choisir un prénom en Alsace...

Publié le 15 Janvier 2008

IMG-0836.JPGLe choix du prénom en Alsace
Un prénom pour la vie disent les ouvrages, un saint patron,  la définition de l’être le choix des prénoms ne semble pas si anodin, il a beaucoup changé au cours des siècles, la petite lanterne vous dévoile les prénoms alsaciens typiques …

Le Baptême des enfants  laisse un signe pour l’époque contemporaine, c’est l’adoption d’un prénom usuel, en même temps que le choix d’un parrain et d’une marraine (voir 2 et 2 chez les protestants, selon F. Sarg). Si les prénoms ont toujours été donnés, jusqu'à  la progression de population du moyen âge (plus précisément à partir du 12ème siècle ) qui a obligé de créer les noms de famille afin d’identifier avec précision les personnes portant le même prénom dans la ville ou la cité. L’acte de baptême lui confère une existence aux yeux de la communauté villageoise et paroissiale, « naissance sociale » selon F.Sarg . Les noms de famille sont alors nés, reprenant des caractères morphologiques (grand, chevelu, roux…) , des métiers ou des fonctions, des traits de caractères, des noms semblant nobles sont en fait des noms ironiques, ainsi roi, duc pouvait très bien être une façon d’ironiser sur le comportement ou la tenue d’untel, de son origine villageoise ou géographique. On trouve trace d’un Jean de Dambach, qui évoque un lieu géographique et non un signe de noblesse. Des tailles « klein » des métiers maréchal-ferrant, meunier… (Schmitt, Muller)… Ces noms de famille se sont alors transmis.
Arrivons aux prénoms, à l’époque carolingienne, les prénoms chrétiens restent l’exception, ils se généraliseront ensuite. Les protestants ont jusqu’à une époque récente privilégié, comme les juifs, les chrétiens méthodistes et ménonnites alsaciens,  les prénoms bibliques, les Sarah, David, Jonathan,  ont été nombreux. 

Les Catholiques, eux, après le Concile de Trente (1545 à 1563, Concile de la Contre-Réforme, initiée par le pape Paul III) suivirent sa recommandation à cet égard, ils prirent l’habitude de revêtir le nouveau-né du patronyme du saint du jour de leur naissance.  Ainsi disparurent  au moyen-âge, les vieux prénoms germaniques liées à des divinités. Souvenons nous de la blague des fêt.nat. qui seraient nés dans certains villages d’ignares. Les registres des baptêmes nous renseignent sur ces prénoms alsaciens dont les trois principaux furent Jean (Hans) (C’est le prénom le plus porté au XXème siècle, il s’effondre en 1970 et recommence peu à peu à être donné) ;
Joseph  (Seppi) ;
Et Marie (avec ses variantes nombreuses).

Le site « Notre.famille.com » donne la population des prénoms par département, son origine et le nombre d’attribution. Ainsi si en France, le prénom Louis a battu son record d’attribution en 1921, il est à nouveau en 13 ème position après s’être fait un peu plus rare.

Nous avons également en Alsace de nombreux saints locaux : Odile (au pied du Mont éponyme) en l’honneur de la patronne de l’Alsace et bien évidemment on pouvait à la fois honorer Odile et la Vierge Marie en créant Marie-Odile. Des variantes croisant Marie et Anne, dans les deux sens, reliant la petite famille alsacienne à la Sainte Famille  et à ses ancêtres.

Léger (dans la Vallée de Guebwiller), Thiébaut (Theobald) (dans celle de Thann), ou encore Morand (dans le Sundgau). Mais dans les vallées comme Sainte-Marie aux mines ou Schirmeck influencées par le versant francophone des Vosges ou par les afflux d’ouvriers de Suisse ou des villes, on trouvera de nouveaux prénoms et de nouvelles idées pour baptiser sa progéniture. Les livres et les statistiques des prénoms des naissances n’étaient pas encore un succès d’édition, ni une préoccupation centrales des familles. Les prénoms révolutionnaires ne connurent pas un grand succès en terre alsacienne et ceux qui en avaient été affublés (sans joie) sans débarrassèrent une fois l’orage, la Terreur,  et la guillotine (d’Euloge Schneider) éloignés. 
Napoléon a connu de très nombreux « enfants » dans le pays alsacien, avec sa fête le 15 août, qui était la Saint Napoléon nous avait signalé un fidèle lecteur. L’occupation allemande a donné des Adolphe mais de l’autre côté du Rhin, assez peu en Alsace. Les prénoms ont d’ailleurs été choisis comme pouvant être traduits aisément par les familles dans l’espoir de la Libération.  Le changement de nationalité à quatre reprises a engendré des modifications substantielles de l’Etat civil qui a été francisé puis germanisé et réciproquement dans nos registres et sur les pièces d’identité.


