Etrennes, Cadeaux, pourquoi ?

Publié le 6 Décembre 2007

12240008.JPGCadeaux :
D’où vient la tradition d’offrir des cadeaux ?
Le fait d’offrir des présents à cette période remonterait aux Saturnales à l’époque ro-maine. (17/12, festivités durant une se-maine jusqu’au 25/12). Ils l’étaient en l’honneur de la déesse Strenia (d’où dérive le mot Etrennes), il s’agissait de petits objets de cuivre, d’argent ou d’or (pour un autre auteur des figurines votives de terre cuite) pour souhaiter la richesse. Il dériverait du latin « caput » qui signifie « tête », ou du latin « catella » ou « petite chaîne ».  Un autre auteur évoque les poignées de fruits secs, cadeaux de bon augure donnés aux en-fants. (« aguillanées »). Selon d’autres, le cadeau est considéré comme quelque chose de futile, réservé aux dames ( !) Au XVIIIe, on y perçoit le sens de quelque chose qui a entraîné « trop de frais ». Tel pour le paysan un repas donné en dehors de sa demeure.
La notion d’ « oublies » d’ « oblatten » les pain d’épices recouverts d’une couche fine d’hostie conservent dans leur passé la tradition germanique d’offrir des présents aux divinités de l’hiver. (Chasse sau-vage).Rappelons ensuite que la confection de pain d’épice était l’apanage des monastères.

Dans les origines on ne peut oublier les nombreuses quêtes d’enfants ou d’adolescents (appelées aussi par les fol-kloristes les tournées cérémonielles) qui elles avaient lieu au cours de l’année –au moment cruciaux des passages de l’année, solstice, et plus particulièrement durant le temps de l’avent, noël, nouvel an, puis carnaval. (Elles avaient à collecter des œufs, friandises ou matières premiè-res pour réaliser, des beignets aux formes et aux aspects éloquents.  Les quêtes d’œufs de pâques servaient à la réalisation d’ œufs décorés, symbole de résurrection et de vie, ou pâtisseries « les hamele » en biscuit).

Ces quêtes sont réalisées par des enfants, donc des « innocents ». Les derniers  seraient donc les véhicules « purs » d’un don, d’un sacrifice à une divinité. Ce sont des « Contre-dons » car en échange les familles donatrices sous-entendent (ou en attendent) une protection. Aucune famille ne pouvait –ou ne voulait- s’y soustraire.  Elles subsistent un peu dans  la démarche des Sternsinger (les enfants rois mages à l’étoile qui apportent la bonne nouvelle de la naissance de Jésus de maison en maison) et plus récemment dans les quêtes de Halloween (elles se développées depuis 1990 et se résorbent peu à peu). Dans ce dernier cas ce  sont des bonbons ou une malédiction, selon ce que scandent les enfants.   Les populations y étaient sensibles et ne préféraient pas dans un élan de générosité de leur pauvreté et de crainte d’attirer le mauvais œil en s’y soustrayant.  Ainsi l’offrande de lard, de noisettes, de fruits divers, de pommes et plus récemment de bonbons ou de menue monnaie seraient l’origine première de nos cadeaux de noël, une abondance qui contraste avec la rigueur de l’hiver, avec les esprits du froid et de la stérilité que les hommes tentent ainsi de déjouer et de renverser.

Aujourd’hui les cadeaux reçus ne sont plus considérés comme sacrés, comme jadis.  Même si l’oubli d’en faire est une « sacrée offense ». Symbole de la transi-tion des saisons, elle évoque davantage aujourd’hui la paix familiale (ou l’illusion d’une famille recomposée et reconstruite) tout en remémorant l’enfance de chacun. (Par définition idyllique, le temps gommant les imperfections, songeons à la made-leine de Proust).

 A la Réforme, le fait d’offrir des cadeaux non plus seulement aux défavorisés mais aussi aux enfants fut instituée. (la remise des cadeaux glisse du 6 décembre à Noël) L’offrande aux adultes date de la trans-formation de la fête de Noël en fête de la famille. On signale ce rite pour la première fois en 1860 dans une chronique de la reine Caroline de Bavière qui disait ainsi faire entrer le surnaturel dans le quotidien.  La date de remise des cadeaux a elle aussi varié, St Nicolas, Nouvel an (les étrennes), l’épiphanie (c’est toujours le cas en Espagne), puis se fixant définitivement à Noël (25 au matin, puis 24 au soir), selon les croyances, apogée du catholicisme, Réforme, Contre-Réforme et laïcisation de la fête de noël.

