitants des grottes paléolithiques.” Dans un autre ouvrage elle décrit les principales fêtes sabbats, dont Halloween, la toussaint et la chandeleur.
Le sorcier a été caractérisé par le malheur qu’il provoque, par le mauvais oeil, le toucher. Ainsi un sorcier de 1619 “l’ayant regardé avec un oeil épouvantable et d’une vue extrêmement pénétrante, elle fut saisie d’un grand froid et tomba sans connaissance” nous raconte-t-on. 17 `
les sévices sont toujours visibles, des témoignages récents ou ceux plus anciens de 1951-1952 parlent d’animaux morts de souffrance des ensorcelés, des produits de la ferme immangeables, de lassitude invisible, et cela ne se passe pas seulement à la campagne, les sorciers et magiciens, à lire les journaux d’annonces gratuites, sont comme les médecins installés en ... ville.
Exemple pour ceux q ui ne croient pas en l’exemple cité18   “Une fois un jeune gars fanfaron s’était vanté devant un jeteur de sorts de ne pas croire à toutes ces bêtises, le sorcier se vengea “revenant une nuit du hameau au bourg, le jeune homme fut encadré soudain de deux loups (Lycanthropie). Ils ne lui permettaient pas de s’écarter d’un centimètre et l’escortèrent jusque chez lui”.
L’étude réalisée par une ethnologue moderne, montre que les sorciers peuvent être aussi bien féminins que masculins, (on ne brûla pas que des femmes, on l’a dit) jeunes ou vieux. (Un cas d’une femme de 90 ans).
On constate donc en reprenant la formule de Marcelle Bouteiller, l’ethnologue précitée, que les sorciers “sont parmi nous” et ils sont “comme vous et moi” ! Alors méfiance...

F.S.

Quelques sources citées dans cet article :
1.les cahiers de Bergheim n°2/98
  2. sorcellerie au XVI et XVII e siècle éditions du Rhin
  3. cité dans la petite lanterne n°15 page 05 “voilà les sorcières”.
  4. catéchisme de l'église catholique, dit C.E.C. publié en 1992 par  Mame-librairie Vaticane. Une grande partie de ce travail a été réalisé sous l'autorité du futur Benoît XVI, à savoir Joseph Ratzinger.
  5. les sectes, les mouvements ésotériques du new-âge, loges, et certaines églises sectaires. Théorie à laquelle le Christianisme est totalement opposé, la Bonne nouvelle et la Rédemption du Christ étant gratuits et universels, il ne peut y avoir d’initiés. 
  6. Yvonne de Sike , fêtes et croyances populaires en Europe, chez Bordas
  7. le terme est sans doute élégant qui peut recouvrir des orgies ou des accouplements, certains auteurs y voient le statut méconnu de la femme, incapable juridiquement mais une certaine frustration à l’égard de son sexe.
 8. Freddy Sarg, En Alsace, du berceau à la tombe  page 216 : reproduction de tuiles représentant les symboles de la croix ou JHS ainsi que l’année. (des modèles sont exposés au musée alsacien) 
9. déjà cité en notes
 10. Toute l’Alsace à la quête de l’Alsace profonde, rites-traditions-contes et légendes, SAEP Colmar.
 11. Selon le verset du livre des Proverbes , chapitre 30, verset 5 “toute Parole de Dieu est éprouvée. Il est bouclier pour ceux qui cherchent en lui un refuge”.
12. Editions du Rhin, Gérard Leser, préface.
 13. Cyrille Kazszuk, les sorciers du Sundgau et autres souvenirs, éditions l’orfraie, 1981,  68440 Steinbrunn-le-Haut, 4 rue des Acacias, médecin de campagne  rationaliste il croise une population très ouverte et sensible au paranormal et aux médecines traditionnelles, il y raconte quelques récits assez “colorés”.
  14. dans une réédition de 1954 par Albin Michel.  On prétend que le grand Albert ne peut se détruire et si on le brûle il ne se consume pas !
15.  Famille chrétienne  n°1127 du 19 août 1999
  16. En Alsace du berceau à la tombe, Freddy SARG,éditions Oberlin, Strasbourg, 1993
17.   l’Europe, mythes et traditions, page 392, Brepols, collectif sous la direction de André Akoun, professeur à  Paris V, Paris 1990.
18.   l’Europe, mythes et traditions, page 392, Brepols, collectif sous la direction de André Akoun, professeur à  Paris V, Paris 1990.

Remerciements à M.Francis LORENTZ, président de l’Association “Culture et patrimoine” maison des procès, 35 Grand’rue 68750 BERGHEIM

Rédigé par Rédacteur petite lanterne

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