Saint Joseph, l'inconnu de la crèche...

Publié le 7 Décembre 2007

IMG-0647.JPGSaint Joseph, sa discrétion se démontre une fois de plus ici. C’est un des personnages les plus effacés, mais dont le rôle est essentiel, de l’évangile, « homme juste » selon l’évangile, « celui qui ne dit mot » mais qui consent de son plein cœur et de son âme. St Luc dit seulement de lui que Marie est « fiancée à un homme nommé Joseph de la Maison de David ».

 L’héritage du roi David est prestigieux mais concerne une famille relativement grande, la tribu de David. Il faut rejoindre les textes de St Mathieu pour en savoir davantage à son sujet.   Déjà son nom est important, en hébreu, son nom signifie Yoseph : que Dieu ajoute » (d’autres enfants). Si Marc ne commence à nous raconter Jésus qu’à partir de sa vie publique, il nous dit « n’est-ce pas le fils du charpentier , le fils de Marie » (VI,3) Luc précise « n’est-ce pas le fils de Joseph  ? » sans citer Marie (IV,22) on voit bien que les textes se complètent.

Son métier est bien plus large que le charpentier actuel, il comprend tous les métiers du bois, scieur, ébéniste, sculpteur, constructeur de maisons, d’engins et d’outils agricoles. C’est un artisan polyvalent. La tradition copte est unanime : «Il travaille le bois ».
D’ailleurs si le premier évangile  cité avait disparu nous ne saurions que peu de choses sur lui. Car nous apprécions avec lui les réactions du fiancé au mystère de l’Incarnation, qui prend d’abord des allures de trahison du pacte de fiançailles. Très discrètement, il nous apprend que « Joseph prit chez lui, Marie, son épouse » et « sans qu’il l’eût connue, elle donna naissance à un fils auquel il donne (cette tâche revient en effet à l’homme, comme Zacharie dont la langue est déliée dès qu’il a inscrit le nom de Jean sur la tablette pour « baptiser » Jean le Baptiste) le nom de Jésus. » Sans Luc, point de récit de la Nativité.
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L’Incarnation :
Dès qu’il aura passé une phase de doute, liée aux prescriptions de sa foi juive, il devient un homme d’action et protecteur.  
Les fiançailles juives sont un acte contractuel fort s’apparentant à notre mariage, exception faite de l’obligation de cohabitation. Mais le Talmud nous apprend que le fiancé pouvait « prendre possession » de son épouse (c’est-à-dire consommer le mariage) sous le toit de son beau-père.
Selon la loi juive (Deutéronome XXII) l’enfant conçu avant la cohabitation était considéré comme légitime . S’il y avait adultère, le mari devait répudier l’épouse car la fidélité ayant été rompue par cette dernière qui était fautive. Répudiée elle aurait été lapidée, car la faute « entraîne le châtiment capital ».  Et donc par son geste, Joseph, le mari légal sauve la vie à Marie et à son enfant. Y songe-t-on ? La beauté de l’Incarnation qui se heurte déjà au risque de la mort. Comme pour les saints Innocents massacrés par Hérode, en lieu et place de Jésus.
Il pourrait la répudier étant enceinte hors de toute relation conjugale. Mais comment l’aurait-il comme dit le texte « répudiée en secret ? ». Et à cause du chagrin, il ne mangea ni ne but (dit le texte copte).
 L’Ange du Seigneur (Est-ce Gabriel qui en est chargé ? ) lui apparaît en songe, nous dit Matthieu (1,18-21) avec la mission de lui expliquer (en l’apostrophant : « Joseph, Fils de David » lui rappelant ainsi la prophétie, qu’un juif pratiquant dans l’attente Messianique ne pouvait ignorer) qu’il ne convient pas de le faire Marie étant pure et sans reproche et ne l’a donc pas trompé.
La réputation de Marie et de Joseph sont donc intactes.
 Les apocryphes, notamment le protévangile de Jacques (chapitre XIV, évoqué par Daniel-Rops in les évangiles de la Vierge page 141) nous racontent les doutes de Joseph (présenté comme vieillard) « Qui a souillé cette vierge ? (…) je l’ai reçue du temple et je ne l’ai point gardée ». Tout en rajoutant une épreuve à laquelle on soumet Marie l’épreuve mortelle, telle les ordalies, du jugement de Dieu par les « eaux amères » dont elle se sort indemne, leurs réputations respectives étant sauves.
Mais revenons au texte biblique,  Joseph prend donc Marie chez lui,  il devient, selon la formule éloquente de Bossuet,  « le dépositaire de la sainte virginité de Marie ».

