Napoléon 1er et l'Alsace

Publié le 27 Février 2008

En savoir plus sur les rapports entre  Napoléon 1er et l’Alsace tel est l’objectif de cet article dont nous voulions qu’il complète le premier volet consacré à son aîné, Napoléon III.
    Sur proposition d’un de nos fidèles lecteurs nous avons confié le sujet à Mme CASIN Renée, auteur(e)  -bien connue de nos abonnés- d’un ouvrage sur Napoléon III.         

   la lanterne
 

Pour avoir une idée de la popularité du nom de Napoléon en Alsace, on peut se reporter à toutes les manifestations culturelles et historiques organisées par la prestigieuse association du “SOUVENIR NAPOLÉONIEN”1d  dans notre belle province.
    Rappelons, pour mémoire, la cérémonie marquant la restauration de Charles Schulmeister, espion de l’Empereur, héros d’une suite télévisée, en présence de M. Raymann, député, au cimetière St Urbain. Rappelons aussi les séries de conférences -neuf pour 1997-1998- au Cercles européen de Strasbourg, sur les sujets les plus variés, avec le général Keller, le général Schmitt et M. Jean Leclant, secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres : “Napoléon, Champollion et l’égyptologie”. N’oublions pas la messe du 5 mai à la cathédrale, jour anniversaire de la mort de l’Empereur, célébrée chaque année.
    Le président Pierre Pflimlin est venu y prononcer une conférence remarquable : “l’idée de l’Europe dans le passé et de nos jours”, le 19 janvier 1995. Président du Parlement européen de 1984-1987, il traita le sujet avec une hauteur de vue exemplaire : “Oui la tâche est difficile, mais elle est grande et noble. Il s’agit de construire maintenant une grande Europe fondée sur le patrimoine spirituel que constituent nos valeurs communes de liberté, de justice et de respect des droits de l’homme. C’est ce que Napoléon voulait déjà”
Signalons encore la prestation de Bernard Vogler, professeur à l’Université de Strasbourg “la vie politique en Alsace sous le Consulat et l’Empire”, la conférence de l’ambassadeur comte J.A de Sedouy “Chateaubriand et Molé face à Napoléon”, la projection du film “Napoléon” d’Abel Gance,,et pour la première fois en France, un festival du film Napoléonien. Naturellement, il serait fastidieux de tout énoncer en détail, et je terminerai par un écrivain iranien, Iradj Amini , qui, en la présence de Pierre Pflimlin et de personnalités strasbourgeoises, vint donner une importante communication sur “Napoléon & la Perse”, son dernier ouvrage, préfacé par le professeur Jean Tulard. Enfin, n’oublions pas l’ouverture au public de la chambre à coucher de Napoléon au Palais des Rohan, restaurée grâce au concours des fervents napoléoniens d’Alsace.
    Notons aussi qu’une autre association strasbourgeoise2   a pris en charge d’entretien et la restauration des monuments napoléoniens en Alsace : nombreuses tombes militaires et les ‘bancs de l’empereur” situés le long des routes pour le repos des voyageurs, Napoléon III ayant d’ailleurs continué la tradition. Et quelle preuve plus parlante de la popularité de Napoléon 1er en Alsace que l’oeuvre du célèbre dessinateur Hansi( 1873-1951) ! Les innombrables dessins exposés au musée Hansi à Riquewihr, édités en centaines de milliers de cartes postales, montrent, dirait-on, que l’amour de la France passe par l’amour de l’Empereur !


Jugeons plutôt, l’illustration
“Préparatifs pour aller à la messe” Musée Hansi Riquewihr
    Il est temps d’en chercher les causes. Elles sont à la fois civiques et religieuses.
    Si les Alsaciens avaient accueilli favorablement une ère de réformes en 1789, ils n’ont pas tardé à s’apercevoir de l a tyrannie sanglante qui s’installait. Dès 1790, la Constitution Civile du clergé provoqua la rupture. Cette loi organique prétendant faire élire les prêtres catholiques par tous les citoyens, juifs, protestants et a thées compris , fut catastrophique.
La grande majorité du clergé catholique refusa d’y prêter serment. Ces “réfractaires”, soit pourchassés et guillotinés, soit en fuite, soit clandestins, connurent une périodes les pires. Schneider (NDR cf notre numéro .....) l’accusateur public, mène sa guillotine de village en village ; la cathédrale de Strasbourg, transformée en “temple de la Raison”, est coiffée d’un immense bonnet rouge en tôle peinte , 1300 prêtres ont quitté l’Alsace, et, au péril de leur vie, les clandestins donnent les sacrements de l’Eglise de nuit, dans les caves et les greniers... L’Evêque “jureur” installé de force, est protégé par la police3