Dans le nouveau testament, à la question posée à Elisabeth, l’épouse du prêtre Zacharie, « quel nom veux-tu que porte l’enfant (Jean le Baptiste) ? » (Saint Luc) On est fort étonné de ce choix, car personne dans ta famille ne porte ce nom.  Il a été courant dans les familles du XIXème siècle et au début du XXème de garder (tel un patrimoine familial) ou de se passer le prénom de son père en fils et de mère en fille. Cela ne semble pas très original, mais permet de garder des racines. Les archivistes et les généalogistes qui étudient d’anciens documents y perdent leur latin et confondent ainsi les générations. Il demeure des cas isolés dans les générations des années 70. La pratique est plus répandue Outre-Atlantique avec les I,II,III ème du nom, junior, senior…

On a accolé plus récemment un deuxième prénom à celui donné à son enfant, à l’instar des prénoms qui naissent, sont élitistes, très répandus, puis meurent pour renaître une centaine d’années environs.  C’était un des « privilèges » des familles bourgeoises du XIX ème siècle, qui gageons-le, complique l’apprentissage de l’écriture du prénom à l’entrée de l’école primaire. 
Charles-Henri, Charles-Hubert n’ont qu’à bien se tenir !

Prenons les exemples des Amélie de nos arrières grand-mères, très répandues dans les années 90, elles seront sans doute, à nouveau, démodées dès demain. Les Arthur  (du roi et de Merlin, copine avec Mélusine) d’un autre temps très en pointe avec les Thibault vieux prénom de la vallée de Thann. Les prénoms naissent et renaissent.
Nos vieux livres de mathématiques donnaient des exemples avec des Jacques, Louis et des Paul, nous les reverrons bientôt courir dans les rues, avec non des bérêts mais des téléphones portables !! A quand les retour des Gaston ?

Jeux de mots… maux  laids !
Là où cela pose des interrogations, c’est lorsque les parents tentent des jeux de mots que l’enfant devra porter 90 longues années et subir les mêmes remarques… Songez-vous à votre progéniture ? Au calvaire à porter ? Une fillette surnomée « Myrtille  » en soquettes ou en barboteuse c’est bien joli, mais lors d’un entretien d’embauche ? Si en plus, elle se nomme « Tartelet », on se demande si elle habitera Chantilly ? Ou sera pâtissière ! Elle fut appelée au pore-voix un jour de rentrée des classes… et un ange passe !
Nos saints chrétiens, dont la liste a été allongée par Jean-Paul II voulant ainsi démonter la vitalité et l’actualité de l’Eglise, constituent une source inépuisable dans tous les sens du terme.
Car le prénom a plus de sens, de profondeur qu’un simple moyen de s’identifier et de se faire connaître et appeler sans risque de confusion.