Recensement et naissance :
Dès l’annonce de la joie faite à Joseph, ils partirent pour Bethléem s’inscrire sur les listes de recensement. Les textes coptes précisent que Joseph inscrit la famille et Jésus avant même sa naissance avec son nom. « Celui-ci n’était pas encore né ! » s’exclame le texte copte. Mais selon le texte arabe de l’ « Histoire » selon les noms de Joseph et Marie furent enregistrés.

S’échinant à prendre le couple en main, à organiser un voyage (malgré l’état de parturiente de Marie), à les loger (malgré le manque de place dans la salle commune, pas vraiment adaptée à l’intimité d’un accouchement). Le protévangile de Jacques de Jacques (chapitre XVIII), le Pseudo Matthieu  le recopie, nous apprennent que « Joseph découvrit une grotte et y fit entrer Marie ». Etant originaire de Bethléem cela lui fut sans doute plus facile. Joseph endosse donc en quelque sorte la paternité de la Crèche.
La naissance même, selon les textes coptes, il n’y assiste pas il cherche une sage-femme.

On  le voit ensuite attentif à toutes les prescriptions rituelles, il exécute les préceptes de la loi pour Jésus, en présentant Jésus au temple « rachat de son fils premier né ». On note aussi que la sainte Famille est pauvre car c’est le minimum qui est donné au Temple. Que les Mages ne sont pas encore passés voir la Sainte-Famille, car ils ne peuvent donner plus que les colombes.

Au même moment, Jésus est présenté à Siméon et Anne.

Puis Joseph prend pleinement ses responsabilités paternelles durant la fuite en Egypte, ou les jeunes années de l’Enfant. On peut dire qu’il a été le personnage central de l’enfance de Jésus, en tant qu’époux de Marie, père adoptif de Jésus, ou père aux yeux de l’humanité.  Vu la mortalité infantile connue encore il y a quelques décennies,(1880 en France, 17 % des enfants décèdent avant le premier anniversaire),  la protection réussie de la Sainte-Famille doit peut-être quelque chose à la « force tranquille » de Joseph.

La fuite en Egypte est considérée par les locaux comme un « honneur pour notre terre » chauvinisme oblige ! La venue des rois mages aurait eu lieu pour le texte copte « dans ans après sa naissance, ensuite ils s’enfuirent en Egypte » les faisant ainsi vivre deux ans en Egypte. On signale même les nombreux lieux qu’ils auraient parcourus ou visités.
Il ne peut donc manquer dans la représentation de crèche, comme certaines crèches modernistes l’en efface.  Souvent muni d’une lanterne symbole de sa paternité adoptive (On remet un cierge pascal au parrain lors d’un baptême).
Dans l’homélie des Saints Innocents (Synaxaire 26 Abîb) « Les Mages étant entrés dans la maison (NDR : et non la grotte, mais on ne les imagine pas restant plusieurs jours dans la grotte), trouvèrent l’enfant Jésus, sa mère et le juste vieillard Joseph » (page 29 de Saint Joseph dans la tradition copte)

Plus tard, aux 12 ans de Jésus,  Joseph fera  accomplir le pèlerinage annuel à Jérusalem. Jésus après cet épisode de «fuite » au Temple pourrait vexer Joseph en appelant le Temple de Jérusalem la « maison de mon père » mais l’homme est juste remis à sa place de Père adoptif (l’évangéliste ne cite pas son nom mais parle de « père et sa mère ») et Joseph médite ses paroles, une fois de plus, content d’avoir retrouvé leur enfant,, ne dit rien et consent. D’ailleurs Jésus ne fait pas une crise d’adolescence car l’évangile dit qu’il « leur était soumis ».  (St Joseph et l’Enfant Jésus, statue de l’église saint André d’Eichhoffen)