Devenue une fête très commerciale,  Noël doit réussir à faire culminer le Chiffre d’affaires. Cette fête décide du bilan an-nuel voire de la reconduite de l’activité l’année suivante.
Nous dépensions en moyenne, nous l’avons dit plus haut, près de 190 euros en moyenne pour chaque enfant, tous les ans, rien, que pour Noël   (Psychologies dé-cembre 2002) et 538 euros pour Noël en globalité .  Il y aura en moyenne 11 cadeaux disposés au pied du sapin pour une valeur de 550 euros et les enfants ne sont plus les seuls à recevoir car la majorité des cadeaux le sera pour les adultes. (De-loitte)   En cela ils sont parmi les moins dépensiers d’Europe, autant en valeur ab-solue qu’en proportion de leurs revenus 2 % de leur budget annuel. (Delloite, Nov.2006).  Après cette hausse verti-gineuse, la nouveauté réside dans la relative déflation des dépenses de noël 538 euros (selon cette source) en 2006, 550 en 2004, 580 en 2003, 820 en 2002. (Chiffres 2004,2003,2002: les identitai-res.com, décembre 2004)
Et si les Français dépensent moins que les années passées, ils consacrent une plus grande part en cadeaux et freinent celles liées aux repas et aux divertissements. 95 % des personnes déclarent avoir autant de plaisir à donner qu’à recevoir. (Etude Visa Genève, 23/11/2006).  L’enquête TNS-Sofres pour le groupe Casino (La Tribune) signale que 23 % des personnes interrogées ont l’intention d’offrir des livres, 20 % des CD ou des DVD. Une tendance que confirme l’étude du cabinet Deloitte qui signale que les cadeaux sont de plus en plus numériques : 50 % des adultes à Noël recevront un CD ou un DVD. Le troisième cadeau le plus désiré des femmes est un chèque cadeau, sans doute ont elles tant l’habitude d’être déçues qu’elles préfèrent faire leurs emplettes elles-mêmes, ou se disent-elles que s’il faut y retourner que soit pour le plaisir et non pour la corvée des échanges le 27 décembre au matin. Une autre enquête récente (TNS-Sofres, Figaro-économie) du 4 décembre 2006 révèle que si en 2005, 15 % des internautes se disent prêts à échanger ou à revendre leurs cadeaux reçus en  double ou qui ne leur plaisaient pas, ils sont maintenant environ 27 % à envisager cette possibilité.

41 % des  hommes jugeant les courses de noël comme une corvée harassante, elles figurent comme un passage obligé, rite introductif à la fête de noël.
Offrir un cadeau est à 71 % considéré comme un plaisir. Une tradition pour une personne sur deux, et une obligation  ou une contrainte sociale pour 9 % d’entre eux.  Selon la même étude,  une personne offre un cadeau à 8 personnes en moyenne, qui sont à 48 % des proches allant de 6 à 10 personnes et 25 % à 4 à 5 personnes.  Avec 11 cadeaux sous le sapin en moyenne. Un cinquième des recettes annuelles des magasins de jouets, (la statistique est canadienne) d’articles de loisirs et de jeux était engendré au moyen de décembre. Il en va de même pour les magasins de CD et DVD. (Le quotidien, Québec, 7 décembre 2005). A l’occasion des fêtes, selon un sondage BBC, 89 % des enfants étaient excités par cette fête, 63 % des enfants économisaient pour cette occasion et pour offrir des cadeaux à leurs proches, 16 % des enfants offrent un cadeau à leur maman, 7 % à leur papa, 29 % pensent que Noël consiste d’abord à penser aux autres, et 24 % qu’il s’agit à cette occasion plus de donner que de recevoir. (DNA 25/12/2006). Tout en sachant qu’offrir, c’est déjà dire beaucoup sur soi, une projection de la personne, de l’autre, de ses besoins estimés ou réels, on peut ainsi aussi bien se tromper que réussir cette projection. La seule solution est l’amour dans ses choix pour que le cadeau plaise aussi bien à l’offrant qu’à l’heureux (ou non) récipiendaire.

