COLPORTEURS EN ALSACE

Publié le 14 Février 2017

Souvent poussés à ce métier par insuffisance de ressources ou d’activité dans leur terre d’origine, de famille trop nombreuse, ou afin de donner des débouchés aux productions familiales ou à celle du village. Mais ils peuvent aussi être des saisonniers qui recherchent un revenu complémentaire hors saison. ils sont en général assez mal vus mais aussi attendus, car ils colportent non seulement des produits, mais aussi des rumeurs, des informations, des on-dit, des mouvements politiques, des guerres, des famines, vers des terres éloignées des grandes routes. Ils sont toujours « originaux », car vêtus différemment, viennent d’ailleurs, indépendants de la société, de son organisation, du poids des patriarcats, de la pression des corps de métiers,  même de celles de la cité. Par conséquent, ils intriguent autant qu’ils font peur. Sont-ils connus, ils sont attendus, inconnus, on se méfie, sont-ils des voleurs, peut-on leur faire confiance ?  Leur itinérance serait responsable de la propagation de certaines épidémies mortelles. (pestes, variole…) mais on sait qu’ils sont comme des baladins ici aujourd’hui ailleurs demain.

Les colporteurs :

Ils parcouraient les villages alsaciens avec une charrette à bras, une carriole, tirée par des chiens ou un âne, ou s’ils étaient plus riches par un cheval, mais les plus pauvres ou ceux qui franchissaient les montagnes avaient tout leur attirail voire leur fonds de commerce sur le dos, ils annonçaient leur passage en criant.  Et c’est vrai que leur nom vient du latin « comportatre » ce qui veut dire « transporter » ou coltiner. (porter un bagage lourd sur des épaules et son col).
Sur les terres d’Alsace, certains venaient de loin des montagnes de Forêt noire avec leurs horloges (Kukuckshändler ou encore d’Uhrehändler mais aussi nommé Uhrenträger soit le porteur de montres)  coucou allemands qui ne sont pas d’origine suisses mais germaniques ou leurs pendules) ou encore des poteries pots en grès devenus ensuite de la vaisselle (d’r Gschirrhändler) ou encore du linge. Mais ils ne portaient pas que des objets inanimés,  certains vendent des volailles vivantes d’rKremp… Ils pouvaient avoir sur eux des breloques, mais aussi des jouets…On connait encore des années 50 et 60 les derniers métiers qui portaient sur le dos des vitres.  

Un autre métier ambulant est le rémouleur, littéralement  l’aiguiseur de ciseaux (scharreschliefer), lui aussi itinérant.  Ce métier ne peut permettre de vivre en sédentaire (il a laissé son nom aux chiens bâtards dans le langage courant devenant aussi une insulte envers celui qui n’a pas de lieu fixe). On croise de drôles de qualificatifs pour ces vendeurs de breloques d’r Bändelemàcher (le vendeur de rubans) ou encore sur leur origine d’r Walschcolporteur (vendeur d’origine française ou du moins non alsacienne).

Philippe Picoche a écrit un livre sur « le monde des compagnons et des colporteurs dans les Vosges au XIXème siècle ».y évoquant cet univers particulier.

A l’invention et au développement de l’imprimerie, il existait aussi le colporteur d’images, de cartes géographiques les portant sous le bras (1841) Il emporte avec lui des images petites et grandes imprimées. Ils sillonnent également les routes avec des libelles, des imprimés, on leur doit la propagation des premiers évangiles, des pamphlets contre l’ancien régime, qui pourraient être les lointains ancêtres des journaux comme le canard enchaîné, mais aussi plus tard de critiques contre les régimes hexagonaux ou germaniques.   Plusieurs almanachs ont repris leur titre « der Grosse  Hinkende Botte, fondé en 1807, devenu  « le grand messager boiteux » en 1814 » notamment, avec sa parution annuelle en octobre à Strasbourg.

 

 


Le chien restera longtemps, comme le montrent des cartes postales du début du XXème siècle le porteur répandu de la livreuse de lait, le chien est attelé et fait la tournée avec la laitière, livreuse de lait. (cartes postales de 1909 sur les métiers.) une autre le montre dans les rues d’Innsbruck tirant la charrette où se tient  son maître.

