Carnaval : un temps hors du temps...

Publié le 30 Janvier 2008

Carnaval : « un temps hors du temps ». marqué par la satire, l’inversion, les transgressions et les mascarades.  Deux noms, deux fêtes en Alsace le Bürefastnacht, dimanche précédant mardi gras, carnaval des paysans, par opposition au carnaval des seigneurs, Herrenfastnacht, le dimanche suivant mardi gras.

Cette année la fête de Pâques  étant célébrée le 23 mars, le carême (la précédent de quarante jours avant) débute le mercredi des cendres, le 6 février. Mardi Gras, la veille, tombe cette année le5 février.  Souvent le français a l’impression que tout commence le mardi gras, en fait dans de nombreux pays d’Europe toutes les festivités de carnaval s’achèvent, c’est le bouquet final, l'apothéose...
 

Longuement encadré le carnaval débutait dans la tradition germanique dès le lendemain de la fête des rois, soit le 7 janvier et s’étendait jusqu’au mercredi des cendres.  Occasion de bien des excès de table et de mœurs, elle a suscité de nombreuses controverses. (ci-contre : l’ours de Wenns, Tyrol, fête le 30/01)

Le Carnaval survit principalement en terre catholique , ou chez les orthodoxes sous d’autres formes,  par ricochet ou compensation de la rigueur avec laquelle on respectait le temps du carême.  on discerne de nombreuses réminiscences de pratiques dont nous avons souligné le caractère ancien et païen durant le temps de l’avent. Assez étrangement on retrouve des feuillus, des ours, s’y ajoutent au Tyrol des Klause  (très représentatifs du temps de l’avent) et personnages revêtus de masques assez impressionnants qui sont les symbolisations de l’hiver de la rigueur, des divinités de l’hiver. L’ours  qui subsiste dans certaines communes françaises et allemandes figurent dans les défilés. Ce serait une transposition des montreurs d’ours qui survécurent jusqu’au début du siècle dernier, pour les uns, ou pour les autres le symbole de la force printanière couvant sous les rigueurs de l’hiver.  Geiler de Kaysersberg, célèbre prédicateur alsacien, dit que lors du carnaval des femmes, les alsaciennes rendaient hommage à Meiger, Meiger Bertsch, un « homme déguisé en ours ou en homme sauvage ». Elles devaient le toucher de leur doigt et prononcer un serment sur son sexe. Il y trouve un lieu avec un culte en l’honneur de Bacchus. En 1681, ce sont  les excès à l’égard d’un bouc (animal qui existe toujours dans la tradition suédoise au moment de  noël) dans la ville de Wihr-au-Val dans la vallée de Munster  qui sont dénoncés par le curé auprès de ses supérieurs le jour du carnaval des femmes. (Il a disparut en Alsace entre les deux guerres mondiales)
Ce jour  (mardi) succède au lundi du cerf, décrit dès le XVème siècle par le même Geiler de Kaysersberg « Hirzmontag ». On pense que les cavalcades bruyantes sont destinées à réveiller la nature endormie, mais qu’elles réveillent aussi les forces infernales et qu’il convient de faire fuir. Mannequins de paille  , feuillus, sont alors brûlés, noyés ou décapités. (ci-contre Tarrenz 6 février)
Défilés.
Tout débute à l’angélus de midi par la bénédiction à l’eau bénite des masques et des costumes et les défilés s’achèvent selon la tradition à la sonnerie de l’angélus du soir. En effet à 6 heures, au moyen-âge, commençait le nouveau jour, donc le mercredi des cendres.  Ce rite montre bien la christianisation d’une coutume ancestrale propre au Tyrol. On retrouve des montreurs d’ours, des sorcières grimaçantes dont les chalands doivent se méfier. Elles symbolisent les maladies de l’hiver. On croise aussi des  cavaliers,  d’autres ressemblant aux Nicolas de la région suisse (ainsi qu’à ceux qui souhaitent la bonne année dans d’autres cantons suisses) portant sur le ventre d’immenses cloches (3-4 qui peuvent atteindre le poids de 30 kg) et sur la tête une mitre proéminente serties de pierres  et de broderies , (« Schellenrührer » en Bavière ) des costumes inspirés de tenues anciennes ou d’anciens métiers font également partie des défilés.
De l’autre côté du Rhin, on trouve aussi des masques et des costumes spécifiques à chaque village. Ce qui permet de défiler anonymement mais en groupe. Ainsi telle ville a un costume particulier d’une femme portant un mannequin homme sur son dos. (Qu’elle entretient et porte sur son dos -au sens propre et au figuré- en Bavière,  elle porte le nom de « Gretl in der Buttn » ou « Krätznweibla » ), un autre drôle de costume,  sera celui d’un diablotin, une sorcière ou un esprit, ou encore des couples fantaisistes.  D’autres défilent constituant  « de drôle de chapeaux sur pied » portant un masque immense sur le ventre. Pour compléter cet étrange inventaire, on pourra voir des personnages « cerfs », moins impressionnants, des costumes de métiers (marchands ambulants portant l’étalage de leurs marchandises à vendre sur leur dos), fermière (portant  ses foins sur le dos), soldats d’une autre époque, Harlequin (de Via Reggio) ou personnage de fantaisie, masqués dorés de Venise. (ci-contre un masqué de Tarrenz, Tirol)