Joseph tenant une fleur ? ou un bâton fleuri
 « Le saint vieillard, dont les cheveux blancs étaient comme les bourgeons de l’arbre du paradis, c’est-à-dire de l’arbre de vie (…) Il fit le protecteur du jardin (Marie) dans lequel était cachée la fleur (Démétrius IV-Vème siècle)     (Mais les représentations un peu plus anciennes le montre avec un bâton, ce morceau de bois fait référence encore une fois à un texte apocryphe , celui du pseudo-Matthieu, chapitre VIII, on y voit l’attribution de Marie, protégée du temple, élevée en son sein, par les prêtres laissant au hasard (donc à Dieu) le soin de lui désigner l’homme qui l’aura. L’homme dont du bâton s’envolera une colombe « plus blanche que neige » se verra décerner Marie arrivée à l’âge nubile 14-15 ans. Très timide et discret, Joseph, n’ose se signaler. Ce bâton lui sera ainsi souvent accolé dans les représentations statuaires ou picturales.
Un peu plus éloigné dans certaines représentations voulant la place centrale à l’Enfant et à sa Mère, cela évoque bien sa discrétion.

Se brosse donc, le tableau d’un homme droit et rigoureux qui transmet sa force, sa sagesse, son métier (tectôn en grec artisan du bois, Mt 13) à son fils adoptif et son réconfort à Marie. Il semble avoir quitté ce monde, lorsque débute la vie publique de Jésus autour des 28 ans, car l’évangile décrit Jésus en « fils de Marie » et non en « fils de Joseph ». Ce qui ne peut-être une formule ironique, car même les apôtres en usent.

