Saint Nicolas, 3ème partie : à travers les pays, les prières, sa résidence d'été.

Publié le 12 Novembre 2016

Ce dossier spécial sur saint Nicolas paraîtra en plusieurs parties,

une par jour à compter du 10 novembre.

 

 

3ème partie

Un peu de vocabulaire

Sant Niklaas :  est la version hollandaise de Saint Nicolas qui arriva aux États-Unis pour donner le mot suivant.

Santa Claus : correspond St Nicolas américain

Weihnachtsmann : père noël laïcisé, son nom signifie : bonhomme de noël

Knecht Ruprecht : est le Père fouettard allemand

Hans Trapp : Jean de Dratt, ou Hans von Dratt ou Trotha  père fouettard alsacien évoquant le personnage historique du comte de Berwartstein ou Baerwelestein non loin de Wissembourg à la fin du XV ème siècle, mort en 1503, maréchal du Pfalzgraff Philip, excommunié). Stoiber donne cette version dans l’Alsatia en 1850, en 1876, Seinguerlet parle d’un soudard de la guerre de Trente ans.

Krampus : diable à cornes et à langue pendue accompagnant St Nicolas en Autriche, descendant des esprits de l’hiver et du Diable.

Le père fouettard lorrain : est une forme de Charles Quint qui voulut reconquérir la ville de Metz (1552-1553). Long nez et chapeau dont l’allure n’a rien de commun avec Hans Trapp qui porte chaîne, gourdin, peau de bête.

 

Prière au Saint Nicolas, publié par l’amicale des Alsaciens Lorrains du Bassin d’Arcachon, communiqué par  + Maurice Silberstein en 1998,  (Andernos les Bains 33510) est très belle, d’une lectrice anonyme. « Avant que la tradition ne soit oubliée, je vous raconte comment se passait chez nous (en Lorraine) la Saint Nicolas.  Avant de se coucher, les enfants déposaient devant la cheminée non leurs souliers comme il est dit souvent, mais une assiette dans laquelle ils avaient placé, pour la bourrique qui portait les jouets, une petite botte de foin (à la campagne) ou une carotte et des croûtes de pain. Ils retrouvaient l’assiette garnie d’orange et de friandises. Le père Fouettard, pour marquer son passage, laissait parmi les cadeaux quelques verges. La veille de sa visite un son de clochette annonçait aux enfants son passage futur, ils devaient réciter par cœur cette prière : (que la dame a écrit d’une écriture magistrale qui donne encore plus de charme au texte).

Prière des petits enfants :

 

Grand Saint l’ami des enfants sages,

La richesse est ton partage

Tu es prodigue tous les ans

Envers tes nombreux enfants

En souvenir de tes bontés

Vers toi nous fait voler

Nous avons un grand espoir

Dans ta visite de ce soir

Dans nos assiettes,  tu déposeras

Un élégant petit baba

Entouré de quelques bonbons

Qu’avec bonheur nous croquerons

Reçois ce soir ma prière

Elle est fervente, elle est sincère

A ton retour près du Bon Dieu

Prie pour nous aller aux Cieux.

6 décembre.

 

Dans la Corona benignitatis anni Dei de Paul Claudel on lit ceci :

Voici l’hiver tout à fait et

saint Nicolas qui marche entre les sapins, avec deux sacs sur son âne

 pleins de joujoux pour les petits lorrains c’est fini de cet automne pourri.

Voici la neige pour de bon,

c’est fini de l’automne

et de l’été et de toutes les saisons”  (Paul Claudel)

 

C’est homme à longue barbe blanche, revêtu de ses ornements sacerdotaux indiquant sa fonction d’évêque,crosse à la main  écoute à la porte la comptine des enfants :

Lieber Nikolaus, komm in unser Haus,

Leer dein Säcklein aus, lieber Nikolaus”.

 

Il entre discrètement dans la stubbe en disant :

Ich bin der Heilig Nikolaus un kumm vum Himmel raus”, il est accompagné d’un bruyant personnage, dont la vocation semble d’être se faire remarquer,

 

Son accompagnateur se nomme Hans Trapp (il traîne des chaînes et portant une peau de bêtes aussi nommé “Rüpelz”) quelquefois il est relégué à la porte pour  garder l’âne chargé de friandises. Devant lui les enfants se cachent, promettent de mieux se tenir, et Nicolas se fait le garant de la protection enfantine, défendant  au Hans Trapp d’entrer cette fois-ci.

