Saint Nicolas et Père Noël : 4ème partie : nous n'avons pas les mêmes valeurs

Publié le 13 Novembre 2016

Ce dossier spécial sur saint Nicolas paraîtra en plusieurs parties,

une par jour à compter du 10 novembre.

4ème partie :

Le Père Noël, le saint Nicolas, une autre origine :

Ils n’ont pas les mêmes valeurs  !

Disons un mot de cette théorie qui fait remonter les deux hommes à Odhin-Wotan, le dieu païen  des germains, dieu de la guerre. Il réaliserait à cet instant de l’année une chevauchée sauvage dans le ciel. Justement sur un cheval blanc (un peu comme le Père Noël, ou le cheval de l’évêque de Myre), il aurait aussi une longue barbe, et distribuerait  également des récompenses et des sanctions.

On aurait gommé les aspects trop négatifs (cheval devenu renne -animal tendre et doux- ; les méchants de la horde sauvage représentés par des personnages méchants distincts comme Hans Trapp...) pour ne laisser qu’un personnage bon et lisse. Van Gennep réfute cette théorie en estimant qu’un personnage ne peut pas sauter dans le folklore plusieurs générations pour réapparaître transformé, il manque le fameux ‘chaînon’ qui explique ce lien.

 

D’autres le rattachent encore au dieu Pan, chamane Herne, la thèse est soutenue dans “la fabuleuse histoire du Père Noël”, éditions du Rocher, par Tony Van Renterheim 1995. Nous n’y adhérerons pas.

Saint Nicolas a tout de même malgré ses multiples visages une sacrée aura, d’homme de Dieu, bon, engagé, Chrétien,  Témoin donc prêt à rendre service autrement moins commercial que le Père Noël made in US. Résistera-t-il ? Même s’il est aussi récupéré par les magasins lorrains. (Samaritaine, l’ouvrage de M-J STRICH ou de LEGIN)

Replongeons nous dans un texte latin  fort ancien déposé à la bibliothèque nationale (BN lat 1139 f°46) :

La fête du grand Évêque

Aujourd’hui au nombre des Saints

avec des chants magnifiques

Et de mélodieuses musiques

Célébrez-la vous les clercs,

Et surtout les écoliers !”

 

 

Pour Philippe DULEY, le saint Nicolas reste aujourd’hui sans doute plus qu’hier, une école du mérite du salaire, de la reconnaissance, ce qui permet d’apprendre à vieillir, ce qui n’est pas encore superflu(...) le Père Noël ne sent plus ses ailes, il attaque saint Nicolas. A l’issue du premier conflit mondial, les produits US déferlent sur la vieille Europe, et, entre deux caisses de chewing-gum débarque discrètement le Père Noël. Il devient redoutable, bouscule Nicolas sur ses marchés porteurs, il réussit à déloger le saint Homme sur les deux spécialités : l’enfant et le cadeau !”. (..) Que reste-t-il de ce Père Noël omniprésent ? des guirlandes, des strass, des paillettes (..) Rien à voir avec le sacré, de près ou de loin”.

 

Le Père Noël est perdeau de l’année bénéficiant d’un large plan média, le héros d’une « Chrismas academy » et fait star très rapidement, la course de fond est gagné par Saint Nicolas  qui existe depuis l’an 350 soit depuis 1650 ans ! Nicolas a une réelle longue tradition derrière sa bourrique. Le Père Noël n’a au mieux (si l’on ne retient pas son origine Gargantuesque contestée par van Gennep, ou d’Oddhin-Wotan dieu germanique 17 ) qu’une centaine d’années. Un monde de légendes et de pratiques  les sépare.

 

Ce plus grand analyste du folklore français Van Gennep dont on a réédité la lourde étude (le folklore français, en trois volumes, collection Bouquins, Robert Laffont) 18 écarte totalement la parenté possible entre Saint Nicolas et le Père Noël, il estime que les personnages ne peuvent pas  vivre l’un à côté de l’autre dans certaines régions à différents moments de l’année, et avoir été remplacés ailleurs. Que les personnages sont trop différents, dans leur présentation et leur descriptif, que l’un est un personnage réel ayant laissé des traces et l’autre est totalement mythique.

