Gommées de l'histoire, l'histoire des Malgré-elles

Publié le 28 Juin 2016

Gommées de l’histoire (extrait de notre dossier paru dans le numéro 180, avril 2016)

Pour lire le dossier complet, demandez-nous ce numéro, quelques numéros de surstock sont disponibles.

Leur malheur être Alsaciennes et être nées entre 1923 et 1926 en Alsace-Moselle mais aussi au Luxembourg, elles sont 15 000 jeunes filles qui ont été enrôlées dans le service du travail féminin, par trains entiers dans le IIIème Reich. Elles y soutiendront au mieux la vie des civils (garde d’enfant, jeune fille au pair, secrétaire) l’effort de production civile, puis l’effort de production de matériels militaires, d’armes (poudrières, fabrication de cartouches, d’obus), de matières chimiques, seront même soumises pour certaines aux essais de médicaments, de la première pilule, puis certaines seront incorporées à plusieurs reprises même comme auxiliaire des armées (dans la défense anti-aérienne DCA)... On atteint ainsi le sommet des contradictions de la pensée d’Adolf Hitler qui ne les voyait qu’au foyer.

Certaines filles ne reviendront jamais de cette incorporation (bombardements des villes de Nuremberg, Dresde, Pforzheim... où elles voient «comme des sapins illuminés» qui éclairent les points stratégiques à bombarder), maladies, sous-nutrition, explosions sur les chaînes de production, mauvaises manipulations, tentatives de sabotage ... Elles seront exécutées sans remords à la moindre tentative de désertion mais même de mauvais rendement, pouvant trouver son origine dans la faible formation, systématiquement qualifiée de sabotage volontaire. Elles seront au mieux marquées à vie. La dernière épreuve étant au moment de la libération de l’Alsace, un retour impossible ou reportée, car elles sont automatiquement mutées loin dans les terres allemandes, loin du front. Lorsque la libération des camps de travail (au «bonheur des filles» comme se nomme ironiquement l’un d’eux !) survient, leurs chefs détruisent leur uniforme et leurs livrets, car les alliés ne doivent pas savoir que les armées ont eu recours à des jeunes filles pour servir dans les armées. D’autres vont périr au moment de leur retour sur le «Wilhelm Gustloff» empli de réfugiés (mais aussi le «Goya» qui sera torpillé par la marine russe. Elles doivent aussi éviter les ardeurs masculines, les Lebensborn (lieu de reproduction de la race arienne), les viols en série des armées russes ou des alliés (dont certains se vengèrent sur les prisonniers militaires ou civils des vaincus).
Ces armées peu au courant de cette incorporation de force (masculine ou féminine) les considèreront souvent comme «volontaires», «traîtres» ou «espionnes», et n’auront aucune considération , ou connaissance, pour cette «particularité locale» dans cette guerre mondiale.

Débute alors un autre chemin de croix, celui de la reconnaissance d’incorporée de force dans l’armée. Peu y réussiront, par manque de documents, de ces fameux livrets militaires, ces uniformes et emblèmes détruits en hâte, avant la fin de leurs jours. C’est une des qualité du livre de reproduire uniforme, livrets, emblèmes pour la mémoire de ces incorporations.
La non-reconnaissance a aggravé ce désastre psychologique d’avoir servi contre son gré, d’une manière ou d’une autre, une armée ennemie. D’avoir combattu son camp pour survivre. Même si en 2008, le président Sarkozy les reconnait enfin -mais un peu tard- comme «victimes du nazisme». Le livre leur rend par des récits et témoignages variés une place, une existence à défaut qu’elle le fut de leur vivant.
Elles y auront toutes perdues au minimum leurs années de jeunesse et innocence -le seul témoignage de ces jeunes filles devant ramasser les morceaux de cadavres après un bombardement- suffira à vous en convaincre, d’autres y auront perdu la mobilité (conditions de vies et de travail épouvantable), la santé, la fécondité, la santé mentale... Hantées par ces années, elles n’ont que peu de souvenirs heureux excepté ici ou là la camaraderie avec des jeunes filles allemandes, un cadeau reçu (s’opposant ainsi aux consignes), un geste d’amitié, (qui n’étaient pas nazies, comme elles le soulignent) un «v» de la victoire subrepticement échangé avec un soldat français prisonnier.