Le sens religieux du prénom : dès le sein de ta mère, je t’ai appelé par ton nom, dit la Bible. Il n’existait pas de nom de famille, c’est bien du prénom dont parle la Bible dans Es. Au chapitre 49.  On voit l’importance du prénom. L’entrée dans les ordres, symbolisant la renaissance, provoque elle aussi la prise de l’habit et d’un nouveau prénom. Ce choix révèle l’importance de « se faire appeler ».  Pour les Israélites comme pour leurs voisins, le nom exprime en quelque sorte l’ensemble de la personne. Il en va de même pour l’animal ou l’objet. Un homme sans nom n’est rien « Fils d’insensé, fils d’homme sans nom ». Job 30,8, Chez les Hébreux connaître le nom d’une personne, c’était déjà posséder sur elle un certain pouvoir. Les noms des enfants de Jacob illustrent les circonstances dans lesquelles ils sont venus au monde, citons le seul exemple de Moïse tiré des eaux. La conversion provoque la métamorphose totale entraînant dans son sillage le nom. Abram devient Abraham, Saraï devient Sara. Dans le Nouveau Testament Simon de Bethsaïde (son lieu de naissance, pas d’habitation) est débaptisé en Pierre. N’oublions pas Saül (persécuteur des chrétiens) qui transformé en disciple devient Paul.
On prenait aussi le nom de celui qui était mort sans descendant mâle. Cette faculté existe toujours en droit civil français pour les noms en voie de disparition.
Mais prendre le prénom est aussi un signe de propriété. « Je t’ai appelé de ton nom, tu es à moi » dit Yahvé à son peuple (2.Sm.18) Le nom implique alors la propriété, l’alliance, l’appartenance.
Le prénom peut même avoir une force mystique, car Jésus interroge le démon du possédé avant de l’exorciser, c’est bien que la question a une importance. Ils lui répondent d’ailleurs qu’ils sont légion, car ils sont plusieurs.
La puissance du nom de Jésus a d’ailleurs été, avant le Concile Vatican II, du fête, du début de l’année. (La fête du saint nom de Jésus, le dimanche entre la circoncision de  Jésus et l’Epiphanie). Il arrive dans la Bible que les envoyés de Dieu refusent de dire leur nom (Manoah pose la question à l’ange, en vain). D’ailleurs invoquer le nom de Dieu ou de l’Esprit saint « en vain » est considéré comme une faute à l’égard du décalogue. Ce nom est célébré, loué, craint, seuls les « insensés le méprisent ». L’interdiction de nommer le Seigneur, a donné naissance à des formules comme le Très haut, Sabaoth, Jéhovah (Comme il était interdit de prononcer son nom on a glissé des voyelles, un peu au hasard dans le tétragramme ce qui donne Jéhovah, cf. les témoins de Jéhovah YHWH).
Malgré la puissance du prénom de Jésus, par respect sans doute, est rare en Europe centrale de d’attribuer ce prénom à un enfant, la tradition est plus répandue en Amérique latine.

 Le Catholique et l’Orthodoxe croit à la protection de son saint patron, en plus de son ange, il est donc important d’être en accord lui, d’étudier ses traits de caractère. Une communauté nouvelle (Renouveau Charismatique) a ainsi l’habitude de faire tirer au sort une fois l’an dans un panier, un nom d’un saint patron chargé d’accompagner le croyant une année durant et de recueillir des grâces. A charge pour celui qui est ainsi patronné de mieux apprendre à connaître le saint qui lui fait l’honneur de partager sa route.
 

Anciens prénoms « alsaciens » :
Othon (empereurs), Adélaïde (la femme d’Othon II), Aldaric, Adalbert  (966) (moine bénédictin abbé de Wissembourg), Hune (sainte qui a donné son nom au village viticole de Hunawihr, apparentée à la famille de Sainte Odile),  Gondelinde  (sainte, nièce de Ste Odile), Attale, Quirin (officier romain dont les reliques se trouvent à Saint-Quirin en Moselle et dans deux paroisses en Alsace)

Les prénoms alsaciens et leurs diminutifs :
Revenons en Alsace, Si Hans donnera Jean mais il donnera aussi Johannes
Avec le suffixe…le (Basse)Alsace) ou le suffixe la (Haute-Alsace) accolé à ce prénom  alsacien ou français, on obtient de jolis prénoms d’usage qui signalent un attachement, une familiarité sympathique, une amitié, une gentillesse.  Cette première liste est extraite de  Toute l’Alsace, Coutumes et Costumes, par Ph.Legin, SAEP, Colmar.


