Qu'est -ce donc que le Christkindel ?

Publié le 6 Décembre 2007

undefined Christkindel (la pomme) : peut tout d'abord signifier  une petite pomme d’un rouge  très prononcé de ce nom décorait spécialement l’arbre de noël, ceci encore au milieu  du siècle dernier. Frotté contre un peu de laine, le rouge se faisait très brillant et lumineux. On la nomme aussi Hambscheim, Santa Klaus, pommier typiquement alsacien d’un sol léger et sec, avec une chair blanche croquante. 

Christkindel  : Mais le Christkindel c'est tout d'abord le mot "enfant Jésus", car c’est la transposition de ce mot.

Mais
plus qu’un enfant c’est une Fée germanique, Lichterfee (fée de lumière), ou encore l’adaptation alsacienne de Sainte Lucie croisée  avec une fée ou une dame blanche. (voir Enfant Jésus et Ste Lucie)
On trouve dans ce terme, les mots “petit-enfant-Christ” petit enfant Jésus. Mais pris littéralement on traduirait que c’est le divin Jésus qui apporte les cadeaux. Van Gennep, célèbre folkloriste, par ailleurs très rigoureux, s’y laisse prendre en traduisant, que c’est un petit garçon qui parcourt la campagne avec le Hans Trapp. C’est vrai que sur certaines gravures l’on voit un petit Jésus assis devant le Saint Nicolas,  Père Noël ou un homme de Noël pour apporter des cadeaux, sur d’autres on voit l’homme précédé d’un ange sous la forme humaine d’un petit garçon ou d’une petite fille-ange. Les anges n’ayant pas de sexe défini.
Le concept a été mal étudié, car il s’agit assez énigmatiquement en Alsace d’une jeune fille (jeunette) qui est attendue dans les toutes les maisons alsaciennes (protestantes et ensuite catholiques)  jusque dans les années 50 et aujourd’hui encore dans de rares villages alsaciens.


Si elle peut être le porteur de cadeaux de l’Enfant-Jésus, elle ne peut être l’Enfant-Jésus, car elle est coiffée d’une couronne d’or,  faite de feuillage,  de sapin dans laquelle sont plantées les bougies enflammées. Elle est vêtue de blanc, porteuse d’une clochette (comme on annonçait le Saint-Sacrement dans les rues,  et lorsque  l’on portait la communion à un malade dans un hospice) une baguette (ou une verge, dans un rite de fertilité1  ou pour punir les enfants désobéissants), un panier avec des friandises (pommes, noix, sucreries, pains d’épices, orange).A son entrée, elle jette des fruits dans la pièce. Est-ce une fertilisation du sol, un rite magique ? s’interrogent les érudits. Gérard Leser dans « Wihnahchte en Alsace » nous apprend (page 57) que l’on retrouve une sainte lançant des fruits et aidant les malheureux sur une gravure qui date de 1850 et qui représente le mois de décembre.
Elle parcourt pieds nus, tantôt juchée sur un âne, seule ou accompagnée du Hans Trapp, qui a déjà suivi les pas de Saint Nicolas quelques jours plus tôt dans le mois.
Qu’est au juste le Christkindel, cette Dame de Noël si l’on adopte la formule de Nadine Crétin (le livre de Noël, Nadine Crétin, France Loisirs Paris) , une brochure de l’office du tourisme de Sélestat sur l’Alsace résume :”une créature pleine de contradictions ayant l’apparence d’une fée et la bonté d’un ange et qui représente l’Enfant Jésus, sans tenir compte que le soir de Noël, le Christ n’est encore qu’un nouveau-né”.
Si l’on résume l’étude que nous avons brossé devant vous, il y a donc des pistes, pour
* la déesse Freia, Perchta (la lumineuse) avec comme indice, les bougies enflammées dont elle est coiffée ou Holda (douce et généreuse) l’indice : les fruits lancés dans la pièce au moment de son entrée...
* une transposition abrupte de sainte Lucie, décalée par le calendrier, apportée par les Suédois,alors qu’ils ne la fêtent que depuis  la deuxième partie du XIX ème siècle soit bien après notre chère Christkindel alsacien. Et ceux qui font l’amalgame avec Ste Lucie n’ont pas étudié le coeur du problème se contente de l’apparence.
* une dame abonde, comme dans d’autres régions, l’indice qui nous y porte c’est la baguette magique qui touche les enfants, mais contre-indice les autre n’ont ni bougies enflammées....
* un enfant Jésus  qui distribue les cadeaux sous un aspect plus âgé... alors pourquoi une jeune fille, une couronne, un vêtement blanc ? cela ne semble pas suffisant.
* une création typiquement alsacienne, nourrie des dames blanches, et des fées germaniques antiques ?
 