Rappelons-le, les alsaciennes -peuples du Reich- et non allemandes étaient ainsi éparpillées dans les divisions évitant ainsi aux «franzozen Kopf» de s’organiser et de se révolter.

«Gommées de l’histoire» viendra compléter le premier travail de Nina Barbier sur les «malgré elles» qui avait levé le voile
du grand public sur ces destins tragiques.

Chronologie des faits :

1939
03.09. La Grande-Bretagne puis la France déclarent la guerre à l’Allemagne (les Allemands ayant pénétré en Pologne le 01.09)

1940
14.06 : Les Allemands entrent dans Paris
17.06 : Pétain demande l’Armistice
28.06 : Hitler est à Strasbourg et en Alsace
01.07 : Hitler décide de faire passer l’Alsace et la Moselle sous l’Administration allemande.
Dès le 06 tout le réseau administratif allemand est installé en Alsace.
10/11 : 8 sabotages de câbles téléphoniques en Alsace
16/08 Règlement introduisant la langue allemande en Alsace (défrancisation des noms, prénoms et raison sociales des entreprises)
Octobre : campagne en faveur de l’engagement des jeunes alsaciens dans la Wehrmacht et les Waffen-SS

1941
* Ouverture du seul camp de concentration nazi sur le territoire français.
* Intensification de la campagne du volontariat dans l’armée allemande, mais il y a très peu de résultats.
* Petit à petit mise en place du réseau de résistance du Dr Charles Bareiss dans le Bas-Rhin
* 10/01: Extension du droit pénal à la zone alsacienne.
* 2 mars 1941 : Serment de Koufra prononcé par Leclerc au sujet de l’Alsace libérée.
* 13/07 :150 personnes de Hochfelden improvisent une retraite aux flambeaux pour la fête nationale française.
* 19/09 : ordonnance sur les signes distinctifs des juifs en Alsace.
14/10 : premiers recrutements masculins et féminins dans le R.A.D. (STO (Travail Obligatoire)) en commençant par la classe de 1922 (qui aurait dû rejoindre les chantiers de jeunesse de Vichy)

1942
* C’est l’année de la défaite de la 6 ème armée (300 000 h) de Stalingrad. Il manqua des hommes. Hitler déclara la guerre totale (18/02/1943) et en tira des conclusions sur l’incorporation des jeunes gens, des alsaciens, et des jeunes gens alsaciens. (Ce sera le début des “Luftwaffenhelfer” et des Malgré-nous).
* 25/01: Entrée des premiers Alsaciens à la NSDAP (National-Sozialistische Deutsche Arbeiter Partei)
* Février : procès politiques devant le Tribunal du Peuple (plusieurs condamnations à mort)
* 02/02 premières adhésions obligatoires à la Hitlerjungend (encadrement de la jeunesse hitlérienne) pour les 10/18 ans
* avril/mai 1942 : Décapitation de la Résistance communiste, arrestation des militants les plus connus chez les cheminots et dans les Mines de potasse. 300 sont envoyés au camp de Schirmeck (de rééducation).
* Août : tract de la J.E.C. (Jeunesse Étudiante catholique) dirigée par Alphonse Adam et Robert Kieffer contre l’incorporation de force. (Front de la Jeunesse Alsacienne)
* 09/08 : Rencontres Hitler/Urckel/Wagner (les Gauleiters de nos régions) à Winniza en Ukraine à propos de l’incorporation des Alsaciens et Mosellans dans la Wehrmacht (armée allemande)

* 25/08 : Arrêté concernant l’acquisition de la nationalité allemande et ordonnance sur l’introduction du Service militaire obligatoire.

* Septembre : Incidents à Colmar, Barr, Saverne, Wissembourg contre les premiers conseils de révision. (suite page 12)
(1942 suite) * Annonce des mesures de transplantation des familles des récalcitrants. (c’est le chantage à toute la famille)
* 17/10 Incorporation des classes 1922 à 1924 dans l’armée allemande

1943
* 05/01 Incorporation des classes 1920 et 1921 dans la Wehrmacht.
15/02 : Arrestation de conscrits à Kaysersberg à la suite d’incidents avec la Gendarmerie.
* 17/02 : Exécution des 13 conscrits de Ballersdorf.
* En février : les familles de réfractaires sont transplantés du Sundgau vers le Reich
* Mars : 13 condamnations à morts de résistants
* Avril : les classes 1914 à 1919 dans la Wehrmacht.
* Mai : incorporation de la classe 1925
* Septembre : regroupement des Français faits prisonniers par les Soviétiques au camp de Tambow situé à 400 km au sud-est de Moscou.
* 6 septembre 1943 : bombardements de Strasbourg