Mais le 24 décembre prochain, il ne pourra le retenir et laissera faire le vilain acolyte qui accompagnera le Christkindel (Enfant Jésus, en fait symbolisé dans la seule Alsace par Une fée dérivant de Ste Lucie) . Le vilain vérifiera le 24 avec Christkindel -ou le Père Noël- l’application des bonnes résolutions. Le saint ne pouvant pas châtier !

Afin de convaincre le couple visiteur, les enfants leur montrent le “Bethölzle” (ancien coutume, principalement dans le Sundgau2 ,   qui donnait à chaque enfant un petit bâton où les prières étaient marquées par des encoches “Kerb”, les parents étaient  très fiers des bâtons encochés de leurs enfants). Une de nos lectrices nous avait confirmé que sa  maman, née en 1896, disposait d’un tel petit bâton de prières. Par contre il était usité, la veille de Noël. Ils (un par enfant)  étaient posés (sur le rebord de la fenêtre) avant le passage du Christkindel, et remplacés -le lendemain-  par un (souligne-t-elle) seul paquet de bonbons.  

Saint Nicolas touchait les enfants avec un rameau (dans un but de fertilisation).

Les enfants recevaient des mandarines dont une lectrice me contait que l’odeur évoquerait toujours pour elle la saint Nicolas. Le saint jetait aussi des pommes, noix, rarement des jouets sauf en Lorraine (dans les publicités récentes on le voit), si la famille était plus riche on offrait aussi du chocolat, du pains d’épices, des sources anciennes précisent la présence de viennoiseries élaborées pour l’occasion, notamment des “männele” (petits bonshommes en pâte briochée ou pains aux lait) mais aussi des “schnakelé” (sortes de petits pains en forme d’escargots, qui reprend la forme de la crosse de l’évêque) agrémentés de pépites de chocolats.

Les cadeaux ont eu lieu très tôt, car Luther déjà évoque en 1535 les “cadeaux de la saint Nicolas” bien évidemment pour les condamner. (Mettant ainsi fin aux marches de Saint Nicolas, dont la date se décalera et deviendront les marchés de l’enfant Jésus soit Christkindelmarik

 

Un conte restitue cette ambiance de cadeaux:

Au matin de la saint Nicolas,

dans mes sabots, elle était là,

de noix, d’oranges entourée,

et de guirlandes enrubannée,

c’était ma première poupée

en bois, toute articulée,

qu’au couteau

mon père avait taillée...”

B.Fulpin, contes et poèmes pour enfants, Geneviève Grimler Noël dans le Sundgau, éditions du Rhin.

 

Dans certains villages, notamment dans le canton de Ferrette, à Biedertal,  un jeune homme déguisé en blanc avec barbe et chevauchait un autre déguisé en âne, l'équipage passait devant les enfants qui devaient prier sinon ils étaient châtiés par l’âne.  Le livre Noël, avent, et après...(Catherine Baillaud, Georges Foessel, Roland Oberlé, dessins de Tomi Ungerer, paru chez les éditions Roland Oberlé, 3ème trimestre 1998)  précise un village de Unterentersbach (village de la Forêt Noire) où les hommes sont enduits de graisse noire.

 

Texte bavarois

Autre visite particulière celle en Bavière racontée en 1915, par Karl Stern dans son roman “le buissant ardent, “Noël était la fête du Christ-Enfant ; saint Nicolas, lui, passait dans la soirée du 5 décembre, la veille de sa fête, il semblait se rendre de maison en maison, souvent accompagné de son domestique Rupprecht. Il portait une longue barbe, et promenait des verges de bouleau, de lourdes chaînes de fer, et un gros sac plein de cadeaux. Il me fallait attendre dans la lingerie, jusqu’au moment où j’entendis le cliquetis des chaînes dans la rue, puis le bruit des lourdes bottes montant lentement l’escalier. Enfin, la porte s’ouvrait et il était là. Il se révélait toujours étonnamment renseigné sur la conduite de chacun pendant l’année et c’était ce qui décidait entre les coups de verges et les cadeaux. A la fin, il partait en laissant ses présents, une avalanche de pommes, de noix, de figues, de dattes, de bonbons. Les bruits qui montaient de la rue semblaient indiquer qu’il y eût plusieurs saint Nicolas. Nous possédions une lourde couverture de feutre noir, de celles qu’on emploie dans les voitures à chevaux; c’est dans cette couverture que s’enveloppait saint Nicolas, et il portait les bottes de Grand-Père. J’avais près de huit ans, je crois, lorsque cette coïncidence extraordinaire me frappa pour la première fois.” (Seuil 1953, pages 24 et 25)