 

Côté patronage, Saint Nicolas est gâté et possède sous ses larges bras sans doute la liste la plus longue de petits protégés,                   

Patron des écoliers, la légende des trois enfants découpés en morceaux et mis au saloir par un boucher (c’est en Alsace, note Gérard Leser “Wihnachte en Alsace, Noël en Alsace, éditions du Rhin, puis réédité) car à la meme époque on abat le cochon domestique) , puis ressuscités par le saint va l’amener à être tout naturellement patron des clercs, dès le XIIème siècle, l’auteur Jean-Marie CUNY cite cet extrait conservé à la Bibliothèque nationale (BN lat.1139) :

 “la fête du Grand Évêque aujourd’hui au nombre des saints avec des chants magnifiques et de mélodieuses musiques  ; célébrez-là vous les clercs et les écoliers”.

Version traduite.

 

Il devint  patron des écoliers également, nul besoin de souligner que la visite (décrite en introduction de ce dossier) était salutaire et pédagogique du bon saint et de son acolyte, moins entreprenant le père Fouettard ou en Alsace le “Hans Trapp”; ce dernier armé d’un fouet ou de verges (Ruët) pouvait corriger si besoin les récalcitrants, ou à l’aide d’un sac menacer d’emporter ceux qui ne croyaient pas en lui ou étaient particulièrement indisciplinés. Le fait de porter des verges peut évoquer le rite de la fertilité usité dans la  Rome antique, et en Alsace au moment du carnaval. Frapper avec des verges devait stimuler le mari, la femme, ou les adolescents à être fertile. Le sens perdu s’est mué en une version pédagogique des choses.

 

Patron des filles à marier, je voudrai citer cette comptine à réciter le jour de la saint Nicolas dicton français,

patron des filles, saint Nicolas, mariez-nous, ne tardez pas”.

C’est Saint Nicolas qui marie les filles et les gars”

dit encore un autre dicton. On utilisait le saint en Picardie pour une étrange superstition où l’on plaçait sur son oreiller un miroir en récitant “bon saint Nicolas, qui fait marier, filles et gars, fais-moi voir qui m’épousera” “

A minuit précises, elle pouvait regarder le miroir qui lui renverrai le visage de l’élu.

Selon la version énoncée plus haut, on dit même qu’elles devaient participer au pèlerinage à la Basilique de Saint Nicolas du Port (basilique incendiée, pillée, par les troupes françaises et les allies pendant la guerre de Trente, par les révolutionnaires plus tard, bombardée également en 1940, son style flamboyant a néanmoins résisté aux années)  et marcher “sur la bonne pierre” une dalle perdue dans le pavage de l’église, si elle la foulait du pied, elle était convaincue d’épouser l’homme de ses rêves et des ses désirs. Dans une autre ville Château-Salins (Moselle) les jeunes filles se prosternaient devant le portail de l’église pendant que les cloches sonnaient et priaient le saint dans le but de trouver un mari.

 

Les garçons restés célibataires rendaient la monnaie de leur pièce à ceux qui avaient le 25 novembre chahuté les catherinettes. Car elles confectionnaient un bonnet à pompon rayé que l’on nommait “bonnet de la saint Nicolas”. Ils étaient contraints de le porter. Certaines filles leur adressaient aussi des cartes postales avec un bonnet de Nicolas.

 

C’est le Patron des navigateurs, car sa relique arriva par mer à Bari en Italie, de plus il avait sauvé un Navire où avait embarqué au XIIIème siècle Saint Louis et la Reine de France.  Le navire fut violemment secoué pendant une tempête de sorte que la Reine fit un voeu au saint si  tous s’en sortaient vifs. Un ex-voto est d‘ailleurs visible à la Basilique Saint Nicolas du Port.

 

Comme la Lorraine et l’Alsace disposent de peu de navigateurs, si ce n’est sur le fleuve, les ”flotteurs” c’est-à-dire ceux qui récupèrent le bois des Vosges sur la Meurthe (le fleuve)  se prirent également Nicolas comme patron et protecteur.  Ainsi Saint Nicolas, est la coutume est toujours encore d’actualité, vient visiter les chalands sur le Rhin le 6 décembre, des reportages télévisés ont été consacrés à ce sujet. Il apporte vin chaud et “mannele” aux navigateurs, des deux côtés du Rhin.  C’est l’école qui forme les batteliers à Strasbourg qui pilote chaque année cette manifestation.

Enfin le dernier corps de métier est celui des voyageurs qui se place sous la protection du saint Homme, pour les mêmes raisons que Saint Louis et la Reine de France embarqués sur le bateau lors d’une tempête.