Henri Loux sur une de ses célèbres assiettes du service Obernai a représenté le « d’r G’schirrhändler » montrant une charrette avec deux chiens qui se reposent de leur travail pendant que leur maître commerce avec une alsacienne venue voir les cruches de son maître.
Et l’on voit les poteries accrochées tout autour de sa carriole. Les chiens du village semblent bien intrigués par ces chiens dressés et étrangers au village.  Même pour les chiens ces colporteurs sont intrigants.

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Il a bon dos …. Il ne porte pas seulement son stock sur son dos. Mais aussi sa mauvaise réputation.
Elle fait aussi des heureux, l’honneur de certains couples,  car on peut lui attribuer (jusqu’à son prochain passage, l’année suivante) une paternité non désirée. Il a bon dos, le colporteur. En espérant que l’année suivante, l’histoire soit oubliée.  On trouve cette drôle d’histoire dans les registres de déclaration de grossesse en Bretagne.              Cavaleur ??

 

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En France : en 1611 on compte 46 colporteurs autorisés à transiter dans certaines villes et villages. Faisant concurrence aux commerces mais aussi aux foires qui étaient des exclusivités et reposaient sur des autorisations, ils sont donc souvent mal vus.

Pauvres, journaliers, paysans. Leur proximité sociologique en faisait aussi de bons connaisseurs de leur marché, de leur clientèle, ils savaient ainsi choisir les produits à commercialiser et connaissaient également les arguments à employer pour les écouler. Ils reviennent à des dates fixes et sont donc attendus et espérés de leurs clients.

Le droit de patente est une autorisation apposée par une estampille sur chaque exemplaire distribué par colportage.  

Associé à la mendicité de nombreux immeubles affichent encore « mendicité et colportage interdits ». Alors qu’ils ne sont que de lointains cousins de ces colporteurs de jadis.


En 1723 : un édit royal exige qu’ils sachent lire et écrire. Ce qui ne sera pourtant pas toujours ou rarement le cas.

1848 : 3500 colporteurs autorisés ce serait l’apogée de leur métier selon une étude.

Le chemin de fer leur donne le coup de grâce, les grands magasins se créent, ils vendent par correspondance et le chemin de fer (1880) va permettre de se déplacer et de se faire livrer sans difficulté les marchandises de son choix.

Colporteurs de musique : Avant l’invention de la radio (TSF) et jusqu’à la démocratisation du disque, bien après le 78tours, on trouvait des marchands de musique, qui commercialisaient les « petits formats » en fait des partitions avec les paroles des chansons les plus à la mode. Ces chanteurs des rues les interprétaient et tentaient ainsi de vendre les paroles à « chanter chez soi ».


Marchands de sable ou de soleil :
Les vendeurs de poudre aux yeux deviennent des baladins dans le dernier siècle.

Bonne nuit les petits, le bon nounours (1960)  se qualifie de « marchand de sable » qui va de maison en maison pour aider les enfants à s’endormir. Tandis que Tino Rossi dans une opérette se qualifie de « marchand de soleil ».  (1969)

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les produits vendus par colportage :

en Allemagne : les sculptures en bois, les « turcs qui fument » (brûle-parfums en bois en forme de personnages dont le corps se démontent et peuvent accueillir un petit cône d'encens dont la fumée s'échappe par la bouche du personnage ainsi représenté, il devient un fumeur)  les décorations de noël, objets et jouets de bois.

Mais aussi les brosses, ballais, bulletins, journaux, estampes, coutellerie, rempailleur de chaises, tissu, linge, vaisselle, toile, jouets, rubans, fleurs artificielles  mais aussi potions, crèmes et « médicaments ». Une sorte d’ebay avant-l’heure.

 

 

COLPORTEURS EN ALSACE
couverture du magazine documentaire

couverture du magazine documentaire

Forêt-noire Allemagjne un colporteur de montres.

Forêt-noire Allemagjne un colporteur de montres.

Rédigé par Rédacteur petite lanterne

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