1944
* Janvier incorporation des classes 1911 à 1913
* 27 mai 1944, 11/08 1944 et 25/09/1944 bombardements de Strasbourg et des villes alsaciennes.
* 26/08 : Libération de Paris
* Septembre : évacuation du camp du Struthof
*19 novembre : Batailles sur le sol alsacien
* 23/11 : libération de Strasbourg , 25 Mulhouse
* Mars : Libération définitive de l’Alsace Moselle
Bilan : 1500 à 1700 jeunes alsaciens et Mosellans incorporés dans la DCA, 150 000 enfants dans la seule Allemagne... Et combien de morts ?

1945
* 2 février : Libération de Colmar.
* 20 mars 1945 : Libération totale de l’Alsace
92 500 soldats alsaciens rentrent en mars 1945 (31/03) dont 130 000 d’URSS.

Juillet 1946 : 18 609 alsaciens sont rapatriés d’Union Soviétique

1947 : 23 419 personnes rentrent d’URSS

Avril 1955 : Retour en Alsace,d’URSS, du “dernier”? incorporé de force vivant.

Chronologie :
concoctée à partir des documents de
de Mr. A.WAHL. Professeur à Metz
Les Malgré nous, Eugène Riedweg
* L’histoire de l’Alsace par Philippe DOLLINGER chez Privat,
* l’ouvrage “Avant l’oubli” de BF regards sur l’histoire de l’incorporation de force des Alsaciens dans l’Armée allemande au cours de la deuxième guerre mondiale, ainsi que de la
* documentation pédagogique éditée par le rectorat de Strasbourg dans ses cahiers du maître.
* de la petite lanterne, n° 39 “les malgré nous” et du numéro spécial n° 48 (5 mai 1994) sur la Libération de l’Alsace.(49 ème Anniversaire)
(dans la marge, quelques livres éloquents sur le sujet ou sur la Seconde Guerre Mondiale en Alsace)

dernier livre paru aux éditions du Signe, très complet et très belle présentation, Un beau livre de 300 pages format 150 x 210, couverture souple sur papier brillant, à la présentation et à la mise en page soignée, comme nous y habitue cet éditeur (éditions du Signe). Avec de nombreuses illustrations et des témoignages -avec photos- inédits.

dernier livre paru aux éditions du Signe, très complet et très belle présentation, Un beau livre de 300 pages format 150 x 210, couverture souple sur papier brillant, à la présentation et à la mise en page soignée, comme nous y habitue cet éditeur (éditions du Signe). Avec de nombreuses illustrations et des témoignages -avec photos- inédits.

Malgré elles, un livre de référence, Le livre ne l’évoque que dans sa partie bibliographie, un ouvrage de 112 pages, fut la première à aborder le sujet, sa première édition est parue chez nuée bleue, intitulée «Malgré elles» évoquait déjà de manière inédite le sort des alsaciennes mosellanes incorporées de force dans la machine de guerre allemande.  RAD Reichsarbeitdienst (RAD) KHD Kriegshilfsdienst  Wehrmacht  Nina Barbier, réalisatrice de télévision, préface de Odile Georg et Léon Strauss, avant-propos de Jean-Marie Bockel, ancien ministre.

Malgré elles, un livre de référence, Le livre ne l’évoque que dans sa partie bibliographie, un ouvrage de 112 pages, fut la première à aborder le sujet, sa première édition est parue chez nuée bleue, intitulée «Malgré elles» évoquait déjà de manière inédite le sort des alsaciennes mosellanes incorporées de force dans la machine de guerre allemande. RAD Reichsarbeitdienst (RAD) KHD Kriegshilfsdienst Wehrmacht Nina Barbier, réalisatrice de télévision, préface de Odile Georg et Léon Strauss, avant-propos de Jean-Marie Bockel, ancien ministre.

un livre de témoignages, des lettres de malgré nous aux familles

un livre de témoignages, des lettres de malgré nous aux familles

Rédigé par Rédacteur petite lanterne

Repost 0
Commenter cet article