 Les batailles de farine, de suie, de fleurs, de confettis ne sont que les héritiers des produits porte-bonheur destinés à réveiller la nature.
Personnification de la fête
Chez nous, dans certains villages d’Alsace , un pauvre bougre est souvent rétribué pour jouer le rôle de l’homme feuillu qui est sacrifié (rituellement) en le jetant à la fin des agapes, le mercredi des cendres, dans le ruisseau, une mare ou une fontaine, quand il n’est pas couvert de coups de bâtons.  L’homme sauvage est également réinterprété dans ces créatures sauvages et ces masques grimaçants.  La plupart des membres défilant portent des bâtons,, fouets qui claquent, plumeaux qui servent à chasser, ou souffler le mauvais esprit. Revêtu du masque, le comportement n’est plus inhibé, il se dépasse, l’homme peut rompre avec son sexe, sa situation sociale, sa position, son statut ou son rôle. Ce n’est pas pour rien que lors des défilés, les masqués portent tout de même un numéro permettant de les identifier en cas d’écarts de comportements notables.
Une théorie explique le foisonnement dans toute l’Europe de ces « hommes sauvages » par les récits des voyages des explorateurs des XV et XVI e siècle avec leurs gravures et leurs représentations à la Cour de France de « ballets de sauvages ».
des grelots ou autres ustensiles pour faire fuir les esprits de l’hiver.








Les masques contemporains  ne sont pas forcément très travaillés, si aujourd’hui la firme César fait fabriquer ses moulages plastiques rigides ou mous en Chine ainsi que des costumes tout-prêts à louer ont succédé aux masques de papier mâché et de carton du siècle passé, ils ne concernent que les enfants de notre temps, ces costumes et masques étaient et sont toujours portés par des adultes. 
Jadis. Ces masques sont généralement uniques et fruit du travail personnel de l’hiver d’un artisan, ce sont des sculptures recherchées en bois, en terre, cuite, en porcelaine, en papier mâché existent toujours dans les régions vénitiennes, italiennes, autrichiennes, bavaroises ou du Bade-Wurtenberg.

Le seul et apparemment simple costume d’Arlequin recèle déjà toute une symbolique : couleurs dépareillées symbolisant le non-respect de l’ordre établi, de la rigueur sociale.
Les costumes « inspirés de la nature » sont eux issus d’une volonté rurale de dominer les forces hostiles de la nature. Ce thème est repris dans les prières de rogations ou les bénédictions de la demeure (telle celle de l’épiphanie et C+M+B inscrits sur les demeures).

Les masques servent à des cavalcades, à des défilés dans les rues des villages. Ils sont issus des cortèges urbains du moyen-âge et se sont répétés jusqu’à la Révolution (Van Gennep 781).  Tous grimés, nos ancêtres, faisaient les fous, bravant tous les interdits sociaux. La fête débutait par l’inauguration d’un roi carnaval et s’achevait souvent par une cérémonie rituelle du feu, signalant la fin des agapes et également la disparition des fautes commises. Surtout celle du fameux « Rosenmontag » ou carnaval des femmes, (mot à mot : lundi rose, traditionnellement chômé avec le mardi gras dans les villes allemandes).
A la fin de la fête dans la ville de Nice, afin de ressouder les couples, se tenait le « festin des reproches » où l’on confessait à son époux les excès, ses infidélités. Puis on se rendait ensemble au couvent afin d’y entendre la messe. (Du moins jusqu’à la loi de séparation de l’église et de l’état, précise Van Gennep).

La fête de carnaval est incontournable, « Fastnacht verhungert niemand » « Personne ne meurt de faim le jour de mardi gras » « Ob’s warm, ob’s kalt, in jedem Fall : viel Narren gibt’s im Karnaval  », quel que soit le temps, il y aura des fous au carnaval.  Car  le temps de carême est rigoureux et unanimement respecté, bravant les corps gras, la viande. Certaines ménagères, précise le folkloriste Van Gennep dans son folklore français, astiquaient soigneusement les poêles et marmites afin d’en supprimer toute trace de matière grasse.   « Fastnacht braucht jeder, seine Pfanne selber ».
Car au final « wer lange gefastet hat, dem sind rohe Bohnen süB » « car celui qui a longtemps jeûné, trouvera les haricots crus sucrés ».
« Qui est fol est sage » dit un proverbe ancien. Un autre proverbe dit aussi qu’à celui qui a très faim, le moindre morceau pain semblera aussi doux que du pain d’épices.
Van Gennep révèle qu’un dicton du folklore français (La Chesnaye) interdit de « garder son masque sur la figure le Mardi-Gras en passant devant un prêtre, sinon il y resterait collé toute la vie ».  Histoire de respecter la religion dans les excès prévisibles après avoir toléré les excès mais ne débordant pas sur le mercredi des cendres, toujours « jour de jeûne et d’abstinence obligatoire » avec le vendredi saint après le Concile de Vatican II. Si tu n’es pas là ?

carnalasque.jpgmasque2.jpg
  Réponse à une question souvent entendue, la fête de pâques est située en 325 par le Concile de Nicée le premier dimanche après la première lune de printemps. Dans un premier temps, le carême durait 6 semaines. Les dimanches en sont exclus après le Concile de 1091, la suppression de ces jours a fait reculer le début du temps de carême au mercredi des cendres.
  Ou débutait jadis même le 11 novembre à 11.11
  il a disparut en terre protestante ou évangélique à la seule exception du carnaval de la ville protestante qu’est Bâle. (Basel). Il en fut de même en Angleterre, dès la réforme entreprise par Henri VIII. Disparaissent alors les carnavals avec le carême.
L’église encadre la fête, tolère les excès mais exclut tout débordement des fêtes le mercredi des cendres resté jour de jeûne et d’abstinence obligatoire.
  On peut citer la  « Milchwoche » des russes.  Semaine du lait, produit consommé abondamment à travers notamment les « blinis » crêpes au lait un peu épaisses.










Rédigé par Rédacteur petite lanterne

Publié dans #traditions

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