Antoine : Toni
Arthur : Türi
Auguste : Güsti, Guschti
Christophe : Stoffel
Frédéric : Fritzel, Fritz, Fritzele
Gervais : Fasisus
Georges : Jerri
Ignace : Natz, Natzi
Jacques : Jockel, Jockele
Jean : Hans, Hansi, Hansela, Schangi, Schangala
Joseph : Sepp, Seppi, Seppele
Matthieu : Thebis
Nicolas : Claus, Clevin
Philippe : Lippel
Rodolphe : Rutschi
Sébastien : Bastian
Thiébault
Ulrich : Voli
Valentin : Velte, Valte

Prénoms féminins :
Anne : Nannel, Nannele
Catherine : Katt, Kattel
Elisabeth : Elsa, Elisa, Lisbeth, Betty
Joséphine : Finnel, Finnela
Madeleine : Lennel
Marie : Marikele, Mikele`
Odile : Delli
D’autres recherches ont également donné des prénoms plus germaniques qui ont été attribués en Alsace aux différentes périodes germaniques.
Pour les garçons :
Alfred, Freddel
Alfons, Fons
Barthelemy, Bartdelmbes
Charles , Charele
Claus,
Elmer,
Franz,
Gerhardt,
Guillaume, Willi – Hèmes
Hubert, Hübes
Kasper,
Lorenz
Matthis,
Max, Matthis
Patrick, Pates
Raymond, Remès
Renald
Peter,
Victor, Vickes
Walter,
Wilhelm
Pour les prénoms de filles :
 Greta, Gretel ;
Hilda,
Hansy (féminin de Hans)
Lidy
Odetta
Othilie
Ruth
Barbara, Barvel
Frida,
Fursy ,  Suzel, Hildegarde, Wilhelmine
 


 
Voilà donc les premiers appelés et désignés, le jour de leur baptême, le parrain et la marraine proche. Les Océane, Marine, brise Marin, Marina  et autres noms de sauces aux fruits de mer ou désodorisants d’ambiance, de complexes balnéaires et de rues piétonnes de bord de mer n’ont qu’à bien se tenir. Il convient de songer à la dimension profonde de nos prénoms qui méritent bien plus que d’être le défouloir ou les lieux d’exercices de rimes ou d’allitérations, on leur suggère de les tester sur les noms des poissons rouges qui eux, paraît-il, n’entendent pas nos bêtises humaines.  

La vague des séries télévisées américaines glisse également vers sa fin, la vague recule des Kevin, Jonathan (l’amour du risque) Jennifer,(Star académy),  Jérémy qui ont hanté les écoles primaires et s’en viennent en Faculté maintenant. Ils sont trop populaires et dédaignés par la classe moyenne. Mais les remplacent les gagnants des dernières éditions de Star Académy. L’effet est garanti, comme jadis avec les chansons Emilie jolie ou le film Amélie Poulain.


Le prénom devient donc plus qu’un attachement à un saint patron protecteur ou une référence à la réussite d’une vie spirituelle, un marqueur social d’appartenance à une classe ou à la représentation psychologique de sa classe d’appartenance ou de référence.  Nous voilà bien éloignés de notre thème.
Point de repère, une fois de plus dans ce monde troublé, Signe de l’attachement à la Vierge pourrait-on penser, Marie (voir encadré) est le prénom le plus attribué au XXème siècle, 81 278 en
1901 et elle reste toujours en 7ème position des prénoms donnés, c’est
l’exception des prénoms qui ne vieillit pas dans tout cet Océan(e) de prénoms digne d’une cour de récréation.




Le saviez-vous :

Chez les romains, on portait
Un  Praenom
Un nomengentilicium (lignée)
Et un cognomen (surnom).

Les Chinois auraient porté un nom de famille depuis 5000 ans.



Ils reviennent, après Kévin Jonathan et Amélie

Retour en cours ou prévu :

Jeanne, était deuxième au début du XXème siècle est en 42ème position en l’an 2000.
Louise est de retour depuis 1990 ;

Juliette qui atteignait son chiffre record en 1902, est à nouveau en 19ème position

Lucie, (Ste Lucie très fêtée en Suède et en Sicile, son pays d’origine) prénom très populaire au début du XXème siècle est en 11ème place en 2000.


Retour des prénoms du classicisme grec ou des traditions celtiques : Antoine, Clément, Adrien, mais aussi des prénoms tels que Baptiste, Jules, Arthur, mais chacun avec d’autres connotations que jadis. C’est le miracle du cycle des prénoms.



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Rédigé par Rédacteur petite lanterne

Publié dans #traditions

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