 

Dictons

La saint Nicolas est aussi un moment où les paysans scrutent la nature pour prédire le temps :

Tuët’s uf Nicolai schneje, word viel Schnee im Winter keje

S’il neige à la Saint Nicolas, hiver neigeux sera

ou encore :

Am Nijkloïs Räje, se verfriere d’r Räwe

Pluie à la Saint Nicolas, le vignoble gèlera.

Ou selon les dictons vosgiens :

A la saint Nicolas si les truites qui fraient suivent le milieu de la rivière, l’hiver sera sec, si elles suivent le bord, l’hiver sera humide.

 

La saint Nicolas et vous ?

La balle est dans votre camp,

à  vous chers lecteurs, si vous avez  à éduquer des enfants, qu’ils soient  grands ou petits , rendez le témoignage du saint vivant, la foi catholique énonce dans ces dogmes la “communion des saints” et leur intervention bienfaisante en faveurs des croyants, en faisant dans la nuit du 5 au 6 décembre hommage à la tradition par des présents alimentaires -vous avez en ce qui concerne le contenu du soulier le choix la gastronomie alsacienne vous propose pour  vos bambins grands ou petits : pains-d’épices, chocolat, bonhomme en brioche qu’on nomme des saint Nicolas. ou des “mannele” (voir ces mots). afin qu’ils attendent -et qu’un jour peut-être ils invoquent en prière-  le Saint vénéré en Alsace depuis des centaines d’années sans  songer à sa pâle copie...

Bibliographie pour cet article :

* Sur le saint Nicolas lorrain :  Van Gennep, le folklore français, Bouquins.

- Saint Nicolas Jean Marie CUNY, imagerie d’Épinal (novembre 1987)

- Saint Nicolas, par Philippe Duley Éditions de l’Est

* La légende de saint Nicolas, éditions Ouest-France, par Marie-Josée STRICH octobre 1998

* sur le saint Nicolas autrichien :

- Tiroler Oberland, Berzirk landeck, par Robert Klien édition Tyrolia 1983 Innsbruck.

* sur le Père Noël suédois :

- Walpurgis, écrevisses et Sainte-Lucie, Fêtes et traditions en Suède par Jan-Öjvind Swahn et l’institut suédois Paris

- Noël en Suède, édité par le Centre culturel Suédois de Paris   Mais aussi :

* G.LESER Wihnachte en Alsace édition du Rhin (pas très developpé)

* Yvonne de Sike “Fêtes et croyances populaires en Europe”  chez Bordas (sur la saint Nicolas hollandaise)

* Alain de BENOIST “les traditions d’Europe” éditions du Labyrinthe 1996. (Très complet, comme toujours)

* Alain de Benoist “Fêter Noël” Atlas 1982 réédité 1997

*, Noël dans le Sundgau Geneviève Grimler éditions du Rhin novembre 1996

* Cette nuit là en Alsace, Noël ; Novembre 1998

* Noël, l’avent et après. par Catherine Baillaud, Geroeges Foessel, Roland Oberlé, Tomi Ungerer, édtions Roland Hirlé,Strasbourg; 3trim.98

 

« Santi Klaus, i bitt di,

Schenck m’r e scheen Babli,

Awer kein’s wo Bawi heisst,

Sunscht will i keins ».

* la petite lanterne, n°45,Nicolas à visage découvert, et le n° 67 Nicolas multiples.

 

 

Saint Nicolas exige le respect de la parole donnée, cette légende rapportée en 1987 (L’Alsace par François Wilhe, 5 décembre 1987) en témoigne. Un charretier se rendrait de Ventron à Kruth avec une mule poussive tirant unbien lourd attelage chargé de bois.

Voyant les difficultés de sa mule à escalader la butte, tout en passant devant la chapelle dédiée au saint : « Pouss Colas, muesch e Kerze ha » (Pousse Nicolas, si tu m’aides, tu auras un cierge ».) Arrivé presque par miracle, au sommet du côteau, et voyant que son attelage avait tenu, il s’écria « Pouss, Colas, brusch ke Kerze meh a » (« Pouss Nicolas, tu n’as plus besoin de cierge »). Aussitôt l’attelage s’emballe, la charrue se renverse, le chargement est perdu et le conducteur méprisant se trouve projeté au fond du ravin ».

chromo de saint nicolas.

chromo de saint nicolas.

un père noël suédois, pas forcément rouge...

un père noël suédois, pas forcément rouge...

Rédigé par Rédacteur petite lanterne

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