 

Le saint auquel la Lorraine, l’Alsace, le Benelux, et la Russie restent fidèles risque à brève échéance de disparaître de nos mémoires et de nos traditions.

L’homme qui garnit les souliers devant les cheminées, à qui l’on déposait à côté des chaussures un verre d’alcool (pour le réchauffer) et de la paille (pour son âne) risque fort de ne pas connaître intact le XXIème siècle. Place donc à sa légende, mais aussi aux éléments d’histoires auquel le saint se rattache...

 

Nouvel éclairage du  vieil homme et nous donnent l’occasion de compléter nos documents sur la question.

Saint Nicolas semble être à la fois lié au passé religieux de l’Asie mineure et de l’Alsace Lorraine, on trouve également sa trace dans des légendes de Hollande, Belgique, Russie et Autriche....

Un ouvrage de synthèse de Jean-Marie Cuny, Saint Nicolas imagerie d’Epinal, conte l’ensemble de sa lourde biographie. Car l’homme issu du temps à tenté de rattraper le Père Noël rival du XIX è et XX ème siècles, il n’a plus guère de bourrique que dans les illustrations d’anciens manuels, il voyage à pied, ou il vole en hélicoptère au-dessus de l’Alsace il délaisse les chars des défilés qui sont organisés au profit des visites du soir qui elles aussi sont réduites... la tradition se perd raconte l’auteur de l’ouvrage LEGIN (voir bibliographie) : “La saint Nicolas de mon enfance s’est bien dégradée, il s’agit de présenter la tradition avant qu’elle ne soit disparue”. C’est bien également la vocation de la lanterne, l’occasion nous est donnée de faire, à nouveau, un peu de lumière…

 

Trace de son importance dans l’histoire alsacienne, les auteurs Erckmann et Chatrian le décrivent dans les “Vieux de la vieille” sous la forme suivante :

la porte de la boutique s’ouvre, et saint Nicolas lui-même, en bonnet d’évêque (?) sa tignasse de cheveux roux (?) tombant sur le dos, un sac de toile d’emballage pour manteau et ses gros sabots remplis de paille, entre”. Quand on lui demande le but de sa visite il répond “les enfants méchants.. Les gueux qui ne veulent pas obéir à leurs parents qui ne vont pas à l’école”.

Voilà bien un Nicolas, qui rassemble deux personnages, telle Frau Holle.

 

Le cantique à Saint Nicolas alsacien est le suivant :

Qu’il vive notre saint patron Nicolas dans les cieux,

il intercède pour nous auprès du Seigneur

aussi souvent qu’on l’invoque

Refrain

grand et saint patron, reste-nous toujours fidèle

Et prie que le Seigneur nous pardonne

De plus, là où l’on a besoin d’aide,

Au malheureux, à celui qui pleure comme l’enfant,

Saint Nicolas, du haut du Ciel,

Envoie paternellement son aide,

Si des souffrances de ta pensée affligent ton âme,

si des péchés écrasent ton coeur,

Va vite à la chapelle

Où saint Nicolas adoucira ta peine. (la légende de Saint Nicolas, Marie-José Strich, éditions Ouest-France)

 

Même si les Allemands protestants nomment le père noël Nikolaus dans certaines régions, ils connaissent la distinction, ainsi le livre d’enfant édité en 1999 en Allemagne qui conte la recontre de Sankt Nikolaus et Weihnachtsmann, on y voit un saint nicolas (en tenue d’évêque, mais entièrement en rouge) qui le 5 décembre tombe en panne de voiture (un tacot) et ne peut faire sa distribution qui s’en plaint à un corbeau qui vole vers les pays nordiques le dire à son confrère qui est beaucoup plus moderne et qui va aider le bon saint à faire sa distribution. Pas encore le remplacer ! C’est donc la preuve que les deux hommes ne se remplacent pas mais se complètent dans le folklore.