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Le pseudo-Matthieu y voit un Ancien, le protévangile de Jacques : un « vieillard » qui a des fils « Moi qui suis vieux et qui ai déjà des fils » (Chapitre X).   Il a épousé Marie à 89 ans et serait mort à 111 selon une tradition.  Selon le calendrier copte, le mois de Abîb le  26, « le jour du repos de celui qui atteignit une belle vieillesse ». Ce mois entier est dédié à  St Joseph.  Dans le premier cas, on souligne alors sa grande pudeur et son respect de sa consécration mariale, dans le second cas on met plus en valeur sa protection. Sa disparition est un fait, au cours des Evangiles, il n’est plus fait mention de Joseph lors de la vie publique du Christ. St Jean signale même qu’il devient le Fils de la Vierge, selon les désirs du Christ en croix. C’est donc qu’elle est veuve.  Les apocryphes désirant combler ce que la sainte écriture ne dit pas on ainsi, une fois de plus comblé le vide, au moyen d’un texte ancien, de la fin du IVème siècle rédigé en Egypte que la découverte de fragments coptes et égyptiens ont permis de reconstituer, il s’agit de « l ‘histoire de Joseph le Charpentier » attribué, excusez du peu, à Jésus lui-même, s’adressant à ses disciples. L’âme de Joseph y est emportée au ciel, tandis que le corps est intact. On retrouve un récit de la fin de vie proche de celle de la Vierge Marie. Ce texte, s’il est peu cité, a néanmoins inspiré l’art, car on y voit Marie et Jésus entourant Joseph. Quoi qu’il en soit, son culte est fervent en Orient dès le Vème siècle, notamment chez les Coptes, ils mettent en valeur plus particulièrement la fuite de la Sainte Famille (voir ce mot) en Egypte, proximité géographique oblige.   Le culte à Saint Joseph en Occident est bien plus récent, même si sa présence dans les crèches n’est contestée par personne. Il entre au martyrologue avant le IXème siècle en Occident et le Xème en Orient. Il est fêté chez les Grecs, au IX et Xème siècle le dimanche avant Noël comme les ancêtres de Jésus. Ainsi que le dimanche suivant, certains calendriers commémorent ainsi le saint couple le 26 décembre.  En Occident, un oratoire voit le jour près de la cathédrale de Parme en 1074, une cathédrale lui est attribuée à Bologne en 1129. Il devient rapidement patron secondaire de nombreuses églises et paroisses.
Les ordres mendiants le choisissent comme patron et protecteurs au XIVe, il est vénéré le 19 mars dès 1326, patron des causes désespérées, des charpentiers et bûcherons, des voyageurs et de la « bonne mort » en référence à « l’histoire de Joseph le Charpentier », fêté le 1er mai en tant que « saint Joseph artisan .  patron de l’église catholique en 1870 par le pape Pie IX à la requête du concile Vatican I, le Concile Vatican II le cite dans la prière eucharistique, Jean XXIII avait placé ce moment de l’église sous sa protection. Des témoignages de couvents lui réclamant la grâce de s’occuper de l’intendance de leur organisation signalent son « efficacité » à exaucer ces prières.
(cf.  De nombreux points peuvent être éclaircis ou complétés par Saint Joseph dans la tradition copte, traduit de l’italien, Gabriele Giamberardini, o.f.m., Montréal, Oratoire saint-Joseph, 1969, même s’il se rapporte souvent à des textes apocryphes, il y développe le Saint Joseph de l’ »histoire », dans la « théologien » (à l’appui d’anciennes homélies ou commentaires des premiers chrétiens) la « liturgie » (les principales prières faisant référence à Joseph) et dans « l’iconographie »
 l’histoire des saints et de la chrétienté, vol. 1, page 222 à 224. Hachette, 1986
pour la petite histoire des reliques de son manteau, des bagues de fiançailles, de la ceinture, des bandes de tissu de ses jambes, du bâton (toujours les apocryphes !) , ossements, chaussures et même son « han » cri du bûcheron en coupant le bois a été mis en bouteille et fut honoré à Cour-Cheverny près de Blois, des fragments de sa tombe durent présentés à Rome à Santa Maria in Portico, à Santa Maria in Campitelli , d’après Bibliotheca Sanctorum, volume VI, col.1281)
 (Illustration ci-contre d’une petite annonce de 1910, pour le livre St.josephsbuch de Stehl, Kaltenkirchen, document de l’auteur, on y voit le bâton qui a fleuri des apocryphes)
 Prière à Saint Joseph :
Saint Joseph, intercède pour nous
Glorieux Saint Joseph, époux de Marie, accorde-nous ta protection paternelle, nous t'en supplions par le Cœur de Jésus et le Cœur Immaculé de Marie. O toi dont la puissance s'étend à toutes nos nécessités et sait rendre possibles les choses les plus impossibles, ouvre tes yeux de père sur les intérêts de tes enfants. Dans l'embarras et la peine qui nous pressent, nous recourons à toi avec confiance. Daigne prendre sous ta charitable conduite cet intérêt important et difficile, cause de notre inquiétude. Fais que son heureuse issue tourne à la Gloire de Dieu et au bien de ses dévoués serviteurs.
O toi que l'on n'a jamais invoqué en vain, aimable Saint Joseph, toi dont le crédit est si puissant auprès de Dieu que l'on a pu dire « au Ciel Saint Joseph commande plutôt qu'il ne supplie », tendre père, prie pour nous Jésus, prie pour nous Marie. Sois notre avocat auprès de ce Divin Fils dont tu as été ici-bas le père nourricier si attentif, si aimant, et le protecteur fidèle. Sois notre avocat auprès de Marie, dont tu as été l'époux si aimant et si tendrement aimé. Ajoute à toutes tes gloires celle de gagner la cause difficile que nous te confions.
Nous croyons, oui, nous croyons que tu peux exaucer nos vœux en nous délivrant des peines qui nous accablent et des amertumes dont notre âme est abreuvée. Nous avons de plus la ferme confiance que tu ne négligeras rien en faveur des affligés qui t'implorent.
Humblement prosternés à tes pieds, bon Saint Joseph, nous t'en conjurons, aie pitié de nos gémissements et de nos larmes. Couvre-nous du manteau de tes miséricordes et bénis-nous.
Amen. - SAINT FRANÇOIS DE SALES (1567-1622)-
 

Rédigé par Rédacteur petite lanterne

Publié dans #traditions de noël

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