    Le grand mérite de Bonaparte, dès son accession au Consulat, fut de rouvrir les églises et de faire sortir de prison -il le fit lui-même à Paris, tous les prisonniers promis à la déportation ou au “rasoir national” par le Directoire. Et son rôle fut comparable à celui de Henri IV à la fin des guerres de religion. Son oeuvre de réconciliation nationale fut immense et salvatrice. Sait-on ? L’Explique-t-on dans les manuels scolaires -ou ce qu’il en reste- que Napoléon obligea, dans son Conseil d’Etat, d’anciens révolutionnaires et d’anciens royalistes, à siéger ensemble pour constituer ces fameux codes (Civil, Pénal, de Commerce...) copiés depuis dans toute l’Europe ? Il sont toujours là, modifiés, amendés, soit, et portent toujours sa griffe. La réconciliation nationale y conserve toujours son symbolisme puisqu’il voulut relier l’ancienne Franc e à la nouvelle avec les traces du Droit romain et le meilleur des Ordonnances royales.
    En Alsace, la question religieuse fut réglée à la satisfaction de tous, comme partout en France. Le Concordat du 15 juillet 1801 signé entre le Premier Consul et la Paris Pie VII, y est toujours en vigueur aujourd'hui, en ses grandes lignes. L’Eglise renonce aux biens possédés avant la révolution et les ministres du culte reçoivent en échange un traitement de l’Etat. Les autres confessions, les communautés protestantes et israélites, nombreuses en Alsace, reçoivent enfin leurs statuts au point de vue nationale, oeuvre commencée par Louis XVI, et menée à bien définitivement par Napoléon 1er. Le culte israélite est rétabli en 1806, et le Grand Sanhédrin de l’Empire français et du Royaume d’Italie se réunit à l’invitation de l’Empereur qui avait déjà reçu ses représentants le 9 février 1806. Le Président de la République Jacques Chirac a rendu hommage à l’empereur pour le 190 anniversaire de cet événement4
Ce statut officiel donné à la religion juive explique, en partie la haine d’Hitler pour Napoléon 1er !

    Je terminerai par une note personnelle. Je suis une fidèle du Mont Ste-Odile  où je passe mes vacances chaque année. Inutile de préciser les saccages, chaire, autels, tableaux, ex-voto fracassés à la hache en août 1794. L’accusateur public, Schneider, à la tête d’une horde, ne laisse plus que les murs de l’église de 1692 et... les confessionnaux. La haine du sacré les possède. Ils se ruent sur le tombeau de la sainte patronne de l’Alsace. Stupéfaits, ils trouvent le tombeau vide !
    Des fidèles d’Otrott et Klingenthal étaient montés en secret et avaient caché les ossements chez eux, à travers les chemins forestiers, zigzaguant au milieu des sapins.. Ce n’est que le 6 octobre 1800, au chant du Te Deum, que les restes de Sainte Odile seront enfin inhumés là-haut. La foi avait vaincu.
Et c’est en 1853, sous l’égide de Napoléon III que l’ensemble du couvent deviendra définitivement la propriété de l’évêque de Strasbourg 5
La foi avait vaincu, répétons-le. Mais il faut toujours que les hommes bataillent et souffrent pour que Dieu donne la victoire.
            Mme Renée CASIN.


PARMI LES CLICHES NAPOLÉONIENS ON NE PEUT CITER SON ANALYSE DE “LA LANGUE ALSACIENNE” :
Devant des soldats qui regrettaient qu’ils ne s’expriment qu’en Alsacien,
“pourvu qu’ils sabrent en Français”

Frappé sur les drapeaux des grognards, la phrase de l’empereur :  
“Vous direz, j’y étais”

Ou cette phrase des conscrits malgré eux : “nous les petis, les obscurs, les sans-grades.. Ne l’étions-nous pas fatigués ? “


Rédigé par Rédacteur petite lanterne

Publié dans #alsace histoire

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