Les cadeaux de jadis…
Avec l’ensemble de ces chiffres, on semble loin du cadeau fruité ou sucré telle la Mandarine
 
« devant la cheminée, ils mirent ce soir-là leurs souliers (…) ». Mais que les enfants soient de plus en plus exigeants à l’égard de leurs cadeaux ne relève pas de ce siècle, déjà en 1862, Th. Klein écrivait dans un « Samstagsblatt » qu’il regrettait les « gemalten Soldaten » fabriqués  durant toute l’année écoulée par des artisans locaux (et non des magasins de l’Intérieur commercialisant leurs articles « aux prix fixes »)  commercialisés sur les stands du marché de l’enfant Jésus de Strasbourg. Le Dr L. Pfleger, en 1931 dans « Elsässische Weihnacht »  évoque les enfants exigeants un « Mecano » pour concevoir avions et machines.

Aujourd’hui, Un quart des internautes interrogés des plus de 50 ans ne font jamais de cadeaux à leurs propres enfants. Sur les largesses, on signale que pour les frères et sœurs l’on dépense le moins possible (19 %) leurs amis (18 %) ou leur belle famille. Le cadeau moyen est situé entre 30 et 49 euros à multiplier par le nombre de récipiendaires.
Les cadeaux furent jadis modestes (fruits, gâteaux) ou très pratiques, tel témoignage le confirme (S.V.) « peut-être notre père fabriquait-il un traîneau ou un cerf-volant pour mon frère, peut-être ma mère habillait une poupée à la dernière mode. Comme tous les ans à pareille époque, mon jupon de laine disparaissait : ma grand-mère y rajoutait en grand secret quelques rangs de laine colorée. Ainsi mon jupon grandissait avec mois d’année en an-née ».
Le rituel des cadeaux, la surconsomma-tion, la solitude des uns et la surfête des autres,  rend la fête « paradoxale » comme le souligne l’ethnologue Martyne Perrot.  

F.S.
3. p 246, Inventaire des fêtes de France, d’hier et d’aujourd’hui, Nadine Crétin, Larousse.

EXTRAITS NOUS RACONTANT  LA FÊTE DE SAINT NICOLAS :  (Ce sont des citations)
Cadeau du ciel :
“Le 5 décembre au soir planait sur le village un mystère un peu guilleret, un peu inquiétant aussi, concrétisé par des sonnettes agitées devant les maisons à l’intérieur desquelles l’attente était fébrile, quelque peu anxieuse : saint Nicolas avait ses entrées dans chaque demeure (...) Le Père Fouettard restait donc délibérément hors de chez nous. Je n’en tremblais pas moins. Quand la sonnette se faisait entendre à notre porte, mon coeur sautait dans ma poitrine, je me réfugiais tout contre maman qui disait sur un ton mi-suave, mi –solennel “Entrez, bon saint Nicolas”. (...) Lentement, il posait sur la table un saint Nicolas en pain d’épice –son portrait-, des noix et une orange. (...) Je donnais des noix à mon frère, qui m’épluchait l’orange. Il n’y en avait qu’une dans l’année : les mandarines marquaient Noël. Nous humions la senteur spécifique à cette soirée. (C’est toujours la Saint-Nicolas pour moi lorsque je mange une orange...) . Généreuesement, je distribuais des quartiers que chacun dégustait avec gravité. Puis je m’attaquais au pain d’épice. Dès le lendemain, on parlait de Noël”.  Elisa Rossignol, “Une enfance en Alsace”1907-1918, Editions Sand 1990
“La chaleur des Noëls d’antan” Rosalie Firholz  (p 81, Editions de l’Est, une enfance à la ferme) raconte que la famille était trop pauvre pour avoir une crèche. “Sur un tabouret reposait un poupon fait de chiffons. Le Christkindel nous invitait à nous agenouiller pour l’adorer : “Venite, vente adoremus.” Avant de partir, il donnait  une caresse à chacun de nous. Pensez donc ! Une caresse du Christ-kindel valait pour nous les plus beaux jouets. “ !!

Rédigé par F.Schwab

Publié dans #traditions de noël

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