 

RÉSIDENCE D’ETE

Ajoutons quelques mots de pays où la tradition est suffisante et  consistante, ainsi, En Hollande, saint Nicolas y arrive sur un bateau, deux semaines avant sa fête  éclatant de lumières et de couleurs va donc accoster la côté d’Amsterdam. Toute la ville (en congé) va assister à la cérémonie annuelle de bienvenue au saint.

En effet les ossements du saint patron ont été acheminés par mer, volés aux turcs, musulmans, et reposent à Bari (Italie méridionale)  depuis mai 1087. 

Selon les Hollandais, il est en résidence durant l’année dans un château espagnol (!) et consigne le plus clair de son temps dans un grand livre rouge les faits et les gestes des enfants qu’il récompense selon leurs mérites.

Autre différence, Nicolas est accompagné d’un Pierre le Noir, (un Maure, du nom de “Zwarte Piet” venu d’Espagne tout de noir vêtu avec un costume ancien) que l’on pense être une évocation de l’ennemi arabe sarrasin du temps où les Pays Bas faisaient partie du royaume d’Espagne.

 

En terre vosgienne Nicolas apporte la “Flamme de la Vie” ( ?)  depuis la montagne sainte Barbe.

(Pour Ameland, île des Pays Bas, ou la Grèce)

En Autriche il est accompagné de Krampus,

L’Arrivée de Nicolas est ainsi résumée dans un livre tyrolien : “Bald öffnete sich die Stub ertrit einen Spaltbreit und Nüsse, Obst oder einige Süßigkeiten wurden eingeworfen. La porte de la Stubbe s’ouvre, les enfants sont cachés derrière le Poële en faïence ,  et on jette des noix et des friandises (fertilisation).  Dès 1800 fut édité dans la région de Pfunds un interdit des jeux “Nikolaus-Kinder-Schreckengab” mais l’interdit fut peu suivi car un texte fut réitéré en 1815 et 1860.  Pfunds (Landeck, près des frontières Suisse et Italienne, Tyrol) est ainsi une des seules villes dans le land qui fait un jeu de la Saint Nicolas avec les enfants de l’école. Ce texte a 120 ans, d’auteur inconnu, est interprété chaque année de maison en maison. (qui affirment dans le Sturm und Braus qu’elles doivent faire du mal aux gens “wir müssen allen leuten Böses tun, Sonaklas leur rétorque que “dans cette nuit, nul ne fait aucun bruit, ne savez-vous pas que Saint Nicolas fait sa ronde”, on y voit les proximité avec la chasse sauvage èet les esprits de l’hiver qui rodent)

 

Il est donc ccompagné de ce Krampus,  le diable et un “Sonaklås” qui est un autre personnage que le saint Nicolas qu’il accompagne.

Ce “Sonaklås” annonce l’arrivée du saint en disant “Gebt  Frieden hier in diesen Haus, es kommt der Heilige st Nikolaus, er zieht dah in dieser Nacht und gibt auf alle Mensche Acht. Er wird auch den Herrn Lehrer fragen ob die Kinder wohl fleißig gelernt haben”  (donnez-vous  la paix, il vient le saint Nicolas, qui est attentif à chacun et demandera à l’instituteur si les enfants ont abondamment travaillé)

Heilige Sankt” (!)  Nikolaus intervient par une formule : “ Gelobt sei Jesus Christus, Gott grüßt euch alle, groß und Klein” “O wie gerne geht ich ich ein, wo frohe Menschen wohnen, um si recht liebreich zu belohnen !(Béni, soit Jésus Christ, Dieu vous bénisse tous petits et grands, je suis content d’être au milieu de vous dans votre demeure et vous bénis)

 

image pieuse de saint nicolas, collection personnelle de l'auteur

image pieuse de saint nicolas, collection personnelle de l'auteur

prière à saint Nicolas, image pieuse.

prière à saint Nicolas, image pieuse.

carte saint nicolas avec les enfants

carte saint nicolas avec les enfants

Rédigé par Rédacteur petite lanterne

Repost 0
Commenter cet article