Le choix reste ouvert, et les preuves manquent. Mais dire que c’est “remarquable que cette incohérence fondamentale n’ait pas été corrigée par le peuple”34  tend à nous prendre pour des imbéciles, au contraire, le personnage est bien plus (non pas au sens théologique) et bien au-delà de l’Enfant Jésus dans l’imaginaire culturel alsacien, la preuve une fois encore que le pays qui a invité (et exporté dans le monde entier) l’arbre de Noël (1521), Hans Trapp, les marchés de noël ou de l’Avent, a une histoire, un imaginaire, une culture profonde, créatrice et pleine de magie.  F.S.


Christkindele, Christkindele,
Kumm dü züe uns erin
Mer han e frisches Heubindele
Un au e Gläsele Win
E Bindele für’s Esele
Für’s Kindele e Gläsele
Un bette kenne mer au »
(La traduction peut donner ceci :
 Christkindel, Enfant Jésus viens entre donc chez nous,
nous avons un gerbe de foin toute fraîche,
et un verre de vin aussi
la gerbe pour l’âne,
le verre pour l’enfant,
et prier, nous savons aussi » )

(sources : brochure : l’histoire de l’arbre de Noël  de l’office du Tourisme de Sélestat, Marguerite Doerflinguer « c’est un rite magique, qui promeut la santé, la vitalité de l’enfant. L’origine serait à trouver dans un cortège de jeunes filles représentantes des formes fécondantes et fertilisantes du cosmos comme au mois de mai », in la quête de l’Alsace profonde, SAEP Colmar.

Christindl  : c’est aussi le nom d’un village autrichien, bien connu des bibliophiles qui du premier dimanche de l’avent au 6 janvier inclus (Autriche 4411 Christkindl) diffuse et oblitère de très beaux timbres de la nativité. Voir poste.

Christkindelmarkt : Marché de l’enfant Jésus, marché de noël alsacien, marché de l’avent (Adventmarkt) le plus ancien est celui de Strasbourg et date de 1570. Il fut crée par des chartes, elles réunissaient des spectacles, des crèches et produisaient des produits originaux.  Celui de Nuremberg date de 1628, 1642 à Munich. Tradition rhénane de se rencontrer et de choisir de menus objets, friandises (pain d’épices, d’anciennes illustrations nous montrent la présence de stands de cette spécialité, figurines en chocolat, barbe à papa, marrons chauds, amandes grillées et de menus jouets tout d’abord destinés aux enfants ou à la décoration du sapin (Christbaum voir ce mot), pour la St Nicolas . Afin de se prémunir du froid, on pouvait aussi boire un verre de vin chaud (voir ce mot) et se restaurer un peu tout en choisissant un sapin pour les habitants de la ville et un objet pour parfaire sa parure. ( Etoiles de paille, bougies pour le sapin, boules de verre…).
Aujourd’hui, à en croire Gabriel Brauener, in Saisons d’Alsace, Le marché de Strasbourg  “servirait d’alibi aux autres”,5 on y vendait des jouets, des friandises et de la décoration, de l’ornementation pour les sapins de noël.  Seuls les trois  derniers éléments sont encore vrais.

Parmi les produits originaux vendus à celui de Nuremberg et d’Autriche , le pain d’épices, à ceux d’Autriche les Zwetschgemännlein (bonhommes faits de quetsches séchées), tandis que celui d’Esslingen crée un marché de noël moyenâgeux créant une véritable attraction dans son marché de noël. Un cadre somptueux avec des stands de jeux de l’époque, de la musique des troubadours le tout au pied de la mairie et des tours moyenâgeuses .
Bâle bénéficie, elle , de la décoration somptueuse de Johann Wanner, antiquaire bâlois,  décorateur de la Maison Blanche, des WIndsor, des Grimaldi et du Vatican. 

A Ulm, le marché se situe devant la très belle cathédrale (à tour unique, comme à Strasbourg), un souffleur de verre, des moules à springerlé y sont visibles.

Stuttgart où le marché de NoëL appartient aux traditions depuis 1692, peut s’enorgueillir d’avoir le plus grand nombre de stands, près de 300, qui ont la particularité d’offrir un spectacle tant au niveau des stands que sur leurs toits richement décorés avec talent et audace.  Tout ce que l’on peut imaginer et même au-delà est exposé pour le plaisir des 5 sens. L’ensemble autour de la cour du vieux-château et de deux places. (Patinoire, train à vapeur pour les enfants, spécialités diverses…) Chaque soir s’y tient un concert apprécié. Une journée entière ne suffit pas à parcourir l’immensité et la variété des stands où se pressent de 10 h à 21 h la foule des visiteurs.
 
Revenons à Strasbourg, avant la Réforme, il porte le nom de Nikolausmarkt,  (marché de la saint Nicolas) dont un se tient toujours à Sélestat le jour de la fête du saint.
C’est en 1570 qu’il devient la cible d’une prêche de Johannes Flinner. Il y voit « ein Stück vom Sauerteig der Pharisäer ». Ce qui n’est pas à proprement parlé un compliment pour le  marché de la Saint Nicolas. Sa prêche obtient un succès car dès le 4 décembre de la même année, sont réunis le conseil des 21 et la question de la suppression de ce marché est débattue. Michel Lichtensteiger sur la base de la prédication de Flinner. Il emporte l’adhésion de l’assemblée. Mais afin de ne pas pénaliser les marchands, il propose de déplacer les cadeaux remis à la venue du Saint évêque (6/12) à la naissance de Jésus. C’est ainsi que s’achève une tradition  et naît celle du Christkindelmarkt, marché fugace qui dans un premier temps ne se tient que les trois jours avant noël.  Afin que la coutume (« pharisienne ») cesse dans la population, on édictera le même jour de l’année 1570 un texte punissant de 30 schillings d’amende toute personne  offre des cadeaux dans la ville de Strasbourg. (Dr. L.Pfleger, elsässiche Weihnacht, 1931 p 44).
 
Le marché déménage en 1870 vers la place Broglie à Strasbourg après avoir occupé plusieurs places, devant la cathédrale, devant le château des Rohan, sur la place Kléber (1830-1870), en 1848 dans l’ancienne gare (actuelle place des Halles). 6 Ces stands rentables commercialement étaient loués à Strasbourg pour 14 000 F (2134 euros, les 6 mètres, format préféré des artisans, 10 m pour les métiers de bouche) en 1995 ( L’Alsace du 24/12/95). Attraction à part entière, le marché et noël à Strasbourg draine des milliers de touristes vers l’Alsace, les hôtels affichent complets et l’autoroute menant à Strasbourg est engorgée chaque jour de marché de noël, car « Noël a un pays l’Alsace ».   On est loin de la prédiction pessimiste de Th. Klein de décembre 1862 « mit einem grossen Teile des alten Strassbourg ist auch sein Christkindeleinsmarkt zu Grabe gegangen » annonçant la mort du marché de l’enfant Jésus avec celle du vieux Strasbourg.
(voir aussi Noël, pour tout savoir sur les plus beaux marchés de noël avant de s’y rendre, car rien ne vaudra le détour,  on peut lire un magazine « City Faszinationen, Weihnachtsmarkt » 2006, 5,00 euros, avec 101 Christkindlesmärkte in Deutschland und Europa)

 

Rédigé par F.Schwab

Publié dans #traditions de noël

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